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C’est une lapalissade : le Cameroun va mal. Il a mal à sa gouvernance politique. Une situation facilitée par une clique d’imposteurs qui ont pris en otage tous les rouages de l’État. Leur stratagème est fort simple : le jour, ils présentent Paul Biya comme leur idole à travers des motions de soutien farfelues ; la nuit ils affinent leurs stratégies de conquête du pouvoir.
Il est évident qu’en dehors de la corruption, l’une des causes fondamentales de la destruction du Cameroun est l’imposture et la tricherie érigée en mode de gouvernement.  Le pays a longtemps plié l'échine devant la crise économique mondiale. De pays à revenu intermédiaire, il est devenu un pays pauvre très endetté. Les plans d'ajustement structurel et les autres médicaments administrés au grand malade n'ont pas sorti le pays de la pauvreté. La crise financière est venue anéantir les derniers efforts d'un peuple qui n'en finit pas de serrer la ceinture. Les responsables de cette situation existent. Certains n'hésitent pas à l'occasion de pointer un doigt accusateur sur les organisations internationales ou sur la France, l'ancienne puissance coloniale. Pourtant, les responsables de cette situation se trouvent d'abord au Cameroun.  Qui sont les fossoyeurs du Cameroun? Ces  personnalités que la rédaction du journal Germinal a choisi de vous présenter dans ce numéro jouent toutes un rôle de premier plan. Elles ne sont pas classées par catégories. Elles affichent des parcours éclectiques et viennent d'horizons différents. Les noms de ces hommes d'influence sont intimement liés aux crises que traversent des secteurs déterminés du Cameroun. Ils ont pour point commun d'exercer une certaine influence au Cameroun. Tous participent au pire de la construction du Cameroun de demain.  Le Cameroun a décidément mal à ses imposteurs. Ce sont entre autres: Paul Biya, Sadi René, Laurent Esso, Amadou Ali, Issa Tchiroma Bakary, Atangana Kouna, Mebe Ngo’o Alain, Biyiti bi Essam, Cavaye Yeguié Djibril, Jacques Fame Ndongo.

Paul Biya : spécialiste de la politique du verbe
Ses promesses non tenues ont fini par lasser les Camerounais.  Spécialiste de la politique du verbe, il a transformé le Cameroun en Pays pauvre très endetté.

