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Les dernières folies de Paul Biya à Paris

Les dernières folies de Paul Biya à Paris

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Index de l'article
Les dernières folies de Paul Biya à Paris
Paul Biya boude l’hôtel de Sarkozy
Les reliques de l’histoire
L’appel du Crillon
La bombe de La Baule
Intercontinental : le meilleur et le pire
En court séjour privé
Paul Biya serait-il malade ?
Les fleurs du mal
Comme une vache à lait
PostSriptum
Toutes les pages

Séjours de Paul Biya à l’étranger: Les questions sans réponses

 

Il y a un an, le monde entier s’était ému du coût des vacances de Paul Biya à La Baule, en France. L’information avait d’autant plus choqué que la crise économique mondiale a aujourd’hui des répercussions sur l’Afrique. Les populations tirent le diable par la queue et le panier de la ménagère se vide jour après jour. Le Cameroun ne fait pas exception à la règle. Depuis plusieurs mois, la grande majorité des Camerounais lutte pour avoir une baguette

de pain au petit déjeuner. Le prix des produits de première nécessité augmente à un rythme exponentiel, enfonçant le contribuable dans une misère ambiante. Après les réactions indignées des pouvoirs publics, on avait cru que le gouvernement camerounais avait définitivement fait le pari de l’orthodoxie.  La saga de la gabegie semble continuer.

Le dernier séjour de Paul Biya à Paris, à l’occasion de la fête nationale française, a donné l’occasion au président de la République de prêter le flanc, à certaines dépenses de prestige. Une occasion de revisiter les lieux de séjour de Paul Biya, dans le ‘’vieux continent’’. Paul Biya est un voyageur, il aime le luxe, c’est pour cela qu’il fréquence les palaces, en Europe, loin de la sobriété des résidences réservées aux chefs de l’État, au Cameroun. Le constat est là une opacité règne encore sur les déplacements de Paul Biya.

Aux Etats-Unis, la presse accréditée à la Maison blanche  suit en détail les activités du président américain, y compris pendant ses congés. En Grande-Bretagne, en Espagne ou en Allemagne, le coût des vacances du chef de gouvernement fait l'objet de communiqués. Il serait bien difficile aujourd’hui pour les Camerounais de dire où se trouve Paul Biya. Un an après la polémique née des vacances de La baule se pose encore le sujet du financement des vacances présidentielles. Paul Biya se complait dans un silence méprisant. Cela pose certainement un autre problème, celui de l’état de santé du président camerounais. En effet, qu'est-ce qui peut bien expliquer les séjours récurrents du chef de l’État camerounais à l’étranger ?
Dossier réalisé par Maheu


Paul Biya boude l’hôtel de Sarkozy

Un hôtel était prévu pour le séjour parisien de Paul Biya. Le chef de l’État camerounais a refusé de descendre dans cet établissement hôtelier.

Arrivé le lundi 12 juillet dernier à Paris, le président du Cameroun , Paul Biya, invité d’honneur du président français, a pris part les 13 et 14 juillet 2010 à la commémoration du cinquantenaire des indépendances africaines en France marquée, cette année, essentiellement par un sommet réunissant autour du président français, Nicolas Sarkozy, onze des chefs d’État de l’Afrique francophone et un défilé des troupes africaines sur les Champs Élysée. C’est dans une ambiance des grands jours que le président Paul Biya a été accueilli le mardi 13 juillet 2010, en fin de matinée en dernière position au perron de l’Élysée par son hôte Nicolas Sarkozy, étant le doyen des chefs d’État africains.

Selon un communiqué de presse de la présidence française, à travers cette invitation, le président de la République a voulu exprimer la reconnaissance de la nation française aux soldats venus des anciennes colonies qui ont combattu pour leur liberté. La présence de ces pays sera également une occasion de confirmer la rénovation des liens privilégiés avec l’Afrique et de construire avec les partenaires africains, une relation résolument équilibrée, transparente et décomplexée.

Conscient que cette commémoration en France du cinquantenaire des indépendances africaines fait l’objet de polémique aussi bien en Afrique qu’en France, le président français a affirmé avec force que cela n’est pas l’expression d’une nostalgie coloniale, ou encore la tentation pour la France de s’approprier la célébration des indépendances africaines.
En réponse au discours du numéro un français, le président du Cameroun, Paul Biya, doyen des chefs d’État a indiqué que pour les Africains, l’indépendance revêt une double signification, à savoir qu’elle est d’abord synonyme de liberté et ensuite, accéder aux responsabilités. Rappelant que la colonisation ne fut pas ‘’un long fleuve tranquille’’, le président camerounais s’est félicité que grâce au général de Gaulle, la colonisation connut une fin heureuse. Sur le bilan des indépendances africaines, M. Biya trouve que l’aspiration à la justice et le partage de la langue française sont des atouts pour les pays africains.
Une note de "cadrage" a été distribuée aux organisateurs des délégations françaises dans l'esprit de la suppression de la garden-party de l'Élysée.
L'accueil des chefs d'État dans les aéroports a été simplifié (préfet ou sous-préfet). Le piquet d'honneur (tapis rouge, etc.) était uniquement réservé aux arrivées via les aéroports d'Orly et de Roissy (pas de flonflons au Bourget !). Escortes de motards pour les premières dames : uniquement pour la réception offerte le mardi 13 juillet à l'Élysée par Nicolas Sarkozy. À ce déjeuner, le chef de l'État français était accompagné de deux proches collaborateurs qui étaient installés dans un autre espace que celui où le président de la République française recevra ses pairs. Au niveau de l'hébergement : "En cas de séjour du chef de l'Etat et du ministre dans un autre hôtel que ceux réservés au protocole, il n'est pas possible d'attribuer les suites à d'autres membres de la délégation". En effet, l’État français ne prenait en charge que la nuit du 13 au 14 juillet (une suite présidentielle pour le chef de l'État et son épouse, une suite ministérielle pour un ministre et une chambre pour l'officier de sécurité) que dans les six hôtels suivants : Raphaël, Meurice, Park Hyatt, Intercontinental Paris-Le Grand, Sofitel Faubourg et Régina. Or pour son séjour parisien, le président camerounais a séjourné au Plaza Athénée, un palace situé au 25, avenue Montaigne.

