Université des Montagnes: l'Enfer du décor

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Sauver l'UdM,par Ikemefuna Oliseh
Au cours de l’entretien avec le président de l’Association pour l’Education et le Développement (AED), celui-ci affirmait que « Si on renouvelle toute la classe dirigeante, en nous maintenant uniquement comme des conseillers, nous finirons par nous entendre. La nouvelle génération qui arrivera aura les mains libres et sera libérée de nos casseroles et de nos querelles. Elle saura trouver les voies et moyens pour gérer notre passif »
Curieusement, il y a quelques jours deux importantes décisions du président de l'AED étaient rendues publiques. La 1ère décision nomme un vice président de l'UdM chargé de l'administration générale, en la personne du Pr Jean Michel Tekam (78 ans), jusque-là enseignant dans la filière pharmacie. La nomination de cet homme bien connu dans la scène politique camerounaise pour ses prises de position iconoclastes vient mettre un terme au monopole de la vice-présidence jusque-là exercé par le Pr Jeanne Ngogang qui gérait tant bien que mal les affaires académiques. Désormais donc le Pr Kaptué sera secondé par deux vices présidents.
La seconde décision nomme le Pr Moyo Kamdom (plus de 70 ans, grand frère de Yimgaing Moyo, vice président de l’AED), doyen de la Faculté des Sciences de la Santé, poste resté vacant depuis la démission, il y a environ 6 mois, du Pr Robert Leke.
En attendant de voir les nouveaux promus à l'œuvre, ces nominations font déjà jaser sur les campus. En dehors de leur proximité (tribale et/ou familiale) avec certains dirigeants de l'AED, ces choix manquent de réalisme car ces deux responsables ne seraient pas des exemples de dynamisme, alors qu'il y a des jeunes capables de faire l'affaire.
Dans la lutte de pouvoir qui a cours à l’UdM, la nomination du Pr Tekam viendrait mettre fin à la toute puissance du Pr Ngogang, considérée comme la vraie patronne de l'UdM, le président Kaptué étant déjà un peu fatigué.
Ces nominations cachent aussi mal la volonté des dirigeants de l’AED de faire barrage à la Ndéisation de l’UdM en cours. Elle ne saurait détourner les regards sur les dérives ayant cours à l’UdM.
Qui a connu l’UdM dans ses années de gloire sait que cette institution symbolisait le dynamisme et la solidarité d’un groupe d’intellectuels et autres penseurs, et dans une moindre mesure des membres d’une communauté : les Bamiléké. Aujourd’hui, cette institution n’est plus que l’ombre d’elle-même malgré les apparences. Personne n’ose le dire à haute voix, pourtant beaucoup dans l’opinion le pensent et le ressentent même. Accusations et contre accusations entre les membres fondateurs fusent de toutes parts: non-respect des principes fondateurs de l’association, nominations fantaisistes, démissions en cascade des responsables jusqu’au plus haut niveau, révolte des anciens diplômés contre leur institution, baisse dramatique du niveau de la formation et quelquefois arrogance de certains dirigeants de l’AED qui confondent leur rôle avec ceux des dirigeants de l’UdM, vernissage managérial, etc.
Pour sauver l’UdM, des mesures urgentes doivent être prises. Trois mesures urgentes sont à prendre.
La première est la séparation réelle des pouvoirs entre les dirigeants de l’AED et ceux de l’UdM
La seconde est la nomination à la tête de cette institution d’un manager universitaire compétent et outillé qui n’est pas membre de l’AED mais à qui des comptes seront demandés.
Enfin, il faut sanctionner les hauts responsables indélicats et cesser de considérer l’UdM comme une vache à lait, ou comme une affaire de famille, de copains et de coquins.
Ikemefuna Oliseh

Source: Germinal, édition spéciale, n°114, du 21 mars 2018


Remise des diplomes à l’UdM : L’arbre qui cache la forêt, par Etienne Lantier
Plus de 800 lauréats représentant les diplômés des promotions de 2014 à 2017, ont reçu leurs parchemins au cours d’une cérémonie solennelle organisée au campus de Banekane le 23 février 2018 et présidée par les ministres de l’Enseignement supérieur et de la Santé publique.
Comme lors de la toute 1ère édition organisée le 14 novembre 2014, cette 2ème cérémonie de remise solennelle des diplômes aux lauréats des Montagnes a drainé du beau monde sur le campus de Banekane. Présidée par le Pr Jacques Fame Ndongo et Mama Fouda respectivement ministre de l’Enseignement supérieur et ministre de la Santé publique, cette cérémonie de remise des diplômes aux lauréats a aussi vu la participation de Jean Claude Mbwentchou, ministre du Développement urbain et de l’Habitat, par ailleurs parrain des lauréats de la Faculté des Sciences et de Technologie, le représentant du ministre de l’Elevage, des pêches et des industries animales, du Gouverneur de la Région de l’Ouest, du Préfet du département du Ndé, des recteurs des universités de Yaoundé I et de Dschang, des Présidents des Ordres professionnels, des chefs traditionnels, les enseignants, des parents et amis venus par centaine pour accompagner les lauréats.
Le tableau de cette communion entre l’académie et la société était tellement beau que ceux qui ont pris la parole n’ont pas raté l’occasion de saluer le mérite des impétrants. Se sont ainsi succédé à la tribune, Henri Njomgang, président de l’Association pour l’Education et le Développement (AED), le Pr Lazare Kaptué, président de l’Université des Montagnes (UdM), le Pr Bertin Aurélien Sosso, Recteur de l’Université de Yaoundé I, le Pr Nanfosso, Recteur de l’Université de Dschang, les Présidents des Ordres des Médecins, des Pharmaciens, des Chirurgiens-dentistes et des Vétérinaires et enfin les ministres de la Santé publique et de l’Enseignement supérieur.
De cette foire à la parole, les invités ont retenu essentiellement qu’il existe désormais, d’une part, une symbiose entre l’UdM et la tutelle et entre cette institution et les partenaires nationaux, d’autre part. Ce qui pourrait être flatteur pour les étudiants et les parents qui ont à un moment pensé que leurs parchemins ne seraient pas reconnus par l’État et par les différents Ordres nationaux. Les diplômés ont prêté serment devant leurs pairs, ce qui ouvre la voie à l’exercice de la profession. Ces moments académiques sont mémorables dans la vie d’un apprenant. Aussi, la fête était-elle belle. Les lauréats, du moins ceux qui ont déboursé les 53 000 FCFA qui étaient exigés aux impétrants pour prendre part à cette cérémonie, ont célébré l’excellence académique et se sont réjouis de la reconnaissance solennelle de leur mérite.
A la fin de la cérémonie, on aurait pu dire tout est bien qui finit bien, si pendant les séjours de notre reporter à Bangangté, il n’avait pas eu des entretiens avec les ouvriers du quotidien qui font vivre l’UdM.
En effet, il est apparu de ces entretiens, que tout ce qui se fait à l’UdM aujourd’hui est un vernissage qui cache un malaise qui mine insidieusement l’institution. Choses vues et entendues : l’UdM se porterait mal. Un casting managérial mal mené, une académie exsangue, un personnel démotivé, des diplômés   mécontents, des dirigeants arrogants, une association divisée et tribalisée, etc. sont autant de maux qui minent cette institution qui a été pensée pour former des élites et des leaders, pour montrer la capacité de la société civile à penser de l’intérieur des solutions aux problèmes de la société.
En somme et selon les personnes rencontrées, l’UdM serait au bord du gouffre.
Etienne Lantier


Un temple de savoirs et de...convoitises, par Olivier Ndenkop et Ikemefuna Oliseh
Officiellement, tout va bien. Le fichier des étudiants régulièrement inscrits et les nouveaux bâtiments qui sortent de terre à Banékane sont présentés comme preuves et comme la résultante de l’embellie. Mais, lorsqu’on y entre, les choses sont moins reluisantes. La guerre des chefs a laissé des traces que l’on ne présente qu’après avoir fermé portes et fenêtres. Enquête.
Toute proportion gardée, l’Université des Montagnes (UdM) est pour Bangangté, ce qu’est la tour Eiffel pour Paris : un lieu chargé d’histoire et de rêves. Un lieu incontournable pour qui est dans la ville et ses environs. Les résidants ne se lassent pas d’y retourner régulièrement pour apprécier les nouvelles dorures apportées ou évaluer l’impact d’une secousse tectonique qui a menacé les piliers de l’édifice. Il y a à peu près deux ans, c’était justement le cas au sein de l’Association pour l’éducation et le développement, une sorte de fondation qui porte l’Université des Montagnes.
La suspension suivie de la démission du professeur Ambroise Kom a lézardé les murs d’une institution dont l’avenir qui se trace en pointillé traduit un certain état de la situation pas toujours reluisante d’une institution aujourd’hui à la croisée des chemins et qui se bat pour ne pas mourir.  Son livre intitulé Pour solde de tout compte publié aux Éditions des Peuples noirs au premier trimestre de l’année dernière a jeté une lumière crue sur les pratiques de prédation à l’œuvre sur les hauteurs de Mfetom et Banékané. La presse en a fait un large écho. Obligeant les dirigeants de l’AED-UdM à faire des mises au point pour rassurer l’opinion que tout va bien. Du moins de leur point de vue.
La crise a-t-elle affecté la qualité des enseignements et/ou l’environnement de travail ? Y a-t-il eu chasse aux sorcières ? Comment étudiants, personnels d’appui et enseignants l’ont-ils vécue et surmontée ? Autant de questions et bien d’autres qui ont guidé les observations de Germinal 8 mois durant et que nous sommes allés poser aux principaux concernés dans les campus de Mfetom et de Banekane.

Bienvenu dans le meilleur des mondes possibles
En cette matinée du 28 juillet 2017, le campus de Mfetom ne grouille pas particulièrement de monde. « Cela ne veut pas dire que nos effectifs ont baissé après la grande campagne médiatique orchestrée par certains membres déchus », tient à préciser un officiel. « Arrivés en fin d’année académique, les étudiants vont progressivement en vacances », ajoute-t-il. Sous les sapins qui jalonnent le campus de Mfetom, quelques étudiants devisent. Feuilles noircies, tablettes numériques ou smartphones en main, ils ne se plaignent pas d’être ici. Bien au contraire. « Le rêve des millions de jeunes camerounais, c’est d’étudier ici. C’est quand même l’université des Montagnes ! », confie Francine visiblement émue. A la question de savoir comment ils ont vécu la crise qui a secoué l’Association pour l’Education et le Développement, instance faitière de leur université, les étudiants interrogés disent qu’elle ne les a pas affectés. Une réponse corroborée par certains enseignants. « Nous n’avons pas perçu de changement au niveau de la Faculté des sciences et de technologie », explique le professeur François Wamon, vice doyen de cette faculté. « Il est vrai que je viens d’être nommé vice doyen ; mais j’enseigne dans cette université depuis ses débuts. Vous comprenez que s’il y avait un changement, je devais vite constater. Nos enseignements se déroulent normalement et les résultats sont affichés conformément au calendrier », détaille-t-il avec une rigueur mathématique. Au Service de la qualité de vie estudiantine et des œuvres universitaires, c’est le même son de cloche. D’ailleurs, l’on apprend ici que le taux d’insertion socioprofessionnelle des produits de l’Université des montagnes est largement satisfaisant. « Tous nos diplômés trouvent de l’emploi immédiatement après la fin de leurs études. », ajoute-t-il. Tout va bien dans le meilleur des mondes possibles !
Autre lieu, même discours officiel. Au campus de Banekane, site définitif de l’Université des Montagnes, les techniciens sont à l’œuvre. Plusieurs gigantesques bâtiments sont déjà sortis de terre et d’autres en sortent encore, grâce au savoir faire de la société Djemo BTP.

L’académie est souffrante
Ce 28 juillet, l’Association pour l’Education et le Développement tient une réunion de son bureau exécutif au campus de Banekane. Dans la salle interdite aux journalistes, se trouvent le président de l’AED, Henri Njomgang, son adjoint, Théophile Yimgaing Moyo, le Pr. Lazare Kaptué, président de l’UdM, etc. Les invités, d’après des sources internes, ont parlé de la révision du modèle financier, de la synthèse des comptes prévisionnels 2017, entre autres. Pendant près de deux heures, il a été question d’argent. « Et comme d’habitude, l’ambiance était par moment tendue », révèle notre informateur qui ajoute : « Contrairement à ce que les gens disent officiellement, l’AED et, dans une certaine mesure, l’UdM ont pris un nouveau virage après l’octroi du prêt concessionnel de l’Agence française de Développement. Même après l’épuration (exclusion de certains), ceux qui restent ne s’accordent pas toujours sur tout. Entre autres points de discorde, l’attribution des marchés et surtout l’état de l’académie ». Le Pr. Jeanne Ngogang, vice-présidente de l’UdM en charge de l’académie était justement absente de la réunion. « Avec elle, l’académie est toujours absente ou mal représentée », souffle une voix.
« Nous avons beaucoup de respect pour les responsables de l’UdM. Mais nous pensons qu’au regard de leur âge (moyenne d’âge avoisinant 70 ans), nous avons proposé qu’ils s’occupent de l’Association pour l’Education et le Développement afin de penser la stratégie de développement et laissent les jeunes s’occuper de l’UdM », explique un jeune enseignant. Mais la proposition n’a pas été retenue. « Pour être sincère, les dirigeants actuels de l’UdM n’ont pas une vision. Ils n’ont pas une expérience de gestion d’une institution universitaire qui a ses spécificités », ajoute un autre.
Contrairement au satisfecit officiel, les choses ne sont donc pas aussi roses. « Après le départ du professeur Ambroise Kom, une véritable traque des pro-Kom a été lancée ici », confie un responsable off the record. « Du jour au lendemain, les dirigeants actuels ont trouvé qu’il y avait beaucoup d’incompétents à l’UdM. Pour se débarrasser de certains employés suspectés d’avoir des accointances avec le prof Kom, on les a accusés d’incompétence. Pour maquiller leur licenciement, on a fait appel à un cabinet pour les évaluer. Malheureusement pour les auteurs de la machination, le cabinet dans son rapport a estimé que les personnes entendues étaient compétentes. Ces employés sont encore en service aujourd’hui ». Mais, pour combien de temps encore ?
Depuis lors, nombre d’enseignants et autres personnels d’appui de l’Université des Montagnes travaillent avec la peur au ventre. Ils ne savent pas quel prétexte sera utilisé demain pour masquer leur licenciement. En attendant cet instant qui peut arriver à tout moment, les uns se méfient des autres et s’épient. Dans ces conditions, la qualité des services en pâtit.
Moins d’un an après cette constatation, et à la faveur de la cérémonie de remise des diplômes organisée à Banekane le 23 février 2018, Germinal a, à nouveau déployé ses reporters sur le terrain. Ceux-ci sont allés à la rencontre des acteurs rencontrés en juillet 2017 et leur ont posé presque les mêmes questions. Il s’est agi simplement de savoir si la situation s’était améliorée dans certaines domaines, notamment au niveau de l’académie de l’UdM, objet de beaucoup d’attention et d’inquiétude. Leurs réponses ont été stupéfiantes : « La situation semble plutôt s’être empirée à ce niveau [de l’académie ; Ndlr] », lance sous cape un responsable qui parle de la baisse de la qualité de l’enseignement. Un constat d’échec du reste confirmé par celle qui est chargée de veiller au bon fonctionnement de l’académie dans une interview accordée à Cameroon-info.net : « Pour être franche avec vous, dit-elle, les premières promotions étaient mieux encadrées parce que le nombre n’était pas excessif. Mais avec le temps, on se retrouve avec des effectifs de 150, 250 par rapport à 20, 30, d’antan. Mais nous nous efforçons à distiller la même science pour qu’ils aient aussi la possibilité d’avoir les mêmes fondements et de pouvoir être performants sur le terrain ».
Selon des indiscrétions, certains travaux pratiques ne se font plus, ou pas à temps et quand ils sont faits, « ce n’est pas suffisant », déclare un diplômé de l’UdM. De même, il n’est plus facile d’équiper les laboratoires, les tensions permanentes de trésorerie ne laissant pas des marges de manœuvre aux responsables qui utilisent cet argument pour justifier l’absence d’équipements dans des laboratoires. Au niveau de l’organisation des évaluations, y compris les soutenances, c’est un véritable capharnaüm, relève un responsable qui a requis l’anonymat.
En outre, les nominations récentes du Pr Jean-Michel Tekam (78 ans) à la vice-présidence de l’UdM et du Pr Joseph Kamdom Moyo, grand frère de Yimgaing Moyo (vice-président de l’AED) comme doyen de la faculté des Sciences de la Santé, sont les preuves la plus patentes de l’ancrage de la gérontocratie à l’AED/UdM et du refus de la juvénisation des cadres.
Avec ce diagnostic posé de l’intérieur par ceux qui font vivre tant bien que mal cette institution, mais qui ne disposent d’aucune tribune pour s’exprimer, l’avenir de l’UdM semble compromis, si rien n’est fait pour prendre le taureau par les cornes. Plusieurs employés, s’inquiètent du sort réservé aux nouveaux bâtiments du reste déjà intégrés avant leur achèvement et leur réception et qui risquent de n’avoir pas à accueillir des étudiants, tellement la qualité de l’enseignement a du mal à refléter l’image de rêve qui a été projetée de l’UdM.
Olivier Atemsing Ndenkop, Journaliste-Chercheur
Ikemfuna Oliseh, journaliste


L'impératif d'un aggiornamento, par O.A.N et I.O
Tout avait pourtant bien commencé. Après la réforme universitaire de 1993, la grande université de Yaoundé en proie à plusieurs mouvements d’humeur a éclaté. Plusieurs nouvelles universités ont ainsi vu le jour à Douala, Dschang et Yaoundé II-Soa. Faute d’infrastructures, de laboratoires bien équipés et avec un personnel démotivé après la baisse drastique des salaires imposée par le Fonds monétaire internationale dans le cadre des Plans d’ajustement structurel (Pas), l’université publique avait perdu en qualité ce qu’elle gagne en quantité. C’est dans ce contexte de crise que nait l’Université des Montagnes (UdM).
Ouverte en octobre 2000 avec juste 43 étudiants sur les starting-bocks, l’UdM s’est imposée au Cameroun et à l’extérieur comme un temple des savoirs. Dans le domaine des sciences médicales, cette institution universitaire portée par l’Association pour l’éducation et le Développement (AED) a, en quelques années d’existence, réussi à se positionner comme une référence. Avec sa devise :  Semper-altissime-ascendere , qui veut dire « Toujours rechercher l’excellence », l’Université des Montagnes est devenue un modèle pour les parents en quête du meilleur pour leur progéniture. Les résultats n’ont pas tardé. Dix-huit ans après sa création, l’UdM a affiché 2034 étudiants au cours de l’année académique 2016 – 2017 dont 1742 en sciences de la santé, 281 en sciences et technologie et 11 en études africaines. Jusqu’en 2016, l’institution totalisait 1571 diplômés parmi lesquels 641 docteurs formés en médecine, 287 docteurs en pharmacie, 62 en chirurgie dentaire et 44 en médecine vétérinaire, 88 licenciés en sciences médico-sanitaires, et 453 ingénieurs en informatique et réseaux et télécommunications, génie biomédical, énergies renouvelables, mathématiques et informatiques appliquées à la finance. Des résultats obtenus avec 80 enseignants à temps plein, 191 vacataires et 39 coopérants.
A la rentrée 2017, l’Université des Montagnes restait une destination privilégiée pour des jeunes bacheliers. Avec l’ouverture de nouvelles filières, ils sont toujours plus nombreux à frapper aux portes de cette institution universitaire. Tous ceux qui y entrent croient être dans la plus prestigieuse université privée du pays. Sont-ils en train de rêver en couleurs ? Rien n’est moins sûr. Ce qui est certain, c’est que la crise à l’UdM a écorné l’image de l’Université des Montagnes. Plus que jamais, elle doit concrétiser sa devise : « toujours rechercher l’excellence ». Pour cela, il faut avoir le courage et la volonté de procéder à un aggiornamento et de retourner à l’orthodoxie du management de qualité.
O. A. N. & I.O


UdM, une vache à lait, par Ikemefuna Oliseh
L’Université des Montagnes (UdM) serait-elle un bateau dans la tourmente depuis qu’elle est entrée dans une crise d’adolescence ou de croissance en 2014 ? Au regard du spectacle médiatico-juridiciaire que nous ont offert depuis 4 ans déjà les pères fondateurs de l’UdM, on serait tenté de le croire.
L’UdM était perçue au sein de l’opinion nationale et internationale comme un exemple de réussite d’un groupe sociologique qui a toujours fait l’objet de toutes sortes de stigmatisations aussi bien de la part des pouvoirs publics que des autres groupes ethniques. Cette institution universitaire était devenue un label vendable et par conséquent méritait d’être entretenu.
Mais les responsables de l’Association pour l’Education et le Développement (AED) créée pour accompagner l’UdM en sont-ils conscients ? Sinon, comment comprendre que ce qui les intéresse soit moins le cœur du métier, c’est-à-dire la qualité de l’académie que de petites intriques et autres courses au CFA. Car faut-il le souligner à grand trait, l’UdM se meurt par son académie.
Les trois piliers sur lesquels repose la réputation d’un service académique dans une institution qui se respecte se situent au niveau de la qualité des recrutements, des enseignements et de l’évaluation. En écoutant des étudiants, des parents et certains employés, on comprend que l’UdM a perdu ces 3 piliers qui jadis faisaient sa force et sa fierté.
Voilà une institution dont le modèle managérial avait fini par convaincre les plus sceptiques mais qui ressemble à une vache à lait pour ceux qui ont aujourd’hui la responsabilité de sa gestion. Or, on l’a toujours clamé, l’AED qui n’est pas créatrice de l’UdM est une association à but non lucratif. Mais d’où vient-il que des gens qui disent venus pour restaurer l’éthique prennent des libertés avec l’éthique et se tapent des salaires mirobolants ?
Malgré les apparences, l’UdM ressemble aujourd’hui à un malade qui souffre d’un cancer dont les métastases touchent la tête, le ventre et les membres. La tête parce qu’il y a un sérieux problème de casting aussi bien à la tête de l’UdM que de l’AED, mais personne n’a le courage de le reconnaître et de prendre le taureau par les cornes. D’ailleurs, y a-t-il encore une différence entre l’UdM qui a des dirigeants timorés et complices et l’AED qui avait été créée pour accompagner l’UdM en recherchant les financements à travers le monde, mais qui s’implique au quotidien dans la gestion de l’institution au point où par exemple un membre du bureau exécutif se permet de tenir des réunions sur le campus sans que le Président de l’institution soit au courant ? Bien plus, des ordres parfois contradictoires aux instructions des dirigeants de l’UdM sont données aux employés par les membres de l’AED, ce qui met ces employés dans une mauvaise posture.
Le ventre est aussi atteint par ce cancer parce que l’académie n’est plus que l’image d’elle-même. Il suffit de faire un tour sur le campus pour être au parfum des griefs formulés par étudiants et parents. Les notes ne sont pas publiées à temps ; les étudiants commencent une année académique avant d’avoir clôturé la précédente et par conséquent ne savent pas à quel niveau ils vont s’inscrire, les actes académiques ne sont pas délivrés dans les délais, les étudiants et parents sont éconduits lorsqu’ils sollicitent des explications, etc.
Enfin, au niveau des pieds, la métaphore de la métastase concerne les employés qui n’ont toujours rien compris de la philosophie de l’UdM, autant que les grands patrons d’ailleurs. Face cette dérive, le personnel est muet comme une carpe. Aucune revendication légitime. Un syndicat était en gestation dans les rangs du personnel enseignant, mais de source proche de l’administration, les membres de ce syndicat sont plus portés à des revendications étriquées liées à leur ventre, par exemple réclamer une augmentation de leur salaire et rien d’autre.
Le plus grave dans ce sombre tableau, c’est que les responsables chargés de veiller à l’encrage des 3 piliers ci-dessus se pavanent à travers le monde donnant l’impression de contrôler la situation. Pourtant ces responsables qui masquent mal leur incompétence par des coups de gueule brillent par un management archaïque fait de médisances et de rancunes tenaces à tout vent. Malgré toutes ces tares qui plombent sérieusement le rayonnement de l’UdM, aucun d’eux n’est inquiété, au contraire tout se passe comme s’il existait une familiarité suspecte, mieux une complicité cruelle entre les gens de l’AED et les dirigeants de l’UdM. Cette complicité, on la voit aussi bien dans les instances dirigeantes de l’AED que de l’UdM où sont venus trôner par cooptation des retraités qui ne font rien mais empêchent la jeune génération d’exprimer son talent. Il se dit que l’UdM est devenue un repaire des retraités grassement entretenus et dont les émoluments et autres avantages perçus ont permis de réfectionner leurs domiciles privés
Il convient d’attirer l’attention sur une telle situation peu flatteuse afin d’aider cette institution à sortir la tête de l’eau, à travers une explication que nous pouvons retrouver dans la catégorisation des membres et du personnel de l’AED.
Des avis recueillis à Bangangté et à Yaoundé où se trouve le siège de l’association, montrent qu’il existe 3 catégories de membres à l’AED :
La 1ère est constituée de ceux qui ne comprennent rien au projet. Ils sont présents aux réunions, prennent quelquefois la parole mais sans conviction et attendent de décharger leurs jetons de présence. Cette catégorie est tranquille et ne gêne personne.
La 2ème catégorie regroupe ceux qui dans le groupe se préoccupent de leur enrichissement rapide. L’avenir de l’UdM ne les intéresse pas, du moins très peu. Ceux-ci font trop de bruit et donnent l’impression qu’ils sont les maîtres à jouer. Leur course au remplissage de leurs bourses peut être comprise comme si leur tour était arrivé et il fallait vite faire avant la chute définitive de l’institution.
La 3ème et dernière catégorie est constituée d’une poignée de responsables, encore soucieux de l’avenir de l’UdM et de ses projets. Lors des réunions, on les voit soucieux et pensifs, préoccupés par la situation de crise que traverse l’UdM.
Toute personne ayant séjourné et échangé avec les différents acteurs sur le campus et dans les bureaux, peut aisément coller des visages aux membres de chaque catégorie. Le moins que l’on peut dire est qu’il était nécessaire de présenter les choses telles qu’elles sont afin d’attirer l’attention des dirigeants aveuglés par l’autorité qu’ils ont sur la communauté universitaire. C’est en le faisant ainsi sans porter les gangs que des solutions idoines peuvent être trouvées à la dérive de ce qui devrait faire la fierté des promoteurs et l’objet d’une admiration d’une communauté.
Ikemefuna Oliseh


Professeur Jeanne Ngogang: l'Amère de l'UdM, par Maheu
Sa silhouette ne passe pas inaperçue sur le campus. Malgré les traits de sa sénilité bien visibles, la «mère», ainsi l’appellent ceux qu’elle a réussi à mettre sous sa botte, porte fièrement une coiffure aux mini cheveux régulièrement teintés de couleur rose. Cette coiffure de yoyette  n’est pas le plus frappant. : la règle de son accoutrement repose sur le port permanent des mini-jupes et sa démarche pour le moins autoritaire est fortement tributaire d’un dos arrondi qui semble être un héritage de sa promotion à la tête des instances dirigeantes de l’UdM.
Sa nomination à l’UdM avait suscité beaucoup d’espoir auprès des enseignants qui se disaient qu’enfin une interlocutrice de leur cause était arrivée, l’empêcheur de piller en rond ayant été bouté hors d’état de nuire. Mais, c’était sans compter avec la rudesse d’une mer à boire qui a vite fait de décevoir ses fans d’hier parce qu’elle rappelle toujours à ces enseignants qu’ils sont encore jeunes. Moralité, ils doivent encore attendre, car tant que ces pépés et mémés sont encore là, ils ne peuvent prétendre aux hautes fonctions à l’UdM.
Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, son image irradie et rythme la vie des employés qui se sentent frustrés par sa non-maitrise de certains dossiers, surtout éberlués par son refus de prendre du temps pour lire et comprendre ce qu’on soumet à son appréciation. Même absente comme elle l’est très souvent sur le campus, elle donne l’impression qu’elle contrôle la situation. Mais en fait, l’amère de l’UdM utilise un management du chaos basé sur la médisance. La mémé aurait en effet sur le campus des affidés aux «cheveux de feu» qui rapporteraient sous un prisme grossissant et déformant des ragots sur des employés, ce qui naturellement déclenche le courroux de La Grande Royale qui soupçonne les mis en cause de vouloir mettre au grand jour des insuffisances managériales de la hiérarchie de l’institution, d’où ses coups de gueule et autres piques de colère qui finissent par exaspérer tout le monde dans la communauté universitaire des Montagnes, y compris parmi les responsables de l’AED.
En tant qu’unique femme de la bande et surtout seule universitaire, en dehors du pépé, et crainte pour cela, elle qui doit être au courant de tous les dossiers propres ou sales des uns et des autres, en profite pour dicter sa loi au groupe. On veut procéder à la réorganisation de l’administration, c’est elle qui impose son avis ; on veut nommer à un poste de responsabilité, elle propose et ça passe ; on veut acquérir de nouveaux véhicules, elle en dit ce qu’elle pense ; on veut chercher un restaurateur, elle donne le nom d’un service traiteur ; on veut inviter les médias sur le campus de Bangangté pour une opération Kilav, point n’est besoin de se triturer les méninges, la mémé est génitrice d’un brillant journaliste qui peut faire l’affaire, en faisant bien sûr fi du conflit d’intérêt, etc., elle est partout et nulle part et c’est logique que l’académie dont elle a la responsabilité soit aujourd’hui le ventre mou de l’UdM. Mais le plus intéressant dans l’affaire est que personne dans le groupe n’a le courage de lui demander des comptes sur sa gestion, en tant que manager. L’UdM serait-elle devenue un panier à crabes ?
Très attachée à l’argentier maison avec qui elle tient beaucoup de réunions, elle apparait sur l’échiquier comme un pion essentiel de la Ndéisation de l’UdM. Il se dit sur le campus qu’elle manœuvre dans l’ombre pour que le pépé soit mis en difficulté, question de prendre les rênes de l’institution lorsque les patrons de Yaoundé auront mis à l’écart le pépère en poste. Mais à la seule idée qu’elle peut diriger cette institution, des employés disent avoir des frictions, car au déficit managérial, s’ajoute sa méconnaissance de la philosophie et du projet UdM. Ce serait alors un chaos voire un complot programmé contre ce projet qui fait encore la fierté de la société civile nationale camerounaise, malgré les soubresauts dans lesquels l’insuffisance managériale de certains dirigeants l’a plongée.
Maheu


Echos médiatiaque de la crise à l'UdM,
Quand un temple scientifique devient un sujet de littérature, par Olivier A. Ndenkop
Comme une muse perchée sur les hauteurs de Banékané, l’Université des Montagnes est devenue une source intarissable d’inspiration. Elle a suscité des vocations de pamphlétaires, parfois de circonstance. Chacun d’eux est allé de sa tonalité, de son style et de son canal pour dire sa part de vérité sur la crise au sein de cette grande institution. Lecture kaléidoscopique d’une littérature d’un genre particulier.