L’allègement de la dette avait fait naître tous les espoirs à Yaoundé. Après plus de cinq longues années de fiançailles parfois orageuses, un temps rompues, et pendant six mois idylliques, le Cameroun et les institutions de Bretton Woods avaient signé, les 27 et 28 avril 2006 à Washington, leur acte de mariage. Un événement solennel, attendu par la population camerounaise comme le grand soir qui, dans le jargon des bailleurs de fonds, porte le nom austère de « point d’achèvement ». En clair : le moment où la Banque mondiale (BM) et le Fonds monétaire international (Fmi) décident que le pays a satisfait à leurs critères et peut bénéficier d’un allègement de sa dette extérieure dans le cadre de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés (Ppte). Avant cette date, Paul Biya avait promis aux Camerounais qu’avec le franchissement du point d’achèvement, le bout de sortie du tunnel se pointerait à l’horizon. Subrepticement, après ce franchissement, il s’était rebiffé, comme tout bon roublard, en affirmant dans le discours qu’il avait prononcé le vendredi, 12 mai 2006 que « l'atteinte du Point d'achèvement est sans aucun doute une étape décisive sur la voie du redressement et de la relance de notre économie. Elle nous ouvre incontestablement des perspectives très favorables. Mais elle n'est en aucun cas une fin en-soi, ni une panacée qui fera disparaitre du jour au lendemain tous nos problèmes ». Une manière de dire que le bout de sortie du tunnel étaient encore éloigné. De là à penser qu’il s’agissait d’un point d’achèvement diplomatiquement octroyé au Cameroun, il y a un pas que beaucoup de Camerounais n’hésitent pas à franchir. Le symbole de son impuissance est ce « monument à la gloire du désastre » (Mongo Beti) au pied duquel il passe depuis 25 ans pour se rendre à Mvomeka’a, son village natal ou pour se rendre à l’étranger. Paul Biya donne l’impression de ne plus être à l’aise au Cameroun, et surtout au Palais de l’Unité où il passe très peu de temps. Il est en transit  au Cameroun. Il assiste amusé aux batailles épiques  que se livrent ses thuriféraires hypocrites pour sa succession à la tête de l’État.  Ces derniers temps, il a multiplié des voyages à l’étranger. De sorte que les Camerounais se sont contentés d’observer son avion survoler le territoire national. Avant l’ouverture des festivités marquant la célébration du cinquantenaire de l'indépendance du Cameroun oriental, il était sorti du Cameroun en catimini dans un avion médicalisé et flanqué de deux médecins, sans faire du bruit, sans que les routes ne soient barrées comme à l’accoutumée. Après les festivités, il n’a plus passé plus deux semaines au Cameroun. Depuis plus d’un an, il n’a tenu qu’un seul conseil des ministres. Il est resté égal à lui-même. Les Camerounais sont habitués aux multiples et interminables déplacements du vacancier au pouvoir. Déjà en 2009, il était parti du Cameroun, le 9 avril dernier, pour ''un court séjour privé en Europe'', le président Paul Biya avait passé, 33 jours à l'étranger. La durée cumulée des sorties effectuées depuis le début de l'année 2009 indiquait que Paul Biya avait séjourné hors du pays pendant 48 jours (un mois et demi) sur 130 jours au total (entre février et mai). Le président de la République n'avait donc passé que 82 jours dans son pays, soit moins de trois mois. Le décompte de ses sorties en 2008 était plus révélateur. Parti le 28 mai 2008, il était revenu le 19 juin ; avant de rembarquer pour un autre "court séjour privé" en Europe, le 27 août. Rentré au Cameroun le 10 septembre, il n’était resté seulement qu’une petite semaine avant de repartir le 18 septembre. Après une brève apparition à New York à la 63e assemblée de l'Onu et une pige au Canada, l'homme réapparaissait au Cameroun le 3 novembre 2008. Cela faisait quelque 82 jours (deux mois et demi) en sept mois (de mai à novembre 2008) hors des frontières nationales et 130 jours sur 365 dans le cadre de "courts séjours privés". Si le calcul s'étendait sur les 28 ans que dure son règne ? Paul Biya est le pontife de l'inertie.
Maheu


Pourquoi la démocratie est un leurre au Cameroun ?

Le leurre est invariablement une des caractéristiques qui a permis au régime biyaiste d’acquérir et de maintenir son audience sur la scène mondiale en lui fournissant des compagnons de route dans toutes les ethnies du Cameroun et dans toutes les chancelleries occidentales. Il est commun dans l’opinion publique de présenter les biyaistes comme de simples demeurés ou assoiffés du pouvoir, et de réduire l’activité présidentielle au niveau banal d’une inertie chronique qui ne vaut pas la peine d’être discutée. En conséquence, le citoyen lambda et le visiteur étranger ne se rendent même pas compte qu’ils se trouvent malicieusement transportés au cœur même d’une partie de poker menteur. C'est pourquoi le leurre dans le régime totalitaire est l’une des plus importantes manipulations politiques de notre époque. Lutter contre ce leurre représente le devoir le plus vital des démocraties, car sa persistance signe et entérine les périls à venir. En d’autres termes, le régime totalitaire de Biya n’a jamais été une simple question d’autochtones contre allogènes : il a fonctionné dés le départ avec l’ensemble des populations dites allogènes représentatives du Cameroun ; ni ne s’est voulu une simple question de nationalisme extrémiste : il a trop besoin des appuis étrangers pour survivre. Aussi, c’est avec cette partie de poker menteur que le chemin de la domination absolue passe par de nombreuses étapes intermédiaires, relativement normales et tout à fait intelligibles : tous les aspects du gouvernement totalitaire de Paul Biya – aussi hideux et criminel soient-ils – partagent un point commun avec tous les régimes totalitaires passés et présents : le totalitarisme est profitable, à titre personnel, à la famille Biya comme un cambriolage ordinaire profite à son auteur.