Superficie
Au Plaza Athénée qui a été inaugurée en 1911 se trouve à proximité des Champs Élysée et de la Tour Eiffel. A cet égard, les Suites Eiffel et Royale offrent, toutes deux, des vues sur la Tour Eiffel. La suite royale est également connue pour être l'une des plus grandes de Paris avec une superficie de 450 mètres carrés. L'hôtel est composé de 188 chambres et 43 suites, et emploie 520 personnes. Plaza Athénée propose cinq restaurants aux ambiances et aux cuisines différentes dont le principal, et le plus connu, est le restaurant Alain Ducasse. Le chef, Alain Ducasse, s'est installé à la Plaza Athénée en 2000. Un autre lieu prisé est le Bar du Plaza, devenu un haut lieu de la nuit parisienne. Cet Hôtel a servi de décor pour le film Rush Hour 3 avec Chris Tucker et Jackie Chan. Les épisodes "American girl in paris 1 & 2" de la série Sex and the city y ont également été tournés.
La facture du Plaza Athénée sera donc réglée par le budget camerounais. Le Plaza Athénée offre une gamme de produits à ses clients. Ainsi par exemple, la suite présidentielle est un ensemble de 148 mètres carrés offrant une vue sur l'avenue Montaigne et la Cour Jardin et composée de deux chambres séparées par un salon. Décorées dans la plus pure tradition du style Régence ou Art Déco, les suites présidentielles ont une chambre séparée avec un grand lit double et un dressing permettant au client de se relaxer en toute tranquillité. Le salon quant à lui donne la possibilité d’inviter des amis afin de partager un moment d’intimité au cœur d’un appartement chic et tellement parisien ! Si le président Paul Biya a occupé la suite présidentielle, celle-ci a coûté 3 250 000 F Cfa la nuitée. Peut-être que le chef de l’État a préféré la suite royale avec femme et enfants.  Située au 5e étage du prestigieux Hôtel Plaza Athénée à Paris, la Suite royale domine la ville Lumière. Résidence luxueuse restituant un vrai chic parisien, meubles d’époque Régence et antiquités constituent un mobilier de très grand luxe dans la plus pure tradition des arts décoratifs français. La Suite royale s’étale sur une superficie de 450 m2 avec ses quatre chambres. Elle coûte 14 300 000 F Cfa la nuitée. L’importante délégation de Paul Biya a également eu droit aux chambres. Le prix des chambres individuelles oscille entre 461 000 et 607 750 F Cfa au Plaza Athénée. Quant aux juniors suites, leur prix varie entre 718 250 F Cfa à 1 105 000 F Cfa. Le petit déjeuner à la Plaza Athénée balance quant à lui entre 24 700 et 32 500 F Cfa. Le déplacement valait la chandelle.

 


Les reliques de l’histoire

Qui gère les résidences du Chef de l’Etat dans les principales villes du pays? Laisser ces symboles dans cet état qui frise l’abandon, c’est être contre le développement. Les entretenir, c’est se positionner pour la reprise de la célébration de cette fête nationale dans d’autres villes, à l’intérieur du pays. Selon le décret N°098 / 273 du 22 Octobre 1998 qui réorganise la présidence de la République du Cameroun, le service de l'intendance organise les réceptions officielles au Palais de l’Unité, les séjours des Chefs d'Etats étrangers dans les résidences officielles ainsi que les réceptions lors des voyages officiels du Président de la République au Cameroun ou à l'étranger. L'intendance du Palais s'occupe de l'équipement et de l'entretien du Palais, des Résidences présidentielles et des Pavillons présidentiels dans les aéroports, du fonctionnement du Palais et du parc automobile présidentiel. L'intendance assure le service privé du président de la République. Elle passe les marchés avec les différents fournisseurs de la présidence.
Chaque chef-lieu de région dispose d'une résidence présidentielle, tout à côté de la résidence du gouverneur lorsque ce dernier ne loge pas tout simplement dans la villa du chef de l'Etat. Les services de sécurité y veillent jour et nuit. C'est avec beaucoup d'émotion que certains nostalgiques observent souvent la résidence de Batsenga. Situé au bord de la Sanaga le long de la voie ferrée. Jadis flamboyante, la demeure est envahie aujourd'hui par la broussaille. Le gendarme en faction qui garde les lieux semble s'ennuyer. Selon la légende, "le lit du Palais de l'unité, la résidence préférée du chef de l'Etat est toujours bien dressé". Dans la résidence d'Edéa, située au quartier Beon sur la route de Kribi, la rouille a envahi toutes les grilles de la maison. Les araignées dictent leur loi en tissant d'interminables toiles. Ici, les services de sécurité ne montent même pas la garde. Tout le contraire de ce qui se passe à 100 kilomètres de là. Le palais de Ngoye plage à Kribi est protégé par les éléments de la Garde présidentielle (Gp). Il fait l'objet d'une attention particulière. Des travaux de réfection y sont effectués régulièrement. L'autre résidence présidentielle de Kribi étant laissée à l'abandon. Située au rez-de-chaussée de l'immeuble qui héberge le préfet, celle-ci est devenue le refuge des moutons et chiens en divagation, malgré la présence de la base navale située juste en face. En dehors de la résidence de Garoua, le plus resplendissant de ces châteaux reste celui de Buéa. Au pied du Mont Cameroun, il illumine de toute sa splendeur, l'ancienne capitale. Abandonné pendant longtemps, on badigeonne de temps en temps ses murs avec une peinture blanche.


L’appel du Crillon

Pendant longtemps, l’hôtel De Crillon, à Paris, a été une escale privilégiée du chef de l’État du Cameroun.

