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Entre dérives instrumentales du réseau Esso et la criminalisation de l’État
L’ascension de Paul Atanga Nji est une bizarrerie de trop qui sonne le glas de la compétence et de la méritocratie et dévoile toutes les incohérences de la nouvelle gouvernance de Paul Biya caractérisée par la dissonance entre le verbe et l’action. L’acte présidentiel laconique fait du Cameroun le modèle parfait d’un État naufragé. Pris dans la confrérie pouvoiriste d’Esso, Paul Biya n’attend plus que sa liquidation

L’actualité la plus récente et digne d’intérêt au Cameroun reste incontestablement marquée par les débats relatifs aux derniers décrets de promotion aux hautes fonctions dans les services de sécurité de l’appareil d’État, dont notamment, la Délégation générale à la sûreté nationale (Dgsn), la Direction générale à la recherche extérieure (Dgre) et le Conseil national de sécurité (Cns).

Le fait événement est loin d’être un épiphénomène puisque la stabilité et la sécurité de nos institutions autant que notre propre sécurité en dépendent. N’en déplaise aux émissaires intéressés qui fréquentent les différentes rédactions et essaient d’imposer l’omerta ou, à tout le moins, font des commentaires complaisants de ces actes du monarque présidentiel.

Au-delà des discours apologétiques véhiculés par les auteurs des motions de soutien farfelues et hypocrites qui ne trompent plus personne, des commentateurs quelconques proches du clan Esso ou pris dans l’engrenage de la révérence obligée, l’acte présidentiel sus-évoqué remet sur la sellette la sempiternelle problématique de l’efficacité et de l’efficience des services de sécurité de l’État au Cameroun. Autrement dit, on se pose la question de savoir si les dernières nominations dans des structures en charge de la sécurité permettront d’atténuer les incohérences et les antagonismes observés et observables dans le fonctionnement desdits services ou même de favoriser l’avènement d’un renseignement de qualité au service de l’État.
À dire vrai, nous restons un peu dubitatif lorsqu’on passe en revue les différents écrits qui circulent à propos.
En réalité, il nous semble convenant de dire que les derniers mouvements dans les secteurs stratégiques de la sécurité au Cameroun sont loin de poursuivre un objectif républicain. Toute proportion gardée et au regard de certains indices, il s’agirait d’une dérive instrumentale de la confrérie d’Esso qui installe le Cameroun dans la catégorie d’État naufragé.

Dérives instrumentales
Feu Jean-Marc Ela, dans l’une de ses publications faisait remarquer que le Cameroun est passé entre les mains des réseaux occultes. Dans la même veine, Louis Tobie Mbida, de retour d’un long exil volontaire en France, faisait le constat que le problème au Cameroun n’est pas nécessairement celui d’un homme ou d’un parti, mais plutôt d’une nébuleuse qui a décidé de s’emparer du pouvoir d’État non pas pour l’intérêt du Cameroun, mais plutôt pour des intérêts égoïstes. Le professeur Fabien Eboussi Boulaga ajoutait : « Ceux qui nous gouvernent […] ont posé que le pouvoir d’État consistait dans le monopole de la violence et des ressources financières nationales. Gouverner, en ce cas, ne consiste pas à prévoir, à permettre à une communauté historique donnée de prendre les décisions et d’entreprendre les actions qui assurent la survie et la vie bonne à l’encontre des forces de la nature et des ennemis du dedans et du dehors » (Eboussi, 1999 :59).