Source : Fabienne Debarge et Joël Didier Engo, www.cameroon-info.net


Amadou Ali : l’habitué des coups fourrés
Il se présente comme Monsieur propre. Ses visées pouvoiristes sont un secret de polichinelle. Peut-être tente-t-il d’endormir Paul Biya avant de le cueillir comme un fruit mûr.
Il a laissé tomber les masques le 15 juin 2010 en laissant comprendre à l’opinion publique nationale et internationale que tous ceux qui sont arrêtés dans le cadre de l’Opération Épervier n’ont aucune chance de s’en sortir, mettant ainsi à mal le sacro-saint principe de la  présomption d’innocence. Répondant à une question de Boris Bertolt du quotidien Le Jour  qui lui répercutait l’avis des Camerounais qui estiment que l’Opération Épervier est politique, le ministre de la Justice, Garde des Sceaux avait déclaré : « C’est vous qui le dites. Ce sont ceux-là qui font la politique, nous on fait la justice. Je mets quiconque aux défis de prouver que ceux qui sont aux arrêts étaient innocents […] Ceux qui disent qu’ils sont innocents ont bien caché ce qu’ils ont volé ». Pour Amadou Ali, pas de doute, ils sont coupables, même si la justice n’a pas encore établi la culpabilité de plusieurs d’entre-deux. Le Garde des Sceaux sait de quoi il parle, puisqu’au quotidien, il ne cesse de faire pression sur des magistrats, principalement sur les procureurs de la République afin qu’ils orientent les décisions de justice dans le sens de la culpabilité des prévenus. En outre, réagissant récemment à un éditorial de François Soudan publié dans l’édition nº 2561, édition du 07 au 13 février 2010, sur les " prisions d'Afrique », Amadou avait apporté un démenti en affirmant que les prisons camerounaises sont « loin d’être des goulags tropicaux ». Il affirmait dans son droit de réponse adressé à cet hebdomadaire paraissant à Paris qu’au Cameroun la détention d'un prévenu ou d'un accusé est l'exception, la règle étant la liberté. Amadou Ali était conscient que ces déclarations sont fausses. Toutes les études réalisées sur les prisons camerounaises par le ministère de la Justice, l’Union européenne, les organisations de défense des droits humains, toutes les enquêtes journalistiques ont montré que dans les prisons camerounaises on y trouve près de 75 % des prévenus et 25% de condamnés. C’est dire si au Cameroun, la liberté est l’exception et la détention la règle.On dit que  l’actuel ministre de la Justice est le bras séculier de Paul Biya, dans la lutte contre la corruption et les détournements des fonds publics. Le vice-premier ministre chargé de la Justice a visiblement pris du galon depuis le lancement de l'Opération Épervier au Cameroun. Amadou Ali est devenu certainement l'homme le plus craint, après Paul Biya, au Cameroun. Il symbolise en même temps toutes les incohérences d'une opération sensée assainir l'administration publique camerounaise.  On l’accuse, à raison, de vouloir à travers l'Opération Épervier, éliminer tous les éventuels candidats, à la succession de Paul Biya. Sa conversation téléphonique avec Edouard Akamé Mfoumou prouve qu'il est un adepte du rouleau compresseur pour ses éventuels adversaires. Amadou Ali est surtout sans pitié. L'affaire des tracteurs indiens a démontré, aux yeux du monde qu'Amadou Ali est loin d'être un exemple. Un des 28 engins agricoles destinés à la mécanisation de l'agriculture au Cameroun a échoué chez le vice Pm au détriment des agriculteurs. L'implication du Minjustice, dans l'enlèvement au Nigeria du ''rebelle des monts Mandara'' a fini par convaincre les plus sceptiques sur l'activisme de ce natif de Kolofata. Tout comme, il serait impliqué dans le scandale de la construction du palais de justice de Nkongsamba où des millions de Fcfa auraient été détournés. Certaines mauvaises langues affirment qu’il connaît très bien le dossier, mais ne  peut demander que l’on ouvre une enquête judiciaire parce qu’il serait lui-même impliqué. Vrai ou faux ? Toujours est-il que  la rumeur circule.