Après avoir assisté, en août 2004, sous l'invitation de son homologue Jacques Chirac, aux cérémonies marquant le soixantième anniversaire du débarquement des forces alliées en Provence, le président Biya va établir sa base à Paris, à l'hôtel De Crillon. Il s'est installé avec sa famille et une importante délégation constituée essentiellement de ministres, gardes du corps, et accompagnateurs divers. En tant que premier responsable d'un État souverain et riche, l'hôtel De Crillon est certainement digne d'abriter le président Biya et sa suite. Mais seulement, dans un pays qui ploie alors sous le coup des conditions draconiennes du Fonds monétaire international (Fmi), qui exige notamment une réduction drastique des dépenses liées aux déplacements officiels estimés à près de 8 milliards au cours de l'exercice budgétaire passé, il n'était pas superflu de s'interroger sur les coûts d'un séjour présidentiel dans cet établissement, un des plus prestigieux au monde.
C'est en 1758 que le Roi Louis XV confie au plus grand architecte de son temps, Jacques-Ange Gabriel, l'édification des deux façades de la place de la Concorde. C'est derrière l'une de ces majestueuses façades de ce chef-d'œuvre de l'architecture du 18e siècle que sera construit un somptueux hôtel particulier décoré par les meilleurs artistes et artisans de l'époque. L'hôtel de Crillon qui vient de naître est alors conçu pour recevoir les Ambassadeurs extraordinaires. Longtemps propriété de la famille Crillon, l'hôtel est, en 1909, transformé en Palace. C'est à ce titre que, depuis cette date, il accueille les voyageurs du monde entier à la recherche de confort et de services dans le grand luxe d'un ancien hôtel particulier parisien. D'une surface totale de 350 m2, les quatre chambres et les trois salons qui composent les trois suites présidentielles de l'hôtel De Crillon sont, selon la direction de l'établissement, des symboles éloquents de l'art de vivre français. Rénovés et décorés en 2001 par l'architecte d'intérieur Sybille de Margerie. La décoration de ces suites, qui dominent la place de la Concorde, est digne du rang de l'établissement dans le monde. Les tissus de soie des plus prestigieuses maisons françaises, le mobilier d'époque et les parquets en points de Hongrie respectent la tradition et le raffinement du style Louis XV et Louis XVI.

Calcul
Le passé prestigieux de l’hôtel a une incidence sur les prix des chambres. Dans ce domaine, selon les tarifs en vigueur pour la période allant du 1er janvier au 31 décembre 2004, l'on compte par exemple trois catégories de chambres : les chambres simples dites "de luxe" dont le prix oscille entre 490 et 585 par nuit (soit environ 321.000 et 384.000 F.Cfa); la chambre double supérieure 383.300 à 436.000 F; la chambre double "de luxe" 442.000 à 501.000 F et la chambre double exécutive qui va de 514.000 à 567.000 F. Pour ce qui est des Suites, c'est tout autre chose. Pour une nuit passée dans la Junior suite, il faut débourser entre 632.000 et 740.500 F. Le coût d'une suite simple est fixe, 740.000 F. Celui des Grands appartements va de 1.124.000 F en montant. Le prix d'une nuitée dans ces suites présidentielles ne figure malheureusement pas dans le tarifaire fourni par l'hôtel De Crillon. Tout juste la direction de l'Hôtel révèle que la réservation se fait "sur demande". Autant sortir les calculettes.
En prenant le cas de figure où le chef de l'État et son épouse étaient logés dans l'un des Grands appartements de l'hôtel et non dans l'une des suites présidentielles. On serait alors au minimum dans l'ordre de 1.124.000 F/nuit. Selon la presse dite d'État, le président Biya était à Paris depuis au moins quatre jours. Si la présence des enfants nécessite des lits supplémentaires, la note passait alors à environ 59.000 f par lit. Dans le cas où tout se beau monde aurait un petit creux au réveil, au choix, le petit déjeuner continental s'élevait par personne à 19.500 F et le petit déjeuner américain est d'environ 29.500 F. L'on constate donc que, toujours selon ce cas de figure, en dix jours de présence à Paris, le calcul est vite fait : les seuls frais de logement du chef de l'État étaient au moins de l'ordre de dix millions de F. Ce serait oublier que Paul Biya était accompagné ‘’d’une importante délégation’’. Aux dires des responsables de la présidence de la République, outre le chef de l'État et sa famille, la délégation comprenait au moins une vingtaine de membres. Si l'on prend, disons, 20 personnes, tous logés dans les chambres les moins chères de l'hôtel, c'est-à-dire celles dites "de luxe" dont le prix oscille entre 321.000 et 384.000 F, l'on constate que les chiffres n’étaient pas moins importants. Si l'on prenait simplement la somme de 321.000 F que l'on multipliait par 20, l'on était à près de 6,5 millions de Francs de dépenses journalières. Une somme qui s'allongeait au fil de la durée de séjour du chef de l'État en France. À cela il fallait ajouter les per diem et autres frais de mission qui sont en règle générale allégrement distribués en pareille occasion. Selon quelques sources proches de l’organisation des voyages présidentiels, le minimum dépensé, pour une dizaine de jours, était de 150 millions de francs Cfa.