En décryptant l’évolution sociopolitique au Cameroun, cette situation, qui ne date pas d’aujourd’hui, est d’une actualité saisissante. Aucune analyse pertinente ne peut en réalité faire abstraction de l’influence des réseaux, faces cachées du pouvoir politique, dans la conduite et la direction de l’État. « Le pouvoir, affirme Fweley Diangitukwa (2004 :127), a une face cachée et une face visible. Le réseau est justement cette face cachée du pouvoir. Pour atteindre ses objectifs, le réseau s’appuie sur des stratégies opaques régulièrement réfléchies et renouvelées. Ses objectifs se réduisent à la conquête du pouvoir, à l’exercice du pouvoir et la conservation du pouvoir. C’est dans le réseau que l’acteur politique puise sa force et c’est encore dans le réseau qu’il trouve du soutien ». Cette affirmation renforce la définition du pouvoir politique formulée par Hannah Arendt, dans son ouvrage Du mensonge à la violence (Calmann-Levy, 1972). Pour l’auteure de Qu’est-ce que la politique ?: « Le pouvoir correspond à l’aptitude de l’homme à agir, et à agir de manière concertée. Le pouvoir n’est jamais une propriété individuelle ; il appartient à un groupe et continue de lui appartenir aussi longtemps que ce groupe n’est pas divisé » (1972 :153).
Avant et après la promulgation de la loi n°2008-1 du 14 avril 2008 modifiant et complétant certaines dispositions de la loi nº 96-6 du 18 janvier 1996 portant révision de la Constitution du 02 juin 1972, qui a vu lever l’hypothèque de la limitation des mandats présidentiels, quelques réseaux pouvoiristes se sont réactivés ou se sont constitués au cœur du système gouvernant dans l’optique ultime de préparer l’après Biya. La confiscation de l’appareil de l’État par les membres de ces réseaux a fait en sorte que le sens commun ne voit en Paul Biya qu’une simple marionnette au service de ces organisations informelles.
Opération épervier, nominations à de hautes fonctions civiles et militaires, rien n’échappe à cette lutte acharnée des réseaux.
Les dernières nominations dans les services de sécurité sont une illustration patente qui témoigne à suffisance de la pertinence de cette conviction. On y décelé aussi une manœuvre réussie de la confrérie pouvoiriste d’Esso. Et le journal L’Anecdote, porte-parole de cette coterie, devenue pour la circonstance bihebdomadaire, accrédite cette thèse.
De fait, dans son dossier spécial intitulé « Les 10 péchés qui ont emporté Emmanuel Edou », L’Anecdote révèle qu’au-delà de la boulimie sexuelle, il est reproché à l’ex-Dgsn, pour ne citer que ce cas, la cabale qu’il aurait montée contre Laurent Esso dans l’affaire Bibi Ngota, le conflit qui l’opposerait à un maillon essentiel du dispositif du clan, en l’occurrence Victor Docky, actuel secrétaire général de la Dgsn. Anatole Bihina, qui confirme l’existence d’un clan Sawa, écrit en page 5 de cette édition de L’Anecdote : « Emmanuel Edou a été l’instigateur de l’arrestation de « ce frère du village » dans la scabreuse affaire qui tentait de « noyer » le ministre d’État, Secrétaire général de la présidence de la République. Plus tard le journaliste mort en prison, le Délégué général à la sûreté nationale organisera le ramdam médiatique orienté vers et contre le ministre d’État, Laurent Esso, avec l’aide de certains journaux alimentés par un réseau tribal occulte. Puis des réunions secrètes de « frères du village » se tinrent où participaient des ministres du pays organisateur, pour accentuer la cabale contre le clan Sawa et principalement contre Laurent Esso. Ce dernier n’était coupable que d’être plus proche (malgré ses origines tribales) au chef de l’État […] Les cadres de la Délégation générale à la sûreté nationale garderont longtemps en mémoire l’humiliation que le Patron de la police a fait subir il y a quelques jours à son premier collaborateur, le secrétaire général de la Dgsn. Ce dernier a été contraint par le protocole, sur ordre du Dgsn, à s’asseoir au dernier banc de la tribune officielle au cours de la cérémonie à l’École de police ; alors que le protocole lui réserve toujours la droite du Dgsn à la première loge. Le Dgsn prétextait que son Secrétaire général a déjà atteint l’âge de la retraite. » (C’est nous qui soulignons)