Création et créateurs de L’université des Montagnes
Pr. Lazare Kaptué :
 «  Jusqu’en 2000, seul le Centre universitaire des sciences de la santé de Yaoundé était habilité à former des médecins. Et, pour devenir pharmacien ou chirurgien-dentiste, il fallait s’expatrier. Des membres de la société civile issus de différents milieux professionnels et réunis au sein de l’Association pour l’éducation et le développement ont voulu pallier ce manque de cursus médicaux en permettant aux étudiants les plus modestes, incapables d’aller à l’étranger, de bénéficier de cours sur place, dans les hauts plateaux de l’Ouest camerounais.
Dix-sept ans plus tard, nous avons formé pas moins de 1 600 médecins et autres personnels médico-sanitaires, ainsi que des ingénieurs. Nul ne peut nier que nous ayons contribué à enrichir l’offre et à améliorer la couverture sanitaire, dans un pays qui compte un médecin pour 10 000 à 15 000 personnes. Si l’UdM n’existait pas, il faudrait la créer ». (Jeune Afrique, Clarisse Juompan-Yakam, février 2017).
Pr. Ambroise Kom : « Au vu du chaos qui régnait alors sur le campus de l’Université de Yaoundé, je proposai de créer une université et de la faire fonctionner correctement. L’histoire de l’université privée nord-américaine m’avait appris qu’il suffisait d’être un tant soit peu stratège et de faire preuve d’abnégation, un peu à l’instar de l’Université Catholique d’Afrique Centrale que l’église catholique venait de créer à Nkolbisson avec la collaboration de quelques juristes locaux que nous connaissions bien. Comme on peut s’en douter, seule une poignée de personnes comprennent l’histoire desdites universités et les enjeux en cours, mais la seule idée d’être associé à un défi d’une envergure pareille était on ne peut plus fascinant.  Evidemment, l’enthousiasme affiché par les uns et les autres m’empêcha de soupçonner les participants de nourrir des arrière-pensées. […] Une fois le consensus de la création d’une association pour porter l’université, il s’agissait d’affiner le concept, de réunir les personnes susceptibles d’administrer la structure en gestation et faire vivre les filières à créer. Plusieurs noms de professionnels des universités furent suggérés. C’est bel et bien à ce stade que surgit le nom du Professeur Lazare Kaptué qu’on invitera par la suite pour mettre en place la filière des Sciences de la santé ». Ambroise Kom, Pour solde de tout compte, Pp 83-90

Ouverture de l’Institut d’études africaines
Pr. Lazare Kaptué : « Je m’étais engagé à mettre sur pied l’ISSS, l’ISST ainsi que le centre hospitalier universitaire. M. Ambroise Kom quant à lui,  Professeur de lettres de son état (littérature africaine) devait à juste titre, s’occuper de l’Institut des Etudes Africaines et des Langues.
A mon niveau, j’avais tout mis en œuvre avec le concours de mes nombreux amis et relations pour démarrer l’Institut Supérieur des Sciences de la Santé en 2000 par les filières médicine et pharmacie. Les filières odonto-stomatologique et vétérinaire ont suivi en 2008, puis les Sciences médico-sanitaires en 2010.
En 2001, j’avais fait démarrer l’Institut Supérieur des Sciences et de Technologie par les filières Réseaux et Télécommunication, Informatique et Réseaux, Instrumentation et Maintenance Biomédicale.    
A ce jour, les deux instituts ont mis sur le marché de l’emploi 1088 diplômés soit :
- 472 docteurs en médecine
-  148 docteurs en pharmacie ;
-  23 docteurs en médecine vétérinaire ;
-  25 docteurs en odonto-stomatologie ;
-  63 diplômés en Sciences Médico-Sanitaires.
-  357 licenciés en technologie»

Pr. Ambroise Kom
«Si l’UDM a commencé par la médecine et a été perçue par le public comme étant essentiellement une école de formation dans les filières médicales, c’est bien parce qu’à ce stade, le groupe s’orienta vers le Professeur Lazare Kaptué, enseignant de médecine qui, parce qu’étant encore en activité au sein de la fonction publique, dénicha un collège pour porter dans les fonts baptismaux le projet de la Faculté des sciences de la Santé. [...] Nous en vînmes ainsi à suggérer la création d’un Institut d’Etudes africaines dont le rôle se limiterait à dispenser des cours d’études africaines aux étudiants de chaque filière. Pareil institut pouvait également se positionner comme point d’appui de l’animation culturelle du campus, en attendant éventuellement de se positionner pour offrir des formations diplômantes avec forte valeur ajoutée, à l’instar de l’Université Senghor à Alexandrie (Egypte) », Ambroise Kom, pp. 89-90

Mobilisation des partenaires et donateurs
Pr. Lazare Kaptué
« S’il fallait attendre M. Ambroise Kom, l’UdM n’aurait pas encore ouvert ses portes à ce jour. Il ne peut donc prétendre que c’est lui qui faisait venir les enseignants à l’UdM ».

Pr. Ambroise Kom: « Au cours de ma mission d’enseignement de moyenne durée à l’université de Hambourd (RFA), j’avais travaillé avec un petit groupe d’étudiants camerounais qui avait, sous la houlette de Paulin Denis Kamga, collecté et rempli un container entier d’équipements pédagogiques nécessaires au démarrage des activités d’enseignement à Bangangté. […] Il serait fastidieux de passer en revue toutes les démarches entreprises au sein de la diapora pendant la quinzaine d’années que j’ai passé aux USA ».

L’affaire des containers
Pr. Lazare Kaptué : « Ma commune est en partenariat avec la Mairie de Chamonix Mont blanc et non la Mairie de Chambery comme annoncé dans le journal Ouest Littoral. En effet, notre partenaire avait envoyé du matériel pour ma commune et j’avais demandé et obtenu l’autorisation du bureau exécutif de l’AED  pour que ce matériel soit mis dans l’un de ses containers. Je ne l’avais pas fait en cachette ! De la même manière, j’avais demandé et obtenu de transporter du matériel pour le Lycée Technique de Bafoussam, apportant comme toujours ma contribution au développement de mon pays. Par conséquent, ce n’était pas mes effets personnels et je ne l’avais pas fait clandestinement.  
Notez bien que ce qui est reproché à M. Ambroise Kom, c’est d’avoir fait transporter clandestinement des tonnes et des tonnes de matériels de construction dans plusieurs containers successifs, année après année aux frais de l’UdM.    
Ce matériel était-il pour son usage personnel ou pour une quincaillerie ? Lui seul peut répondre à cette question ».

Pr. Inocent Futcha:  « Il convient d’entrée de jeu de préciser que l’affaire des containers est vieille de plus de cinq ans. Il a donc fallu qu’un connaisseur des archives aille fouiller pour dénicher les documents y afférents. Il y a cinq ans, le Pr. Kom vivait et travaillait aux Etats-Unis d’Amérique. Seules les personnes qui géraient l’UdM à cette époque à divers niveaux pouvaient autoriser le transport des effets personnels dans les containers de l’institution. Seules ces personnes avaient la responsabilité de faire payer les frais afférents par les propriétaires concernés. Il est aujourd’hui établi que plusieurs personnes ont fait transporter leurs effets personnels dans les containers de l’UdM sans payer de frais et sans pour autant avoir été sanctionnées. Le président de la commission chargé du dossier des containers a déclaré au cours d’une réunion du CO que si la commission avait régulièrement siégé, il aurait proposé qu’une facture soit servie au Pr. Kom. Pourquoi cette proposition a-t-elle été rejetée ? J’ai la réponse à la question. Elle a été rejetée parce que récupérer les fonds dépensés par l’UdM n’est pas l’objectif des comploteurs, mais plutôt la suppression d’un gêneur ».
Morceaux choisis  par
Olivier Atemsing Ndenkop


Témoignage: AED-UdM, travestissements des faits et inversion des rôles, par Innocent Futcha
Il y a quelques mois, j’avais publié un témoignage essentiellement factuel sur la crise à l’Université des Montagnes (UdM) [http://www.icicemac.com/actualite/affaire-universite-des-montagnes-ou-l-utopie-en-questionun-des-fondateurs-denonce-les-magouilles-20232-38-1.html#.WWp0s4qQyuU], après avoir vainement tenté, à maintes reprises, de « laver le linge sale en famille ». Ce faisant, je répondais à l’appel de ma conscience qui m’imposait alors le devoir de me prononcer en tant que membre fondateur de ce grand projet, sur la tentative d’assassinat moral du Pr Ambroise Kom à coups d’affabulations et de mensonges éhontés. Ces affabulations et ces mensonges n’ayant pas produit l’effet escompté, c’est-à-dire le discrédit du Pr Kom, les responsables actuels de l’Association pour l’Education et le Développement (AED) ont changé de discours. Ils ont organisé au mois d’avril 2017, une visite de presse qui a donné lieu à la publication dans les média de contre-vérités [Le Messager n° 4804 du 17 avril 2017, pp. 6-7] tellement grossières qu’en les lisant je me suis à nouveau senti interpellé. Il m’est alors venu d’instinct à l’esprit cette affirmation frappante du Pape François dans son livre Le Nom de Dieu est Miséricorde, (Paris, Robert Laffont, Presses de La Renaissance, 2016, p.49) : « La honte est une grâce à demander, c’est un facteur positif parce qu’elle nous rend humbles ».
En effet, seule la perte du sens de la honte, de l’honneur et de la dignité a pu amener des personnes respectables comme les dirigeants actuels de l’AED et de l’UdM à se comporter comme si la multiplication à l’infini des calomnies et des mensonges peut finir par produire la vérité. En réfléchissant sur leurs outrances dans les médias, il m’est apparu clairement que l’appât aveuglant du gain facile et un orgueil démesuré les ont conduits à ce qui m’apparaît aujourd’hui, comme la cause profonde de la crise en cours : l’inversion éhontée des rôles assignés à l’AED et à l’UdM couplée au travestissement des faits.
L’AED et l’UdM, faut-il le souligner, ont été conçues, pensées et mises sur pied par les mêmes personnes regroupées au sein du Collectif Changer Le Cameroun (C3), chacune d’elle ayant un rôle clairement défini à jouer. Le projet initial qui a mobilisé les énergies au sein du C3, c’est l’UdM. L’idée de l’AED comme association à but non lucratif de la société civile camerounaise est née lorsqu’après mûre réflexion au cours d’une retraite à Bana, le C3 a décidé de faire de l’UdM un projet collectif plutôt que la propriété d’un petit groupe d’actionnaires. C’est dire que l’AED a été créée, après-coup, pour porter l’UdM comme des bienfaiteurs soutiennent un projet d’intérêt général. La source principale de tous les maux qui minent aujourd’hui l’UdM, c’est la transformation de l’AED en une association portée par l’UdM, la déformation des faits servant de soubassement à cette entreprise égotiste. Quelques exemples éloquents suffisent pour le prouver.

La présence au sein du Conseil d’Orientation de l’AED d’un ancien employé licencié pour malversations
Le Conseil d’Orientation (CO) de l’AED qui joue le rôle de Conseil d’administration de l’UdM compte parmi ses membres un ancien employé renvoyé pour malversations avérées à l’époque où le Pr Ambroise Kom siégeait dans le directoire de l’Institution. Quand on sait que les élections au CO se font au scrutin de liste, il est aisé de comprendre que cet ancien employé jouit du soutien des responsables haut placés dont il bénéficiait sans doute de la protection dans ses exactions. Cela est d’autant plus plausible que cette personne, loin de faire profil bas, par décence, comme on aurait pu s’y attendre, est de ceux qui sont montés sur leurs grands chevaux au cours de l’Assemblée Générale du 17 décembre 2015 pour réclamer l’exclusion définitive du Pr Kom de l’AED. C’est d’ailleurs ce spectacle odieux, reflet nauséeux d’un monde à l’envers, qui m’a amené à sortir de ma réserve pour décrier l’imposture, car il y a des circonstances dans la vie où se taire est un crime impardonnable.
Si la présence au conseil d’orientation de l’AED de cet ancien employé me semble digne d’intérêt, ce n’est pas à cause de sa personne. C’est parce que cette présence m’apparait clairement comme le symbole de l’existence au sein de l’AED et singulièrement de son bureau exécutif d’une véritable éthique de l’appropriation égoïste de l’UdM. En effet, même si les termes « éthique » et « morale » sont synonymes dans l’usage courant, il convient de se rappeler que l’éthique est avant tout, comme le rappelle opportunément Jean Mbarga dans son livre Valeurs Humaines Valeurs Morales (Yaoundé, groupe éthique, 2002 p.7) « une théorie raisonnée du bien et du mal ». Or, il est bien connu que le mal n’apparait jamais à ceux qui le commettent sous ses vraies couleurs mais plutôt sous celles du « bien » ou des biens immédiats qu’ils en tirent individuellement ou collectivement. Dans ce sens, un acte ou un comportement répréhensible peut bien obéir à une éthique de circonstance.  

L’ingérence des membres du Bureau Exécutif de l’AED dans la gestion quotidienne de l’UdM
Parmi les conditions à remplir pour l’obtention du crédit de l’Agence Française de Développement (AFD) figure en bonne place la séparation nette des responsabilités entre les dirigeants de l’AED chargés de superviser les activités de l’UdM et les dirigeants de l’UdM à qui incombe la gestion au jour le jour de l’Institution. Curieusement, les membres du bureau de l’AED, à l’heure qu’il est, s’investissent dans la gestion quotidienne de l’UdM comme si tel était leur rôle. « Tu es mon grand frère mais je suis ton patron » déclare le président de l’AED au président de l’UdM dans le bureau de ce dernier, en ma présence. Et ce n’est pas une boutade.
Dans les faits, les membres du bureau de l’AED considèrent l’UdM comme leur épicerie ou leur quincaillerie. Aussi ne se privent-ils pas pour intervenir dans l’administration quotidienne comme dans les grandes décisions.
Le président de l’AED signe des notes de service fixant ou rappelant les heures de travail et les périodes d’interruption des cours. Il décide, tout seul, d’instruire le premier Vice-Président de l’UdM d’arrêter ses activités au sein de l’Institution alors que la sanction arrêtée par le Conseil d’Orientation de l’AED à son encontre ne concerne que ses activités au sein de l’Association.
Lorsqu’à la fin du mois d’août 2016, je constate que mon salaire d’enseignant a été suspendu alors que j’étais en train de corriger des copies, je me tourne vers le président de l’UdM pour m’enquérir, par téléphone, de ce qui se passe. Il m’apprend alors qu’il n’a été qu’un ampliataire de la décision de l’AED m’excluant et de cette association et du personnel de l’UdM. Les motifs de cette exclusion dont je n’ai jamais reçu notification officielle, sont autant d’illustrations éloquentes du genre d’extravagances démentielles auxquelles peuvent conduire la rage d’écraser sur son passage tout obstacle sur le chemin menant vers un butin convoité : je suis accusé, entre autres motifs tout aussi fallacieux, d’avoir divulgué les documents d’une association, d’avoir organisé des grèves à l’UdM, d’avoir porté plainte contre l’AED et tenté d’obtenir la fermeture de ses comptes… Je crois rêver. C’est pourtant la triste et pitoyable réalité. Le stalinisme n’est pas loin si on n’y est pas déjà !
Au cours du même entretien téléphonique que j’ai eu avec le président de l’UdM au sujet de mon exclusion, ce dernier me confesse qu’il est en train d’insister auprès de l’AED pour que la modification alors en cours de l’organigramme de l’institution prenne en compte la nécessité pour celle-ci de jouir d’une autonomie financière suffisante pour son fonctionnement harmonieux. De toute évidence, il n’a pas été entendu puisque la gestion financière de l’UdM, depuis les commandes jusqu’au règlement des factures pour les transactions jugées importantes par l’AED se trouve entièrement sous son contrôle sans que les résultats obtenus puisse le justifier.
En effet, lorsqu’une voiture neuve devient inutilisable quelques mois après livraison par manque de pièces de rechange, on peut s’interroger sur la pertinence des critères ayant justifié son acquisition.
De même, lorsque l’urgence d’acquérir des équipements pédagogiques est avérée ; lorsqu’une avance d’une trentaine de millions de francs CFA est versée à un fournisseur coopté et que deux ans plus tard personne ne parle de ces équipements, on peut se poser des questions sur ce qu’est devenue la transaction.
Il n’est pas superflu de relever ici que l’une des premières décisions arbitraires prises par le président de l’AED dès son entrée en fonction avait été d’enlever au premier président de l’UdM, le Pr Kom, jugé sans doute trop inquisiteur, le pouvoir de signer sur les comptes de l’UdM, pour le confier à la vice –présidente. Le Bureau Exécutif dont j’étais membre n’avait jamais eu à débattre de la question.

Les membres du bureau de l’AED émargent au budget de l’UdM
Quand les membres du bureau de l’AED, presque tous des universitaires occupaient des postes de responsabilités à l’UdM, ils étaient payés, à juste titre, comme personnel de l’Institution puisqu’ils lui rendaient des services conséquents. Aujourd’hui, avec la séparation des pouvoirs, les membres du bureau de l’AED perçoivent des émoluments uniquement pour leur qualité de membre du bureau de cette association. Renversant ! Même les membres ordinaires se voient payer, souvent à leur grand étonnement, de généreux perdiems quand ils participent aux assemblées générales, aux diverses commissions. Maudit soit qui pense que le fonctionnement de UdM peut se distinguer de celle de la Fonction publique du pays ! La dernière assemblée générale à laquelle j’ai été invité ne s’est pas tenue, les documents à étudier n’étant pas disponibles. Néanmoins, les membres présents ont eu droit à leurs perdiems.

Des bus achetés avec les fonds de l’UdM utilisés ostensiblement comme panneaux publicitaires par l’AED, pour l’AED
Tous ceux qui ont vu les bus achetés par l’équipe à la tête de l’AED ont dû être frappés par l’inscription en gros caractères AED-UdM. Il convient de relever tout de suite qu’il ne s’agit nullement d’un don de cette association à l’institution qu’elle est censée parrainer, mais bel et bien d’équipements acquis grâce aux fonds générés par cette dernière. Leur utilisation à des fins publicitaires par l’AED pour l’AED révèle à quel point les personnes concernées sont essentiellement mues dans leurs agissements, par le désir effréné de promouvoir d’abord leurs intérêts en commençant par leurs egos. Des universités comme Harvard, MIT, aujourd’hui références mondialement connues, sont portées par des promoteurs dont personne n’a jamais entendu parler. L’AED a même étrenné le premier des bus dont il est question ici par un tour de ville à Bangangté, l’arrosant de champagne, pour bien montrer le « trophée de guerre » à tout le peuple. Incroyable mais malheureusement vrai ! Il n’y a pas meilleure preuve de la mise de l’UdM au service de l’AED. Les exemples de l’appropriation de l’une par l’autre sont nombreux et variés. En les observant, il me vient d’instinct à l’esprit cette déclaration de Steve Jobs, le célèbre inventeur de Apple : « People who actually do things are people who thought about them first. Thinkers are doers. ». Oui, la pensée doit nécessairement précéder l’action. Le malheur de l’UdM aujourd’hui vient de ce qu’aucune place n’est plus accordée à la réflexion stratégique, le ventre primant sur toutes autres considérations.
C’est face aux nombreuses dérives inacceptables constatées quand il participait à la gestion de l’UdM que le Pr Kom a écrit, à l’intention de quelques personnalités dont il a sollicité la médiation, un texte sur ce qu’il a appelé l’Institutionnalisation, c’est-à-dire la formulation de règles de fonctionnement à respecter par tous, en vue d’asseoir l’institution sur des bases solides avant de passer la main à la jeune génération. Ce document a été lu devant les membres du bureau de l’AED avant d’être envoyé à leurs destinataires. C’est pourtant son auteur qui est accusé dans les média de vouloir faire main basse sur l’UdM et d’avoir « pris des libertés avec le code éthique de l’Institution » comme l’écrit Alan Njipou dans Le Messager n° 4804 et comme l’affirme la Vice-Présidente de l’UdM dans une émission de télévision à Vox Africa en mai 2017.
Je le réaffirme et le souligne avec force. Le Pr Ambroise Kom n’a enfreint aucun code éthique connu. Il s’est employé, pendant qu’il faisait partie de l’équipe dirigeante de l’UdM, à détruire impitoyablement l’éthique de l’appropriation égoïste et à mettre sur pied des règles de fonctionnement susceptibles de conduire l’UdM vers l’excellence. Il lui est reproché d’avoir mis des effets personnels dans un container de l’UdM. Une véritable aberration. Cela s’est passé, à ciel ouvert, il y a six ou sept ans alors que le Pr Kom vivait et travaillait aux USA, avec l’accord des dirigeants en poste à l’UdM. Cet accord avait été donné d’autant plus facilement que ces dirigeants eux-mêmes se livraient aux mêmes pratiques, lesquelles d’ailleurs n’étaient pas condamnables puisqu’elles n’étaient possibles que quand il y avait de la place dans les containers de la diaspora camerounaise de Saint-Etienne (France).
Contrairement à ce qu’a affirmé l’actuel Vice-Président de l’AED, personne d’autre, en dehors du Pr Kom, n’a jamais été sanctionné pour avoir mis ses effets personnels dans les containers de l’UdM. Le prétexte a donc été utilisé pour ternir l’image d’un gêneur. Et si l’on est allé chercher dans les archives c’est bien parce qu’on ne pouvait trouver aucune autre faute à imputer au Pr Kom. Dans ce cas, il fallait utiliser ce prétexte au maximum. Ainsi donc, bien que la sanction officielle ne concerne pas les fonctions du Pr Kom à l’UdM, le Président de l’AED prend sur lui de l’étendre à cette extrémité pour une durée d’un an. Avant la fin de l’année de suspension, le poste du Pr Kom est supprimé de l’organigramme et son exclusion définitive de l’AED prononcé de la manière la plus arbitraire.
Le gêneur ainsi éliminé pour satisfaire des egos hypertrophiés et remplir des poches pourtant déjà bien pleines, se trouve malheureusement être le moteur de la construction de l’UdM, l’âme de ce projet, considéré à juste titre, comme une immense contribution patriotique à l’offre de formation dans notre pays.

Il ne s’agit nullement ici de flagornerie, mais d’une simple reconnaissance de la réalité.
- Du fait de sa connaissance de l’environnement nord-américain où la société civile joue un rôle de premier plan en particulier dans la réalisation des projets d’intérêt général, le Pr Kom est le mieux imprégné de la philosophie ayant inspiré l’UdM d’où ses nombreuses contributions pour la vulgariser urbi et orbi.
-le financement de plus de 5 milliards de francs CFA de l’AFD, celui de plusieurs dizaines de milliers de dollars US obtenu après admission de l’UdM au sein des institutions universitaires qui mettent en pratique le concept « One Health » sont les fruits des démarches du Pr Kom auprès de ses nombreuses relations internationales et en collaboration avec la diaspora camerounaise.
-la réflexion stratégique permanente pour trouver des solutions aux nombreuses difficultés auxquelles une institution comme l’UdM peut être confrontée était animée par le Pr Kom.
-l’engagement du Pr Kom pour la cause de l’UdM était tel qu’il avait cessé toutes ses autres activités pour s’installer dans son Bayangam natal d’où il partait tous les matins pour se consacrer entièrement et exclusivement à cette institution.
L’UdM est, assurément, un projet collectif, une brillante illustration de la parabole des talents dans la bible. Un moteur ou un cœur ne saurait fonctionner tout seul. Il n’est nullement question pour moi de sous-estimer le rôle des uns et des autres. Dans un projet collectif, chacun joue son rôle à sa place. Le malheur vient de ce que, par pur égoïsme, les responsables actuels de l’AED croient avoir la science infuse. Même dans le domaine purement universitaire où ils n’ont aucune compétence, ils croient pouvoir s’imposer.
Comment comprendre que les dispositions stratégiques prises par le Pr Kom pour remédier à la baisse des effectifs dans les filières médicales du fait du numérus clausus aient été abandonnées ? Comment comprendre que les études africaines puissent être organisées dans une université dont le Pr Kom est l’un des fondateurs, une université dont la naissance a été formellement envisagée dans son salon, au cours d’une réunion convoquée par ses soins pour en parler, comment comprendre que les études africaines, domaine où il est l’une des sommités dans le monde universitaire des africanistes, comment comprendre que les études africaines puissent être organisées à l’UdM sans son concours pour des balivernes qu’une coterie veut faire passer pour la vérité ?
Qui peut imaginer qu’une filière entière soit privée d’enseignements uniquement parce que l’enseignant concerné, par ailleurs président d’une association bienfaitrice de l’UdM, a critiqué les dérives de l’AED ? Qui peut comprendre que l’UdM se soit passé des services de M. Hervé Mogto, une référence dans le domaine de la kinésithérapie, à la demande de l’AED, pour son regard critique sur le fonctionnement de cette association ? Créée, équipée et animée pédagogiquement par Hervé Mogto qui y associait nombre de ses confrères kinésithérapeutes de France, la filière kinésithérapie à l’UdM se meurt si elle n’est pas déjà enterrée. Pendant ce temps de nouvelles filières sans lendemain se créent…Faut-il croire qu’à l’UdM, la recherche de l’excellence rime désormais avec bricolage ?
Au sein du C3, l’UdM avait été pensée pour représenter la preuve de la capacité des Africains à prendre leur destin en main. De fait, pendant quelques années, le projet a valu à ses promoteurs les sincères félicitations et l’admiration des observateurs les plus sévères.
Aujourd’hui, face à nos niaiseries, même certains de nos partenaires étrangers les plus admiratifs s’interrogent sur notre aptitude à dépasser nos égoïsmes pour « faire foule » comme disait le poète Césaire et construire ensemble quelque chose de durable. Ils n’hésitent pas à parler ouvertement de nous comme des êtres à part.
Certes, « il n’y a rien de nouveau sous le soleil » et je ne doute pas un seul instant que la nature humaine est la même sous tous les cieux, capable de grandeur et des bassesses les plus humiliantes. Mais tout de même, les acteurs du mélodrame en cours à Bangangté appartiennent à l’élite intellectuelle de notre pays. Pour cette raison, ils savent que la pensée doit précéder l’action qui ne saurait se contenter d’être mimétique.
Une rumeur persistante fait état d’une propension au sein de l’AED/UdM à accorder des prérogatives aux ressortissants du Ndé au motif que l’UdM est sur le territoire de ce département. L’exemple le plus cité, c’est la présidence de l’UdM où tout le personnel, en dehors du président, serait originaire du Ndé. Si cela était vrai, il faudrait étouffer ce penchant avant qu’il ne se développe car un tel comportement serait suicidaire. L’intérêt du Ndé, de toute évidence, est avant tout dans une UdM prospère attirant de nombreux étudiants et travailleurs sur son territoire. Si, par hasard, les promoteurs de cette prospérité sont originaires du Ndé, pourquoi pas ? Mais l’appartenance à un groupe quel qu’il soit ne saurait être un critère de sélection dans une institution dont la devise est « Toujours Rechercher l’Excellence ».  
Les conséquences désastreuses du comportement totalement irresponsable des dirigeants de l’AED sont désormais visibles et palpables. Mes yeux s’emplissent de larmes quand je pense au désastre qui se dessine. Les personnes concernées doivent faire amende honorable. Ce ne serait pas s’abaisser, mais au contraire faire preuve de lucidité et de grandeur. Un changement radical d’attitude et de comportement s’impose. S’il en est autrement, le jugement de tous nos observateurs au Cameroun et à travers le monde sera impitoyable. L’histoire sera sévère.
Innocent Futcha.