La bombe de La Baule

Le séjour dans la cité balnéaire française se termine dans la polémique

Paul Biya était arrivé en visite officielle en France, le 24 juillet 2009, pour rencontrer Nicolas Sarkozy. Par la suite, il va séjourner en France, “pour un court séjour privé en Europe” comme l’indiquait le communiqué rendu public à cet effet par Martin Belinga Eboutou, le directeur du Cabinet civil. Le chef de l’État camerounais, Paul Biya, et son épouse Chantal ont pris leurs quartiers d’été à La Baule (ouest de la France), depuis le 15 août. Cette ville réputée pour avoir abriter en 1990, le fameux sommet France-Afrique au cours duquel l’ancien président français François Mitterrand invitait les dirigeants du continent noir à s’ouvrir à la démocratisation, en même temps qu’il annonçait que l’aide de son pays aux États africains irait désormais de pair avec les avancées démocratiques enregistrées par ces États. Le président du Cameroun ira se reposer dans un palace de La Baule. Jusque-là rien d’anormal. Sauf que ce petit séjour de trois semaines en bord de mer devrait coûter la coquette somme de 800 000 euros au président de l’un des pays les plus pauvres d’Afrique. Paul Biya et sa suite occuperont 43 chambres, dans deux établissements hôteliers, pour un montant journalier de 42 000 euros (soit plus de 27 millions de francs Cfa payés par jour uniquement pour l’hébergement ndlr)…” Auxquels il faut ajouter les autres frais liés à “la restauration, les séances de thalasso, casinos et séances de shopping” et les frais de mission des nombreuses personnes qui accompagnent le couple présidentiel ce qui alourdit forcément la facture. Pour cela, nos confrères indiquent que le chef de l’État camerounais fait “mieux que … Sarkozy, Bush et Obama réunis…” selon les confrères hexagonaux. En 21 jours, le président Biya aura donc dépensé près de 600 millions Cfa (plus d’un demi-milliard de francs Cfa) pour entretenir sa suite. Au moment où le budget de l’État est insuffisant pour assurer le bien-être des Camerounais, 600 millions Cfa construiraient bien quelques dizaines d’écoles en zone rurale, ou quelques dispensaires.
Sur la présentation qui est faite des deux établissements hôteliers qui accueillent la délégation camerounaise, France Inter et Radio Fidélité Nantes indiquent que “L’Hermitage, un cinq étoiles en bord de mer avec ses colombages normands et le Royal, juste quatre étoiles, mais une thalassothérapie à vous déstresser n’importe quel chef d’Etat surmené”. Nos confrères indiquent par ailleurs que le séjour du couple présidentiel n’est pas fait que de détente et de séance de thalassothérapie. En témoigne, cette cérémonie au cours de laquelle Yves Métaireau, le maire Ump de la ville remettra au chef de l’Etat camerounais “la médaille de la ville“. ”C’est un ami que nous recevons“, précise la mairie, qui s’est gardé de tout commentaire sur les droits de l’homme et la politique camerounaise , précise Ouest France qui poursuit par ailleurs que ” pendant la réception donnée à son honneur, Paul Biya s’est dit satisfait de son voyage ” et de reprendre une déclaration du chef de l’Etat au cours de cette cérémonie “C’est la troisième fois que nous venons à La Baule. Nous y sommes très attachés et c’est sûr nous reviendrons.”
Paul Biya était jusque-là une exception parmi les dictateurs africains. Les deux dernières années qui précédaient son séjour à la Baule, le défunt président gabonais Omar Bongo comme le président congolais Denis Sassou N’guesso et l’Équato-Guinéen Téodoro Obiang boycottaient déjà la France. Tous trois avaient pour point commun d’avoir été la cible de l’enquête sur les biens mal acquis, réalisée par les limiers de l’Office central de lutte contre la grande délinquance financière. Hôtels particuliers, châteaux, appartements et belles voitures : tout le patrimoine de ces chefs d’État et de leurs proches a été répertorié. Résultat : ils s’arrêtent désormais au Maroc, où le soleil est plus chaud et les palaces tout aussi confortables.


Intercontinental : le meilleur et le pire

Paul Biya est un habitué de l’hôtel Intercontinental de Genève. Entre les deux, c’est pour le meilleur et le pire.

Dans un livre paru en 2007, Herbert Schott, celui qui a été le directeur de l’hôtel Intercontinental de Genève, jusqu'en 2002, après y avoir passé 35 ans, raconte des dizaines d'anecdotes de ses clients les plus célèbres. A la question de savoir quel est celui des 157 chefs d'Etat ayant séjourné ici qui "l'a le plus marqué", il répond "L'actuel président du Cameroun Paul Biya". On apprend d'ailleurs d'une confidence faite par le président camerounais il y a quelques semaines au cours d'une rencontre fortuite avec l'ancien directeur que Paul Biya apprécie la capitale helvétique qui "est un petit paradis pour lui, qu'il peut y travailler sans être sans cesse dérangé" On comprend donc mieux maintenant les raisons des séjours prolongés du chef de l'Etat camerounais qui semble ainsi préférer le calme de la Suisse à "l'ambiance bruyante" du palais de l'Unité à Yaoundé. Et Herbert Schott de conclure en ce qui concerne le chef de l'État camerounais "Paul Biya est un sacré personnage". Ici, Paul Biya fait partie des meubles. C’est un client parmi les plus prestigieux.
L’hôtel Intercontinental est une enclave cossue de Genève, des bords huppés du Lac Léman. C’est un havre de bonheur des grands de ce monde, princes arabes à la pelle, ministres hommes d’Etat asiatiques, hommes d’affaires triés sur le volet. Du groupe Intercontinental Hotels Group, entreprise multinationale dont les opérations comportent plusieurs chaînes d'hôtels et l'industrie des boissons non alcoolisées, l'Hôtel Intercontinentale de Genève compte 334 luxueuses chambres et suites réparties sur 18 étages. Implanté au centre du quartier diplomatique, il est à 5 minutes des bureaux de l'Onu, du Bit, de l’Oms et du Lac Leman. À dix minutes de l'aéroport international de Genève, du centre-ville, ainsi que des centres de Congrès que sont Palexpo et te Cicg, c'est un établissement hospitalier implanté dans un environnement arboré, au milieu des parcs. Ses chambres offrent une vue imprenable sur le Lac Leman, les Alpes et le Jura. Ses 16 salles de conférence rénovées sont équipées de la dernière technologie afin de répondre aux besoins des plus grands dirigeants de ce monde. Les prix de l'Hôtel Intercontinentale de Genève varient selon le partenaire pour qui on effectue ta réservation. Avec Booking par exemple, le prix de la chambre commence à partir de 205 euros (134 000 F Cfa) la nuit, alors qu’avec Splendida, il faut prévoir à partir de 242 euros (159 000 F Cfa) pour une nuitée. Et l'offre des commodités varie aussi comme le prix de location de la chambre. Il faut pour le moins reconnaître que l'Intercontinental compte parmi tes hôtels les plus sélects et les plus chers de Genève. Il se dispute cette place avec Auteuil et Royal Junior suite dont les nuitées oscillent entre 230 et 250 euros (163 000 F Cfa). Selon certaines sources, l'Etat camerounais louerait sa suite, au sixième étage de l’hôtel Intercontinentel, à l'Intercontinental à 372 millions de F Cfa, l'an. Pourtant, tout n’a pas toujours été rose pour Paul Biya dans les murs de cet hôtel.