C’est dire si derrière toutes les révélations post mortem d’Emmanuel Edou relatives à ses relations amoureuses adultérines présumées avec la femme d’un général de l’armée camerounaise, avec Dame Ongolo (Anecdote n°484) ou avec « une veuve qui venait de perdre son mari, très grande élite du Sud » (L’Anecdote n°485), qui n’auraient en réalité pour finalité que de semer des discordes dans les ménages de ces dignitaires du régime Biya, le clan Esso, mieux pour parler comme Anatole Bihina, le clan Sawa à la tête duquel se trouve Laurent Esso, ennemi intime de René Emmanuel Sadi que l’on ne présente plus, par la voix de L’Anecdote, célèbre la sérénité retrouvée. D’autant plus qu’au cœur du dispositif sécuritaire mis en place trône désormais un secrétaire permanent, en la personne de Paul Atanga Nji, ancien bagnard que L’Anecdote présente pompeusement comme un militant acharné de Paul Biya, mais qu’il ne juge pas nécessaire de questionner le bien-fondé de son militantisme. Car, le militantisme bruyant, farfelu et brouillon de ce monstrueux personnage n’est qu’une autre manière d’utiliser le Rdpc comme bouclier afin de camoufler les crimes économiques du clan Esso dont il s’est rendu coupable ces dernières années. Nous n’irons pas jusqu’à dire qu’il s’agit d’une solidarité entre les criminels économiques, car, le dossier de la Campost dans lequel Atanga Nji et Amougou Belinga, patron du groupe L’Anecdote sont soupçonnés d’avoir détourné plusieurs millions de francs Cfa n’est pas encore devant la justice, et Atanga Nji et Amougou Belinga n’ont pas encore été estés en justice et condamnés, même si d’après certaines sources, ils ont déjà été plusieurs fois entendus par le juge d’instruction.
À vrai dire, si les affidés, thuriféraires et défenseurs de Laurent Esso défendent et célèbrent Atanga Nji, c’est bien parce qu’il garantit mieux les intérêts de la confrérie.
Le positionnement de ce fameux personnage comme secrétaire permanent du Conseil national de sécurité (Cns) soulève beaucoup de vagues. Vu l’importance stratégique du poste et sachant que le renseignement est un domaine très complexe qui ne peut être confié à des irresponsables et des non-avertis, on se serait attendu, par exemple, à la nomination d’un officier supérieur de l’armée ou de la gendarmerie et de la police camerounaises, pétri d’expérience, ayant une parfaite maîtrise des enjeux stratégiques et géostratégiques, une claire conscience des niveaux de renseignement et des difficultés qui jonchent le chemin du renseignement stratégique plus noble consistant à déterminer les intentions des adversaires ou de l’entourage, plutôt que de propulser, comme Ariane 6 ou Soyouz Tma-12, un personnage loufoque, sans prestance ni personnalité, et qui, de surcroit passe pour être un imposteur, un voyou. N’est-il pas un ancien pensionnaire de la prison de New Bell où ils s’était lié amitié avec certains membres de Freedom Fighters qui terrorisent les populations de Bakassi?
Avec lui, plus de secrets d’État puisque ne brillant pas déjà par la discrétion (à l’épreuve, depuis sa propulsion, il s’est déjà fendu en déclarations dans les médias, une attitude qui jure avec celle d’un responsable chargé d’un service de sécurité aussi stratégique). Il est à craindre que n’ayant pas la formation requise (Atanga Nji a été renvoyé de son établissement en classe de 4e (form four) et n’a jamais voulu s’investir dans le champ de la connaissance pour améliorer son confort intellectuel), notre secrétaire permanent ne recourt à l’expertise privée pour montrer qu’il est à la hauteur de la tâche. Toute chose qui menacerait la sécurité de l’État.
De plus, la nomination de Paul Atanga Nji est une dérive qui corrobore la thèse selon laquelle les actions gouvernementales de lutte contre la corruption sont des opérations à tête chercheuse. Il n’est un secret pour personne, y compris pour l’Archange de la Justice, Amadou Ali et pour l’Ange, le ministre d’État Laurent Esso, destinataire des différents rapports des missions du Contrôle supérieur de l’État (Consupe), que l’actuel secrétaire permanent du Cns occupe le peloton de tête des braqueurs de la fortune publique dans le cadre des dossiers de la Campost, suivant un rapport établi par le Consupe.