Junior Étienne Lantier


Les autres thuriféraires hypocrites
Jacques Fame(ux) Ndongo  L'intrigant du renouveau.
Universitaire et actuel ministre de l'Enseignement supérieur après avoir été ministre de la Communication, recteur de l'université de Yaoundé, certaines sources l'accusent d'être au centre de plusieurs coups bas. Il a été soupçonné d'être à la base des écoutes téléphoniques entre Amadou Ali et Akamé Mfoumou. On retient aussi de lui qu'il aurait demandé aux étudiants du Sud de ne pas s'associer aux étudiants qui revendiquaient leurs droits. Ses attitudes incohérentes après l'annonce de la mort du président Biya en 2004 a laissé plus d'un perplexe. Il s’attendait certainement au départ de Paul Biya en 2011 et se préparait mener en conséquence. Il avait clairement dévoilé ces intentions à un homme politique aujourd'hui vivant aux États-Unis d'Amérique en lui disant que le chef est vieux et qu'en 2011 le chef ne serait plus là. " Nous allons faire la politique autrement. Toi et moi, on aura un duel de chevalier, on va s'affronter ", avait-il lancé, très sûr et très confiant de lui.  Aujourd’hui, il vient d’adresser au chef de l’État en trafiquant les signatures de certains universitaires qui sont en rage contre leur patron vicieux et dénoncent l’imposture

Biyiti bi Essam :  Le présomptueux
Après avoir été secrétaire général du ministère des Postes et Télécommunications, il a été nommé ministre de la Communication, puis ministre des Postes et Télécommunications. Griot, patenté, présomptueux, rancunier et ayant des réactions puériles, il entretient des rapports très difficiles avec de l'argent liquide. Son récent fait d'armes est cette tentative infructueuse de détournement d'une partie de l'argent mis à sa disposition pour la couverture médiatique de la visite du Pape Benoit XVI au Cameroun. Depuis l’expiration des délais accordés aux abonnés des téléphones mobiles pour se faire identifier, il est resté muet comme une carpe. C’est dire si ses différentes mises en garde n’étaient que du bluff. L’opération d’identification semble n’avoir été initiée que dans le but de mettre les « opposants » au régime Biya et les journalistes « récalcitrants » sur écoute.

 

Edgar Alain Mebe Ngo'o: le frimeur

C'est l'un des " fils " de Paul Biya. Il serait un des jokers entre les mains du chef de l'État. Sa propulsion à la tête de la Dgsn et ensuite à la tête du ministère de la Défense n'est pas un fait du hasard. C’est un frimeur. Selon Le Jeune Observateur, en moins de 15 ans il aura bâti deux hôtels grand luxe à Kribi, un palais à Zoétélé, une résidence à Nden-Fong, un palais à Ebolowa, un immeuble de luxe à Yaoundé (Ambassade de Turquie, une résidence à Odja (Yaoundé) dotée d’une piscine olympique, trois résidences à Paris (Aubervilliers, Champigny et dans le 16e arrondissement), des entrepôts de voitures, près de 100ha de terrain à Yaoundé, 150 ha de terrain à Kribi. Comme son ennemi intime Remy Ze Meka, il est spécialisé dans la manipulation des médias et des renseignements au profit de ses amis et protégés et au préjudice de ces ennemis.

 

Atangana Kouna trouble l’eau
Il se distingue par les annonces publicitaires qu’il offre aux journaux et qui lui permettent de les tenir. La nomination de Basile Atangana Kouna avait marqué la fin de l’ex-Société nationale des eaux du Cameroun (Snec). Des espoirs suscités par sa nomination à la Camwater se sont évanouis. Depuis longtemps, plusieurs quartiers des grandes métropoles camerounaises sont sans eau. En pleine saison des pluies.