Incident
Le 5 juin 2004 alors qu’il séjourne à l’hôtel Intercontinental,  le bruit court que le Président Paul Biya, en voyage en Europe, est mort... À Genève, le couple présidentiel et leurs enfants Brenda et Junior séjournent à l'hôtel Intercontinental, où ils ont leurs habitudes. Pendant cinq jours, rien ne transpire de leurs activités, si ce n'est que le président joue au golf, effectue son jogging matinal et se tient informé de tout ce qui se passe au Cameroun via son secrétaire général, le ministre d'État Jean-Marie Atangana Mebara, gardien de la ‘’maison Etoudi’’. La délégation qui l'accompagne est allégée : des proches comme Léopold-Ferdinand Oyono et René Owona n'y figurent pas. Samedi 5 juin, la rumeur explose dès le petit matin. De proche en proche, toutes les villes du Cameroun, mais aussi toutes les capitales étrangères où réside une communauté camerounaise, sont touchées. Quelques Camerounais commencent à se rassembler devant l'Intercontinental de Genève, d'autres font de même à Paris -où le corps aurait été transporté dans le plus grand secret- devant l'ambassade.
Le 21 septembre 2008, l'affaire de vol de mallette présidentielle déclenche alors que le président Paul Biya, se rendait à New York à l’occasion de la 63e session ordinaire de l’Assemblée générale de l’Onu. L'acte se déroule à Genève en Suisse, où il fait une escale, à l’hôtel Intercontinental. Luc Emane, alors garçon de courses du chef de l’Etat, fait partie de la délégation du couple présidentiel. Le directeur du Cabinet civil confie une chemise sur laquelle il est marqué ‘’Lecture du président de la République’’ au maréchal des logis Théodore Bolo Banga. Quelque temps après, Luc Emane arrive et confie au gendarme l’envoi d’un fax à un autre étage de l’hôtel. A son retour, Théodore Bolo Banga constate que la mallette dont il a la garde a disparu. Après des recherches, la mallette est retrouvée sous le lit de Luc Emane. Rien n’y avait été extrait. Après la découverte de la mallette du président de la République sous son lit, dans une chambre de l’hôtel Intercontinental de Genève, en Suisse, Luc Emane qui fait partie des éléments de la Direction de la sécurité militaire est précipitamment renvoyé au Cameroun le lendemain de l’incident, sous bonne escorte. A l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen, il est accueilli au bas de la passerelle par ses collègues de la sécurité rapprochée du chef de l’État, avant d’être incarcéré dans une cellule de la Garde présidentielle au palais d’Etoudi, puis à la prison militaire de Yaoundé. Le 7 janvier 2009, Luc Emane est écroué à la prison centrale de Yaoundé au quartier Kondengui. Le 15 septembre 2009, au cours de l’audience du Tribunal militaire de Yaoundé dans l’affaire qui oppose le ministère public au lieutenant Luc Emane poursuivi pour vol et violation de consigne, l’ex-officier en service à la présidence de la République a été condamné a 12 mois d’emprisonnement ferme et au paiement d’une amende de 100 000F Cfa d’amende au bénéfice du ministère public. Luc Emane devra aussi payer les dépens qui s’élèvent à 65 000F Cfa.


En court séjour privé

Depuis le 30 juin 2009, Paul Biya n’a tenu qu’un seul conseil des ministres. Il est un président en vacances. Depuis le début de l’année, Paul Biya parcourt une fois encore le monde.