Note de lecture: Pour solde de tout compte
Chronique d'une déconfiture annoncée, par Jean-Blaise Samou
Comment expliquer qu’après bientôt 60 ans d’indépendance politique, qu’ayant forgé un projet de développement endogène et l’ayant porté sur les fonds baptismaux, des Africains initiés à l’école occidentale et dont la réputation (du moins au niveau scientifique) est incontestée dans leurs domaines respectifs du savoir, ne soient pas en mesure de piloter ce projet de manière rationnelle et fructueuse sans fléchir à l’appel du ventre? Aucun esprit critique ne peut se pencher sur le drame qui se joue à l’Université des Montagnes depuis ces cinq dernières années sans que cette interrogation ne revienne le hanter. Le dernier livre d’Ambroise Kom, Université des Montagnes. Pour solde de tout compte (2017) éclaire d’une lumière neuve et inattendue la crise des valeurs que traverse cette institution dont il est à plus d’un égard l’initiateur. À force d’y penser, on est tenté d’invoquer la triple malédiction nègre, francophone et bamiléké, thèse qui passe en filigrane dans les réflexions de l’auteur au sujet de son expérience dans cette institution. Mais de quoi s’agit-il?
Entre 2015 et 2016, dans la presse comme sur certains plateaux de télévision au Cameroun et en ligne, des membres de l’équipe dirigeante de l’UdM s’étaient livrés à des joutes oratoires dans lesquelles ils revendiquaient à cors et à cris la paternité de l’UdM, jetant l’opprobre sur leurs pairs, en l’occurrence Ambroise Kom, Hervé Mogto Tamnou, Henri Djoko, Armelle Cressent et quelques autres, qui étaient régulièrement dépeints sous les traits les plus odieux. Alors que le vice-président de l’AED, l’architecte Yimgaing Moyo présentait Ambroise Kom comme un vulgaire “voleur” qui veut “diriger l’UdM alors qu’il n’est qu’un littéraire”, le président de l’UdM, le Professeur Lazare Kaptué dans une mise au point publiée sur Camer.be le 26 décembre 2015 affirme quant à lui que «M. Ambroise Kom […] a enseigné au Cameroun, au Maroc, au Canada, aux Etats-Unis d’Amérique uniquement dans le but d’amasser beaucoup d’argent. Pendant les années chaudes du projet UdM, ce dernier s’est réfugié aux USA pour amasser davantage de dollars. Quand en 2012, il s’est rendu compte que la tempête s’était apaisée et que l’UdM avait pour ainsi dire acquis ses lettres de noblesse, il est rentré au pays pour ‘’gouverner’’ l’institution.»
Si l’on en croit MM. Moyo et Kaptué, Ambroise Kom serait essentiellement mû par la quête matérielle et le pouvoir, alors qu’ils ont pour leur part sacrifié leurs vies à bâtir l’UdM. Il avait fallu les prises de position courageuses et vibrantes du Professeur Innocent Futcha, de Benjamin Zebaze, et plus récemment du Professeur Hervé Tchumkam pour apporter un brin de lumière dans ces messes lugubres. Il faut rappeler que dans leurs sorties respectives, ni Yimgaing Moyo, ni Lazare Kaptué ne font aucune référence à la  genèse de l’UdM, épisode crucial qui les aurait confondus dans leurs machinations. Université des Montagnes. Pour solde de tout compte apporte une réponse claire à ceux qui voudraient comprendre les dessous réels de cette affaire, expliquant au passage les fondements de la déconfiture intellectuelle et managériale qui se produit en ce moment à l’Université des Montagnes.

Le culte de la personnalité et de la totemisation
S’énonçant comme une autofiction, le livre remonte en effet aux origines du projet qui avait donné naissance à l’UdM. En 1987, après avoir diagnostiqué les problèmes qui minaient l’équilibre social et le développement harmonieux du Cameroun dans un article visionnaire – “Le Cameroun de Paul Biya, autopsie d’un chaos annoncé” –, Ambroise Kom avait alors rassemblé autour de lui un nombre d’intellectuels camerounais sous la bannière “Collectif Changer le Cameroun” (ou C3) qui s’était donné pour mission de “rédiger un livre blanc sur nos trente années d’indépendance” (p.74-75).  C’est dans le cadre des travaux de ce collectif qui publia en tout quatre ouvrages entre 1990 et 1994 qu’Ambroise Kom, «au vu du chaos qui régnait alors sur le campus de l’Université de Yaoundé», et s’inspirant du modèle nord-américain qu’il a côtoyé pendant plus de quinze ans, proposa de « créer une université et de la faire fonctionner correctement»  (p.83). Il en proposa le nom « Université Libre des Montagnes », qui mua plus tard pour devenir simplement «Université des Montagnes » (UdM), suivant une suggestion de Jean-Baptiste Yonkeu (p.85).
Il faut préciser que le nom de Lazare Kaptué ne figure nulle part dans les registres du C3, tel que ce dernier le reconnaît lui-même: « Je n’étais pas membre du C3 […], je ne sais pas de quoi il s’agit!» Autrement dit, lorsqu’il crie à l’ironie qu’Ambroise Kom soit présenté comme fondateur de l’Université des Montagnes, on peut se demander de quel côté se trouve l’ironie si ce n’est dans ses propres propos. Sinon  « comment se fait-on éjecter d’une entreprise qu’on a soi-même créée?» Cette interrogation jadis soulevée par Steve Jobs, l’inventeur de Apple Computer, trouve son pendant tropical en Kom. Le drame qui se déroule à l’UdM est ainsi à l’image de celui qu’on observe à l’échelle nationale et continentale où, à peine propulsé à une position de pouvoir, chaque souverain joue de toutes les ficelles pour effacer les traces de ses prédécesseurs, s’enlisant ainsi dans le culte de la personnalité et de la totemisation. Aussi pourrait-on déduire que les manipulations qui ont conduit Lazare Kaptué et de son équipe à éjecter Ambroise Kom relèvent simplement de ce que Innocent Futcha dans sa prise de position a appelé «stratégies d’appropriation» de l’AED-UdM par une équipe d’opportunistes qui n’avaient rien à voir au concept initial.
C’est d’ailleurs dans cette perspective qu’Ambroise Kom aborde la question de savoir «à qui profite l’UdM» (pp. 123-136). Voici une institution au sein de laquelle les pères fondateurs, tous membres du C3 (ancêtre de l’AED) ne souhaitaient « ni plus ni moins que de mettre en pratique l’ambition affirmée dans leur manifeste Changer le Cameroun. Pourquoi pas?» (p.126), à savoir: « tourner le dos à la bureaucratie improductive, à la filouterie, à la gabegie et à la gestion discrétionnaire et opaque qui plombaient l’avenir du pays » (p.125). C’est également dans cette perspective que fut élaborée une charte qui énonce la philosophie fondatrice ainsi que le caractère d’initiative à but non lucratif de l’UdM. L’utopie était-elle surréaliste?
Toujours est-il que ce qui fait courir tant de personnes sur la colline de Banekane aujourd’hui c’est justement ce contre quoi la charte fut élaborée. Ambroise Kom en explique les rouages en des termes qui frisent la malédiction:
« Inaptes à comprendre le rôle que pouvait jouer une institution d’avant-garde dans leur environnement et totalement fermés à ce que pouvait être une aventure à but non lucratif, nombre de bamilékés, hormis la diaspora, n’y ont vu qu’une opportunité d’affaire, quitte à tremper l’institution dans une sauce à leur goût […] À y regarder de près, la rapacité rageuse de certains membres ordinaires de l’association n’était qu’un épiphénomène, étant donné le système de prédation que la poignée d’individus qui géraient l’institution au quotidien était en train d’instaurer sur le campus […] L’UdM se retrouva ainsi avec un nombre d’employés totalement improductifs mais bénéficiant d’avantages inconsidérés, afin de nourrir les membres de son réseau […] Comme on l’aura compris, l’UdM était devenue une structure ventriloque et népotiste, distribuant des prébendes, une structure en tous points semblable aux structures publiques ou parapubliques contre lesquelles elle s’était pourtant construite » (pp.128-134).  
Il est important de préciser, à la suite du Professeur Futcha, que les déboires d’Ambroise Kom commencent au moment où ce dernier négocie et obtient auprès de l’Agence française de Développement un prêt concessionnel de 5 milliards de nos francs pour l’extension et la modernisation des infrastructures de l’UdM. Un prêt concessionnel dont l’annonce « força tous les loups, pourrait-on dire, à sortir du bois [pour des] messes basses, des coups bas et des contre-coups qui se mirent à pleuvoir, publiquement ou non, à l’occasion du virage annoncé » (p.140). Au vu de ces développements, et au souvenir des mots allégation révélatrices de Lazare Kaptué qui reproche à Ambroise Kom d’être rentré au pays en 2012 avec l’intention secrète de «  gouverner» l’UdM, on comprend que le malheur de ce dernier est « de trop ouvrir l’oeil sur les réseaux de prédation en place », c’est-à-dire d’empêcheur de piller en silence. Il faut souligner que le témoignage d’Innocent Futcha lui valut d’être radié non seulement de l’AED, l’association porteuse de l’UdM, mais aussi d’être licencié de son poste d’enseignant à l’UdM.

La malédiction bamiléké
On peut dès lors se demander si l’UdM n’est  «qu’une épicerie qui doit distribuer à manger à ceux qui se considèrent, à tort ou à raison comme des ayant-droits ou [s’il s’agit toujours] d’un projet de développement social et culturel au service de la jeunesse et du pays» (p.147). Le résultat de cette gestion à l’emporte-pièce est « une énorme gabegie qui, outre son coût financier, a un coût moral incalculable sur l’idée même de l’UdM ». Ambroise Kom en conclut que  « par-dessus tout, il est évident que ce qui était pensé comme une utopie collective a fait long feu, nos défauts ‘culturels’ et nos égos hypertrophiés nous ont encore rattrapés» (p.149). On ne peut s’empêcher d’invoquer avec Benjamin Zébazé « la malédiction bamiléké » selon laquelle « dès qu’un groupe de bamilékés se réunissent pour initier un projet, il est courant que l’un d’entre eux trouve un moyen d’écarter les autres pour s’approprier l’initiative ». À ce titre, Ambroise Kom note que « la question ethnique risque d’être précisément le talon d’Achille du devenir de l’UdM » (p.160). Toutefois, au-delà des conséquences ravageuses de cette appropriation d’une entreprise de la société civile qui, s’entend, était initialement conçue pour n’appartenir pour ainsi dire à personne sinon au Collectif tout entier, que retenir de la chronique d’Ambroie Kom sur la déconfiture de l’UdM?  
On n’a pas besoin du témoignage des élites intellectuelles aussi intègres que Fabien Eboussi Boulaga et Innocent Futcha, ou même de connaître personnellement Ambroise Kom – sa réputation le précède sur les cinq continents – pour percevoir que les accusations contenues dans la mise au point de Lazare Kaptué sont cousues de fil blanc. Au final, il ressort de toute cette tragédie une distinction nette entre les esprits petits et les grands hommes, ceux qui de manière narcissique ne pensent qu’à eux-mêmes, à leur pouvoir, leur argent, leur image ; et ceux qui mettent la collectivité, le bien-être national au-dessus de tout. Ambroise Kom en est un exemple : il conçoit son récit pour conjurer l’afro-pessimisme, afin que s’en inspire quiconque serait en quête d’une voie alternative de développement au profit de notre pays”.
Jean-Blaise Samou
Assistant Professor of French and Francophone Studies
Ripon College, USA


Pour solde de tout compte : Ambroise kom, l’intellectuel indocile, par Gérard Keubeung
On le croyait vaincu, réduit au silence tant les attaques et insultes des « petits mangeurs » désormais aux commandes de l’Université des Montagnes volaient bas, visaient plus à détruire la crédibilité de cet homme, plutôt qu’à fournir les preuves des pseudos malversations dont il était accusé. Rien ne surprend sur le procédé utilisé. C’est la marque de fabrique de cette élite prédatrice, médiocre dans ses réalisations et incapable d’initiative tel que l’affirme Fanon. Ambroise Kom ne s’est pas tu. Il a su se taire et laisser aboyer ceux de ses collègues qui ont pris en otage le projet de toute une génération : l’université des montagnes. Non seulement il a su se taire quand il le fallait, mais il s’illustre à travers cet ouvrage, comme un homme d’état. Contrairement à la mise en garde que fait Ambroise Kom à son lecteur de ne pas voir dans ce livre la déconfiture de l’UdM parce que ce serait prématuré, j’affirme qu’on a fait les obsèques de l’UdM depuis des lustres et qu’on est passé depuis de nombreuses années à la célébration des funérailles. Une fois de plus, Ambroise Kom refuse d’admettre que le projet pour lequel il a mis un terme à une carrière bien rémunérée du côté des USA est bien mort. Illustration même de l’optimisme qui caractérise cet intellectuel acharné, infatigable travailleur qui a « enjambé des cadavres » pour se frayer un chemin dans la vie et imposer le respect de ses pairs dans le milieu universitaire, c’est-à-dire loin de ce qui en tient lieu dans son pays natal. Ce livre décrit un jeune orphelin consciencieux, travailleur à qui l’ecclésiaste tuteur inculque un mépris des choses bassement matérialistes. On découvre aussi un jeune homme à cheval sur plusieurs fronts : sa scolarité qu’il continue du côté du collège moderne de Nkongsamba, puis ses études à l’université fédérale du Cameroun qu’il fait en même temps que la gestion quasi totale du collège Saint-Laurent de Bafou où il s’illustre comme le véritable ‘‘patron’’. Pourtant, le jeune Kom exécute les tâches que lui confie l’Abbé Louis-Marie Nkwayep avec Maestria, tout comme les études qu’il fait du côté du département des lettres. C’est nanti d’un DES qu’il s’envole avec l’aide de Thomas Melone pour la France où il fait la dure expérience du racisme. Le séjour bien rempli du côté de la prestigieuse Brown University, les deux doctorats qu’il rentre soutenir en France, et le séjour canadien ne l’ont pas détourné de la raison pour laquelle le maitre Melone le pousse à aller en Occident : l’Afrique et particulièrement le Cameroun ont besoin des savoirs qu’il engrange là-bas. La première étape de ce retour se fait au Maroc où il lui est clairement signifié qu’il n’y est pas chez lui. Trois ans plutard, il pose ses valises au sein du département de littérature africaine de l’université de Yaoundé où, très tôt, il se trouve confronté aux dures réalités de la condition de l’intellectuel en postcolonie. Il n’y a décidément pas de retours heureux, finit-il par s’en convaincre. Son indocilité et le refus de plonger dans les magouilles et autres pratiques contraires à l’éthique intellectuelle auxquels se livrent ses collègues ‘‘instituteurs d’université’’ le révulsent. Le bourreau a pour nom Ngijol Ngijol, cet agrégé des lycées français qui, de retour de la France s’est autoproclamé agrégé des universités. De pareilles choses n’ont cours que chez nous. Surviennent les années de braise et la naissance du Collectif Changer le Cameroun, cercle de réflexion qui verra la publication des 4 ouvrages et l’idée de la création de l’Université Libre des Montagnes vite rebaptisée par la suite Université des Montagnes. Ambroise Kom n’a pas omis le séjour qu’il passe à la BMM du fait de son affinité avec Mongo Beti, l’autre dissident indocile ; encore moins l’affront qu’il fait à l’éminent juriste des universités camerounaises alors promu ministre de l’enseignement supérieur. En ces années troubles où l’université camerounaise prend de l’eau de toutes parts et que la société se transforme en une jungle où chacun lutte pour ses intérêts, Kom et un groupe d’amis et collègues livreront contre les autorités de Yaoundé la bataille pour la mise sur pied de cette université qui tournerait le dos aux pratiques de ‘‘gestion à l’Africaine’’. « Le rêve était-il trop beau, l’Utopie trop utopique ? »(126) Cette université telle que rêvée par Ambroise Kom a-t-elle jamais vu le jour ? Seul Ambroise Kom y a cru. L’occasion était trop belle. Les vautours en coulisse attendaient déjà le corps inerte de l’institution pour se servir de sa chair putréfiée avant même qu’elle n’ait vu le jour. La logique une fois de plus a été respectée. Les nègres ont raté une fois de plus l’occasion de montrer qu’ils n’étaient pas de grands bébés. Pire encore, les bamilékés, pleurnichards du fait des misères dont ils seraient les victimes au Cameroun ont étalé devant tous leur bêtise et leur anthropophagie.Ils ont montré aux yeux du monde entier qu’ils ne valaient pas mieux et que s’en prendre à Biya est la seule chanson qu’ils savent mimer. Les jérémiades d’Ambroise Kom et ses plaintes à ceux qu’il considérait comme le dernier rempart de cette fratrie bamiléké pouvant sauver ce qui restait du corps en putréfaction déjà avancé de l’UDM n’ont rien pu faire. Aucun de ces illustres personnalités à qui Kom demande un sursaut d’honneur au nom de la tribu n’a levé le petit doigt. Au pays de Paul Biya, il ne faut pas empêcher aux ‘‘petits mangeurs’’ de manger. Surtout que « l’ère de la production était révolue, le temps de la consommation était venu ! »(151) Et Kom dont l’éthique de vie ne va pas en droite ligne avec celle de ces ‘‘petits mangeurs’’ s’érigeait comme un obstacle dont il fallait se débarrasser à tous les prix. Sans pourtant le savoir, Ambroise kom a commis deux péchés capitaux : Tout d’abord,il a fait confiance à l’ethnie. Il a peut-être voulu se libérer par l’ethnie comme le préconise Eboussi Boulaga. L’ethnie s’est dressée comme une sépulture pour cet intellectuel avisé. Par la suite, il a oublié de lire attentivement son très célèbre article au titre prophétique « Il n’ya pas de retours heureux ! » Mais, il a eu le bénéfice,à travers ce retour dans la gueule des prédateurs aux commandes à l’UdM, d’en apprendre un peu plus sur le sens que l’on donne à l’amitié et l’honneur en République bananière. Il doit certainement s’interroger sur ce qui a motivé nombre de ses bourreaux avec qui il a cheminé pendant près d’un demi-siècle. La trajectoire de Kom s’illustre comme une alerte pour toute personne qui rêve de bonnes choses pour ce corps cadavérique dénommé Cameroun. Sans être pessimiste quant aux succès des initiatives à mener en groupe dans ce pays où faire confiance est devenu un délit, le livre d’Ambroise Kom invite à réfléchir plus d’une fois avant de s’aventurer dans quelque projet que ce soit, surtout quand on appartient à cette catégorie à la fois enviée et haïe qu’est la diaspora.
Gérard Keubeung