 

 

 


De Augustin Kontchou Kouomegni à Issa Tchiroma Bakari : La communication gouvernementale entre splendeur et dérision

Au début des années 90, lorsque nos pavés flambent, que Ngoa-Ekelle s’embrase et que nos villes se meurent, le pouvoir établi se choisit comme communicateur un certain Augustin Kontchou Kouomegni, professeur de science politique, ancien gestionnaire de l’école des cadres du parti, comme l’on disait à l’ère du parti officiellement unique. Vers la fin des années 2000, ce fauteuil dont on ne sait plus s’il faut le considérer comme prestigieux ou pas échoit à un certain Issa Tchiroma Bakari, ingénieur dit-on des écoles françaises (sacrée référence n’est-ce pas ?), véritable curiosité politique bien de chez nous. A bien des égards et malgré le fait que M. Tchiroma soit encore en fonction comme tient encore debout en tremblotant le système qu’il sert, l’on peut déjà affirmer que les deux personnages symbolisent deux moments extrêmes de la communication gouvernementale camerounaise à l’ère du multipartisme, deux moments qui ouvrent et sans doute clôturent le tracé d’un parcours presque archétypal. De Kontchou Kouomegni à Tchiroma, un certain ordre « crapulaire » semble être passé de l’affirmation au crépuscule, comme le montrent la pagaille et la panique que sème chaque jour l’opération dite « épervier ».
A scruter distraitement les deux personnages, l’on pourrait être tenté de dire qu’ils n’ont en commun que d’avoir serré amoureusement sur leur poitrine, chacun en son temps, le portefeuille convoité de la communication de M. Biya, que certains veulent continuer à considérer comme un ministère de souveraineté (cf. Dakole Daïssala dans Mutation du 28 juillet 2009). Ce serait une erreur : Kontchou et Tchiroma sont surtout deux visages de la servilité au bénéfice d’un monarque qui, par son côté fantasque et insensible, rappelle irrésistiblement Ivan le terrible de la Russie du XVIè siècle. Mais ces deux visages sont des facettes différentes au point de paraître opposées.  
M. Kontchou portait apparemment sa servilité avec une certaine morgue, presque avec de l’arrogance. Il faut dire que comme un certain Joseph Owona, il sortait fraîchement des amphithéâtres de l’université où il avait eu l’occasion de se faire applaudir par une jeunesse pour laquelle les vernis du savoir comme de l’intelligence brillent d’un éclat qu’elle n’hésite pas à trouver authentique. En face d’un peuple qu’il avait contribué à maintenir dans l’ignorance et à dépolitiser, M. Kontchou se sentait investi d’une assurance inexpugnable, et, comme le disait un célèbre personnage de Césaire, n’hésitait pas à brandir la férule à la face d’une supposée « nation de cancres ». Cependant, le soin que M. Kontchou mettait à soigner son apparence extérieure, à maniérer son verbe, n’avait pas pu échapper aux observateurs attentifs : il désignait le digne politologue comme un homme de l’extérieur, à la carapace épaisse mais sous laquelle il n’y avait pas grand-chose à trouver. Sûrement grand lecteur de Nicolas Machiavel, de Hegel et autres pragmatistes comme les légistes chinois du IIIè siècle avant notre ère, M. Kontchou fait partie de ceux qui ont théorisé l’affirmation à tout prix de l’autorité de l’Etat dans les années 90, y compris contre le bon sens le plus élémentaire. Aux yeux de tous ceux pour qui tout ce qui brille est or, M. Kountchou était certainement une figure prestigieuse et un illustre communicateur : il avait le verbe étincelant, le tour de phrase recherché, le ton docte, le savoir démonstratif et la culture indiscrète, et surtout, la verve sarcastique et vitriolée quand devant le tribunal de sa puissance ô combien éphémère, s’égarait quelque baudet qui en passant avait tondu l’herbe de quelque pré appartenant à quelque féodal du système.  