En mai 2009, la durée cumulée des deux dernières sorties effectuées depuis le début de l’année 2009 indique que Paul Biya a donc séjourné hors du triangle national pendant 48 jours (un mois et demi) sur 130 jours au total (entre février et mai) . Le président de la République n’aura donc passé que 82 jours dans son pays, soit moins de trois mois… Le décompte de ses sorties en 2008 est plus révélateur. Parti le 28 mai 2008, il est revenu le 19 juin ; avant de rembarquer pour un autre “court séjour privé” en Europe le 27 août. Rentré au Cameroun le 10 septembre, il résistera seulement une petite semaine avant de repartir le 18 septembre. Après une brève apparition à New York à la 63e assemblée de l’Onu et une pige au Canada, l’homme lion disparaîtra avant de réapparaître au Cameroun le 3 novembre 2008. Et la liste n’est pas exhaustive. Cela fait quelque 82 jours (deux mois et demi) en sept mois (de mai à novembre 2008) hors des frontières nationales et 130 jours sur 365 (5 mois plus 7 mois égale 12 mois égaux un an) dans le cadre de “ courts séjours privés ”… Si le calcul s’étendait sur les 26 ans que dure son règne ?
Parti en compagnie de son épouse le 9 avril 2009, le quotidien gouvernemental annonçait quatre jours plus tard qu’ils avaient “quitté Yaoundé […] pour un court séjour privé en Europe ”. Trente-trois jours passés dans un lieu qui n’a pas été dévoilé, à faire on ne sait quoi. Entre temps, la première dame, Chantal Biya avait été aperçue aux États-Unis d’Amérique au sommet des premières dames d’Afrique portant sur des questions de leadership en santé. La présidente des Synergies africaines contre le sida et les souffrances a été élue présidente d’honneur de l’association Us-doctors for Africa (Usdfa).
Lorsque le président de la République, Paul Biya, regagne le Cameroun le 21 octobre 2009, après un énième séjour à, l’étranger, pour marquer son retour, le chef de l’État signe, le 23 octobre 2009, une décision portant création de nouvelles sections de son parti, le Rdpc.  Au total, il en a créé sept dans le Centre et l'Ouest, notamment. Le même jour, Paul Biya s’est fait présenter le trophée de la coupe du monde de football. Ce qui fera dire à un député du parti au pouvoir que son absence a un impact sur l’évolution des activités de la nation. ‘’C’est vrai que au niveau du comité central du Rdpc, le travail est très bien organisé, son absence ne saurait constituer un blocage. Mais pour les grandes décisions et la marche de la République, il est toujours indispensable qu’il soit présent pour que les choses avancent. Son absence, qu’on le veuille ou pas, a une influence sur nos activités et sur celles du gouvernement.’’ Parti de Yaoundé le 18 septembre 2009, pour assister à la 64e assemblée générale des Nations unies à New York, Paul Biya s’était ensuite rendu en Europe le 29 septembre pour un ‘’séjour privé’’. Ce séjour hors du Cameroun a duré 33 jours. Du 1er janvier 2009 au 21 octobre 2009, soit 294 jours, Paul Biya a séjourné à l’étranger pendant 115 jours, dont 97 pour des ‘’séjours privés’’ et 18 jours pour des visites officielles notamment en France et à New York. Le dernier voyage en Occident de Paul Biya remonte au 15 décembre 2009. Il s’était rendu à Copenhague au Danemark, pour y assister au sommet mondial sur les changements climatiques. Le sommet s’est achevé le 18 décembre et le chef de l’Etat est rentré au Cameroun le 23 décembre.
Du 1er janvier 2009 au 27 mars 2010, Paul Biya a passé 123 jours en Occident, soit 97 jours de séjours privés et 26 jours de visites officielles. Un de ses séjours les plus longs est celui effectué à New York. Parti de Yaoundé le 18 septembre 2009 pour assister à la 64e assemblée générale des Nations unies à New York, Paul Biya s’est  ensuite rendu en Europe le 29 septembre pour un ‘’séjour privé’’ de 33 jours. Lors de ses vacances à la Baule du 15 août au 05 septembre 2009. Depuis le 28 mars 2010, le président Paul Biya a multiplié les séjours à l’étranger.

 


Paul Biya serait-il malade?

Le couple présidentiel avait quitté le Cameroun, le vendredi 7 mai 2010. Un départ précipité qui n'avait pas permis à l'ensemble des habituels accompagnateurs du président de la République d'embarquer dans le même avion que lui. Le quotidien gouvernemental Cameroon Tribune avait pour sa part observé la plus totale discrétion sur ce déplacement présidentiel. Idem pour les deux sites internet de la présidence de la République. Des sources du palais de l'Unité indiquaient notamment qu'un blocus a été opposé par les responsables de la sécurité présidentielle pour la prise d'images du chef de l'État et de son épouse à leur départ de Yaoundé. Un départ que les mêmes sources annonçaient avoir été organisé "dans la précipitation."
Quelques jours avant le lancement des festivités des Cinquantenaires de l'indépendance et de la réunification du Cameroun, une rumeur folle selon laquelle Paul Biya est gravement malade a circulé à Yaoundé comme une trainée de poudre. Celle-ci était alimentée par le fait que le président de la République était sorti du pays, comme à l'accoutumée, pour un court séjour privé en Europe. Mais, cette fois-ci, sans tambour ni trompette : routes non barrées, pas photos ni camera de la Crtv à l'aéroport international de Nsimalen. D'aucuns ont affirmé qu'il y a eu branle-bas à l'hôpital général de Yaoundé, qui avait été envahi par les éléments de la garde présidentielle, comme si cette structure hospitalière devait accueillir un illustre malade. Mais, jusque-là, personne ne sait où se situe la vérité, tout le monde parle! Paul Biya, le chef de l'État camerounais, serait malade. En théorie, la santé du locataire provisoire du palais de l'Unité est plutôt gardée au grand secret. Mais, quelques indiscrétions se sont échappées.
Résumons : officiellement notre président va bien. Officieusement les doutes subsistent. Il est devenu très nonchalant dans sa démarche, comme si quelque chose n'allait pas. Il a l'air fatigué. Son pas n'est plus alerte. Les signes de souffrance se lisent sur son visage. Peut-être est-ce le poids de l'âge et des responsabilités. Le pire dans cette affaire reste le même : on réduit les Camerounais, à des voyeurs accrochés à des rebords de fenêtres pour distinguer ce que fait le Pouvoir, ce qu'il mange, avec qui il se marie cette nuit-là et ce qu'il va faire de nous et de notre terre. La communication institutionnelle est au Cameroun soit de la propagande, soit elle n'est pas.
Ceux qui sont payés pour gouverner le pays se comportent encore et encore comme une sorte de famille agacée par le devoir de communication et insultée par l'obligation de dire ce qui se passe. La fonction de porte-parole du gouvernement a toujours été un emploi bref car l'obligation de communiquer n'a jamais été perçue comme une obligation. Le freedom act de la démocratie américaine et l'accès à l'information restent encore aléatoires dans un pays envahi par le syndrome de la clandestinité et géré comme une lointaine plaine par un maquis souverain et avare en paroles. La réduction de tout un peuple à des ramasseurs de feuilles mortes n'est pas seulement un manquement au droit à l'information, mais une insulte qui lui est faite depuis l'Indépendance.
Source: Germinal n°058, 10 juin 2010


Les fleurs du mal

Des déplacements à l'étranger qui finissent par mettre la puce à l'oreille des Camerounais. Paul Biya serait-il malade?