Peut-on changer le Cameroun?
L'UdM et la fin de l'utopie, par Alexis Tcheuyap
Depuis les secousses que traverse l’Université des Montagnes (UdM), j’ai hésité à m’exprimer en me disant « A quoi bon? ». Parmi les acteurs de ce projet, en plus d’Ambroise Kom, je connais aussi très bien André Ntonfo (qui y exerce toujours) qui a dirigé ma thèse de 3ème cycle.  Si les deux m’estimaient autrefois trop « jeune » pour m’impliquer dans leurs réunions stratégiques du C3 (voir ci-dessus), ils m’en parlaient et j’étais parmi les premiers lecteurs de leurs publications. Plus tard, comme de nombreux expatriés camerounais que sollicitait Ambroise Kom, j’ai été bien impliqué dans ce projet. Parti en 1997 pour le Canada où je termine une deuxième thèse en 2000, j’obtiens la même année mon premier poste à l’Université de Calgary. L’UdM prend alors forme et j’obtiens des dizaines de livres de la bibliothèque de mon université. J’en parle à Kom qui me demande de les envoyer (à mes frais) à Washington où Godefroy Foteu avait apprêté un container pour Bangangté. Cela me coûte à l’époque quelques centaines de dollars… Je ne parlerai pas ici de toutes autres sortes de contributions qu’on faisait simplement sur un coup de fil ou un email d’Ambroise Kom. Je me souviens des nuits longues passées à finaliser et trouver les mots justes pour un projet de financement qui a réveillé toutes les convoitises. Mais il y a mieux.
En 2013, j’ai assisté à Bangangté à un Conseil d’orientation de cette institution. Après la séance, j’avais senti que le « rêve » intellectuel risquait de se transformer en cauchemar : un membre (« homme d’affaires », encore en place) voulait utiliser l’UdM comme caution intellectuelle pour une entreprise d’élevage qu’il souhaitait lancer en partenariat avec des Espagnols (disait-il). Les débats furent houleux, et connaissant la genèse du projet UdM, je me suis demandé comment on pouvait oser pareille requête. Il ne fallut pas longtemps pour comprendre que l’institution était en train d’être prise d’assaut par des vampires. Le vers était déjà dans le fruit. Depuis quand?
Fort de ma connaissance du projet original (et originel), lorsque j’ai été approché pour apporter une réflexion sur l’UdM (et, partant, sur notre pays) à travers Germinal, je me suis dit que c’était peut-être l’opportunité d’envisager les conditions de possibilité d’une véritable société civile au Cameroun. Je le fais en m’appropriant le titre de la première publication du C3, Changer le Cameroun. Pourquoi pas? (1990) Mais est-il vraiment possible de changer notre pays?
Étudiant à l’Université de Yaoundé dans les années 1990, alors que la plupart de ses collègues restaient englués dans des programmes obsolètes sans grande envergure théorique, Ambroise Kom nous a familiarisé avec un certain nombre de penseurs Herbert Marcuse. Dans son livre La Fin de l’utopie (Paris, Seuil, 1968) Marcuse dit en substance qu’en contexte marxiste de lutte de classes sociales, l’utopie prend fin par sa concrétisation, à savoir la victoire des classes dominées. En tant qu’opérateur historique portant sur des transformations sociales tenues pour impossibles par les vampires du statut quo, ces métamorphoses imposent une césure décisive entre l’idéal utopique de la société totalement libre (c’est-à-dire, utopique dans l’incurie postcoloniale) et le conformisme ou l’asservissement complaisant. Cette idée est confirmée par Marcuse qui dit « Et justement parce que les possibilités prétendument utopiques ne sont pas du tout utopiques, mais constituent la négation historico-sociale déterminée de l’ordre en place, la prise de conscience de ces possibilités, la prise de conscience aussi des forces qui l’empêchent et qui la nient, exigent de nous une opposition très réaliste, très pragmatique. Une opposition libre de toute illusion, mais libre aussi de tout défaitisme, car le défaitisme, par sa seule existence, est une trahison des possibilités de la liberté en présence de l’ordre régnant » (pp. 15-16). Ce détour par Marcuse pour engager une réflexion sur l’Université des Montagnes (UdM), dans une formulation qui, à première vue, est une assertion me semble importante pour toute tentative de mesure du nouveau monde de l’UdM, ou de l’espace mental de quelques entrepreneurs ayant pris d’assaut un projet qui était destiné à « changer le Cameroun ». Changer le Cameroun ?
Oui, en effet. La création de l’UdM avait pour objectif de changer le Cameroun à partir d’un espace géographique, celui de Bangangté que le hasard administratif situe à l’Ouest Cameroun. Ce qui semblait alors la générosité des autorités traditionnelles locales a permis d’implanter une institution sans nulle autre pareille en Afrique. Ce dont il faut se souvenir, et que quelques hurluberlus s’attachent à enterrer, c’est que l’UdM est née du projet « Changer le Cameroun », un collectif apolitique qu’avait mis sur pied Ambroise Kom pour offrir aux décideurs des outils et, surtout, des propositions pouvant permettre de faire décoller le pays dans tous les secteurs. C’est dans ce cadre qu’est publié un livre blanc Changer le Cameroun. Pourquoi pas ? (1990). C’est dans ce think thank qu’est née l’idée d’une université, laquelle deviendra l’UdM. Dans des pays sérieux, ce genre de travail est payé très cher par les décideurs politiques qui en font même une Bible. Ambroise Kom l’explique abondamment dans son dernier livre, Université des Montagnes. Pour solde de tout compte (2017). Au vu de ce qui se passe au sein de cette institution, peut-on donc vraiment sauver le Cameroun ? Qu’en est-il de l’utopie originelle ?
Il serait fastidieux de revenir sur toutes les péripéties d’une institution dans laquelle des gens se sont naïvement investis sans compter. Pendant ce temps, une équipe de charognards et de rongeurs travaillaient avec acharnement plutôt à investir dans cet établissement à travers sociétés écrans et marchés divers. À l’investir de toutes les tares de l’administration camerounaise, à l’investir de tous les cousins, maîtresses, « frères du village », enfants, frères et amis. Cela était-il évitable ?
J’en doute. Et Ambroise Kom, qui a pourtant lu Marcuse, aura le temps de méditer sur ses erreurs et sa naïveté face à l’escobarderie qui l’entoure depuis l’aventure de l’UdM. La première, c’est d’avoir cru à l’utopie en terre camerounaise. Après les multiples retournements de veste et assassinats calculés qui ponctuent l’histoire de ce pays, comment peut-on croire que, dans un contexte où personne ne croit au bénévolat, mais au profit et aux dividendes, des compatriotes pourraient envisager un modèle de fonctionnement universitaire américain que personne, strictement personne ne connaît et ne souhaite commencer à appréhender ?
En première ligne, un certain Lazare Kaptuè, professeur de médecine. Propriétaire, entre autres, de clinique privée, d’une équipe de football, maire de village où triomphe sa gloire à la tête de « son » université. Mais, aussi, plaignant dans de nombreuses causes devant des tribunaux, probablement aux frais de l’UdM l’« œuvre de sa vie » dont il ne sait pourtant pas comment elle est née : « je n’étais pas [affirme-t-il] membre du C3. […] je ne sais pas de quoi il s’agit ! Autrement dit, et à ma connaissance, ce n’est pas le C3 qui est promoteur de l’UdM » (Ouest-Littoral n° 406 du 12 janvier 2016). Aveu cruellement sincère ! Sa vie a peut-être commencé il y a une dizaine d’années…En cooptant ce professeur qu’on croyait respectable, les Ntonfo, Kom, Futcha (les deux derniers sont exclus de l’UdM pour avoir contesté une gestion frauduleuse) espéraient faciliter la tâche à une institution qu’ils voulaient phare. Ils doivent bien s’en mordre les doigts.
Je relevais plus haut l’hypothèse de l’impossible utopie dans des milieux où l’appropriation violente est la seule règle. Un ami universitaire français, parmi les dizaines s’étant impliqués dans ce projet suite aux sollicitations d’Ambroise Kom, me signalait, pince sans rire, en caricaturant : « Les Bamis ont failli me tromper. Voilà une parfaite illustration de votre ‘dynamisme’ de prédateurs ». Pour preuve, il me faisait remarquer « chaque fois que des Bamis (ou des Camerounais) se mettent ensemble, cela se termine devant les tribunaux, au cimetière ou dans la rue pour les plus chanceux.» La caricature vaut ce qu’elle vaut, illustre l’incapacité à « faire foule » (Césaire), mais surtout l’instinct de prédation et d’appropriation ancré dans l’esprit de beaucoup.
L’allusion au cimetière n’est pas une banale galéjade. Lorsque Benjamin Zebaze a eu le courage d’étaler dans Ouest Littoral les manœuvres mises sur place à l’UdM par une équipe rongée par la fraude, un certain Shanda Tonmé, n’y est pas allé de main morte. Après avoir littéralement disqualifié la prise de parole de Zebaze du fait qu’il ne serait qu’une sorte de « demi-Bamiléké » (Sa mère n’est pas Bamiléké. Vive le microtribalisme national !), le sieur Shanda (c’est ainsi qu’on l’appelle dans le milieu) a eu pour Zebaze un message sans nuance le 11 décembre 2015. Celui-ci a été largement diffusé par Jean-Vincent Tchienehom, un «grand » journaliste œuvrant dans l’ombre à Bangangté: pour ceux qui, comme Zebaze, osent s’attaquer à la vache à lait, « le salut est dorénavant la chambre froide de la morgue la plus proche» (email du 11 décembre 2015, transmis aux listes Baminet et Concertation Baham par Jean-Vincent Tchienehom le même jour. Zebaze lui répond à cette occasion). Sindjoun Pokam qui, comme Shanda, signe et se fait appeler « professeur » sans en avoir les qualifications ni mis les pieds dans un amphithéâtre, explique en termes clairs la purge qu’ils ont coordonnée à l’UdM : « Par la suite, nous avons liquidé certains d’entre eux » (Le Jour n° 2398) Si les mots ont un sens, il est impératif de s’interroger sur la gestapo et la terreur déployées par des individus qui, pendant des années, ont aboyé sur la place publique sous le prétexte de combattre le régime Biya qu’ils accusaient de tous les maux. Après avoir pris en otage le Laakam qu’ils ont vidé de toute substance, ces deux messieurs sont passés de la défense fantomatique des Bamiléké (un rapport d’activités à cet effet serait utile) à la « liquidation » promise desdits Bamilékés dont ils s’improvisent insolemment « porte-parole ». Voilà les faits d’arme des nouveaux maîtres de l’UdM dont Ambroise Kom est devenu, au fil des ans, le seul et véritable surmoi. Qui dit mieux ? C’est bien pire que l’appropriation en marche de l’institution dont un autre exemple suit.
Il y a quelques semaines, un ami me fait suivre un message d’un monsieur invitant à une réunion du C3, le groupe initiateur du Collectif Changer le Cameroun dont M. Kaptuè ignore l’existence et d’où naît la création de l’UdM. En bonne place, pouvait-on lire, il devait être aussi question de coopter de nouveaux membres de ce groupe qui a produit des travaux exceptionnels sur le pays. L’ami me demande si joindre ledit groupe m’intéresse. J’étais choqué par deux choses. D’abord, le fait de lancer un SOS pour participer à un ensemble qui n’avait jamais fonctionné comme association mais comme simple groupe d’étude ponctuel. Ensuite, le fondateur dudit C3, Ambroise Kom, y était aussi banalement invité…comme toute autre personne. Enfin, non seulement la liste était truffée d’individus qui avaient fui ladite structure par peur de représailles (et qui sont revenues dès qu’ils ont flairé les millions, que dis-je les milliards à l’UdM), mais elle comportait aussi les noms de sbires qui n’y avaient jamais mis les pieds et dont les capacités de conceptualisation ou de stratégies sont au talon. Du moins dès qu’il n’est pas question d’amasser de l’argent. Voilà comment l’utopie est mise à l’épreuve de « la politique de prébendes » (Richard Joseph). Le Cameroun, c’est le Cameroun : vous donnez naissance à un enfant et l’élevez. Devenu adulte, autonome et perçu comme productif, un fantôme surgit avec un acte de naissance pour annoncer que ledit enfant n’est pas le vôtre.
Pour sécuriser lesdites prébendes, aux dépens des enseignements, le cartel de Bangangté ne recule devant rien. Au fait, depuis qu’on a chassé Hervé Mogto, que devient la kinésithérapie qu’il avait créée et qu’il portait à bout de bras ? Après avoir organisé une purge systématique par l’expulsion d’Ambroise Kom, Armelle Cressent, Hervé Mogto, Henri Djoko et Innocent Futcha, M. Kaptuè et compagnie engagent une série d’initiatives dont les étudiants et le public ne savent pas qui en règle les factures. En bonne place, ils mobilisent à grands frais la presse dont une large partie est reconnue au Cameroun pour sa mendicité (lire à cet effet Autoritarisme, presse et violence au Cameroun, Paris, Karthala, 2014). Quelques papiers sans envergure sont écrits dans des journaux de la place ou sur des supports électroniques, parfois avec des pseudonymes. Un voyage est organisé en catastrophe à Bangangté après la publication de l’ouvrage d’Ambroise Kom. Mais, aussi, avec l’aide de son fils, Mme Jeanne Ngogang se fait inviter sur Vox Africa (merci aux présentateurs de le révéler). Elle y effectue une performance tellement lamentable que la vidéo est retirée du web.
En plus de la « liquidation » des indociles, les dieux de l’UdM s’emploient à démobiliser. Sachant tous les efforts déployés par Kom pour impliquer la diaspora dans l’utopie pendant ces vingt dernières années, Kaptuè et Cie ont tenté d’inventer une « diaspora alternative » qui vient créer des centres de formation professionnelle dans une Université. Ainsi, apprend-on, « […] nous recrutons ceux qui ont un minimum un niveau BEPC ; et la formation va durer sur une année et alterner entre la théorie et la pratique » (La Nouvelle Expression n° 4461 du 19 avril 2017, p. 2). Sommes-nous bien dans une université ou dans un collège d’enseignement technique ? Les tyranneaux prébendiers ont choisi la « diaspora » qui ne pose pas de questions et qui tire la jeunesse vers le bas. Cette diaspora, « diaspourrie », c’est aussi celle qui pense à ses vieux jours, qui prépare sa retraite camerounaise. Qui, malgré une certaine réussite en occident, s’acharne à sécuriser une reconnaissance villageoise ou nationale. Ils sont professionnels en Europe, ingénieurs ou fonctionnaires en Amerique du nord. Après avoir pris le soin d’écarter les véritables promoteurs engagés dès la première heure et ayant travaillé d’arrache-pied, Bangangté procède comme ils le font en politique : on recrute autour des pionniers, organise les reniements et les nouveaux associés, devenus des faire-valoir, s’extasient. Ils sont invités à Bangangté où ils viennent triompher à grands frais, avec des programmes de visite dignes de chefs d’État. En attendant d’être « liquidée » et envoyée à la morgue avec Benjamin Zebaze, l’autre diaspora qui a le tort d’interroger et de requérir des éclaircissements au sujet de la gabegie à l’UdM attend toujours une suite à ses requêtes transmises en 2015 au clan Kaptuè. Elle a au contraire reçu de la « diaspora de Bangangté » une « mise au poing », avec allusion voilée à des représailles judiciaires. Heureusement, nous sommes dans un pays où les avocats ne recommandent pas d’acheter les juges (Les invitations à la barre restent attendues). Ces « agents-double », qui s’accommodent joyeusement des détournements de dons vers des entreprises privées ou leurs villages, encouragent à l’UdM des pratiques « tropicales » qu’ils ne risqueraient, à aucun moment, oser dans leur pays de résidence. Peut-on changer le Cameroun ? Est-ce donc La fin de l’utopie ?
Depuis que la crise est devenue ouverte à l’UdM, en plus de « liquider » les personnes qui posaient un peu trop de questions, les « coupeurs de têtes » de Bangangté n’ont pas seulement marché sur leurs propres textes règlementaires. Sur recommandation d’avocats qu’on imagine d’autant plus grassement payés que le mensonge doit triompher sur toute vérité, ils n’ont pas seulement acheté une poignée de magistrats véreux (lire, Ambroise Kom, p. 150) et quelques mauvais publireportages déguisés. Pas seulement mis en péril une institution qui avait tout pour réussir. Pas seulement continué à se distribuer diverses prébendes. Leur « chance » inouïe est d’avoir bénéficié du silence complice de ce qu’on pourrait appeler, faute de mieux, la « société civile ».
Parlant de cette « société civile » qui, au Cameroun, est souvent le marchepied le plus efficace pour toute carrière politique, la négociation des royalties et l’obtention des marchés, il y a dans la faune locale un personnage qui s’en réclame : M. Shanda Tonmé, à la tête d’une « commission indépendante » qui lutterait « contre » la corruption et la discrimination. Il ne manque jamais l’occasion d’aboyer et de pondre des correspondances agitées aux autorités publiques chaque fois qu’une « injustice » sélective est mise sur la place publique. Revenu précipitamment il y a quelques années à l’UdM et à l’AED pour des raisons qu’il est seul à maîtriser, ses « faits d’arme » sont essentiellement ses viles attaques contre Ambroise Kom et Benjamin Zebaze destiné à la morgue. Shanda, que beaucoup dans l’UdM qu’il dit désormais « défendre », a-t-il lu une seule ligne du Rapport Kago/Tchatchoua/Yomi qui met à nu toutes les resquilles dans cette institution ? Voit-il seulement ce dont tout le monde parle, à savoir que l’UdM, qui n’avait jamais été conçu comme un « projet Bamiléké », est en train de devenir un « projet Bangangté » ? La « discrimination », ou la « corruption », version Shanda, si elles sont avérées, ne tiendraient que quand on croit percevoir et on agite un « complot anti-Bamiléké » ? Ses communiqués à ces sujets, tel qu’il sait en grimacer, restent attendus…
Mais les nouveaux seigneurs (et saigneurs) de l’UdM n’ont qu’à bien se tenir : nul n’est à l’abri de l’exode. Ils risqueront d’être priés de rentrer « chez eux » et s’en rendront alors compte : le Ndé s’installe !!! C’est du moins la lecture d’un membre encore en place qui s’interroge sur deux choses. D’abord, la soudaine générosité de certaines « élites » du Ndé qui étaient restées longtemps indifférentes au projet lorsqu’elles ne l’ont pas combattu. Ensuite, la nouvelle distribution des postes de responsabilité qui, selon de nombreux avis, a été « ndéisée » sur mesure. Où sont ceux qui jacassent au quotidien sur la marginalisation des Bamilékés dans la nation camerounaise ? Que l’UdM des Kaptuè nous montre donc la différence… Si au moins la mission éducative et sociale de l’institution était accomplie sans maquillages ni fraudes systémiques !
Bien avant que la crise actuelle ne s’étale sur la place publique et que les « liquidations » aient été exécutées, Ambroise Kom avait écrit à un groupe de dix personnalités pour les alerter du danger auquel faisait face l’UdM. Il avait d’ailleurs informé Kaptuè et ses partenaires d’affaires de l’UdM de sa démarche. Ce que Kom ne sait pas (ou refuse de savoir), c’est qu’en dehors de Fabien Eboussi Boulaga et de Fernando Lambert (professeur émérite canadien), les destinataires de son alerte étaient tous en grande partie des hommes d’affaires, et des hommes politiques (en activité ou en devenir). Autrement dit, ces acteurs ont exactement le même profil que les clephtes à l’œuvre à Bangangté. En réaction à l’appel de Kom, silence calculateur pour certains, timides initiatives sans suite pour d’autres. Au total, les gens approchés par Kom n’ont aucun intérêt à s’attaquer à leurs « frères » du village, à de potentiels alliés politiques dont ils pourraient bien avoir besoin demain. Autant ne plus se voiler les yeux : l’échec de l’UdM, ce serait aussi la conséquence de stratégies successorales secrètes et de calculs politico-financiers. Comme le signalait quelqu’un, à voir tous les maquignonnages cultivés à Bangangté (et ailleurs dans le pays), on risquera un jour de demander sincèrement des excuses à Paul Biya. Hypothèse terrible dans ses prérogatives !
Au-delà de tout ce qui précède, en tant qu’enseignant et chercheur, je ne peux que m’interroger sur ce que devient la formation à l’UdM puisque la valeur d’une institution universitaire est d’abord la qualité de ses produits. Le recrutement annoncé de diplômés du secondaire, le démantèlement de la formation en kinésithérapie depuis la « liquidation » de son unique promoteur, les balbutiements de l’Institut d’Études africaines, ainsi que le désordre progressif dans diverses autres filières devraient interpeller chacun. Si les frais de scolarité sont investis dans les procès, les marchés fictifs et autres trafics, il y a fort à craindre que l’UdM ne se transforme en une boite à diplômes sans contenu comme nombre de maisons d’enseignement au Cameroun; que l’UdM qui envisageait de faire la différence par le haut devienne championne dans la différence par le bas. On risque de passer de l’utopie à l’illusionnisme, à la tromperie sur la marchandise. Et les spécialistes de la pensée gastronomique ou d’autres manœuvres frauduleuses de Bangangté le savent bien, le poisson pourrit par la tête. Regardez bien la hiérarchie putride de cette institution.
Alexie Tcheuyap


UdM : du site captatoire d’un rêve au lieu de surexposition d’un cauchemar, par Hervé Tchumkam
J’ai longtemps hésité à livrer une opinion qui, connaissant le Cameroun, n’intéressera personne mais me permettra tout de même d’être en paix avec moi-même, étant entendu que l’UdM en tant que projet de la société civile m’a également fait rêver. Pourquoi mon rêve a-t-il été si brutalement interrompu ? Simplement parce que depuis plusieurs mois, les batailles qui ont lieu au sein de cette institution me poussent à me demander si j’ai entièrement raison lorsque, dans les amphis où j’ai en face de moi des étudiants pour la plupart américains, je m’évertue à leur montrer que la mission civilisatrice ne découlait pas simplement d’un malentendu colonial comme suggérait le cinéaste Jean-Marie Teno, mais bien plus d’un grossier mensonge qu’Aimé Césaire avait si bien disséqué dans son Discours sur le colonialisme. Mais hélas ! A voir ce qui se joue désormais sur les collines du savoir de Bagangté, je me demande si les acteurs de la tragédie UdM ne sont pas simplement en train de signer la deuxième mort d’Aimé Césaire ou de Cheikh Anta Diop qui avaient si remarquablement cru en et défendu le potentiel du peuple noir.
Allons droit au but : je refuse de croire qu’Ambroise Kom, qui fait figure de victime expiatoire, est à ce point mu par l’appât du gain facile qu’à lui seul, il est coupable de tous les péchés mortels qu’on lui a attribués et qui ont culminé avec sa radiation pure et simple du projet. Je ne souhaiterais pas revenir sur les multiples épisodes de la guerre qui a lieu à l’UdM, car cette opinion est d’autant plus subjective que d’abord je n’ai pas la prétention de détenir une solution miracle, et ensuite parce qu’en contexte de médiation, la subjectivité est bien souvent le pari de l’objectivité. Mais je me permettrai quand même de souligner deux aspects qui m’ont frappé, choqué, et qui m’ont permis de comprendre qu’au fond, les bourreaux de Kom manquaient d’arguments sérieux pour justifier leurs croisades. Non pas que Kom soit un saint – qui pourrait d’ailleurs prétendre l’être ?-, mais qu’à l’évidence, sa constitution en « celui par qui le mal arrive » suggère à l’évidence que ce qui est en jeu, c’est non pas l’avenir des étudiants et de l’institution, mais le renforcement des certitudes de ceux qui l’envoient au poteau d’exécution. Avec tout le respect que je leur dois, j’ai entendu un certain architecte sur un plateau de télévision parler de Kom et des raisons pour lesquelles il n’avait pas compétence pour diriger une université de médecine. J’ai ensuite lu avec plaisir et dégout la mise au point de Lazare Kaptue dans la presse.
Sur la question de la compétence de Kom, j’avoue m’être demandé si c’était les paroles d’un architecte ou ceux de ce que nous appelions au quartier un « chef maçon ». Affirmer avec force qu’un littéraire ne peut pas diriger une université comme l’UdM est d’autant plus curieux venant d’un éminent architecte que je me suis demandé s’il avait vérifié les diplômes de tous ces présidents et recteurs d’universités américaines, européennes et même camerounaises qui, jusqu’à preuve de contraire, n’ont pas besoin de plus d’un PhD ou Doctorat pour présider au destin d’institutions qui ont, en leur sein, des formations allant de la littérature et du droit à l’astrophysique et la médecine. Je me suis aussi demandé si l’architecte s’était demandé ce qu’il en était des diplômes ou formations de Fabien Kangue Ewane ou encore Louis-Marie Ongoum qui ont été au plus haut bureau administratif de l’UdM. J’en ai donc conclu que l’architecte Moyo ne pouvait pas être un de ces chefs-maçons ignorant de tout sauf de la fabrique des parpaings , et donc que cela était un argument qui était mis en exergue en l’absence de tout autre argument valable pour dénigrer Kom. Car en réalité, à ma connaissance, bien qu’il n’y ait pas de filière architecture à l’UdM, ce dernier y trône en tant que haut cadre depuis un moment. Il faut donc comprendre que pour le contrôle de l’argent et la parade du pouvoir, nous les nègres sommes capables de démontrer sans honte que le pape est musulman.
Pour ce qui est de la mise au point de Lazare Kaptué, je me contenterai de souligner qu’elle m’a marqué par un fort élan Mobutiste, doublé d’une arrogance dont ne se réclament, en contexte camerounais actuel comme jadis en contexte colonial, que ceux- là qui, profitant des faveurs du système dirigeant, s’autorisent droit de vie et de mort sur les autres. En clair, comme jadis Mobutu avait donné toute sa vie et toute son énergie, Kaptué affirme avoir donné toute son énergie pour l’UdM qui serait l’œuvre de sa vie, et dont il revendique sous un masque à peine voile le titre de père-fondateur. . Je ne dis pas que Kaptue est Mobutu, mais force est d’admettre qui si l’on y ajoute sa célèbre déclaration « Ne cumule pas qui veut, mais qui peut », il est on ne peut plus clair qu’à défaut d’être Mobutu, Lazare Kaptué avoue même inconsciemment l’admiration qu’il voue aux pères fondateurs de nos nations indépendantes en Afrique francophone après la colonisation. Parodiant Aimé Césaire, je dirai qu’à force de traiter l’autre indésirable (Kom) en bête, les « patrons propriétaires » de l’UdM tendent eux-mêmes à se constituer en bêtes. Et du même coup, une implicature discursive pouvant en cacher une autre, je comprends davantage mieux la célèbre affirmation d’André Ntonfo lors d’une cérémonie de dédicace d’un ouvrage commis en hommage à Ambroise Kom que nous avions organisé à la librairie des Peuples Noirs à Yaoundé en été 2011. Ntonfo avait alors affirmé quelque chose dont la substance suit : Ambroise Kom est un maitre à la descendance nombreuse, mais il n’a pas de disciples. On comprend désormais bien mieux le non-dit, mieux la mise en garde contenue dans l’affirmation précédente, qui plus est quand on découvre sous la plume des Grands Timoniers de l’UdM dont la posture s’apparente à celle des pervers du village, qu’Ambroise Kom corrompt tout le monde, des journalistes à tous ceux qui, bien que rares, osent lever le petit doigt pour essayer de raisonner avant de passer aux sentences tous azimuts. En un mot, Ambroise Kom serait si efficace qu’il achèterait et soumettrait à sa volonté tous ses amis et sympathisants…. Je suis un des amis de Kom, et je réclame à ce titre le droit de dire, afin que nul n’ignore et que personne ne puisse s’en dire innocent, qu’Ambroise Kom ne m’a jamais corrompu/acheté, et que si je lui reconnais un seul crime de corruption, c’est bel et bien le meilleur type de corruption qui existe, et qui se résume en la rigueur au travail et la recherche de ce que Paul Ricœur nommait la visée éthique, c’est-à-dire la recherche de la vie bonne, dans des institutions justes, avec et pour autrui.
Oui, je fais partie de ceux qu’Ambroise Kom a corrompu par son ardeur au travail, par un mode de vie qui peut s’apparenter à un refus déraisonnable d’honneurs, de privilèges et de positions de puissance permettant d’accéder aux avantages que l’élite intellectuelle, méritante ou non, considère comme un dû dans la plupart des pays de l’Afrique postcoloniale. En cela, je suis fier de le suivre tel un disciple, n’en déplaise à ceux qui le trainent aujourd’hui au bucher en lui reprochant toutes sortes de choses. Il est par exemple aussi officiellement reproché à Ambroise Kom de n’avoir ni su ni pu faire fonctionner l’Institut des Études Africaines de l’UdM. Il s’agit en vérité d’un Institut dont je découvrirai avec surprise et étonnement il y a seulement quelques jours, qu’il était dans les faits dirigé par André Ntonfo, selon ce que ce dernier affirme lui-même dans sa présentation à la 4e de couverture d’un ouvrage publié sous sa supervision et qui rassemble les textes fondateurs du projet UdM. Et qu’il me soit permis de dire que là aussi, Kaptue, Ntonfo et Cie ont trahi la pensée de Fabien Eboussi Boulaga dont un extrait significatif est repris sur la même 4e de couverture.
J’irai un peu plus loin pour dire qu’en fait, tout semble indiquer que dans cette danse macabre, Lazare Kaptué est le souverain, et Ambroise Kom l’homo sacer, c’est-à-dire l’alter ego UdMois de ce personnage de la Rome antique qui ne pouvait pas être mis à mort par le rite, mais dont l’assassinat ou le meurtre n’était pas considéré homicide. En clair, il me semble que l’existence d’Ambroise Kom tout en étant coalescente au déploiement du projet UdM et donc du pouvoir souverain qui y règne désormais, sa mise à mort n’est paradoxalement pas passible d’homicide. Mieux encore, livré à la vindicte populaire au moyen d’accusations relevant parfois simplement de l’imbécilité, de la calomnie et du manque d’imagination, l’équipe dirigeante actuelle de l’UdM a bien montré comment Ambroise Kom est désormais réduit à sa pure vie biologique, sans aucune médiation possible. Pour des raisons obscures mais qui s’apparentent en tout cas à ce qu’on appelait pendant la colonisation les « raisons d’Etat », Lazare Kaptué aura donc ainsi décrété la suspension de tous les droits d’Ambroise Kom, afin que la sécurité de l’appareil étatique AED/UdM soit préservée ou retrouvée. Sauf que, et en ce point c’est intéressant de voir comment même dans la société civile camerounaise on mime le pouvoir politique, l’état d’exception institué pour réduire à néant l’indocilité de Kom est désormais devenu un état permanent, l’exception ayant fait la place à la décision quasi divine de Kaptue, assisté de ses apôtres qui, on peut aisément en faire le pari, n’hésiteront pas à le renier demain plus vite que Simon Pierre ne renia Jésus allant à sa crucifixion.
 Si je me suis finalement résolu à livrer cette petite réflexion, c’est qu’il me semble qu’alors qu’Ambroise Kom avait écrit La malédiction francophone, Kaptué et ses associés sont bien partis pour signer deux autres volumes similaires, La malédiction nègre au niveau mondial, puis La malédiction Bamileke en contexte purement camerounais. Il est indéniable que la transe qui a cours à l’UdM fera aisément et l’affaire de l’ancienne puissance coloniale qui reviendra facilement aux discours du nègre grand-enfant incapable de se prendre en main, et celle des groupes faussement tribaux qui , pour des besoins gastronomiques, arrosent les sillons de la division tribale au Cameroun, avec en bonne place la stigmatisation des bamiléké, dont l’autre synonyme insipide serait simplement « opposant ».
Et c’est parce que je refuse d’être coupable de silence complice devant le tribunal de ma conscience que j’accuse l’élite affolée de l’UdM d’assassinat de la pensée pour le progrès collectif, mais que j’accuse également Ambroise Kom d’une faute majeure : celle d’avoir fait vibrer le monde académique postcolonial avec un article intitulé « Il n’y a pas de retour heureux », mais de n’avoir manifestement pas lui-même lu son article. Car en tout état de cause, tout semble indiquer qu’Ambroise Kom n’a sinon pas lu, du moins pas suffisamment médité pour lui-même les mots sur lesquels il conclut l’article évoqué ci-dessus, à savoir que « La qualité du retour est étroitement liée à la maîtrise du terrain et de la psychologie des acteurs en place. » Kom n’aura donc rien compris de la psychologie des acteurs en place, comme en son temps, Sankara n’avait rien compris de la psychologie mercantile et du complexe du colonisé qui caractérisait ceux avec qui il avait rêvé d’une révolution qui annoncerait une véritable indépendance au Burkina Faso. Ambroise Kom serait-il tombé dans le piège d’une mouvance qui, mettant en avant le défi imaginaire ou réel, ou la capacité que les Bamiléké du Cameroun avaient à mettre l’Etat en déroute en faisant mieux ? Pourquoi n’avoir jamais pensé à associer à la gestion du projet UdM ne fut-ce que comme « Trustee honoraire » d’autres figures dont l’intégrité ne fait pas l’ombre du moindre doute en place au Cameroun ? Je pense ici à Fabien Eboussi Boulaga et au Cardinal Christian Tumi, par exemple. Mieux, pourquoi avoir cédé à la tentation du « national » ou du « local » alors même qu’on peut parier que si les instances de gestion de l’UdM étaient constituées d’un panel d’élites africaines sans identité tribale remarquable, identifiable et donc nécessairement prédicable, on n’en serait pas là aujourd’hui ? Le cauchemar qui a cours à l’UdM ne devrait-il pas enseigner aux jeunes générations de camerounais et d’africains qu’il est peut-être temps que l’Afrique sorte de ses replis ethniques, tribaux, linguistiques voire culturels, pour se penser comme un seul en vue d’affronter plus efficacement les convoitises et manipulations externes et internes au continent, au pays et à la tribu ? Telles sont des questionnements que m’inspire l’actualité de l’UdM et les guerres de tranchées dont le projet est devenu le théâtre. Alors que ces questions doivent être considérées pour l’avenir, il reste qu’au présent, Ambroise Kom est vomi par ceux même en qui il avait mis toute sa confiance pour l’émergence d’une autre manière de penser l’université au Cameroun. À la vitesse où les procès contre Ambroise Kom se multiplient et se suivent, il y a fort à parier que le projet de mise à mort symbolique de Kom est mis en route. À ces bourreaux, je voudrais dire que la défaite qu’on croit avoir infligée à Kom n’est qu’une défaite provisoire. Et pour cause, on peut tuer la coquille du rêve, mais le rêve lui-même ne mourra pas. En conséquence, je dis, en n’engageant que moi, qu’on pourra tuer Kom, mais jamais on ne pourra tuer l’élan d’autonomie qu’il a inspiré à plusieurs générations de camerounais, et d’africains. Jamais non plus on ne nous enlèvera la posture intellectuelle du refus de la pensée unique qu’il nous a inspirée, encore moins le refus de et de la gloire vaine et paresseuse qu’il nous a inculqué à travers ses enseignements, et qui est devenu l’autre spécialité de nombre d’enseignants d’université au Cameroun. Et c'est aussi le lieu de dire, si besoin était encore , que malgré ses erreurs et ses défauts qui font de lui un être humain comme tous les autres, Ambroise Kom ne compte et ne comptera jamais pour rien, et que personne, même pas le SG de l'ONU qui en d’autre lieux africains et mondiaux procède à une appréciation sélective des droits humains, n'effacera sa contribution à l'histoire politique, intellectuelle et culturelle du Cameroun, ce magnifique pays dans lequel tandis que la haute administration en est réduite à prescrire la sorcellerie comme ultime défense contre le terrorisme, les otages du système politique rivalisent d’ardeur pour demander à leur ravisseur de prolonger la longueur de leur nuit ténébreuse.
Hervé Tchumkam
Southern Methodist University


Interview : Les dirigeants sont dépourvus d'ascèse et ont du mal à s'élever au-dessus des besoins primaires, Professeur Ambroise Kom
Germinal : Chaque fois qu’on parle de l’Université des Montagnes, beaucoup aujourd’hui l’associent toujours à l’AED. C’est quoi l’AED ? Quels sont ses missions et les objectifs qu’elle poursuit ?
Ambroise Kom : Il s’agit véritablement là d’un travestissement et de l’explication de presque tous les maux qui risquent fort de conduire l’UdM au cimetière, si elle n’y est pas déjà. L’AED avait été conçue comme « Trustee ». Cela veut dire, dans le jargon américain, un groupe de femmes et d’hommes qui, bénévolement et dans l’ombre, travaillent à la bonne marche de l’institution, surtout en trouvant les moyens matériels de son développement. C’est ce qui se passe dans toutes les institutions nord-américaines. Les membres du trustee sont fortement présents mais personne ne les voit, personne ne les entend, tellement ils sont discrets. C’est le rôle que nous avons joué pendant au moins les dix premières années de l’existence de l’UdM. Lorsque les Professeurs Louis-Marie Ongoum ou Fabien Kange Ewane ont présidé aux destinées de l’UdM, personne n’entendait parler de l’AED. Et pourtant, elle était bien présente et travaillait, nuit et jour, en back-office. Nous avons travaillé comme bénévoles jusqu’au moment où nous sommes devenus des ouvriers de l’institution elle-même, les membres de son personnel opérationnel. Les personnes qui se revendiquent de l’AED aujourd’hui ont tropicalisé le concept. On y coopte les membres de la famille, les amis, les frères et sœurs du village pour guetter les avantages et attendre l’héritage. Pour eux, il suffit d’être membre de l’AED pour revendiquer des dividendes sur les produits de l’UdM. L’Institution est donc devenue une épicerie au service des « patrons » de l’AED. La survie de l’UdM dont ils ignorent les tenants et les aboutissants ne les intéresse nullement. Ce qui compte est ce qu’ils en tirent. De plus, l’UdM passe de la lumière à l’ombre et l’AED de l’ombre à la lumière. C’est le monde à l’envers. Même le site web de l’UdM a été modifié pour que l’AED y figure. Les patrons de l’AED sont véritablement en quête de « reconnaissance », au sens fanonien du terme. Les véhicules achetés avec l’argent de l’UdM sont estampillés « AED ». L’AED prend l’argent de l’UdM pour faire des dons à l’UdM. Bientôt l’UdM risque de changer de nom pour porter celui des membres de l’AED ou celui de leur village.