Oui : l’on pourrait presque sans se tromper affirmer que M. Kontchou était dupe de lui-même : il ne semblait pas se rendre compte à quel point il était servile dans sa relation au système et à celui qu’il incarnait : son intelligence, sa rouerie, son apparente puissance n’existaient que par ce dernier, dont au fond il n’était que l’une des ombres, l’un des prolongements temporaires et définitivement révocables. L’on se souvient de l’exercice de communication auquel M. Kontchou se livra dans le cadre du débat précédant la fabrication de la Constitution à ce jour inappliquée du 18 janvier 1996. Alors que notre « prodige » devait le croire magistral, M. Biya le sanctionna d’une note cinglante pour … incompétence sémantique ! Aussi, l’une des différences fondamentales entre M. Kontchou et M. Tchiroma tient-elle à ceci que le premier nourrissait une illusion naïve et dangereuse : il se croyait indispensable au système, et il le croyait si fort qu’il n’avait de cesse de mettre en scène son indispensabilité, en une multitude de tableaux d’une représentation à rebondissements. « Un bon joueur ne manque pas d’équipe ! », affirmait-il avec force et peut-être conviction. Il faut espérer pour lui qu’il figure encore sur la liste des réservistes de la sélection officielle, alors que l’on se demande si le match va s’achever ou rentrer dans la phase des prolongations prolongées. En attendant, comme tous ses paires de l’ère des prédations vertigineuses, il doit avoir mis de côté un épais matelas qui lui permet de s’imbiber de bons vins et whiskies pour le cas où l’attente pourrait durer un tantinet plus que prévu.
Quant à M. Issa Tchiroma Bakari, il semble porter sa servilité avec la sincérité et l’ostentation d’une pancarte de défilé : il est un franc serf pour ne pas dire servant. Ingénieur ou pas des écoles françaises, il a décidément le verbe mal assuré, le tour de phrase brouillon, mais le sourire particulièrement éclatant. A l’ombre de M. Biya où il joue les lampadaires, il s’évertue à s’assurer qu’il ne puisse exister aucun quiproquo sur son statut ; afin que son image ne soit pas brouillée, il tâche à ce qu’il soit clair et limpide pour tous qu’il n’est pas un collaborateur mais un serviteur. M. Fame Ndongo a, paraît-il, eu lui aussi l’extrême honnêteté (quel paradoxe, utiliser certains mots dans certains contextes n’est-ce pas ?) d’avancer le mot « esclave ». Personne n’aurait osé aller si loin, parlant des messieurs que l’on a coutume d’appeler des hauts commis de l’Etat. Heureusement, c’est eux-mêmes qui nous le disent.   Mais à regarder avec attention M. Tchiroma, lorsqu’il tente de se dissoudre dans le mur du couloir d’un palace parisien pour laisser le maximum de place à M. Biya et accessoirement bien montrer son insignifiance d’ombre à ce dernier, lorsqu’il sert à son protecteur son sourire le plus courtisanesque à l’occasion d’une cérémonie de présentation de vœux, oui, à l’observer attentivement, peut-on encore oser prétendre que M. Fame Ndongo, lorsqu’il parle d’esclave, se livre à un exercice de rhétorique ? Il y a là, avouez-le, une sorte de bouffonnerie qui confine aux comiques de geste et de situation du théâtre où, comme l’a montré l’univers d’Alfred Jarry, le comique côtoie presque toujours le tragique. M. Tchiroma est en plus une énigme : il aime à communiquer et multiplie les points de presse, dans lesquels il joue constamment, on le jurerait, son propre personnage dans une mise en scène invariablement cocasse. Un peu comme s’il invitait la presse et le public à un boulevard permanent. Mais il ne s’agit là que d’insignifiants problèmes de forme, n’en déplaise aux juristes qui prétendent que la forme lie le fond. Le problème, c’est qu’avec M. Tchiroma, l’on est toujours à se demander si la forme ne tient pas tout simplement lieu de fond.
Vous savez, lorsque vous avez affaire à un monsieur qui n’hésite pas à se livrer à la gymnastique toujours périlleuse du grand écart, il vous est très difficile de parler du fond de sa pensée. Nous touchons là à l’une des différences entre M. Tchiroma et M. Kontchou : c’est que déjà étudiant en France, le second était conservateur et solidaire du système en place. Certaines mauvaises langues prétendent qu’il aurait manifesté à l’époque pour l’exécution de Wandji Ernest alors que d’autres Camerounais se mobilisaient contre. Comme quoi il y a toujours eu chez cet inimitable politologue une fidélité de chien pour ses maîtres. Quant au premier, il lui est arrivé de jouer, avec un bonheur discutable, à être un opposant au système établi. A