Le couple présidentiel avait quitté le Cameroun, le vendredi 7 mai 2010. Un départ précipité qui n'avait pas permis à l'ensemble des habituels accompagnateurs du président de la République d'embarquer dans le même avion que lui. Le quotidien gouvernemental Cameroon Tribune avait pour sa part observé la plus totale
discrétion sur ce déplacement présidentiel. Idem pour les deux sites internet de la présidence de la République. Des sources du palais de l'Unité indiquaient notamment qu'un blocus a été opposé par les responsables de la sécurité présidentielle pour la prise d'images du chef de l'État et de son épouse à leur départ de Yaoundé. Un départ que les mêmes sources annonçaient avoir été organisé "dans la précipitation."
De même, l'agenda de la Première dame prévoyait une audience, le 8 mai 2010 avec Michel Kazatchkine, directeur exécutif du Fonds mondial pour la lutte contre le Vih-Sida, la tuberculose et le paludisme, arrivé au Cameroun dans le cadre des festivités de la 4e journée africaine de la lutte contre la mortalité maternelle et néonatale. L'autre conséquence de ce déplacement soudain du couple présidentiel pour l'Europe sera l'annulation in extremis du "méga meeting" que les sections Rdpc de l'Océan devaient organiser à Kribi sous la présidence de René Emmanuel Sadi. Le secrétaire général du comité central du Rdpc qui avait lui aussi quitté le pays en même temps que le chef de l'État dont il fait partie de la suite. Ce départ était d'autant plus surprenant que le couple présidentiel venait de regagner Yaoundé, le 14 avril 2010 après environ deux semaines d'absence, en provenance d'Europe où ils y étaient pour un " bref séjour privé ". Il s'agissait alors pour le président de la République d'honorer le rendez-vous de la Cemac à Malabo en Guinée Équatoriale, où il avait pris part le 15 avril 2010, aux côtés de ses pairs de la sous région, à l'installation officielle du tout premier parlement communautaire de la Communauté économique et monétaire des États de l'Afrique Centrale (Cemac). Qu'est ce qui pouvait bien expliquer ce départ précipité, presqu'en catimini ?. Il n'en fallait pas plus pour alimenter la rumeur. Selon des sources, le chef de l'État camerounais avait quitté le pays, à bord d'un avion médicalisé. Une thèse qui laisse sous-entendre que le déplacement était lié à la maladie de Paul Biya. Selon des sources, face à l'état critique du président camerounais, il avait été décidé  dans un premier temps, de l'interner, à l'hôpital général de Yaoundé (l'aire d'atterrissage de cet établissement hospitalier a entre temps reçu un coup de neuf). Pour faire diversion, une rumeur avait été distillée. Elle faisait état de la maladie du ministre d'État, secrétaire général de la présidence de la République. De quoi souffrirait donc le chef de l'État camerounais ?

Équilibre
Lors de son départ, une semaine auparavant, les Camerounais avaient eu droit à la lecture du communiqué signé du directeur du Cabinet civil de la présidence de la République, son retour tout aussi discret n'a pas n'a pas eu droit à un communiqué tant sur les antennes de la télévision nationale que sur les ondes de la radio d'État. Le séjour européen du couple présidentiel ne devrait pas être de longue durée. Le pays s'apprêtait en effet à accueillir les invités des manifestations officielles des cinquantenaires de l'indépendance et de la réunification.
C'est tout naturellement que le président de la République du Cameroun et son épouse Chantal Biya ont quitté le Cameroun vendredi 28 mai 2010 pour rejoindre Nice(dans le sud de la France) pour prendre part au 25e sommet Afrique-France qui s'est tenu du 31 mai au 1er juin. Après le sommet Afrique-France, le chef de l'État a regagné Yaoundé, le 6 juin dernier. Paul Biya, accompagné de son épouse, a assisté au sommet extraordinaire de la Cémac, à Brazzaville. Évoquer les problèmes de santé du président, c'est s'interroger sur ses capacités à exercer le pouvoir. Car un président malade ne peut pas gouverner.
C'est la raison pour laquelle le chef de l'État et son entourage entretiennent un mystère sur son état de santé. D'ailleurs, d'un point de vue juridique, la santé des chefs d'État est soumise au secret médical, au même titre que n'importe quel citoyen... Pour les Camerounais, la santé du président Paul Biya fait partie de la vie de la nation et donc de la souveraineté du pays. Quand le physique va mal, le moral va mal. Le juste équilibre entre information et intrusion dans l'intimité n'est toujours pas atteint.
Source: Germinal n°058, 10 juin 2010


Comme une vache à lait

En vacances ou en route pour les vacances, les congés des chefs d'Etat ont toujours un coût sur les finances de la République.

Les vacances de Paul Biya coûtent plus chères que celles de Sarkozy, Bush et Obama réunis. Barack Obama a passé des vacances à Martha's Vineyard, île huppée de la côte Est prisée par les stars de Hollywood et une partie de la classe politique. Barack Obama a en effet choisi pour sa famille le confort luxueux de la villa du ''Héron Bleu''. Onze hectares avec terrains de golf, de basket et piscine. La location était estimée entre 30.000 et 50.000 dollars la semaine. L'Administration a pris soin de préciser que c'est la famille Obama qui réglait elle-même la facture, soit 25.000 dollars. Les Chefs d'Etats et de gouvernements ont parfois besoin de vacances. L'ancien président américain Georges W. Bush était très riche, tout comme sa famille, et comme la plupart des présidents américains, il ne passait pas ses vacances à l'étranger, il préférait séjourner aux Etats-unis, la plupart du temps dans sa résidence familiale ou dans les résidences secondaires présidentielles, comme à Camp David. Et durant ses mandats, le président Us George Bush avait souvent passé ses vacances dans son ranch au Texas, entre autres raisons car la presse américaine et l'opinion publique seraient très critiques si le président affichait un déploiement de luxe indécent. Madame la chef du gouvernement Allemand Angela Merkel paye elle-même ses vacances et l'Etat prend uniquement en charge la rémunération de son staff d'accompagnement composé de seulement trois personnes. Le président Sarkozy et sa femme Carla ont pris des vacances de détente dans la résidence de Madame à Cap Nègre, un petit cap du littoral de la Méditerranée qui se trouve sur la commune du Lavandou dans le département du Var, en France. C'est un lotissement privé situé sur un promontoire dominant la mer Méditerranée. Le chef de l'Etat français a passé trois semaines à ''se reposer'' après le ''coup de fatigue'' du président Sarkozy. Paul Biya dépense lui sans compter pendant ses vacances. Autant s'inquiéter quand on sait que les ''séjours privés'' de Paul Biya, en Europe, sont nombreux.
Ils sont l'occasion de saigner davantage les caisses de l'Etat.  