Parmi les activités de l’AED, vous nous parlez de la création de l’Université des Montagnes. Quel rapport existe-t-il entre l’UdM et l’AED ?
J’ai répondu à votre question dans mon ouvrage, Université des Montagnes : Pour solde de tout compte, paru en mars 2017 et disponible à la Librairie des Peuples Noirs à Yaoundé. L’AED n’a jamais créé l’UdM. L’UdM n’est aucunement la création de l’AED. Au sein du groupe de travail mis en place chez moi au lendemain de la chute du mur de Berlin, de l’avènement du multipartisme, et au lendemain de la longue et violente grève des étudiants de l’Université de Yaoundé en 1991, je suggère la création d’une université qui serait l’émanation de la société civile camerounaise et qui serait en quelque sorte le « corrigé » du cafouillage postcolonial dans le domaine de l’enseignement supérieur. Les amis adhèrent avec enthousiasme à l’idée. J’en énonce le concept et nous nous mettons à réfléchir aux stratégies de sa mise en œuvre. Nous voulions une institution portée par un collectif et non par un individu. Voilà comment on en arrive à inventer, quelque temps après, l’AED pour porter l’UdM. Nombre de personnes qui plastronnent aujourd’hui à l’AED ne faisaient pas du tout partie de ce « Think Tank » et ne savent rien de l’histoire de l’invention de l’UdM. Tout ce qui les intéresse est l’argent que l’UdM produit. Ils revendiquent la paternité de l’institution pour se donner une fausse légitimité et une surface sociale.

Quelle est la spécificité du projet pédagogique de l’UdM, par rapport aux universités camerounaises existantes.
L’UdM avait été pensée et créée pour relever le défi postcolonial, pour que nous existions non plus en tant qu’intellectuels postcoloniaux mais en tant que Camerounais/Africains, nous pensant, pensant notre identité, c’est-à-dire maîtres chez nous. L’école en est le point de départ. Nous voulions commencer par la formation des professionnels dont nous avons le plus besoin, dans un esprit d’appropriation de notre histoire culturelle, sociale et économique. Voilà pourquoi, nous avons commencé par les filières scientifiques et techniques essentielles. Les formations ici étaient étroitement ancrées dans le réel, c’est-à-dire pratiques. L’UdM n’avait été précédée que par l’Université Catholique d’Afrique centrale dans la professionnalisation des formations au Cameroun, avec des stages systématiques en entreprise. En nous inspirant du modèle « Liberal Arts » qui a fait ses preuves aux USA, nous avions généralisé les formations africanistes en dispensant des cours de culture générale à tous nos étudiants. J’en avais la responsabilité et j’ai dispensé pendant les dernières années de mon séjour là-bas un cours intitulé « Culture et identité », question d’amener les étudiants à se penser et à se positionner dans le monde global qui nous entoure et nous interpelle. Nous avions également élaboré et mis en œuvre un programme de « Mentoring » qui devait se densifier et qui avait déjà vu la participation de M. André Siaka, alors Directeur général des Brasseries du Cameroun, de Mgr Antoine Ntalou alors Archevêque de Garoua, du Professeur Fabien Nkot, alors Chargé de Mission auprès du Premier ministre, du Professeur Fabien Eboussi, Philosophe, de Célestin Monga, du temps où il était Directeur et Économiste en Chef à la Banque mondiale, etc. Mais l’UdM devait être un modèle de gestion, sans gâchis, sans détournement, sans surfacturation, sans népotisme, sans conflits d’intérêts, etc. Hélas, les habitudes de notre environnement nous ont vite, très vite rattrapés, hélas !

Pensez-vous que cette spécificité est préservée ?
Je crois avoir déjà répondu à cette question mais je peux poursuivre. La structure administrative et académique de l’UdM avait été, elle-même, pensée, pour réduire au maximum les coûts. Notre structure académique s’inspirait du modèle anglo-saxon avec l’équivalent d’un « Registrar » au cœur du système académique, un « Registrar » qui suit le recrutement d’étudiants, s’occupe de l’évaluation des enseignants et des enseignés de manière systématique. Le mode de recrutement du personnel obéissait à une démarche transparente. Les achats obéissaient à des procédures connues de tous. Bref, nous voulions construire une maison de verre pour former des citoyens modèles, hautement responsables. Et pour ce faire, nous devions prêcher par l’exemple, en étant nous-mêmes des modèles de rigueur et de comportement citoyen. L’UdM n’étant pas la propriété de l’Etat, d’une religion, d’un individu, d’une région, d’une ethnie ou d’un village. Nous voulions former les employés à des méthodes de gestion leur permettant de jouer pleinement leur rôle et de prendre la relève selon une procédure d’institutionnalisation éprouvée. L’UdM était une œuvre de transformation sociale ! Le modèle de développement fondé sur la régionalisation et le quota ethnique ayant de mon point de vue montré ses limites, il s’agissait de prouver aux Camerounais qu’une initiative née dans une région et à la limite portée majoritairement par une ethnie était valorisable et pouvait donc participer de manière républicaine à la construction nationale. Elle se mettait au service de tout le pays sur la base de l’excellence et pouvait de ce fait être reprise par quiconque se montrait à la hauteur de la tâche, qu’il s’agisse des employés, des étudiants ou des administrateurs. C’est l’explication que nous avions donnée aux responsables du pouvoir public. Ils nous avaient écoutés avec une bienveillante attention et nous avaient donné notre chance.  En clair, l’UdM a perdu sa distinction, son identité puisqu’elle ne sera plus bientôt, si ce n’est pas déjà le cas, qu’une usine à diplômes sans aucun contenu. L’académie n’y est plus une priorité puisqu’elle est désormais entre les mains d’une horde de bricoleurs.

Quel rôle joue ou ont joué la société civile et la diaspora dans l’avènement de l’UdM ?
Il faut être prudent. Le concept de société civile tel qu’on l’entend ailleurs, en Amérique du Nord ou en Europe, n’existe pas chez nous. L’État colonial et son héritier postcolonial nous ont fait croire qu’en dehors de lui, aucune autre entité, aucune autre organisation ne peut prétendre avoir voix au chapitre dans la société.  Même après la loi de 1990 sur la liberté d’association, le concept d’association qui devrait être le lieu d’épanouissement de notre société civile, demeure problématique. On reste enfermé dans des associations classiques, plutôt archaïques, du genre, ressortissants de tel ou tel autre village, des associations politiques ou des groupements d’intérêt économique. Les associations de la société civile pour la défense des intérêts collectifs sont quasiment inconnues. C’est sans doute là l’erreur quasi fatale pour l’UdM. On avait pensé qu’il pouvait y avoir chez nous une conscience collective, un intérêt pour l’avenir du pays en soi. Erreur. Dans ce contexte postcolonial, chacun(e) ne pense qu’à lui-même, qu’à son ventre et aux siens (famille, village, etc.).  
En revanche, la diaspora camerounaise, sans doute parce qu’elle vit justement en diaspora, a joué un rôle majeur et même déterminant dans l’émergence de l’UdM. Sans elle, l’UdM n’aurait jamais eu un développement aussi rapide. Après avoir développé un discours de circonstance, nous avons parcouru les pays d’Amérique du Nord et d’Europe pour « vendre » l’UdM à notre diaspora. Elle a mordu à l’hameçon et a apporté une contribution intellectuelle essentielle, des contributions matérielles abondantes. L’AFD a été très sensible au fait qu’un projet d’envergure pouvait se développer en Afrique suite à une collaboration entre les locaux (les « indigènes » comme on l’aurait dit autrefois) et la diaspora, les « métropolitains » ou les Mbenguistes comme on le dit aujourd’hui. Bien plus, la diaspora a mis au service de l’UdM son vaste réseau de relations. L’Institution en a tiré profit au niveau des cours de haut niveau, des équipements utiles et d’une visibilité nationale et internationale extraordinaire. Même le financement de l’Agence française de Développement est, en réalité, le travail de la diaspora. L’essentiel du curriculum de l’UdM est le travail de la diaspora. A preuve, pour élaborer le curriculum des Mathématiques et Informatique Appliquées à la Finance (MIAF), nous avons sollicité la collaboration des actuaires camerounais du Canada, de France, de Grande Bretagne et de Belgique. Ils ont sollicité leurs collègues et amis de leur pays de résidence ainsi que leurs amis de Norvège, des USA et d’ailleurs ! Par la suite, ils sont venus enseigner. Qui dit mieux ! Et il s’agit d’un travail essentiellement bénévole. Extraordinaire. On pourrait dire la même chose de la filière kinésithérapie, désormais comateuse, qui a été conçue, mise en place et entièrement équipée par la diaspora. Même la communication de l’ancienne UdM, son site web, son logo, sa charte graphique, la stratégie de la mise en orbite de l’institution étaient du ressort de la diaspora qui travaillait avec des professionnels de très haut niveau. C’est malheureusement le choc entre une diaspora généreuse et des locaux égotistes et d’une indescriptible cupidité qui risque de conduire à la mise à mort d’une institution tellement prometteuse.  

Il n’y a pas longtemps, l’UdM était secouée par une crise ayant conduit les protagonistes devant les tribunaux et plus tard certains membres comme vous hors de l’Association. Comment percevez-vous l’UdM de l’extérieur aujourd’hui ?
L’UdM est une Université et non une chefferie ou une cellule de parti unique. Cela veut dire qu’il s’agit non seulement d’un lieu de culture et d’échange, mais aussi d’un espace de débat contradictoire. Or, il se trouve que le « groupe » qui a pris d’assaut l’institution pour se servir et s’en servir à des fins inavouables, a utilisé des méthodes staliniennes pour dire le moins. Les textes régissant l’association ont été manipulés de manière mafieuse et des recrutements clandestins ont été opérés pour garantir la dictature de l’AED qu’on dit avoir « inventé » l’UdM alors que l’histoire est toute autre comme nous le savons. Les intervenants de la diaspora ont crié au scandale. En vain !!! Nous sommes là dans les pires exemples de la gestion à l’africaine, dans les pires moments du parti unique. Dans ce contexte, les membres de la diaspora qui avaient des comptes à rendre à leurs partenaires n’avaient plus d’autre recours que de faire appel aux tribunaux locaux, dans l’espoir que ces instances pouvaient dire le droit et mettre fin aux turbulences. Mais c’était mal connaître le fonctionnement de nos institutions…L’AED a utilisé sans limite l’argent de l’UdM pour offrir à ses divers Avocats Conseils de vastes boulevards de négociation. Quand le pouvoir nous tient à cœur et qu’on veut s’y accrocher, tous les moyens sont bons ! L’UdM est devenue un espace où tous les coups sont permis. Certains dirigeants osent même y parler d’éthique alors qu’ils sont noyés dans la fange.

Sans revenir sur l’origine de la crise, les tribunaux étaient-ils les meilleurs endroits pour résoudre cette crise ? Autrement dit, pourquoi n’avoir pas choisi de laver le linge sale en famille ?
Comprenez-moi bien. Créée en 2000 avec moins de 50 étudiants et un budget de moins de CFA 10 millions, l’UdM en 2014-2015 comptait pas moins de 2000 étudiants avec un budget annuel de F. CFA 2 milliards. Certes, les responsables de l’AED sont apparemment des citoyens respectables, d’âges encore plus respectables, socialement assis et d’un relatif confort matériel. Nombre d’entre eux, en revanche, sont des pique-assiettes qui lorgnent du côté de l’UdM pour une pitance occasionnelle. Une chose pourtant les caractérise tous. Ils sont dépourvus d’ascèse et ont du mal à s’élever au-dessus des besoins primaires, qu’il s’agisse des besoins d’existence sociale, de satisfactions physiologiques ou simplement d’accomplissement personnel. Ils se retrouvent un peu par accident, « responsables » d’une UdM dont le concept leur échappe totalement. Mais ils s’accrochent parce que l’UdM leur permet d’exister socialement, d’espérer se « de-néant-iser » pour parodier Sartre.  Dès qu’on parle des dossiers judiciaires en cours, ils ont beau jeu d’évoquer les recours en interne alors qu’en son temps, on avait remué ciel et terre pour leur faire entendre raison. Tous les recours en interne étaient épuisés. Mais ils reposaient sur un conseiller juridique omniscient qui leur recommandait la ruse pour gagner en temps et épuiser les délais de recours en justice. Quand on navigue en pleine fourberie, on tutoie la mystification et l’escroquerie. On pourrait dire, pour citer Fanon, que tout ce beau monde relève d’une psychopathologie totalement réfractaire à une catharsis collective. Et pour leur faire entendre raison, il fallait d’abord les guérir de leur mal-être. Qui est qualifié pour ce faire ?

Pouvez-vous estimer l’impact que cette crise a eu sur l’image et la crédibilité de l’UdM ?
Je pourrais entrer dans les détails mais à quoi bon ! Sauf retournement extraordinaire, l’UdM telle qu’elle a été pensée, fait partie de l’histoire. Cette UdM là, portée par une diaspora utopiste, généreuse et fortement « réseautée », une UdM qui s’appuyait sur une gestion transparente et qui attirait des étudiants motivés qu’on accueillait avec attention, une UdM qui préparait ses employés pour la relève, bref, cette UdM là git à la morgue et n’attend plus que le moment des obsèques. Si les nouveaux patrons sont capables de réinventer une autre UdM, avec un nouvel « academic model » et un nouveau « business model », tant mieux ! Mais au regard de leurs tâtonnements, de leur ignorance de l’utopie fondatrice, de la médiocrité dont ils font montre et de leur voracité, nous pouvons néanmoins en douter.
Mais il y a plus. C’est désormais un fait historique que l’UdM a ouvert une nouvelle ère dans l’enseignement supérieur du Cameroun. Nous sommes tout de même la première université privée laïque dans le landernau Cameroun. Comment peut-on ouvrir la voie et faire montre d’autant d’incompétence alors qu’on avait tout pour réussir ? Bien plus encore ; face aux autorités publiques qui nous ont fait confiance et nous ont donné leur quitus, il y a de quoi se suicider de honte. Comment pouvons-nous encore critiquer l’action gouvernementale, au moins dans le domaine de l’enseignement supérieur, alors qu’on nous a donné carte blanche pour montrer de quoi nous étions capables et nous avons déçu. L’échec de l’UdM pose des questions inédites sur notre intelligence, sur notre capacité à nous gouverner. Parmi les patrons de l’AED/UdM, il y a certes des indigents, mais il y en a qui sont littéralement fortunés. D’autres sont fortunés et bardés de diplômes. Comment expliquer ce comportement moutonnier et surtout cette fascination pour l’accumulation de l’argent et des biens matériels ?  Comment expliquer pareil déficit d’une approche critique de la part de diplômés, de militants politiques dont certains se prévalent en plus du titre/grade de « Professeur ». Se pose-t-on jamais la question de notre destin/mission sur terre ? Jusqu’où irons-nous donc ? Quelle image laisserons-nous à la postérité ? Sommes-nous conscients des projecteurs que le monde entier braque sur nous ? Espérons que ces braves gens sauront assumer leur trahison – transformation d’un projet collectif en épicerie privée - devant le tribunal de l’histoire, qu’ils assumeront la mort programmée d’une initiative unique en son genre au Cameroun et en Afrique

Avec votre connaissance de ce projet et le recul que vous avez pris, pouvez-vous nous dire qui gouverne aujourd’hui à l’UdM et qu’en pense le bailleur français ?
L’UdM n’est pas gouvernée. L’on a un peu affaire à un cadavre d’éléphant autour duquel se bousculent des charognards en quête de provision. Dans cette bousculade, chacun cherche à imposer sa loi. Alors on entend un peu de tout dans un assourdissant brouhaha. Les « patrons » de l’AED se disent les propriétaires et revendiquent le droit de disposer du cadavre pour organiser le partage. Les « responsables » de l’UdM rappellent que c’est eux les bouchers qui peuvent le mieux découper la bête pour l’intérêt de tous et de chacun. Frustrés, les employés regardent le spectacle et en bons Camerounais, ne lèvent pas le moindre petit doigt. Ces derniers comptent, chacun(e) sur le parrain ou la marraine qu’il/elle peut avoir à l’AED ou à l’UdM pour protéger ses intérêts. Les employés sont l’expression par excellence du drame collectif que vit notre pays. Chacun(e) pense qu’il peut, tout seul, se tirer d’affaire.  Les étudiant(e)s, en bons Camerounais, attendent les diplômes, même sans contenu, pour aller se « débrouiller », personne ne s’occupant plus de l’académie et de la qualité des enseignements. Angoissés, les parents gardent un silence coupable, en espérant que leur progéniture, sera « diplômée » avant la mise en bière et les obsèques. Attentiste comme à son habitude, le pouvoir politique se dit sans doute que la mort de l’UdM, mettra fin aux prétentions de ses promoteurs et lui permettra de dormir tranquille. Chez nous, le pourrissement est une méthode de gouvernement. En août 2015 déjà, j’ai appelé la société civile au secours. Sans suite !
À mon avis, le bailleur français, assez paradoxalement, pourra apparaître comme le plus grand gagnant dans cette affaire. Si l’UdM originale avait triomphé, la France aurait pu se frotter les mains en se disant qu’elle avait bien fait de nous accompagner, prouvant ainsi son rôle positif dans le développement de l’Afrique. Maintenant que l’UdM se noie, les Africains, même ceux qui prétendaient être les meilleurs d’entre eux, prouvent leurs limites. Voilà qui donne raison à ceux qui, en France, pensent que l’Afrique a du mal à entrer dans l’histoire, à devenir sujet de l’histoire. Hegel et ses disciples peuvent dormir en paix ! Dans tous les cas, la France pourra avoir le loisir de transférer la carcasse de l’UdM à l’État et de transformer son prêt concessionnel de quelques CFA 5 Milliards en prêt souverain. L’état camerounais lui doit des milliards d’Euros. Ils trouveront toujours un terrain d’entente. Le texte de la convention de prêt est clair à ce sujet.

Sur le terrain, nous avons noté qu’il flotte dans l’air un parfum de malaise stressant à l’UdM dû, entre autres, aux menaces de licenciement qui planent sur la tête de certains employés, une véritable chasse aux sorcières qui serait lancée. La ndéisation de l’institution (tentative de reprise en main par les ressortissants du Ndé) est en marche. Les employés sont stressés. Êtes-vous au courant de ce climat ? Quel peut être la conséquence sur la crédibilité de l’UdM conçue comme projet innovant ? Dans ces conditions, la rentabilité de ces employés que vous avez connus et que vous avez abandonnés depuis 2 ans ne risque-t-elle pas de prendre un coup ?
Bien que je ne sois pas au courant des détails de l’actualité udemoise, il n’y a rien de surprenant dans votre rapport. Dans l’impossibilité de comprendre les enjeux institutionnels et de mettre au point un projet de développement de l’UdM, les « responsables » sur place créent un environnement de terreur. C’est ainsi que naissent et progressent les dictatures. Elles se nourrissent de l’obscurantisme, de la médiocrité. On raconte aux élites du Ndé et pas aux moindres, que les ennemis du Ndé veulent détruire leur UdM. Depuis quand l’UdM est-elle une affaire des ressortissants du Ndé ? L’UdM s’y est installée du simple fait de la générosité du chef de Bangangté qui a fait don des hectares de terrain pour accueillir l’institution. L’intérêt du Ndé est d’avoir une UdM qui marche et non une écurie qui fait honte à la terre entière. Au lieu de soutenir et d’encourager la médiocrité comme elles le font, les élites du Ndé devraient se poser les bonnes questions sur le devenir de l’UdM.
À propos des employés, ces derniers devraient s’en prendre à eux-mêmes. Il est temps que les Camerounais apprennent à prendre leurs responsabilités dans les affaires de la société camerounaise. L’UdM appartient autant aux employés qu’à ceux qui prétendent la diriger. À eux de s’organiser pour faire entendre leurs voix.
C’est sans doute subjectif, mais pour moi, l’UdM n’a plus aucune crédibilité. Les dirigeants s’empiffrent dans les missions fictives, les marchés fictifs et les surfacturations, mais académiquement, personne ne peut dire/savoir ce qu’on y fait. Les meilleurs employés, enseignants comme administratifs, s’en vont dès qu’ils trouvent mieux ailleurs. Personne, parmi les dirigeants, ne peut vous dire quelles sont les perspectives de l’UdM dans dix, cinq, deux ans !!! C’est le pilotage à vue. L’essentiel est qu’à la fin de la journée, il y ait de quoi aller en mission, payer les mille et un perdiems ou payer les salaires de ce qui reste comme employés.

A l’UdM, des sanctions ont été infligées à certains employés pour n’avoir pas respecté une certaine éthique. Or, il nous revient que des responsables ont acheté des véhicules sans respecter les procédures et que des véhicules achetés avec les fonds de l’UdM sont utilisés par l’AED qui avait été pensé pour rechercher les fonds au bénéfice l’UdM. De plus, nous apprenons que certains membres de l’AED sont salariés, et quelque fois, touchent des perdiems même quand une assemblée est avortée. Sur quel budget l’AED prend-elle en charge ses membres et pour quels services rendus ? Comment comprenez-vous le silence de la société civile à laquelle appartient l’UdM comme vous avez souvent soutenu ?
Je ne sais pas à qui vous faites allusion lorsque vous parlez « des sanctions …infligées à certains employés pour n’avoir pas respecté une certaine éthique ». On m’a aussi bouté hors de l’institution sous le fallacieux prétexte que vous connaissez. Mais une mise au point s’impose : j’ai beau être humble et respectueux des autres, il y a des abus que mon orgueil légitime rejette sans la moindre hésitation. Tout le monde et je dis bien tout le monde, peut être employé à l’UdM sauf moi. J’aime jouer collectif mais qui oublie que c’est moi qui ai mis au point le concept originel de l’UdM et que j’ai abandonné un précieux job de Professeur titulaire de Chaire aux USA pour venir participer librement à sa construction. Que j’aie reçu une rémunération pour couvrir quelques frais de subsistance dans le bled où j’habitais n’y change rien et ne saurait faire de moi un employé AAAsuite page 12 AAAsuite de la page 11
de l’UdM comme tout autre.  Quoi qu’il en soit, si je vous déclinais le plan d’action que j’avais en réserve, pour propulser l’UdM dans les cimes par un lobbying de feu aux USA au terme de quelques années d’administration de l’institution, vous allez croire que je délire ! Comme me le rappellent instamment mes amis, il faut que je comprenne que le temps du rêve est ter-mi-né !
La preuve est désormais faite qu’un montage a été mis sur pied simplement pour écarter celui qui justement mettait en place non seulement une structure académique exigeante mais aussi des règles contraignantes de gestion. Les champions de la tricherie tous azimuts n’ont rien trouvé d’autre qu’une misérable affaire de container pour m’accuser de tous les maux. Comprenant par la suite que la mayonnaise du container ne prenait pas, ils ont même essayé de m’accuser d’être venu à l’UdM pour prendre le pouvoir ou pour m’enrichir. Je le dis et je le répète : je ne me suis jamais considéré comme « employé » de l’UdM. J’ai quitté prématurément mon poste aux USA pour venir à l’UdM apporter ma contribution à un projet de développement qui m’est cher et que je croyais d’importance pour notre pays, pour l’Afrique, pour notre imaginaire collectif. Mon statut à l’UdM n’était ni celui d’un employé ni celui d’un ambitieux en quête de pouvoir. Évidemment que j’ai perçu une compensation salariale, comme les autres, à partir du moment où je me suis installé à plein temps à l’UdM pour y travailler de manière exclusive ; mais jamais je n’ai perçu de salaire comme membre exclusif du bureau de l’AED.
Voilà donc pour le malentendu sur les accusations qui n’étaient qu’une machination dont je connais parfaitement les auteurs ainsi que les tenants et les aboutissants. De n’avoir pour ainsi dire jamais protesté contre mon exclusion est une preuve que je ne me suis pas senti plus concerné que de raison même si je trouvais cela dommage. J’avais pourtant espoir que ceux qui étaient à l’origine de cet acte avaient un projet alternatif à celui que je proposais depuis la création de l’UdM. Deux ans après, on se rend malheureusement compte qu’il n’y avait rien dans leur besace et qu’il s’agissait simplement de faire sauter les verrous d’une gestion qui protégeait les frais de scolarité pour les mettre au service de la formation des étudiants, question de faire main basse sur le patrimoine de l’UdM. L’UdM est devenue une épicerie au service d’une horde qui se dit membres de l’AED, « propriétaire » de l’UdM. Dans cette horde, c’est juste si on ne retrouve pas des repris de justice, précédemment condamnés pour avoir distrait les biens de l’UdM. Désormais à l’UdM, triomphe le mode de gestion à la camerounaise (entendre du secteur public camerounais), au pire sens du terme. Les règles sont édictées pour satisfaire tel ou tel autre client/protégé. L’institutionnalisation amorcée fait désormais partie de la poubelle de l’histoire. Que les membres du bureau de l’AED soient salariés et que de généreux perdiems soient distribués aux membres ordinaires de l’AED à l’occasion, que des missions soient fabriquées pour gratifier telle ou telle autre personne de divers frais, comme dans le secteur para/public local, rien de bien surprenant ? Mais attention ! Le secteur public a sans doute les moyens de sa « politique » mais peut-on en dire autant de l’UdM ? J’en doute. Quant à la société civile, on n’en parle plus. La preuve est faite qu’elle n’existe pas. Chacun pour soi et advienne que pourra.

L ‘AFD et l’AED avaient signé le 21 décembre 2012 une convention de crédit no CCM 1270 01 H d’un montant de 7,72 millions d’euros (5,06 milliards F CFA) pour le financement de la construction et de l’équipement de bâtiments pédagogiques, de résidences estudiantines et de bâtiments à usage médical pour l’UdM et les CUM. L’AFD avait gratifié l’AED de quatre années de différé, la Date Limite de Versement des Fonds ayant été fixée au 30 avril 2017, date de clôture du concours. Comment expliquez-vous le non-respect de cette échéance ayant entraîné à cette date l’annulation de 450 234 euros restant sur le prêt ?
Il me semble que l’AFD s’est fait prendre dans le piège de sa générosité. Si elle s’en était tenue au respect strict des clauses de la convention, il est fort probable qu’elle n’aurait jamais déboursé le moindre centime de ce prêt. Simplement parce que les signes avant-coureurs de la mal-gouvernance étaient visibles dès son entrée en scène. Habitués au mode de fonctionnement des marchés publics à la camerounaise, les grands « maîtres » de l’AED avaient mis sur pied des stratégies de détournement qui étaient visibles à l’œil nu. La fabrication et la soumission de dossiers douteux pour gagner divers marchés de construction, le tripatouillage des statuts de l’association pour positionner les membres de la mafia, tout cela se passait en plein jour. Mais je crois que le projet UdM était tellement fascinant que l’AFD a pensé que l’AED ne pouvait pas pousser le bouchon jusqu’à mettre à mort la poule aux œufs d’or. C’était mal connaître les Camerounais. Comme je le dis dans mon livre, la soumission des faux dossiers a lourdement retardé le démarrage du projet de construction, les experts français ayant constamment rejeté les documents tripatouillés. Mais on y a perdu un temps précieux !
Par la suite, les rapports entre l’AED et l’entreprise chargée de la construction n’ont pas été au beau fixe, toujours du fait de la gestion financière. La conséquence en est le retard pris dans la construction des bâtiments malgré les six mois de rallonge de l’AFD. Cette situation devrait nous amener véritablement à réfléchir aux enjeux qui ont cours à l’UdM. Qu’avec les 4 années (plus six mois) de grâce accordées par l’AFD, nous n’ayons pas réussi à construire les bâtiments est gravissime. Si nous avions eu une gestion transparente et diligente des dossiers d’appels d’offres, nous aurions pu construire les bâtiments en deux ou trois ans au maximum. La situation actuelle est condamnable, à tous égards car c’est la faute de ceux qui se disent propriétaires de l’UdM et dont la seule raison d’être est de jongler avec l’argent de l’institution et l’avenir des jeunes Camerounais.  