Par ailleurs, cette personnalité se situe aux antipodes de l’idée que Paul Biya semble se faire du profil des prétendants aux hautes fonctions de l’État. En effet, évoquant la candidature des leaders d’opposition, notamment celle de Jean-Jacques Ekindi, à la présidentielle d’octobre 1992 dans son discours de campagne électorale prononcé à Bafoussam, le 12 septembre 1992, le monarque présidentiel disait à ses compatriotes, maires, chefs traditionnels et élites de l’Ouest : « Ceux qui passent leur temps à critiquer nos options et nos actions, qu’ont-ils réellement proposé comme solutions de rechange ? Vous les connaissez tous. Certains n’ont aucune expérience des affaires de l’État. Ils parlent de choses qu’ils ne connaissent pas et ne comprennent pas. D’autres qui ont eu des responsabilités ont fait preuve de leurs limites. D’autres encore n’ont même pas pu diriger une entreprise familiale, mais ils ont la prétention de gouverner le Cameroun. Et, comme par enchantement, ils prétendent tous être devenus de grands hommes d’État. Il ne faut pas jouer avec le Cameroun. En ces temps difficiles, le pays ne peut pas et ne doit pas être laissé entre les mains sans expérience ». Un discours, peut-être, épris de bonne foi, puisque ses admirateurs font remarquer que lorsqu’il était Premier ministre, il ne s’entourait que des majors de nos grandes écoles.
Avec le recul historique, il est certain que Paul Atanga Nji n’a pas surgi de nulle part. Il est aussi vrai qu’on ne saurait, sans malveillance, s’interdire de présumer qu’il avait déjà puisé des enseignements non seulement dans sa très modeste formation (répétons-le quitte à choquer, il a été chassé du collège en classe de quatrième), mais aussi dans la pratique certes modeste encore des affaires (puisqu’il a créé une banque sans être capable de la faire fonctionner), des calls box et au cours de son bref séjour, depuis un peu plus d’un an dans ses fonctions de ministre chargé des missions à la présidence de la République. Mais, avait-il mis à profit cette pratique pour être à mesure de gérer l’ensemble des renseignements au Cameroun ? A-t-il l’expérience et le confort intellectuel adéquats pour être à mesure de faire la synthèse des notes et bulletins de renseignement en provenance des différents services de renseignement du pays ? Y comprendra-t-il quelque chose ?
Voilà des questions auxquelles seules l’appartenance à la confrérie pouvoiriste, la fumisterie, les manipulations des journaux et la feymania ont pu apporter une réponse positive.
Faut-il le souligner avec force quitte à subir les affres de la colère de la Cosa Nostra ( C’est à nous, Notre Chose), de La Piovra, cette Pieuvre dont les réseaux tentaculaires s’infiltrent au cœur du système, Paul Atanga Nji est le parangon achevé de la feymania, c’est-à-dire cette race de vampires, de voyous et de bandits en col que dénonçait Paul Biya dans son discours prononcé le 21 juillet 2006 au palais des congrès de Yaoundé et qui devraient rendre gorge.
Vraisemblablement, même si le nouveau secrétaire permanent du Cns était aussi le poulain de l’ex-premier ministre Achidi Achu, la nomination de cette personnalité, du point de vue de l’éthique républicaine, ne se justifie que par son appartenance à la coterie pouvoiriste de Laurent Esso, laquelle repose sur une morale provisoire, comme toutes les autres d’ailleurs, fondée entre autres sur :
- la reconnaissance du Gourou, Laurent Esso et la soumission à lui ;
- la proclamation nocturne de la sénilité de Paul Biya,
- la présentation diurne de Paul Biya comme leur champion ou comme l’unique chance pour le Cameroun ;
- une dissociation stratégique et opportuniste de Paul Biya et son clan (Boulè)
- une lutte acharnée contre le clan dit fondamentaliste du Rdpc prêt à servir le Renouveau authentique, originel (Messanga Nyamding et consorts n’ont qu’à bien se tenir).