Gaspillage
En visite, en France, du 21 au 25 juillet dernier, Paul Biya a bu du vin bordeaux à Bordeaux; Il a fait une ballade avec Alain Jupé à une exposition sur  la vente des noirs; Il a rencontré le président français lors d'un entretien au palais de l'Élysée, Il a rencontré les militants du Rdpc France et il y a eu fête (86 millions de FCfa ont été débloqués pour faire singer la galerie); des publicités parues dans certains journaux français, il y en a eu et la facture est salée… Combien a bien pu coûter aux contribuables camerounais cette visite ? Aucune  rencontre avec des industriels, aucune rencontre avec une chambre de commerce finalement aucune rencontre avec le secteur économique, durant quatre jours de visite officielle. Quand un pays si endetté comme le Cameroun se permet de dilapider  les fonds publics dans les  non événements comme : 86 millions a la section Rdpc de France pour singer au passage de la délégation camerounaise, presque 125 millions de F Cfa au journal le monde en frais de publicité, près de 30 millions de F Cfa au journal l'Express en frais de publicité aussi, il est légitime d'exiger le montant  des coûts du dernier voyage officielle de Paul Biya en France au frais des contribuables camerounais. La facture est plus salée.
On ne saurait taire dans ces dépenses, les frais de location de l'avion immobilisés par le couple présidentiel et la délégation qui l'accompagne. Un important dispositif de sécurité est également mis en place, à chaque sortie de Paul Biya. Les montants cités, pour le séjour de Paul Biya à La Baule, ne prennent pas en compte les repas, ni autres extras. Ce montant ne prend pas également en compte les jolis pourboires et ''petits cadeaux'' que le chef de l'Etat offre à ceux qui l'approchent. Des frais de location de voitures et autres moyens de déplacements ne sont pas pris en considération. Ce montant ne prend pas en compte, bien entendu, les dépenses occasionnées pour le compte des ministres et autres proches collaborateurs que le président juge bon de convoquer auprès de lui pour une raison ou pour une autre. Et toutes ces personnes ne se privent pas non plus. Tous ces ministres qui partent ''en mission'', ont droit à des frais de mission. Il en est de même des gardes du corps et autres membres de la délégation présidentielle en vacances avec lui en France. Quoi qu'il en soit, plusieurs personnes, parmi ceux qui ont vu la délégation camerounaise dans cette station et à l'hôtel, n'ont pu cacher leur indignation. Certaines de ces personnes se sont offusquées de voir l'ampleur du gaspillage dont font montrent les personnes qui accompagnent le chef de l'Etat. Il se dit que plusieurs personnes parmi les membres de la délégation, aiment à passer du bon temps dans les casinos du coin, ou dans les boîtes de nuit de la ville, où ils dépensent des milliers d'euros. Tout cela, bien entendu, aux frais de la princesse. Ce qui grève les fonds de l'Etat. Comment Paul Biya peut-il vouloir relancer le tourisme camerounais alors qu'il est lui-même à chaque fois parti.
Duke Atangana Etotogo
Source: Germinal n° 040


Une nouvelle ère

La nouvelle génération de chefs d'État, préfère se la couler douce au pays natal ou chez les voisins africains. Et le chef de file de cette nouvelle tendance est le Président Gbagbo. De plus en plus, les Ivoiriens rencontrent son imposante femme de ménage au marché d'Anono, un village Ebrié, situé au cœur de la commune de Cocody, à d'Abidjan, pour assurer la popote présidentielle. Et depuis son accession au pouvoir, il n'a jamais passé ses vacances en dehors de l'Afrique. Après sa première année de gestion, il s'est offert deux semaines de repos méritées, à Grand Béréby, au sud-ouest de la Côte d'Ivoire. Faisant découvrir aux Ivoiriens, la merveilleuse plage de Monogaga. Émerveillé par ce coin de la Côte d'Ivoire qu'on disait perdu, il a promis d'y faire bâtir la maison des vacances des chefs d'État. Il s'est ensuite rendu au Cap Vert ou quelquefois dans son village natal pour s'offrir du bon temps. Cette année, il était au Maroc. Là où ses pairs ultra françafricains s'offrent des châteaux en France, rien que pour avoir le privilège de passer les vacances en France. Certainement, pour se sentir plus proches de l'Élysée. Avec le président Gbagbo, le complexe des vacances en Europe se meurt. De quoi apporter de l'eau au moulin de ceux qui l'accusent d'ultra nationalisme. En réalité, le chef d'État ivoirien est en train de montrer le chemin de la dignité aux Africains, palissant trop souvent devant les buildings des capitales européennes. Son option fait d'ailleurs de plus en plus école. Le président malien, pour l’année 2009, avait choisi la Libye pour ses vacances.
Les vacances de ces chefs d'État ne sont plus des moments de jouissance oisive comme aimait bien s'en offrir le Président Bédié. Ce sont des moments de rencontres discrètes pour régler certaines questions résistant aux assises pompeuses. Le président Gbagbo était dans le royaume chérifien en même temps que le président Compaoré. Quand on sait le rôle que joue ce dernier dans la crise ivoirienne, on devine aisément que ces deux chefs n'y sont pas pour un gala. En d'autres termes, loin des extravagances des révolutions spectaculaires, le président Gbagbo est en train d'apporter une autre touche, plus responsable dans la gestion de pouvoir en Afrique.