Cette annulation n’apporte-t-elle pas de l’eau au moulin de ceux qui, comme vous, estiment que le problème de fond à l’AED/UdM est celui de la gouvernance et soutiennent que l’UdM est « devenue une structure ventriloque, népotiste et de distribution de prébendes » ?  
Le non versement des 450 234 euros va bien au-delà du ventriloquisme. C’est un coup dur, que dis-je, un coup mortel, pour l’institution. Le non versement de ce reliquat compromet à jamais le crédit moral de l’institution auprès de tout potentiel bailleur de fonds sérieux. Au départ, l’AFD nous avait laissé entendre, sans détour, qu’une bonne gestion de ce premier prêt allait nous garantir un compagnonnage pratiquement à vie. En quelque sorte, nous pouvions « éternellement » compter sur le financement de l’AFD. Or, la suspension du décaissement, au-delà du montant de la somme, est une sanction morale lourde de conséquences. Désormais, l’AED/UdM n’est plus digne de confiance, ni aux yeux de l’AFD ni aux yeux d’aucune autre banque. Chaque fois que la structure osera frapper aux portes d’une banque, les recherches montreront qu’elle n’a pas su gérer le généreux prêt (2%) de l’AFD. Notre dossier est désormais estampillé en rouge dans tous les réseaux bancaires de la planète. Gérer une institution privée de la taille de l’UdM en étant coupé de toute possibilité d’emprunt, est inimaginable. Voilà à quoi servent les patrons de l’AED/UdM, compromettre l’avenir de l’UdM, financièrement, intellectuellement, socialement, moralement. Bel exploit !

Il nous souvient qu’en 2014, le trio Kago Lele Jacques, Tchatchoua Thomas et Yomi Moïse avaient produit un rapport sur l’audit managérial, financier et comptable de l’Université des Montagnes et des Cliniques Universitaires des Montagnes. De même en 2015, Audit & Financial Consultants (AFC) (An Associate of the Crowe Horwath) produisait un rapport diagnostic commandé par l’AED qui pointait du doigt les maux qui minent l’UdM. Ne pensez-vous pas que les accusations portées contre les dirigeants de l’AED sont relatives à la non prise en compte de certaines recommandations majeures de ces rapports d’audit, notamment celle relative à la nette séparation dans la gestion de l’AED et de l’UdM et la nécessité de doter l’UdM d’une autonomie financière suffisante pour son fonctionnement harmonieux ?
Rétrospectivement, les accusations de la commission Kago/Tchatchoua/Yomi, ne sont plus que des peccadilles par rapport au désastre actuel. L’ancienne équipe avait certes commis des fautes et j’étais parmi les premiers à les dénoncer, mais elle ne mettait pas en péril l’institution. Je n’étais pas d’accord avec les méthodes de l’ancienne équipe, mais avec elle, on pouvait encore discuter, se dire des vérités. Constamment, je lui rappelais notre mission de service public et notre rôle de modèle éthique. Le groupe actuel a profité des erreurs de l’ancienne équipe pour s’installer et tout détruire. Ignorant tout du fonctionnement d’une institution universitaire, elle en a confisqué le carnet de chèques et se sert à volonté. Alors on ne sait plus si l’UdM est une compagnie de transport, une chefferie, un parti politique ou une entreprise familiale, villageoise. On patauge dans un inqualifiable foutoir.
Quant au cabinet AFC, son recrutement fait partie des exigences de la convention de prêt entre l’AED et l’AFD. L’AFD semble avoir pesé de tout son poids pour que l’AFC soit retenu et maintenu en poste. Au départ, le cabinet avait fait montre d’un rare professionnalisme et nombre de ses recommandations correspondaient aux besoins cruciaux de l’institution. Mais l’AED a constamment biaisé avec les conclusions les plus pertinentes de l’AFC qui n’est plus qu’un faire-valoir.
S’agissant de l’autonomie financière, les grands manitous de l’AED en ont une conception singulière. Ils se sont appropriés tous les pouvoirs de gestion financière de l’UdM en installant sur le campus un pion qu’ils appellent Agent Comptable, comme dans le secteur public local, leur unique référence ! Du coup, l’Institution n’a plus de service financier puisque tout l’argent de l’UdM est versé dans des comptes gérés par l’AED et les dépenses, pareillement. En fait les « responsables » de l’UdM ne sont plus que des pantins que l’AED manipule à souhait – mais il n’y a pas de viol avec consentement - et peut les faire chanter à volonté quand sonne l’heure du partage du gâteau ! Voilà des individus qui ne comprennent absolument rien à l’UdM puisqu’ils n’ont aucun plan d’action à son sujet. Ils sont pourtant censés l’accompagner mais ils étranglent littéralement l’institution en confisquant ses revenus. L’autonomie financière signifie que je touche ton salaire et décide de tes besoins et de l’opportunité de tes dépenses. C’est pire ou mieux que Kafka tant il y a de quoi devenir plus que fou.

Pour terminer, dites en quelques mots ce qui peut encore attirer un élève à l’UdM aujourd’hui après le tableau sombre que vous en faites et auquel s’ajoute la démission de quelques enseignants; lorsqu’il se dit que ses missions et objectifs ont été dévoyés et que l’étudiant n’est plus au centre des préoccupations de ses dirigeants ?
Pour moi l’UdM est un avion sans pilote. Ses dirigeants croient qu’il suffit d’encaisser les frais de scolarité et de proposer de beaux diplômes sans contenu pour exister comme établissement d’enseignement supérieur. Que nenni. L’Université, c’est d’abord et avant tout un curriculum. Et le curriculum n’est rien s’il n’est pas déployé avec méthode et rigueur. L’UdM est devenue un véritable nid de charlatans. Ce qui nous manque le plus au Cameroun pour former notre jeunesse c’est d’abord et avant tout des enseignants qualifiés. L’UdM avait trouvé une belle parade en ouvrant ses portes à la diaspora et au partenariat étranger. Cette diaspora utopiste a été jetée par-dessus bord au profit de quelques copains/coquins qui viennent bluffer, car ils veulent simplement utiliser l’UdM comme point d’appui pour faire de juteuses affaires au pays. Il y en a même qui proposent des projets sans lendemain et sans intérêt, du genre formation des techniciens recrutés au niveau du BEPC. L’environnement qui permettait d’accueillir des partenaires (missionnaires) étrangers s’est tellement dégradé que nombre d’entre eux sont en train de tourner la page. Ils avaient cru pouvoir soutenir une Afrique qui se prend en main mais ils sont tombés sur de grossiers ventriloques. Avec la complicité des dirigeants de l’institution, les vacataires locaux ont pris l’institution d’assaut mais ils se moquent de la qualité des enseignements et ne songent qu’à pointer le maximum d’heures pour se faire payer. Le recrutement et la rétention des enseignants propres à l’institution ont fait long feu, personne ne s’occupant de gérer leur carrière. Et quand ces derniers eux-mêmes veulent s’en préoccuper, on les embourbe dans des culs de sac du genre qu’ils doivent, pour être enseignant employé à l’UdM, se faire recruter par une université d’État ! Bizarre… Plus grave, les partenariats avec les institutions étrangères sont moribonds, le suivi des dossiers étant désormais à l’abandon. Plus grave encore, les responsables de l’AED/UdM se partagent les filières et chacun(e) peut ouvrir et/ou gérer « sa » filière à l’intérieur de l’institution comme un domaine privé, comme un bien personnel. Qu’il est loin le temps où on rêvait d’un projet collectif de la société civile ! Bref, le désordre est désormais institué. Si vous ajoutez à cela une nouvelle structure administrative, lourde, coûteuse et inopérante, copiée sur le modèle des universités d’État, juste pour promouvoir les amis/frères/sœurs du réseau et leur distribuer des prébendes, tout est dit ! L’État, je le répète, a les moyens de sa politique. À l’UdM, vous avez tous les ingrédients d’un chaos annoncé et à moins que les prédateurs en soient chassés et l’institution reprise rigoureusement en main, il vaut mieux s’en tenir le plus loin possible.
Propos recueillis par
Jean-Bosco Talla


''Certains ont toujours pensé qu'ils étaient indispensables, irremplaçables, incontournables, qu'en leur absence tout irait mal'', par Henri Njomgang; président de l'AED
Germinal : Vous semblez très occupés depuis un certain temps si nous en tenons aux difficultés de vous rencontrer
Henri Njomgang : Pour l’instant nous avions de grandes préoccupations liées à la rentrée académique. Nous sommes en train de transférer progressivement l’essentiel des activités pédagogiques sur notre campus définitif de Banekané. Et cela nous prend beaucoup de temps de travail dans la mesure où nous avons des bâtiments à achever dans le cadre du projet d’extension que nous avons avec l’AFD. Nous sommes donc en train de terminer les bâtiments pédagogiques qui doivent être opérationnels cette rentrée. Ceux-ci doivent être terminés d’ici deux mois. Comme vous pouvez le constater, nous traversons une période critique en termes de déploiement des infrastructures et de transfert des activités sur le site définitif. Comme vous le savez les périodes de fin de chantier sont celles qui sont les plus difficiles. Je dois avouer à cet égard que l’entrepreneur ne nous a pas facilité la tâche. Il nous a presque laissé sur le carreau.
Pourquoi et comment cela ? A-t-il accusé des défaillances ?
Il a accusé beaucoup de retard.

Ces défaillances n’impacteront-elles pas sur l’évaluation que fera l’Afd ?
Les crédits Afd sont différents des autres crédits que les banques et autres accordent à leurs partenaires ou clients. Quand l’AFD vous accorde un crédit, il suit le travail effectué. Pour le cas d’espèce, c’est Egis qui contrôle le chantier et ce que nous faisons. C’est Egis qui approuve avant que l’AFD ne paye. De même, le contrôleur Egis a l’obligation d’avoir 4 ou 5 ingénieurs en permanence sur le terrain. À côté des contrôleurs d’Egis, nous avons aussi déployé nos contrôleurs sur le terrain. Vous comprenez que le travail fait sur le terrain est suivi et respecte certaines normes. De plus, pour le suivi-évaluation des travaux, nous nous réunissons tous les deux mois avec les responsables de l’Afd.

L ‘AFD et l’AED avait signé le 21 décembre 2012 une convention de crédit no CCM 1270 01 H d’un montant de 7,72 millions d’euros (5,06 milliards CFA) pour le financement de la construction et de l’équipement de bâtiments pédagogiques, de résidences estudiantines et de bâtiments à usage médical pour l’UdM et les CUM. L’AFD avait gratifié l’AED de quatre années de différé, la Date Limite de Versement des Fonds ayant été fixée au 30 avril 2017, date de clôture du concours. Comment expliquez-vous le non-respect de cette échéance ayant entraîné à cette date l’annulation de 450 234 euros restant sur le prêt ?
Cela s’explique par le fait que l’entreprise chargée des travaux a accusé beaucoup de retard. Cet argent aurait pu nous être versé si l’entreprise avait respecté les délais. Au lieu d’exécuter mensuellement 15% des travaux, elle n’arrivait pas à exécuter 5%

Cette situation ne vous porte-t-elle pas préjudice, même auprès de votre partenaire qu’est l’AFD ? Ne porte-t-elle pas atteinte à l’image de l’institution ? Et comment comptez-vous combler ce gap ?
Cet argent nous aurait permis de construire l’amphi ou d’effectuer certains aménagements au Campus. Nous sommes dans l’obligation de trouver d’autres financements pour combler ce gap.

Est-ce que cette situation n’apporte pas de l’eau au moulin de vos détracteurs qui formulent des critiques sévères contre votre management ? Êtes-vous au courant de ces critiques ?
Nos détracteurs sont dans leur rôle. Toutes œuvres humaines en a besoin pour avancer. Nous avons d’autres préoccupations plus importantes pour l’institution que nous sommes en train de bâtir pour l’avenir. Le projet de l’Université des Montagnes s’est toujours bâti dans l’adversité et les critiques de touts acabits. Mais toutes ces difficultés ne nous ont jamais empêchés d’avancer. Tout au contraire elles nous renforcent et aiguise notre créativité. C’est dire que nous ne faisons pas de fixation sur nos détracteurs. A un moment donné, ils ont dit que nous ne faisions rien sur le terrain. Vous êtes descendus sur le terrain, vous avez constaté que nous sommes en chantier, que des gros œuvres ont été réalisés et que certains bâtiments, trois (3) au moins, sont aujourd’hui achevés. Nous pensons que dans 2 mois, tous les bâtiments seront terminés et accueilleront tous les étudiants. Leurs critiques nous permettent de prendre connaissance de ce qu’on pense de nos actions. Pour nous, les critiques, quelles que soient leurs origine et provenance, constituent des sortes de mise en garde. Elles nous permettent d’améliorer les dispositifs et les mesures de contrôle. Peut-être ne le saviez-vous pas : c’est le cabinet Price water House coopers, l’un des meilleurs au monde, qui contrôle notre gestion, qui joue le rôle de commissaire aux comptes. Je tiens à préciser que nous sommes la plus petite unité que ce cabinet a accepté de suivre. Ils le font parce qu’ils ont trouvé que nous sommes une société civile moderne, modèle et sérieuse. Leur rôle ne se limite pas au contrôle, ils nous forment aussi dans la gestion, étant donné qu’ils apprécient positivement le travail que nous abattons.

Parlant justement de la société civile, quelle relation existe-t-il entre l’UdM et l’AED ?
L’AED est l’association fondatrice de l’UdM, c’est-à-dire qu’elle est propriétaire de l’UdM dont elle assure la promotion et le contrôle. Autrement dit, l’UdM est un projet de l’AED. La première est la fille aînée de la deuxième comme d’aucuns parmi les membres aiment à le dire affectueusement.

Il nous revient qu’au moment de la signature du contrat avec l’AFD, l’une des conditions était de faire le distinguo entre l’AED et l’UdM. Autrement dit que les responsables de l’AED ne pouvaient pas être juges et partie, c’est-à-dire cumuler les fonctions à l’AED et à l’UdM. Cette condition a-t-elle été respectée ?
Effectivement ! Nous sommes résolument engagés dans le processus de renforcement et professionnalisation de notre management. Depuis 2013, les instances de contrôles et les instances opérationnelles sont bel et bien séparées. C’est d’ailleurs cette opération de séparation des instances qui a été à l’origine des conflits de leadership qui ont secoué l’institution ces dernières années. Mais les choses sont en train d’être maîtrisée avec l’accompagnement d’un cabinet spécialisé.

Comment expliquer alors qu’aujoud’hui on indexe l’AED de régenter tout, jusqu’à signer des notes de service applicables à l’UdM ?
D’après les textes de notre association, il est prévu que l’AED assure le contrôle de ses projets. C’est le conseil d’orientation de l’AED qui tient lieu de conseil d’administration de l’UdM. En plus du conseil d’orientation, nous avons un bureau exécutif qui veille à la mise en œuvre des résolutions de l’AED. Le bureau exécutif tient, à cet effet, des réunions de concertation et de contrôle sur le campus. Mais il reste bien compris que l’AED joue essentiellement le rôle de Conseil d’administration et ce sont les dirigeants de l’UdM qui sont effectivement aux manettes de la gestion de l’institution. Il ne saurait y exister des interférences ou des confusions de rôles.
Cela signifie-t-il que l’UdM dispose d’une autonomie financière ? Si je vous pose cette question, c’est parce que lors de nos enquêtes sur le terrain, nous avons appris que l’AED s’immisce dans la gestion quotidienne de l’UdM.
Le budget de l’UdM est voté au sein du conseil d’administration. Ce budget est géré par les responsables de l’UdM. L’AED contrôle et ne s’immisce pas dans la gestion de l’UdM. S’il arrive qu’un membre de l’AED trop activiste tente de s’immiscer à tort dans la gestion quotidienne de l’UdM, il sera rappelé à l’ordre. Il faut reconnaitre que nous avons démarré le projet avec beaucoup de passion. En tant que projet collectif, beaucoup sont préoccupés par la bonne marche effective de l’institution après la crise du mangement que nous avons traversée. Mais, chaque fois, au cours de nos réunions, je n’ai de cesse de demander aux camarades de faire attention pour ne pas donner des instructions directes dans les établissements. Nous faisons des efforts constants pour rester conformes dans nos agissements aux statuts et règlements intérieurs. Ceux-ci stipulent clairement qu’il est interdit aux membres de l’AED de se rendre à l’UdM et aux cliniques universitaires sans le mandat du bureau exécutif de l’association.  

Cela veut-il dire que les cahiers de charge de tous les responsables sont clairement définis ?
Il faut dire que le projet de l’UdM a démarré dans un contexte institutionnel et légal difficile. Les premières années de fonctionnement ont été surtout marquées par les différents combats pour l’existence et la reconnaissance de l’institution. Cela ne nous a pas laissé le temps de travailler sérieusement et méthodiquement aux différentes procédures et autres textes de régulation de la gouvernance institutionnelle. Mais, force est de souligner que depuis 2013, nous avons engagé, avec l’accompagnement de l’AFD et les autres cabinets un travail de fond sur la professionnalisation de l’environnement managérial qui commence à porter ses fruits en terme d’organisation du travail et du management. Les instances organisationnelles sont désormais en place et joue leur rôle pour une meilleure régulation du fonctionnement général de l’université. Les cahiers de charge de tous les responsables sont clairement définis. Il existe des manuels de procédure pour tout le monde.

Nous avons appris que les membres de l’AED sont rémunérés. Les membres de l’AED touchent-ils un salaire ?
Il convient ici de rappeler que l’AED est une association à but non lucratif. C’est-à-dire que les membres ne tirent pas de dividende ou profit de ses projets. C’est la raison pour laquelle nous mettons un point d’honneur sur l’esprit du bénévolat comme condition d’adhésion. Seul le personnel professionnel des projets ont un salaire. Les membres de l’AED quant à eux n’ont pas de salaire. Ils travaillent bénévolement pour la promotion et le contrôle des projets de l’association. Mais, ceux qui sont soit responsables des commissions, soit membres du conseil d’orientation siégeant comme conseil d’administration peuvent percevoir des indemnités de session, ou des indemnités liées à des missions particulières à eux confiées et effectuées.

Sur quel budget ces indemnités sont-elles payées ?
Le budget est celui de l’AED. L’UdM n’a pas encore de personnalité juridique au niveau fiscal. Les recettes sont celles de l’AED. C’est l’AED qui vote un budget et le met à la disposition de l’UdM. Les gens qui dénoncent notre gestion ne cherchent pas à comprendre notre fonctionnement ; ou alors font simplement étalage de leur mauvaise foi. C’est comme si vous décidiez aujourd’hui de créer un établissement scolaire ou une fondation. Vous encaissez des recettes. Ensuite, vous mettez à la direction de l’établissement un budget de fonctionnement. C’est vous qui déterminez le budget qu’ils auront à gérer. Vous qui êtes propriétaire de l’établissement avez aussi des charges à assumer. Par conséquent, vous aurez besoin de l’argent pour assumer lesdites charges. Nous comprenons par ailleurs que le modèle associatif de l’UdM est original et nouveau dans le contexte camerounais habitué à des modèles relevant soit du privé commercial, soit de l’Etat. Notre modèle économique associatif à but non lucratif est assez difficile à appréhender dans un contexte socioéconomique marqué par le modèle entrepreneurial tourné essentiellement vers la quête du profit de ses initiateurs.

Le projet UdM était devenu la fierté d’une région, d’un groupe d’intellectuels camerounais et peut-on le dire du pays. En suivant les péripéties de la crise qui a secoué cette institution, l’opinion s’est demandé pourquoi  n’êtes-vous pas parvenus à laver le linge sale en famille ?
Si vous avez suivi notre évolution, vous aurez constaté qu’au départ, le Pr Kaptué était cumulativement président de l’AED et de l’UdM ; Le Pr Kom cumulait les fonctions de vice-président de l’AED et de l’UdM. Cela veut dire que l’approche de gestion ne favorisait pas le contrôle de l’AED étant donné qu’ils étaient juges et parties.
Je ne veux pas entrer dans certains détails, mais sachez que les problèmes ont commencé à se poser à partir du moment où il avait été admis que l’on ne pouvait plus cumuler les fonctions de responsable à l’AED et à l’UdM. Comme je l’ai dit, ce cumul de fonction rendait le contrôle impossible. Nous avons mis un terme à cette situation de cumul. Pour être bref, je dois vous dire que ce que vous avez lu dans les médias n’était en réalité que le résultat d’un règlement de compte entre un groupe qui au départ uni, voulait contrôler l’UdM. Dans ce groupe, certains avaient été suspendus et pour se venger ils (les suspendus) ont dévoilé les casseroles de ceux qui avaient pris la décision de les suspendre, si je peux m’exprimer ainsi. Sur la base de ces révélations, toutes les personnes incriminées ont été suspendues. Ce que les gens n’ont pas dit, c’est qu’avant la suspension, un avertissement avait été donné à tous les membres de l’ancien bureau de l’AED.
Pour revenir à votre question, je dois dire qu’il y a eu des tentatives de médiation pour résoudre le problème. Ce qui a bloqué la médiation est que les gens sont allés trop loin, en portant l’affaire en justice. Des tentatives pour qu’ils retirent les plaintes sont restées vaines. Ensuite, leur volonté manifeste de ternir, dans les médias, les réseaux sociaux, partout dans le monde, l’image de certains responsables, de l’UdM et même de compromettre durablement le projet UdM n’était plus de nature à faciliter la médiation. Une solution aurait été trouvée s’ils avaient accepté de revenir sur certaines de leurs déclarations, surtout celles concernant le Pr Kaptué qui avait été suffisamment pris à partie et trainé dans la boue, pour dire le moins.

Où en est la médiation à ce jour ?
Je vous donne mon point de vue sur la question. La médiation est aujourd’hui rendue difficile parce que certains acteurs, comme je vous le dis, sont allés trop loin dans leurs démarches de déstabilisation de l’UdM. La tendance qui se dégage actuellement va plus dans le sens de tourner vraiment la page et de se tourner vers l’avenir et les générations futures. Voyez-vous, l’âge des plus jeunes parmi les initiateurs du projet tourne autour 70 ans. Nous sommes tous des vieillards. À mon sens, la question qui devrait nous préoccuper tous est celle du renouvellement de la classe dirigeante aussi bien à l’AED qu’à l’UdM. Si on renouvelle toute la classe dirigeante, en nous maintenant uniquement comme des conseillers, nous finirons par nous entendre. La nouvelle génération qui arrivera aura les mains libres et sera libérée de nos casseroles et de nos querelles. Elle saura trouver les voies et moyens pour gérer notre passif.
Ensuite, je ne désespère pas. Nous avons su tirer les leçons des obstacles auxquels nous avons fait ou faisons face, ce qui nous a permis de réaliser des progrès fantastiques. Dans les mois à venir, nous travaillerons à capitaliser les enseignements que nous tirons des crises pour qu’elles constituent pour l’UdM, une sorte de rampe de lancement pour son essor et son progrès. Nous avons appris de nos erreurs et des obstacles rencontrés sur notre parcours. Et comme je le dis, il faudrait des forces nouvelles pour capitaliser tout ce que nous avons fait et aurons encore à faire pendant le laps de temps qui nous reste. Ce qui fera la fierté de tout le monde. Vous ne pouvez pas vous imaginez jusqu’à quel point le Ministre de l’Enseignement Supérieur, Jacques Fame Ndongo qui considère que le projet est aussi son œuvre, est fier du travail que nous avons abattu. Je ne citerai pas tous les noms des personnalités qui, lors des réunions, soutiennent ; défendent le projet UdM et apprécient positivement le travail qui est abattu à l’UdM. Quand nous sommes en réunion avec des professeurs allemands, français, ils nous disent que le projet UdM est unique dans le monde.
Vous apportez là un démenti à ceux qui soutiennent que l’UdM va mal, très mal même, et que la qualité des enseignements et de la formation s’est dégradée, que la gouvernance est calamiteuse, etc.
Les résultats des examens nationaux viennent d’être proclamés. En pharmacie, nous avons obtenu 100% ; en médecine 99%, en odontostomatologie 97%. Ces résultats reflètent-ils ceux d’une institution où la qualité des enseignements se dégrade ou ceux d’une structure comateuse ? À chacun d’en apprécier. D’ici peu, les concours nationaux pour le recrutement dans la fonction publique seront lancés. Vous verrez que les 30 ou les 50 premiers seront des étudiants de l’UdM, comme cela a souvent été le cas. Ensuite, nous recevons des félicitations de presque toutes les missions diplomatiques à partir des observations qu’elles font sur le terrain dans les formations médicales où exercent les médecins que nous avons formés. Certains de nos produits formés à l’UdM, des pharmaciens et des médecins, travaillent dans des grandes industries et des institutions de renommée internationale en Europe. Ils sont parmi les rares africains qui travaillent dans ces structures mais qui n’ont pas été formés en Europe. Nos détracteurs disent ce qui les arrange, mais la réalité sur le terrain est autre.

Comment comprenez-vous ces critiques ?
En fait le projet UdM a suscité beaucoup de passions de part et d’autre. Et certains ont toujours pensé qu’ils étaient indispensables, irremplaçables, incontournables ; qu’en leur absence tout irait mal. Ce qui n’est pas vrai. Le projet UdM est une œuvre commune, pour ne pas dire collective. Comme dans tout projet de cette envergure, il y a toujours des initiateurs. Et personne, même moi qui vous parle, ne peut s’attribuer la paternité. Chacun qui y a apporté et y apporte sa part de pierre, sa petite contribution, passe ou passera le témoin aux nouvelles générations le moment venu. Étant entendu que la vie humaine est limitée et qu’il y a un point optimal en toute chose. Aujourd’hui, je suis président de l’AED. Ce n’est pas moi qui forme. Ce n’est pas moi qui enseigne. Ce n’est pas moi qui assure la sécurité et la propreté du campus et des locaux, pour ne citer que ces exemples. D’autres personnes se chargent de ces volets de notre projet. Mon rôle est de contrôler à mon niveau. A tous les niveaux, des personnes travaillent pour la réussite du projet, le plus souvent de manière désintéressée. Toute la littérature haineuse de nos pourfendeurs, tout le fiel qu’ils ont craché sur certaines personnalités et sur l’UdM sont révélateurs de leurs rêves et désirs profonds : à savoir que nous échouons afin de leur donner raison à posteriori et qu’ils le clament sur tous les toits, en bombant le torse.

Comment alors comprendre la démission de certains enseignants dont on a parlé ces derniers temps ?
Il doit y avoir un ou deux enseignants qui ont quitté l’institution. C’est normal qu’ils quittent une institution pour aller ailleurs où ils pourraient par exemple être mieux payés. N’oubliez pas que nous sommes dans un contexte désormais mondialisé où la stabilité de l’emploi n’est plus un acquis. Les individus sont libres d’aller d’une entreprise à l’autre pour des raisons diverses très souvent indépendante des entreprises qui les emploient. C’est d’autant plus normal que nous recevons aussi des enseignants venus d’ailleurs. Je peux vous présenter des lettres des enseignants venant de la Côte d’Ivoire, de la France, de l’Allemagne, des Camerounais de la diaspora qui demandent à venir soit enseigner à l’UdM, soit apporter leur modeste contribution. La mobilité du personnel enseignant n’est pas spécifique à l’UdM. La provenance des enseignants de l’UdM est diverse.

La crise qui a secoué l’UdM a-t-elle impacté les rapports employés et employeurs ? Autrement dit, a-t-on assisté à une sorte de chasse aux sorcières à l’UdM ?
Une situation comme celle que nous avons vécue, crée toujours des malaises de part et d’autre. Puisque, dans une situation pareille, il existe des personnes acquises à la cause d’Untel ou d’Untel autre. Certains employés ont même posé des actes inadmissibles en détruisant des informations dans leurs ordinateurs. Certains trainaient les pieds pour venir au travail. D’autres n’étaient plus enthousiastes au travail. A un moment donné, nous avons discuté avec le personnel. Parmi eux, ceux qui ont trop trainé les pieds, et qui avaient manifesté le désir de ne plus être avec nous, ont été placés face à leur responsabilité, et des séparations à l’amiable leur ont été proposées. Mais ce qui est important de retenir c’est que nous sommes lancés depuis 2016 dans une démarche d’évaluation générale du personnel afin de repartir sur de nouvelles bases contractuelles.

Quel est actuellement le climat social au sein de l’UdM, et de l’AED ?
Je ne peux pas dire que le climat social s’est assaini à 100%. À 95%, le climat social est rassénéré. Mais, de temps à autre, la suspicion persiste. Je dois vous le dire. J’avais beaucoup d’admiration pour le Pr Ambroise Kom, mais il s’est laissé entraîner dans un micro-tribalisme bamileké malsain. À un moment donné, il s’est laissé entrainer par un groupe qui soutenait qu’il y avait une lutte hégémonique engagée par les ressortissants de Bafang qui, d’après eux, voulaient à tout prix contrôler l’UdM. Pourtant, dans notre association, ce n’est pas l’appartenance tribale et ethnique qui est le critère sur lequel était fondée la cooptation ou le choix d’un membre. Notre seul souci était l’apport et la compétence de chacun indépendamment de sa race, de sa nationalité ou de son ethnie. Vous comprenez pourquoi, cela ne gênait personne qu’Ambroise Kom et Lazare Kaptué, qui sont tous ressortissants du Koung Khi, soient nos dirigeants à l’AED et à l’UdM. Il n’était jamais venu dans l’esprit de personne d’entre nous qu’ils occupaient ces postes de responsabilité en raison de leur origine ethnique.
J’ai été d’autant plus choqué que les idées de tribalisme et de micro-tribalisme n’ont jamais traversé mon esprit. Dois-je vous révéler que mes convictions profondes m’ont conduit en prison sous Ahmadou Ahidjo aux côtés d’Ernest Ouandié. D’ailleurs, Ouandié Ernest s’était arrêté devant notre cellule où nous y étions avec Wabo le courant, Djanseb Matthieu et autres, pour nous saluer avant son exécution.
Cette attitude d’Ambroise Kom est paradoxale et incohérente, surtout pour quelqu’un qui ne veut pas d’étiquette tribale (qu’on dise qu’il est bamileké), pour quelqu’un qui refuse de faire des choses qui se rapprochent de la culture bamileké telles que : aller dans des deuils, assister aux funérailles, participer aux réunions, etc. Il renie sa culture ethnique et en fait pourtant par ailleurs la substance de son approche managériale comme je l’ai relevé tantôt.