l’époque, il n’hésitait d’ailleurs pas à traiter M. Biya de tous les noms d’oiseaux : « Vous avez, lui disait-il, du fait de votre mauvaise gouvernance notoire, ramené le Cameroun sur le banc des pays pauvres très endetté ». Ou encore, autre morceau choisi, « l’expérience a prouvé que le Renouveau porte la poisse comme la nuée porte l’orage. L’échec lui étant à ce point consubstantiel qu’à son contact l’or le plus pur se transforme en ordure ». Eh bien, prenons M. Issa Tchiroma au mot : son contact avec le Renouveau doit avoir fait de lui une ordure véritable au jour d’aujourd’hui. La question est : qu’était-il avant cela ? De l’or ou tout simplement un chercheur d’or ? Ses amis de l’Undp et de l’Andp pourraient répondre à cette question mieux que nous. Analysant le récent tournant du parcours de M. Tchiroma, M. Dakole Daïssala s’exprime tout en euphémisme, lui dont nul ne saurait sous-estimer la compétence manœuvrière : il parle pudiquement de la conversion de M. Tchiroma. On se croirait en face de catéchumènes !  Et au fait, le Gouvernement de la république n’est-il pas devenu une sorte de chapelle depuis belle lurette ? Dans ce sens, le terme pudique utilisé par M. Dakole pourrait très bien avoir tout son sens. Il n’empêche que lorsque l’on se fait coopter garçon de messe, l’on doit maîtriser pour le moins ses litanies. Ce qui ne semble manifestement pas être l’apanage de M. Tchiroma. Alors, pour quelles bonnes raisons le gouvernement et plus singulièrement M. Biya a-t-il choisi ces derniers temps de confier sa communication à une incompétence aussi notoire ? C’est sans doute que les temps ont bien changé.
Dans les années 90, la situation était critique et le désastre pendait sous le nez, en permanence : villes mortes, émeutes sur le campus universitaire, effervescence médiatique, doute de la part des partenaires extérieurs… Le pouvoir était sur la corde au-dessus du vide et avait besoin de compétence mais surtout pas de conscience. Le communicateur de l’époque devait être froidement efficace pour contrôler la situation et être capable de faire passer le noir pour le blanc avec conviction. Dans une ambiance d’apocalypse, comme M. Goebbels, M. Kontchou se révéla l’homme de la situation. Parlant de la psychologie de Goebbels, on décrit ce dernier comme « un personnage-clé du « Reich millénaire » niant les crimes nazis et s'indignant des « bombardements criminels  » des villes allemandes, si bien qu'on finit par se demander s'il écrivait pour manipuler même la postérité ou s'il croyait en son discours ». Que dire d’autre de M. « Zéro mort » niant les morts de l’université et affirmant une paire de fusils traditionnels saisie chez M. Fru Ndi en mains que ce dernier s’apprêtait à prendre d’assaut la forteresse républicaine ? La communication de M. Kontchou, sérieuse, froide, tranchante, cynique, était glacée comme un bistouri. Elle correspondait à une époque où le régime était prêt à tout et surtout au pire, et pour cette raison, avait besoin d’avoir sous la main un communicateur capable de maquiller des morts par balles en morts par piétinement, des fraudes électorales massives en victoires transparentes et sans bavures. A lui tout seul, M. Kontchou était le symbole d’une époque quand l’opposition valait quelque chose, comptait encore, et donnait des sueurs froides au pouvoir établi.
Les années 2000 ont vu toutes les oppositions, institutionnelles et informelles, se dissoudre. Elles ont aussi vu le pouvoir amorcer un processus de dissolution inexorable. Dans un contexte où tous les discours ont été épuisés depuis longtemps, où la réalité ne permet plus d’entretenir la moindre illusion, les ambitions de la communication gouvernementale ont été largement revues à la baisse. Sur quoi communiquer et pourquoi ? Pour quelle efficacité ? Quand les mots deviennent de plus en plus creux et insonores, dans un contexte qui se prête plus au cocasse qu’au tragique, pourquoi ne pas choisir la communication de la dérision dont l’un des registres de prédilection semble être la pantomime ? Et dans cette éventualité, M. Tchiroma, comme bon nombre de nos compatriotes, n’a-t-il pas aussi bien le profil de l’emploi ?
Roger Kaffo Fokou