Dans la même veine, on nous parle aussi de tentative ou d’une stratégie visant la ndéisation de l’UdM, cette velléité des ressortissants du Ndé à vouloir contrôler l’UdM, alors qu’au départ ils ne s’y intéressaient pas. Qu’en est-il exactement ?
Depuis le début, c’est nous qui avions voulu que les ressortissants du Ndé s’intéressent au projet UdM qui est mis en œuvre à Bagangté. C’est nous qui allons vers les ressortissants du Ndé afin qu’ils s’intéressent et apportent leurs contributions au développant d’un projet qui est réalisé dans le Ndé. Vous connaissez le rôle primordial qu’a joué et que joue le chef Bagangté dans ce projet. Sans lui, nous ne serons pas installés là où nous sommes. Nous lui sommes très reconnaissants.
Certes, au départ certaines élites du Ndé étaient dubitatives, pour ne pas dire réticentes, ne croyant pas en notre capacité à mener un tel projet. Mais, avec le temps, au regard du travail que nous avons abattu, certaines parmi ces élites se sont ravisées et ont eu l’honnêteté de reconnaitre qu’elles s’étaient trompées. C’est dans ce contexte de prise de conscience de la pertinence du projet pour le développement socioéconomique du Ndé que nombre d’élites se mobilisent aujourd’hui, nous leur en sommes vivement reconnaissant et les remercions de tout notre cœur pour leur engagement. Mais, notre vision communautaire ne veut aucunement dire qu’on enferme le projet dans une quelconque logique ethnique. Il s’agit de comprendre la communauté dans une perspective nationale et internationale. L’AED est une association de la société civile ouverte à tous les citoyens du monde. C’est ainsi que nous avons des membres de nationalités diverses qui réclament très fortement l’identité du projet. L’AED est un projet qui s’est incubé chez les Bamilékés, mais qui a vocation à s’ouvrir sur le monde.

Est-il vrai que l’actuelle vice-présidente de l’UdM constitue le poids mort de cette institution ?
Pour tenir compte de l’approche genre, certaines personnes avaient soutenu à raison que ce soit elle qui devienne la présidente de l’UdM. Comme nous l’avons souligné tantôt, c’est le climat social que nous sommes en train d’assainir qui a pu prêter à un moment donné de tels sentiments. Vous avez, dans un climat conflictuel, des personnels, suivant le bord qu’on défend peuvent nourrir des idées passionnées sur tel ou tel responsable de l’institution. Mais, en ce qui nous concerne, je puis vous rassurer que la vice-présidente se dévoue entièrement dans l’accomplissement de ses missions. Elle a été très engagée dès les premières heures, son humilité peut tromper certaines personnes, mais elle est très professionnelle et bien ferme sur ses positions.

Il nous revient aussi que l’académie qui est la raison d’être de l’UdM se meurt. Qu’en est-il exactement ? Que comptez-vous faire pour résoudre les problèmes qui entravent le bon fonctionnement de l’académie ?
L’AFD a produit un rapport sur ces questions. Ce rapport faisait ressortir toutes nos faiblesses. Après avoir pris connaissance dudit rapport, nous avons sollicité l’appui d’un cabinet qui nous accompagne et qui nous a aidés à élaborer le manuel de procédure, un organigramme et les cahiers de charge des différents responsables. Nous travaillons pour que tout revienne à la normale. Nous sommes en train de travailler précisément à l’amélioration du management académique. Le conseil d’université et les conseils d’établissements sont désormais mis en place. Ce sont là des instances qui faisaient défaut à l’administration des affaires académiques. Comme je l’ai mentionné, nous sommes également en train de revoir les modalités de fonctionnement avec nos différents partenaires académiques nationaux et internationaux.
Sur le plan de la recherche, il faut souligner que l’UdM est porteuse du projet OCHEA au Cameroun. Sous la houlette de la vice-présidente de l’UdM cet important projet international sur l’approche Une santé est en train de gagner les universités camerounaises. Par ailleurs, sous le parrainage du gouvernement suisse, nous sommes en train de développer le projet CEPHORA qui vise le développement d’un centre de formation en énergie renouvelable. Deux de nos enseignants sont en Suisse en ce moment pour une formation en vue du pilotage de cet établissement. C’est dire si ceux qui proclament la mort de l’UdM cherchent à transférer leurs frustrations et leur amertume dans la réalité.  

Si nous vous avons bien compris au cours de cet entretien, vous réfutez la thèse selon laquelle l’UdM est un idéal abatardisé qui va droit dans le mur et dont les objectifs ont été dévoyés.
Ceux qui tiennent ces propos veulent dire qu’il suffit qu’ils reviennent aux affaires pour que l’avenir s’éclaircisse et que sans eux l’UdM ne peut avoir d’avenir. Ce qui n’est pas vrai. Comme je l’ai dis, personne n’est indispensable. L’avenir de l’UdM n’est lié à personne. Elle n’est ni rattachée à ma personne ni à celle de qui que ce soit. L’avenir de l’UdM transcende nos existences limitées. Nous laisserons l’UdM à la postérité. À cette postérité de savoir ce qu’elle en fera. L’UdM est un projet collectif et citoyen. Pour le moment, nous sommes en négociation avec des bailleurs de fonds pour la construction des logements d’étudiants afin que l’UdM devienne l’unique université qui loge tous ses étudiants. D’autres bailleurs de fond, au regard de la qualité de notre projet, veulent construire des stades. Ces différentes sollicitations apportent un cinglant démenti à la thèse de ceux qui pensent que nous allons droit dans le mur. Le premier cycle de développement est terminé, et maintenant  s’ouvre la seconde phase. L’UdM est résolument tournée vers l’avenir.
Propos recueillis par
Jean-Bosco Talla


Lettre de Shanda Tomne à l'hebdomadaire Jeune Afrique

Yaoundé, le 10 avril 2017
Monsieur François Soudan
Directeur de la rédaction
Jeune Afrique
Par courrier électronique

Objet : Mise au point relatif à votre dossier sur les Bamilekes

Monsieur le Directeur,
Dans votre édition n°2934 du 2 au 8 Avril 2017, dont la page de couverture porte le titre suivant, « Cameroun, les Bamilékés et le pouvoir », vous donnez la parole entre autres, à l’universitaire Ambroise KOM, que vous mettez particulièrement en vedette pour valider un certain nombre d’affirmations aussi inappropriées que contestables.
Aussi, je prends la liberté, en tant que Bamiléké, de faire la mise au point ci-après :
1 – Soutenir que les Bamilékés ne s’intéressent pas à la politique ou qu’ils sont distants de toute ambition de conquête du pouvoir, procède d’une présentation tendancieuse, réductrice et totalement inexacte. Vous ne saurez dire une chose en présentant son contraire à la fois. En somme, Maurice Kamto est bien Bamiléké, chef d’un parti politique qui milite ouvertement pour le changement et la conquête du pouvoir. Ensuite, les Bamilékés sont nombreux à diriger des partis politiques avec la même ambition. Enfin, les Bamilékés sont représentés dans quasiment tous les partis politiques, dont ils épousent et professent les doctrines et les idéologies.
2 – Il n’y a pas que les hommes d’affaires ou encore ceux que vous appelez milliardaires Bamilékés, qui soutiennent le RDPC et s’investissent quotidiennement dans le régime en place. Au nord vous avez exactement le même schéma, tout comme au sud, à l’Est et partout ailleurs dans les autres régions du pays. Il s’agit du reste d’une donnée contextuelle qui tient autant du caractère patrimonial et quelque peu autocratique du pouvoir, que de l’atmosphère délétère volontairement entretenue par les multiples imperfections institutionnelles, qui ne facilite pas l’alternance. Une compréhension science politicienne élémentaire conforte ce mode de militantisme d’opportunité qu’impose la nature profonde du système de gouvernance.
3 – S’agissant de Monsieur Kom Ambroise, deux choses au moins méritent d’être clarifiées.
Premièrement, il n’y a pas de conflits entre les dirigeants de l’Université des Montagnes, mais un conflit sur des questions d’éthique entre l’université, personne morale soucieuse de préserver son
patrimoine, et certains de ses anciens dirigeants et fondateurs dont monsieur Kom, convaincus de dérives managériales et d’indélicatesses matérielles. Tout comme l’hirondelle ne fait pas le printemps, les atermoiements de personnes reconnues coupables de violations graves et avérées de l’éthique, ne sauraient aucunement signifier une menace pour une institution de cette importance. Monsieur Fillon n’a pas réussi à tuer la république française avec ses mensonges transformés en campagne contre les institutions de son pays, Monsieur Kom ne parviendra pas non plus à tuer l’université des Montagnes en agissant dans la même logique et en usant des mêmes méthodes et arguments.
4 – Vous devez sans doute être le premier surpris, en écoutant un universitaire Bamiléké tenir des propos d’une si haute tonalité injurieuse à l’endroit de sa « supposée communauté ». Je tiens à vous signaler que non seulement il n’en n’est pas représentatif au plus haut niveau, mais en plus il ne peut que développer des thèses d’une inexactitude qui frisent la trahison et le reniement de ses parents. Ses affirmations sur le LAAKAM résultent de frustrations compréhensibles, dans la mesure où il n’a jamais été jugé éligible pour connaître de ses structures stratégiques, dirigeantes et opérationnelles. Il fait surtout montre d’une ignorance cruelle à la fois de l’histoire et de l’anthropologie des différentes composantes de la nation camerounaise en général, et de la communauté Bamiléké en particulier.
5 – Le livre de monsieur Kom Ambroise auquel vous faites référence, est un éloquent pamphlet digne du testament insalubre et mensonger d’un criminel condamné à mort. L’auteur croit pouvoir tromper une opinion ignorante des causes réelles de sa déchéance, en agitant des foulards de probité morale. Vous auriez sans doute dû vous pencher sur les raisons de son limogeage et mettre l’information à la disposition de vos lecteurs.
6 – L’échec d’un individu à maintenir la confiance de ses pairs et à s’arrimer effectivement, permanemment et honnêtement aux vertus morales et aux exigences humaines et sociales d’une aventure, fut-il co-fondateur, ne peut pas, ne saurait et ne devrait pas être assimilée à l’échec d’une communauté en rapport avec quelques perspectives politiques. Où était Monsieur Kom durant les années de braise ? N-a-t-il pas trahit tous ses engagements de groupe, en servant de conseiller de l’ombre à de nombreux partis politiques dont il se souvient des appellations ? C’est de lui que nous apprenons que la création de l’université des Montagnes était un projet politique. Il doit, tout seul, assumer cette rocambolesque incantation.
7 – Pour la gouverne de monsieur Kom Ambroise, les Bamilékés en tant que communauté, n’ont pas et ne sauraient avoir un projet politique pour le Cameroun. Plutôt, les Bamilékés, individuellement ou collectivement, font partie intégrante de tous les projets politiques de tous les camerounais. Ils y contribuent et s’y épanouissent en tant que Camerounais et non en tant que Bamilékés.
8 – Le choix de Monsieur Kom Ambroise, universitaire que je personnellement je respect infiniment, dont personne ne doute des compétences, du sérieux et des états de service au Cameroun et ailleurs, est un peu surprenant, si tant est qu’il était question de parler vraiment des Bamilékés. Il aurait suffi de mieux se renseigner pour s’apercevoir que l’intéressé se situe nettement en dehors des symboliques fondamentales de cette communauté, à laquelle il ne revendique du reste l’appartenance qu’avec timidité, opportunisme et hésitations troublantes. De nombreux intellectuels auraient pu vous illuminer d’avantage, dans une orientation plus positive, plus honnête et incontestablement plus proche de la réalité.
9 – Globalement les Bamilékés dépeints dans le dossier publié par votre journal tend à disparaître, et je suis même tenté de vous dire qu’il n’existe plus. Le passé de la peur et de la quête d’une citoyenneté intégrale pétrie de fierté, de dignité, de participation et d’ambitions légitimes au même titre que tous les autres, a depuis laissé la place à un présent de conscience alerte sur ses droits et ses devoirs, et de projections rassurantes, engagées et dynamique sur son rôle politique. C’est d’ailleurs le mérite qu’ont eu les deux brillants universitaires qui vous ont exposé cette réalité, malgré quelques sous-entendus et quelques imprécisions tolérables. Les Bamilékés ont déjà grandi, et c’est plutôt « Jeune Afrique » qui est demeuré « Jeune ». [...]


Au-delà de la faillite morale, imaginer l'architecture du futur, par Cilas Kemejo
Quand l’Université des Montagnes ouvre ses portes en 2000, elle compte à peine 50 étudiants(es) qui squattent dans des locaux de fortune hâtivement rénovés. Ils sont répartis entre les deux filières que sont la médecine et la pharmacie. Le budget tourne autour de dix millions de nos francs coloniaux. Quinze ans plus tard, l’UdM compte près de 2000 étudiantes. L’offre académique affiche plus de quinze filières et le budget avoisine les deux milliards. Mais force est de constater que la croissance n’a pas été accompagnée par une adaptation de la gestion. Le Président de l’UdM, trahissant la dérive autoritaire qui semble être le premier commandement sur les montagnes de Banekane, a publiquement accusé Ambroise Kom d’avoir voulu prendre le pouvoir. La question qui se pose est celle de savoir ce que fait le Président de l’UdM qui avoue être maire de sa commune, directeur de clinique privée, président de club de football (en puissance)…. Si l’on s’en tient à ce cumul, l’UdM est dirigée par un président qui ne lui consacre pas tout son temps.
Les chiffres sont édifiants mais ne sauraient épuiser la belle aventure de l’UdM. En effet, la jeune université a réussi à se faire une belle réputation dans le monde universitaire camerounais. Elle a de ce fait engrangé un capital de bonne volonté extraordinaire. La crise qui la secoue actuellement risque malheureusement de détruire le bel édifice. La crise a mis à jour un certain nombre de carences qui plombent son avenir. Au rang de ces déficiences on peut citer l’absence d’une culture du dialogue, une communication institutionnelle brouillonne demeurée à l’âge de la pierre taillée et l’inflation des égos au détriment d’une focalisation sur l’essentiel, c’est-à-dire le devenir des milliers d’étudiants qui sont la raison d’être de l’UdM. Pendant que les vampires s’acharnent sur leur proie et se partagent allègrement les revenus de l’UdM, le projet pédagogique fout le camp alors que c’est cela le nerf de la guerre. On semble avoir oublié que les jeunes viennent à l’UdM chercher une formation digne de ce nom et rien d’autre.
Je prends la parole comme un citoyen qui a accompagné, avec ses modestes moyens, la belle aventure de l’UdM. Je ne revendique rien d’autre que la satisfaction de voir ce projet prendre son plein essor et porter le message de l’espoir d’une Afrique nouvelle. Je prends aussi la parole comme un parent qui a encouragé et soutenu financièrement des étudiants à l’UdM. Même si les récents développements sont lamentables, je garde l’espoir qu’il ne faut « désespérer de rien », pour emprunter cette formule programmatique d’Ambroise Kom. C’est dans cet esprit que je formule quelques propositions qui pourraient faire partie de la discussion sur ce futur gravement compromis, mais toujours possible.

Sauvegarder l’initiative citoyenne
L’UdM, de par les circonstances historiques de sa naissance, émerge dans un contexte marqué par la précarité sociale, les angoisses nées de l’austérité consécutive aux plans d’ajustement structurel, la dévaluation du franc colonial et l’évanouissement des espoirs de transformation politique. La modalité associative à but non lucratif inscrit la recherche du bien-être collectif au détriment de toute poursuite d’intérêts égocentrés, notamment la récupération du projet à des fins individuelles. L’initiative citoyenne parie sur une Afrique prête à prendre ses responsabilités devant l’histoire, en rupture du paternalisme colonial et de la mentalité d’assisté. L’initiative citoyenne, portée par cette volonté d’auto-détermination, a aussi conscience de la nécessité d’adapter le projet au contexte social. Le chef des Bangangté, dépositaire de l’autorité traditionnelle et gardien du bien de sa communauté, a validé cette initiative citoyenne en mettant à la disposition des acteurs du projet un terrain. Je veux voir dans ce geste humanitaire une validation de l’initiative citoyenne. Pareille validation impose un devoir de responsabilité et renforce l’éthique du désintéressement qui la fonde. Les gestionnaires de l’AED/UdM, en acceptant cette dotation, entraient implicitement et explicitement dans un pacte qui faisait d’eux les dépositaires de l’intérêt collectif, au détriment de toute autre considération égoïste. Il me semble que le capital de bonne volonté accumulé par l’UDM depuis sa fondation était conditionné par le respect de ce pacte. Force est de constater que la faillite morale de l’UdM procède de la trahison de ce mandat communautaire.

Pour une culture de la tolérance et du dialogue
Depuis la publication des forfaitures constatées par les audits internes et externes dans la presse, la direction de l’AED/UdM a choisi une voie désastreuse : celle de menacer toute voix qui refuse de rentrer dans ses rangs et qui dénonce ses errements. La culture de l’intolérance, héritage du dogmatisme politique et autoritaire, paralyse ainsi les dirigeants actuels. Convaincus qu’ils sont dans le droit chemin et que toute personne qui élève quelque critique incarne le mal absolu, ces derniers ne trouvent aucune raison de se remettre en cause. Dans une contribution précédente, j’ai dénoncé cette intolérance. J’ai suggéré, à l’analyse de cette rhétorique d’exclusion, que les personnes portant la critique risquaient le poteau d’exécution. Je ne croyais pas si bien dire puisque les sieurs Sindjoum Pokam—définitivement en retraite de la rationalité philosophique—et Shanda Tomne—charlatan attitré de la bourgeoisie ethnique—ont publiquement proclamé qu’Ambroise Kom était un condamné à mort. Il importe de préciser que l’UdM, par vocation comme dans les textes juridiques régissant son existence, est un institut de formation. J’admets que certains acteurs ou actrices associés à l’institution peuvent avoir d’autres intérêts, y compris des allégeances aux organisations mystico-ethniques. Il demeure que ces membres, parlant au nom de l’UdM, se doivent de focaliser leur discours sur la mission académique. Si jamais l’UdM était prise en flagrant délit de nationalisme ethnique comme le laisse malheureusement suspecter le chauvinisme identitaire de certains, ce serait bien dommage.

Le Pari d’une communication stratégique
La crise actuelle a exposé des faiblesses structurelles voire institutionnelles dans le fonctionnement de l’institution. L’UdM, en temps de crise comme dans son fonctionnement quotidien, gagnerait à mettre sur pied une stratégie de communication institutionnelle digne d’un projet qui sait d’où il vient, qui est sûre de ces valeurs et qui connait sa mission. Il s’agit d’informer les étudiants, le corps professoral, les employés et les partenaires sur la marche de l’institution, sur ses défis et ses réalisations. Une communication effective permettrait en effet de créer une culture de la transparence qui serait le reflet d’une gestion limpide. Puisque l’UdM appartient à la société civile camerounaise, ces exigences de transparence, de lisibilité et clarté managériale sont un impératif catégorique.
Monsieur Kaptué, né vers mille neuf cent quelque chose, a trouvé moyen de porter mille plaintes pour diffamation parce qu’on lui aurait ajouté quelques années de plus. Il nous a servi son curriculum vitae, se proclamant le père de l’UdM. Il n’a, dans cet exercice d’exhibitionnisme, jamais prétendu parler au nom de l’UdM. A-t-il pensé que le temps qu’il consacrait à ses broutilles judiciaires aurait pu être mieux utilisé pour résoudre les problèmes que pose la gestion d’un campus ? Il reste à savoir qui paie ses frais d’avocat et autres tripatouillages répandus dans le système judiciaire camerounais. Son honneur, prétend-il, était en jeu ? Cet honneur comptait plus que le devenir des étudiants. Il est tout aussi incompréhensible que le deuxième site web de l’UdM se fasse l’écho des plaintes d’un citoyen privé. Monsieur Kaptué, il me semble, n’a jamais porté plainte au nom de l’UdM ou en tant que dirigeant de l’UdM.
Pareille confusion ne saurait que constituer une distraction sur ce qu’est l’UdM. En effet, depuis le début, on peine à savoir qui s’est exprimé au nom de l’institution. Les communiqués ont fusé, accusant les « égarés » (dixit Monsieur Jean-Baptiste Sipa), des crimes qui fluctuaient avec le passage du temps. Mais, personne n’a parlé ni des étudiants, ni de l’avenir de l’UdM. Le bricolage de la communication est symptomatique de cette incompétence qui plombe le devenir de l’UdM. Il me semble qu’une telle situation puisse en partie s’expliquer par la dispersion du management de l’UdM. La prolifération des centres décisionnels représente autant un éclatement des responsabilités qu’une carence institutionnelle.

Repenser les structures de la vampirisation
Entre l’AED, la direction de l’UdM proprement dite et le Conseil d’orientation, il est en effet difficile de savoir qui fait quoi exactement. La vocation primitive de l’AED était de servir de plateforme juridique pour la mise en œuvre du projet de l’UdM. L’AED a même contribué à mobiliser des ressources initiales pour le lancement de l’UdM. Elle a depuis découvert les frais de scolarité et ne vit plus qu’aux dépens de l’UdM. Le Conseil d’orientation est une émanation de l’AED. Il me semble qu’une gestion rationnelle devrait reconfigurer cet organigramme dans le seul but de rendre la gestion plus efficace, de clarifier les responsabilités et d’assurer le devenir de l’UdM. On pourrait envisager une AED si et seulement si elle devait fonctionner avec ses moyens propres et mobiliser des ressources humaines et financières pour le développement de l’UdM. Dans l’état actuel des affaires, il serait conséquent d’utiliser les frais de scolarité pour des missions exclusivement académiques. Une telle orientation supposerait soumettre l’AED et son démembrement que constitue le Conseil d’orientation à renoncer à toute rémunération ou remboursement des dépenses qui seraient imputables à l’UdM.
J’ai longtemps assuré ma cotisation à l’AED au point de recevoir une note qui me signalait que j’étais des membres fondateurs. Au moment où l’AED a engagé la purge qui a vu la radiation d’Ambroise Kom, d’Innocent Futcha et d’autres membres fondateurs de longue date, elle comptait 47 membres. En excluant plus du dixième de ses membres, elle signalait que la mobilisation n’est pas dans son ordre du jour. A moins d’avoir choisi de coopter de nouveaux membres qui, ayant flairé la bonne affaire à Bangangté, se ruent maintenant sur la poule aux oeufs d’or. L’AED ou ce qui en reste a les yeux fixés sur le pactole de l’UdM, c’est-à-dire sur les frais de scolarité. C’est triste, mais significatif de l’imaginaire de la tontine qui y règne. L’AED est devenue, si on suit les récents développements, un enjeu de ce que j’appelle plus haut la pragmatique du ventre. Le Professeur Innocent Futcha a mis en évidence la confusion qui existe entre l’UdM et l’AED, je n’y reviendrai pas. La dérive autoritaire a transformé l’AED en structure qui cristallise la volonté de pouvoir, de la gestion des ressources de l’UdM aux pratiques mafieuses qui entourent les marchés en passant par la distribution des dividendes. L’AED s’avère, dans ce contexte, une structure obsolète qui peine à définir son rôle. Et faute de se positionner dans l’organigramme de l’UdM, l’AED fait tout ou presque. Quand on fait tout, on finit par ne rien faire.
On se demande quel est le rôle du Conseil d’orientation de l’AED. Depuis le début de la présente crise, aucun des membres de ce conseil n’a publiquement pris la parole. Entre la direction de l’UdM et l’AED, il serait légitime de s’interroger sur l’utilité de cette instance. Il serait davantage nécessaire que l’AED publie, si cela est le cas, les compensations financières qui sont liées aux prestations des membres des diverses structures qui interviennent dans la gestion de l’UdM. Cela permettrait au moins, dans un esprit de transparence, de savoir en quoi les motivations financières ou de prestige pourraient (ou ne pas être) déterminantes dans leur existence. Vu de l’extérieur, ce conseil n’a aucune justification pédagogique, académique ou même managériale. Sa réorganisation ou suppression pourrait être envisagée.
Reformer l’UdM suppose au préalable la mise en place d’une infrastructure institutionnelle capable d’assurer une gestion efficace, de mobiliser les ressources nécessaires et de restaurer la crédibilité. L’efficacité dans la gestion, dans le contexte présent, passe par le recrutement des cadres compétents. La transparence et l’efficience organisationnelle devraient être au fondement de la restauration du contrat de confiance qui a existé entre l’UdM et les volontaires qui l’ont accompagné. La transparence devient un impératif parce qu’à son stade actuel de développement, l’UdM a plus que jamais besoin des partenaires financiers convaincus de ses objectifs programmatiques et de sa crédibilité managériale.

Le Conseil d’administration : au service des étudiant(e)s
Je pense que dans le sens d’une modernisation de la gestion, un conseil d’administration pourrait être envisagé comme la structure centrale dans un nouveau dispositif. Je m’empresse d’ajouter que les membres d’un tel conseil, recrutés au sein de l’AED, mais aussi dans la société civile camerounaise, africaine ou étrangère, devront être au-dessus de tout besoin ou de toute quête d’une quelconque reconnaissance sociale. Ils doivent partager les valeurs fondatrices du projet et son utopie. Les membres devront travailler dans un esprit de bénévolat et montrer l’exemple par une générosité philanthropique. A titre purement illustratif, Monsieur Niat Njifenji, l’actuel Président du Sénat, a fait des dons humanitaires à l’UdM. Les personnalités de ce calibre, pourraient être invitées à former un tel conseil.
Une des fonctions du Conseil d’administration, c’est d’assurer le recrutement des cadres aux postes de direction. Une fois ces cadres recrutés sur la base de leurs compétences et avec un cahier de charges rigoureusement défini, on les juge sur les résultats obtenus par rapport aux objectifs fixés au préalable. Le Président actuel a longtemps cumulé les rôles de Président de l’AED et de l’UdM. Il est par ailleurs un cumulard notoire. En fait, l’UdM n’a pas de capitaine à la barre parce que Monsieur Kaptué est un président à temps partiel. Quand l’UdM était à ses débuts, cela pourrait s’expliquer. Mais avec 2000 étudiants, cette absurdité devient incompréhensible. Un conseil d’administration sérieux s’y serait penché et aurait invité le vénérable Professeur à choisir entre ses multiples occupations et l’UdM. Le Conseil devrait avoir pour rôle de ratifier les décisions de la direction de l’UdM qui aura l’exclusivité de la gestion au quotidien comme dans la définition des plans stratégiques. Et dans le contexte actuel, l’une des missions les plus urgentes de l’UdM me semble être la maîtrise des frais de scolarité.

L’intenable modèle du collège privé
Une lecture attentive de la crise actuelle démontre que le modèle qui domine dans l’imaginaire programmatique des dirigeants actuel de l’UdM est celui du collège privé à la camerounaise. On fait des investissements minima et on attend des dividendes immédiates, peu importe le contenu pédagogique ou les résultats. Il n’est pas étonnant que le Cameroun compte très peu de collèges privés qui font l’unanimité, dans la durée, sur leur sérieux. Le mépris souverain pour les partenaires de la diaspora qui ont tant apporté à l’UdM découle de cette tyrannie du modèle du collège privé. L’expérience, de par le monde, a clairement montré que les meilleures institutions, privées ou publiques, ne peuvent compter exclusivement sur les frais de scolarité. Les universités américaines telles que Harvard sont massivement subventionnées, directement ou indirectement, par les pouvoirs publics et les contributions privées. Les grandes écoles françaises bénéficient d’un soutien de l’État qui leur permet de rester au top. Le business model du collège privé—autrement dit dépendre exclusivement des frais de scolarité, est tout simplement intenable. Quand on regarde l’inflation des frais de scolarité depuis le lancement de l’UdM, on peut conclure que cette augmentation dépasse la croissance des salaires et revenus. Une simple logique économique devrait alerter les uns et les autres qu’une telle inflation ne peut tenir éternellement. En d’autres termes, on peut arriver à un moment où le produit UdM devient trop cher. Le Cameroun vient de se jeter à nouveau dans les bras du diable, je veux dire le Front Monétaire International. Seules les économies sous perfusion ou comateuses frappent aux portes du FMI. Si jamais les perfusions n’arrivent pas à booster l’économie, on pourrait faire face au scénario-catastrophe des années 1990. Les bourses en souffriraient, avec des conséquences prévisibles pour les dépenses secondaires telles que l’éducation. Pour justifier les frais élevés, il faudrait en effet une valeur ajoutée qui démontre aux parents et leurs enfants que la formation vaut la peine. Une telle valeur ajoutée ne peut provenir que d’un effort philanthropique.

Maîtrise des coûts de la scolarité.
Mon relation avec les fondateurs de l’UdM m’a conduit à apporter une modeste contribution à cette utopie. En dehors d’un militantisme davantage civique, j’ai encouragé des jeunes frères et amis à confier leurs enfants à l’UdM. J’ai eu ainsi à assumer les frais de scolarisation de deux étudiants en pharmacie dans cette institution. Fort de cette expérience, je peux affirmer que l’un des problèmes que l’UdM devrait confronter est celui de la maîtrise des coûts de la scolarité. En effet, les frais de scolarité ont connu une inflation qui pourrait, si une telle trajectoire continuait, devenir intenable. En effet, on ne peut justifier une telle augmentation des frais de scolarité sur un plan purement comptable. Les gestionnaires de l’UdM devraient, à court et à moyen termes, mettre sur pied des stratégies pour maîtriser les frais de scolarité. Trois options sont possibles.
La première qui s’offre serait de rationaliser la gestion financière et de couper dans les dépenses superflues et autre surfacturation... Les fonds de l’UdM doivent être utilisés uniquement pour son core business qui est l’académie. La deuxième consiste à mobiliser des ressources financières pour subventionner le fonctionnement de l’UdM (laboratoires, enseignements, résidences universitaires) et les frais de scolarité (bourses attribuées sur des critères de nécessité et du mérite). Sous une telle option, les frais de scolarité pourraient continuer de refléter les coûts véritables de la formation. Toutefois, les subventions directes et indirectes atténueraient l’impact de cette augmentation. Cette option est au demeurant celle qui est mise en pratique dans les universités nord-américaines.
La mobilisation des ressources financières nécessaires au financement d’une telle subvention est possible dans le contexte des pratiques culturelles camerounaises. En effet, si on peut réunir des sommes folles pour des funérailles, des anniversaires, des mariages et autres cérémonies du même genre, il est possible de le faire pour financer la formation des générations futures. Le véritable obstacle à une telle démarche serait le manque de transparence qui fait peser des soupçons sur la gestion. Il importe d’activer les réseaux de solidarité qui existent dans le tissu social et culturel camerounais pour soutenir des actions à long terme. Ceci suppose d’emblée un dépassement des réflexes alimentaires et immédiatement égoïstes des tontines vers des logiques altruistes qui pourront permettre de construire le futur. Une telle entreprise exige une intégrité morale
L’Université des Montagnes a pour vocation de toujours rechercher l’excellence, comme sa devise le rappelle à tous ceux et toutes celles qui seraient tenté(e)s de reproduire le culte de la médiocrité qui a fait tant de mal à l’Afrique depuis les indépendances. Toujours rechercher l’excellence, c’est la voie obligée pour changer le Cameroun. Le Collectif Changer le Cameroun, né dans les tumultueuses heures de la démocratisation avortée des années 1990, avait défini avec éloquence et conviction ce projet de transformation en ces termes : « En clair, changer le Cameroun signifie mettre à la disposition de l’enfant, uniquement des modèles constitués de valeurs intrinsèques, et ce davantage dans les faits que dans les discours. » (Changer le Cameroun ? Pourquoi pas ? 1990). La bataille actuelle qui a pour théâtre la gestion de l’UdM est une confrontation décisive entre les tenants de l’éthique de l’excellence et les débrouillards qui, dans la pragmatique du ventre, ont importé les méthodes du parti unique sur le chantier de la construction de l’excellence. L’éthique de la débrouillardise donne lieu à un bricolage managérial et idéologique qui fait échec à toute réflexion programmatique sur le devenir de l’institution. Au moment où l’UdM traverse une crise de croissance doublée d’une faillite morale. La désintégration de l’utopie que représente l’UdM s’est poursuivie dans une dérive ethnicisante qui a pris des allures grotesques. Il faudrait pourtant, au-delà de la faillite morale et du bricolage managérial, imaginer un sursaut programmatique en accord avec l’esprit fondateur de l’UdM et instruit de l’expérience du terrain. En quelque sorte, il s’agit de remettre l’UdM, et partant la formation des futures générations d’ingénieurs, d’architectes, de médecins et de pharmaciens qui feront l’Afrique de demain au centre de la conversation.
Cilas Kemedjio
Frederick Douglass Professor
Director, Frederick Douglass Institute for African and African-American Studies,
University of Rochester


Enseignement supérieur*
Refaire ou ajuster l’université africaine ?, par Jean-Marc Ela
Je voudrais insister ici sur l'urgence de susciter une réflexion endogène sur le type d'université à promouvoir en Afrique noire. En ce début du nouveau siècle, cette tâche s'impose au moment où « les nouveaux gendarmes du monde » (Séroussi, 1994) veulent sou-mettre les universités aux lois du marché. Tel est le plan de réforme de la Banque mondiale dans le document intitulé Le financement et la gestion de l'enseignement supérieur : l'état des réformes dans le monde.
Selon la Banque mondiale, l'enseignement supérieur est un bien privé et non pas un bien public. Elle estime par ailleurs que l'on peut résoudre ses problèmes avec des solutions applicables au marché, car ce bien en quantité limitée n'est pas demandé par tout le monde et n'est pas gratuit. De plus, face à l'inefficacité des pouvoirs à réformer les orientations de l'enseignement supérieur, il faut obliger les responsables des établissements d'enseignement à rendre compte de leur position sur le marché. Il faut aussi les contraindre à mieux gérer leur personnel. Dès lors, tout plan de réforme se heurte aux professeurs qui exercent leur pouvoir en ayant la main sur les programmes d'études. Dans ces conditions, tout doit être mis en œuvre pour obliger les enseignants à renoncer à ce pouvoir et à devenir davantage des entrepreneurs. Les changements radicaux à apporter à un établissement d'enseignement supérieur doivent se traduire, notamment, par une réduction des effectifs et des retraites anticipées forcées. Bref, il s'agit de modifier ce que sont les professeurs, leur comportement, leur manière de s'organiser, leur méthode de travail et leur rémunération.
En fait, depuis des années, en prenant le contrôle des institutions de transmission et de production du savoir en Afrique, la Banque mondiale a mis en application les principes de l'économie néolibérale sous-jacents au plan de réforme qu'elle veut aujourd'hui étendre à l'échelle de la planète. Dès le départ, il a fallu dessaisir l'État du pouvoir de décision en matière de financement de l'enseignement supérieur. En effet, les   experts   de   la   Banque   mondiale   estiment   que   les gouvernements sont responsables de la survie d'une université «traditionnelle» ou «classique» insensible aux véritables besoins de l'économie mondiale. Alors que les pays africains sont confrontés à une crise sans précédant qui nécessite de prendre en compte la montée des jeunes en quête de connaissances afin de repenser les tâches de l'université et d'interroger ce que l'État dépense dans ce domaine auquel il doit accorder sa priorité, les institutions de Bretton Woods ont exigé le désengagement brutal des autorités publiques. Il en résulte un gâchis énorme dans tous les secteurs de l'université et une perte accrue d'efficacité qui affecte gravement l'enseignement et la recherche. En d'autres termes, le potentiel humain du développement d'un pays ne cesse d'être détruit si la revitalisation de l'université doit se réaliser par la limitation de l'expansion des effectifs et des dépenses. De plus, en rupture avec toute démarche de dialogue et de communication dans les pays où, dans les lieux de décision et du pouvoir, l'émergence de nouveaux acteurs et la prise de parole dans l'espace commun sont un défi quotidien, la Banque mondiale a imposé des mesures d'ajustement qui continuent de faire des dégâts partout en Afrique subsaharienne. Dans ce contexte où l'on tend à assainir les effectifs en révisant la politique d'aide aux étudiants et en réduisant la part salariale du budget de l'État, si l'accès au marché du savoir devient de plus en plus difficile pour la majorité des jeunes confrontés à un système d'enseignement sélectif, l'on doit constater le processus de clochardisation des enseignants et la dégradation continue des conditions d'études et de travail (Assié-Lumumba, 1993). En plus des mesures de répression, de violation des libertés académiques et des formes de violences brutes qui contraignent des intel¬lectuels de renom à l'exil (Codesria, 1997), il faut ajouter le mépris souverain que de nombreux dirigeants vouent à la vie de l'intelligence dont la promotion est le dernier souci et ne figure nulle part dans leur agenda politique qui se réduit à la seule volonté de durer le plus longtemps au pouvoir afin de «manger leur part» (Bayart, 1989). Dans les universités africaines à bout de souffle où les enseignants vivent à la marge des grands centres de production des connaissances et sont dépourvus de ressour¬ces nécessaires ou d'infrastructures élémentaires, toute capacité de recherche tend pratiquement à disparaître. Bien plus, compte tenu des contraintes inhérentes à l'emprise croissante de la raison utilitaire, il faut s'attendre à la disparition lente et progressive de toute discipline qui ne répond pas aux normes de la rentabilité imposées par la dictature de l'immédiat à laquelle les champs du savoir sont asservis dans le processus de « marchandisation » des espaces de la vie en société. Enfin, si l'aval de la Banque mondiale est nécessaire pour toute initiative novatrice à prendre, c'est l'autonomie même des universités qui est remise en cause.
Par ailleurs, en considérant le naufrage de nombreux établis¬sements où l'on bricole la formation des jeunes Africains, nous devons nous demander si, pour les bailleurs de fonds, l'ensei¬gnement supérieur n'est pas un luxe pour les indigènes. En dépit des apparences, c'est bien là le non-dit des discours dominants. Le message que le «consensus de Washington» véhicule dans ce domaine est évident : en laissant les universités s'effondrer sous le poids des contraintes de l'ajustement structurel, les experts veulent acculer les Africains à comprendre qu'ils doivent renoncer à mimer les pays riches en s'obstinant à maintenir des institutions d'enseignement supérieur qu'ils sont incapables de gérer, faute de ressources et de compétences. En clair, l'Afrique doit revenir au vieux rêve colonial de l'école de village afin de mieux investir dans l'alphabétisation et l'éducation de base. Pour les gens qui cherchent d'abord à satisfaire «les besoins essentiels» en matière d'eau potable, d'alimentation, de nutrition et d'hygiène du milieu ou de planning familial, la priorité de l'éducation et de la formation ne peut se réduire qu'à l'universalité de l'enseignement fondamental de premier cycle. Tout au plus, si l'on tolère que certains jeunes accèdent à un niveau d'enseignement supérieur, c'est à travers les universités virtuelles où des entrepreneurs avisés se mobilisent pour vendre des cours en jouant sur le vieux mythe de l'efficacité des « produits importés » à partir des programmes élaborés dans les pays d'Occident.
Il n'est plus nécessaire de reconnaître les impasses où nous conduisent des plans de réforme des universités que l'on doit considérer comme une mesure d'ajustement. Cette mesure aggrave la marginalisation de l'Afrique dans le système mondial des connaissances. Face aux défis du continent, il faut oser résister au fléau néolibéral et rompre le consentement avec les croyances à un modèle sans scrupule dont l'objectif vise, en réalité, à renforcer les inégalités et les exclusions à partir des tentatives de privatisation de l'enseignement supérieur qui voient le jour sous des formes masquées. Si l'on veut accorder une attention privilégiée à la vie réelle des étudiants dont les familles sont incapables d'assurer les coûts de formation en Europe ou en Amérique du Nord, il faut montrer la preuve qu'il est possible d'acquérir des hauts niveaux de compétence et d'expertise dans les lieux de production et de diffusion des savoirs enracinés dans les réalités du continent. Il convient de bien identifier l'enjeu du rapport qui doit s'établir entre l'enseignement et la vie quotidienne dans l'Afrique d'aujour¬d'hui : l'insertion des jeunes dans les sociétés en mutation peut se faire à partir des nouveaux « bosquets initiatiques » où des hommes et des femmes souvent formés dans les universités occidentales sont invités à repenser l'héritage reçu afin d'investir le meilleur d'eux-mêmes, de leurs ressources intellectuelles et pédagogiques en vue de préparer l'émergence d'acteurs du «développement». Pour l'enseignant qui prend sa mission au sérieux, cet engagement est un critère pour marquer son passage sur les campus et vivre dans la mémoire des générations.
Dans cette perspective, nous devons nous affranchir des paradigmes et des rhétoriques à la mode. En effet, nous ne pouvons prétendre lutter avec efficacité contre la pauvreté rampante dans les pays africains sans réhabiliter la notion de service public qui doit éliminer toute idée réductrice ou sélective de l'accès à l'université. À cet égard, au-delà des mesures d'ajus¬tement qui entretiennent la misère intellectuelle et l'enlisement, il convient de redécouvrir l'enjeu que constitue la participation de l'Afrique contemporaine à l'aventure humaine de la raison au moment où,  précisément,  le  nouveau  monde  en  gestation s'oriente vers l'économie du savoir. Comme le remarque Ignacio Ramonet, «la nouvelle richesse des nations repose sur la matière grise, le savoir, la recherche, la capacité à innover et non plus sur la production de matières premières » (Ramonet, 1999). En d'autres termes, l'éducation est l'investissement de demain. Et parce que dans ce monde des nouveaux savoirs, tout se tire par le haut, c'est l'université qui devient la clef de tout. C'est là que se crée le savoir où, aussitôt né, il se transmet à une jeunesse qui va l'utiliser, mais aussi le multiplier. C'est là que se forment les chercheurs et les futurs inventeurs. Bref, l'avenir se joue à l'université et dans les laboratoires. Dès lors, toute société est appelée aujourd'hui à faire ses bilans autour de l'enseignement supérieur et de la recherche. Cette mutation oblige à refaire l'université comme lieu d'émergence d'un potentiel de connaissances dont la gestion est un atout stratégique pour l'avenir de l'Afrique noire. Je situe à ce niveau l'enjeu des réflexions sur les « ripostes » à la crise actuelle de l'université africaine.
De toute évidence, cette crise a des racines profondes qui, au-delà des problèmes d'économie domestique liés à la montée des effectifs et des coûts réels qu'elle entraîne, imposent une approche globale et systémique des relations entre l'université et ce qu'il est convenu d'appeler le « développement ». Il nous faut ici apprendre à voir loin et en profondeur en recentrant l'exa¬men de la situation et la recherche sur les fondements, les finalités et les modalités de gestion de l'enseignement supérieur dans les sociétés africaines qui cherchent à s'inscrire dans les dynamiques de notre temps. À partir des défis auxquels sont confrontés les individus et les groupes précarisés vivant en bordure du monde, des questions élémentaires ne peuvent être esquivées trop longtemps par une institution qui a la prétention de participer réellement à l'amélioration des conditions de vie des millions d'hommes et de femmes. Quel service, à la vérité, l'Afrique peut-elle attendre d'une université où l'enseignement est donné en français ou en anglais et dont le contenu et les méthodes sont issus, pour l'essentiel, de l'univers culturel occidental? Par ailleurs, si l'enseignement n'est pas seulement l'école mais la vie, peut-on négliger l'enracinement de l'étudiant africain dans son milieu d'appartenance marqué par les langages et les rationalités qui agissent en profondeur dans l'imaginaire social et influencent les pratiques de la vie quotidienne ? À la limite, faut-il laisser les jeunes grandir dans l'ignorance ou le mépris des «savoirs endogènes» (Hountondji, 1994) que réin¬ventent aujourd'hui les acteurs des «économies réelles» des pays pauvres au moment même où les miettes de connaissances distribuées à quelques diplômés sont inaptes à susciter et à soutenir des initiatives créatrices dans un monde dur et féroce?
Dans les villes de la misère où le chômage des scolarisés risque de faire perdre aux savoirs académiques toute crédibilité (Éla, 1971, 1998b), assumer ces questions dans les débats de société en vue d'inventer des alternatives porteuses d'avenir, c'est redé¬couvrir la nécessité de l'ancrage des structures, des stratégies et des dynamiques d'apprentissage dans le contexte africain. Cette option fondamentale permet d'échapper à la dérive et à l'échec programmé du projet de modernisation que les universités de type occidental ont voulu mettre en place à partir d'un processus d'extraversion de l'enseignement et de la recherche. En prenant en compte le poids de l'héritage colonial, les auteurs de cet ouvrage rappellent que les crises successives qui marquent l'institution universitaire en Afrique sont inhérentes à sa créa¬tion. Malgré les tentatives de réforme à Dakar et les hoquets du changement à Yaoundé, la réappropriation critique et respon¬sable de l'université demeure un défi qui met à l'épreuve les capacités d'innovation et de créativité des sociétés africaines. Dans ce sens, je dois souligner la pertinence des perspectives ouvertes par cette étude rigoureuse.
Jean-Marc Éla
Source : Félix-Marie Effa’a, Thérèse Des Lierres, L’Afrique noire face à sa laborieuse appropriation de l’université. Le cas du Sénégal et du Cameroun, Paris/Québec, L’Harmattan/Les Presses de l’Université Laval, 2002, pp 7-12. Le surtitre est de la rédaction

 


Lettre ouverte au Président de l’AED, par Professeur Jean – Baptiste Fotso Djemo

 

A Monsieur Henri Njomgang,
Permettez, Monsieur le Président, qu’à la suite de votre interview dans « Germinal » (n° 114 du mercredi 21 mars 2018, pp 13 à 15), je revienne à quelques points de vos déclarations et fasse un lien avec la mise en place du récent Conseil d’Université à l’UdM. Je le fais au titre de l’adhérent de l’AED que je suis, membre fondateur (en Diaspora) de l’AED, même si je ne suis plus informé des activités de l’AED. Je le fais aussi au titre de l’enseignant que je suis à l’UDM : ancien Coordonnateur Académique Général des Filières Médecine, je suis actuellement vacataire et assure divers enseignements, avec de moins en moins de satisfaction. A ces titres, vous comprendrez que je m’inquiète de ce que j’observe du fonctionnement de l’Université des Montagnes : certaines de vos déclarations dans « Germinal », ne me rassurent pas sur l’avenir prochain et lointain de l’UdM.
Je peux ajouter que j’ai une troisième casquette qui me sert aussi dans mes observations : celle du psychologue, qui ne manque pas d’observer les souffrances individuelles et institutionnelles bien réelles, chez les étudiants comme dans le personnel administratif et enseignant. Comme vous semblez le reconnaître a minima. Pour un psychologue, la santé étudiante, le bien-être des étudiants dépend de la santé de l’institution, et celle de l’institution dépend des dynamiques organisationnelles et professionnelles de ceux qui la gèrent. Le clinicien n’a pas besoin de savoir « à qui la faute » pour l’affirmer. Mais le mot « responsabilité » se définit aussi comme devoir d’intervention en face d’un mal-être, puisqu’il arrive qu’on parle de « non-assistance à personne en danger » pour laquelle une personne physique ou morale peut être condamnée.

Germinal.
Je ne voudrais pas aborder ce qui touche aux conflits entre l’équipe que vous dirigez et l’équipe ancienne (et particulièrement avec le Professeur Kom qui semble représenter l’objet de beaucoup de haine). Il ne m’appartient pas de parler des retards constatables dans la fin des travaux d’infrastructure : vous semblez en attribuer la responsabilité entière à l’entrepreneur seul, avec beaucoup de rage. Je n’aborderai pas la micro-tribalisation, l’ethnicisation qui vous semblent un axe privilégié d’analyse : renvoyant dos à dos en quelque sorte, l’équipe d’avant vous, et la vôtre, mieux, pour défendre votre équipe. J’insisterai par contre plus particulièrement, sur les rapports entre l’AED et l’UdM. Commençons par cette affirmation : « …L’AED contrôle et ne s’immisce pas dans la gestion de l’UdM…Je n’ai de cesse de demander aux camarades de faire attention pour ne pas donner des instructions directes dans les établissements. Nous faisons des efforts constants pour rester conformes dans nos agissements aux statuts et règlement intérieur… ». Ceci, après avoir affirmé que « depuis 2013, les instances de contrôles et les instances opérationnelles sont bel et bien séparées… ». On aura observé que le mot « contrôle » revient près de 10 fois, que vous parlez de « propriété » à propos de l’UDM, du « budget (qui) est celui de l’AED…Les recettes sont celles de l’AED… ». Et on observe que pour exercer les contrôles sur l’UdM, il est au moins 4 fois question de « cabinets spécialisés » avec lesquels l’AED travaille.

Questionnements :
De la manière dont vous exprimez les choses, on a du mal à croire que « l’AED ne s’immisce pas dans la gestion de l’UdM ». Car vous ne dites pas d’où viennent « le budget…les recettes de l’AED »(l’AED « qui a aussi des charges à assumer… ») avec lesquels vous assurez le budget de l’UdM. Sauf à penser que les recettes qui auraient dû être celles de l’UdM, sont
celles-là même qui lui reviennent en boucle, par l’AED. Il y a quelques années, une tutelle de l’UDM, nommée par l’Etat, avait déjà imaginé cette stratégie : recueillir les inscriptions et scolarités des étudiants, et donner à l’UdM un budget, non de gestion, mais « de fonctionnement … », et comme vous le dites vous-mêmes, « c’est vous qui déterminez le budget qu’ils auront à gérer… ». Par l’Agent comptable de l’AED, puisqu’au Conseil d’Université, la Comptable n’est pas celle de l’UdM, mais celle de l’AED. Que peut donc signifier l’autonomie de l’UdM si, malgré la séparation de direction et de gestion avec l’AED, celle-là ne gère de budget, que sous le contrôle quotidien de sa « propriétaire » ? Généralement, une Université s’autofinance par la scolarité qu’elle perçoit, et fait campagne pour obtenir de la part de mécènes, des financements complémentaires !
Vous insistez tellement sur cette nécessité du contrôle, « (que vous) n’avez de cesse de demander aux camarades de faire attention pour ne pas donner des instructions directes…nous faisons des efforts constants… ». Avoir besoin « d’efforts constants », tant le naturel pousse le CO et son Bureau exécutif, à s’ingérer dans le fonctionnement de l’UDM ? Sans doute au nom du principe suivant lequel « le bureau exécutif tient, à cet effet, des réunions de concertation et de contrôle sur le campus… », mais plus « contrôle » que « concertation » sans doute. A quel moment et sous quelle forme, les dirigeants de l’UdM assument-ils donc leur propre fonctionnement, leur propre contrôle, y compris sur les CUMs? Car en l’occurrence, les CUMs sont une structure de l’UdM, sous l’autorité de l’UdM, pour la formation des étudiants en filières Santé notamment. Mais un mot encore sur la question du budget : vous ne dites pas sur lequel sont payés tous ces nombreux « cabinets spécialisés » et « contrôleurs » sur le terrain des infrastructures en construction (en plus des « des 4 ou 5 contrôleurs d’Egis ») ou pour « apprendre la gestion » au bureau exécutif. Pourquoi ce besoin d’appuis externes et à quels prix ?
Je voudrais m’attarder comme enseignant, ancien universitaire en France, sur le Conseil d’Université qui vient d’être installé (« décision du Président de l’AED », en date du 16 mars 2018). J’ai le sentiment qu’il illustre bien la difficulté de repérages, voire une relative irresponsabilité, source de souffrances, qui caractérisent actuellement, les structures de l’UdM. Qui fait quoi ? Qui devrait faire quoi ? Quelle légitimité ? Comment apprécier la représentativité des divers corps au sein du Conseil ?

Rentrons dans quelques détails :
1. Le Conseil d’Orientation (qui sert de Conseil d’Administration à l’UdM, dites-vous), et qui assure déjà ses fonctions de « contrôle » à tous les niveaux, y nomme 2 membres du CO . Cette présence limitera-t-elle, régulera-t-elle l’omniprésence des membres du CO sur l’UDM et sur le campus ?
2. Deux Doyens assesseurs sont nommés : non pas auprès des Doyens correspondants sur le plan académique, et au même titre, mais comme « Chargés de mission auprès du Bureau Exécutif de l’AED ». Lequel bureau a déjà 2 de ses membres au Conseil d’ Université. Quelles seraient donc, pour des « doyens », ces « missions auprès du Bureau exécutif », alors que l’un des membres du CO au Conseil est lui-même Professeur (d’une Université d’Etat )? Comment participeront - ils de la vie académique de l’UdM , avec des « missions spéciales » auprès de l’AED ?
3. J’ai déjà noté plus haut que l’Agent comptable est celui de l’AED, et pas celui de l’UDM : alors qu’il est question d’un Conseil d’Université.
4. Les représentants des enseignants des 2 Instituts ont-ils été élus par leurs pairs ? Pourquoi n’avoir pas pensé à une représentativité des vacataires qui forment un gros lot des enseignants, et qui, faute d’assemblée générale des enseignants, subissent des décisions sur des enseignements qui sont les leurs, et sont réduits à l’ignorance sur la vie institutionnelle de l’UdM ? Eux qui, pour la plupart, sont venus par conviction idéologique pour l’UdM de leurs rêves !
5. On se serait attendu à voir le personnel administratif dans ses différentes catégories, plus largement représenté : par exemple les services de scolarité, qui ont un rôle important dans la réussite des enseignements et des évaluations.
6. Un seul étudiant représente les 4 grosses filières de l’Institut Supérieur des Sciences de la Santé. Elu ou nommé ? Quels moyens lui seront donnés pour une vraie connaissance des problèmes de ces filières, et pour une autre place au Conseil, que celle de faire-valoir ?
7. Sous quelles formes s’organisent les étudiants de l’UdM de manière à réfléchir sur la qualité des formations qu’ils reçoivent et à participer à l’élaboration des contenus ? C’est à travers eux que l’UDM devrait vérifier si ses prétentions d’excellence correspondent par ailleurs à une véritable inculturation des formations, en vue de leur professionnalisation ? Quels moyens leur donne-t-on pour de tels objectifs ?
8. Où se trouve la place des parents, eux qui vont fuir de plus en plus une UDM d’autant plus en débande, que l’Etat ouvre d’autres formations médicales publiques à 50000 Franc / an d’inscription ?
9. Plus fondamentalement, quelles sont les missions ACADEMIQUES d’un Conseil d’Université ? Peut-on attendre que désormais, avec son installation, ce Conseil soit ENFIN, l’instance des décisions de l’ UDM en tant que Académie (son fonctionnement, les programmes d’enseignements, les choix de ses responsables et des enseignants , les carrières, et tout naturellement son budget…) ? Vous comprendrez que certaines de mes questions s’adressent à l’AED, mais aussi aux dirigeants de l’UDM et aux représentants des enseignants, et aux autres représentants et non représentés.

Conclusion :
Monsieur le Président, j’aurais pu soulever d’autres questions, mais je voudrais que vous considériez celles-ci , malgré le climat de suspicion actuel autour de l’AED / UdM, comme une contribution à une « UdM…résolument tournée vers l’avenir », comme vous l’affirmez vous-mêmes. Je découvre que l’emblème de l’AED est « Ensemble trouvons des solutions » : je souhaiterais tant que vous considériez le numéro spécial de « Germinal », comme une démarche, sans doute critique, mais de recherche pour un projet UdM le plus proche possible des utopies qui l’ont fondée. Projet UdM pour lequel tant de sacrifices ont été vécus : ne faisons pas honte au Chef Supérieur de Bangangté qui, contre vents et marées, avait pris le risque d’offrir la belle colline de Banékané. « Nous travaillons à ce que tout revienne à la normale », dites-vous, grâce à « l’appui d’un cabinet qui nous accompagne et qui nous a aidés à élaborer le manuel de procédure …». J’ai la naïveté de croire que tous les intervenants de ce dossier dans « Germinal », chacun avec son style, voire sa passion, voudrait d’une « UdM…résolument tournée vers l’avenir », qui est votre souhait. Sans doute que cela suppose que l’AED redevienne l’espace des débats, voire de conflits, mais un espace ouvert à toutes les bonnes volontés, rêvant de faire autrement que dans les autres structures publiques ou privées. Et non un espace clos, « contrôlé » exerçant son « contrôle » sur l’UdM. Comme si on mettait au monde un enfant qu’on refuserait de voir grandir et prendre son envol, en lui tenant les ailes ou en les lui coupant. Ce que sait bien faire l’Etat, qui, comme par hasard, depuis 3 ans, tente à sa manière de récupérer les marges conquises de haute lutte par l’UdM (marges légitimant du coup l’AED et non le contraire ).

Professeur Jean – Baptiste Fotso Djemo