Somme toute, ils sont pour le « tout sauf Biya et sa bande ». Visiblement, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) se bat contre lui-même.
Nous n’irons pas jusqu’à dire que Paul Biya a la fuite dans les idées, même si dans son entourage on émet l’hypothèse d’une fin de règne comparable à ceux de (1) Mobutu Sese Seko, roi du Zaïre (actuelle République démocratique du Congo) qui avait été chassé du trône et mourut d’un cancer de la prostate hors de son pays et de (2) Habib Bourguiba (1901 ou 1903-2000) qui avait gouverné la Tunisie de 1957 à 1987 avant d’être destitué, le 07 novembre 2007, par son Premier ministre Zine el-Abidine Ben Ali (actuel président de la Tunisie) et installé par le nouveau régime dans une résidence à Monastir où il mourut le 6 avril 2000. Mais, disons, pour paraphraser le président de la République, que le Conseil national de sécurité et son secrétariat permanent, ne peuvent pas et ne doivent pas être laissés entre les mains sans expérience, de ceux qui parleront des choses qu’ils ne connaissent et ne comprennent pas. Son maintien à ce poste serait faire injure à la formation et au professionnalisme de certains de nos officiers supérieurs.
La promotion de Paul Atanga Nji pourrait aussi être interprétée soit comme une manière de le placer auprès du chef de l’État pour mieux l’espionner, soit comme une récompense pour les services rendus au président de la République. En effet, certaines sources crédibles dans le milieu des renseignements soutiennent qu’Atanga Nji est très introduit dans les milieux des Freedom Fighters et ceux des brigands qui sillonnent la frontière entre notre pays, la République centrafricaine et le Tchad. Ces sources donnent une autre version des raisons ayant conduit à sa promotion, d’abord comme ministre chargé des missions à la présidence de la République, puis comme secrétaire permanent du Cns. Selon ces sources donc, au plus fort de la crise entre le Cameroun et le Nigeria à propos de la péninsule de Bakassi, Paul Biya dépêche sur la péninsule querellée deux Français pour espionner les manœuvres de l’armée nigériane. Ces Français sont kidnappés par les Freedom Fighters qui saisissent immédiatement  Atanga Nji pour lui donner la nouvelle et lui demander si Paul Biya était au courant du kidnapping des Français. La réponse d’Atanga Nji est négative. Immédiatement après avoir reçu l’information, Atanga Nji saisit, vers 02 heures du matin, un proche de Paul Biya pour lui dire, avec insistance, qu’il veut parler au chef de l’État. Ce proche est d’abord réticent. Mais sous l’insistance d’Atanga Nji, il cède et dit à Paul Biya que Paul Atanga Nji veut lui parler d’un problème, très urgent, qui lui tient à cœur. C’est ainsi que le président de la République est informé du kidnapping des Français qu’il avait mis en mission quelque temps auparavant. Vers 5 heures du matin, le chef de l’État reçoit un coup de fil de ses partenaires et amis Français qui lui demandent s’il était informé de ce qui est arrivé à leurs compatriotes à Bakassi. Le chef de l’État les rassure qu’il a les choses en main et qu’il prendra des dispositions qui s’imposent. Cette histoire est-elle vraie ou fausse ?
Toujours est-il que, comme nous l’avons souligné, l’ascension de Paul Atanga Nji est une bizarrerie de trop qui sonne le glas de la compétence et de la méritocratie et dévoile toutes les incohérences de la nouvelle gouvernance de Paul Biya caractérisée par la dissonance entre le verbe et l’action. L’acte présidentiel laconique fait du Cameroun le modèle parfait d’un État naufragé.

État naufragé
Tout ce que nous venons de montrer témoigne d’une seule réalité : l’acte présidentiel de nomination de Paul Atanga Nji est venu renforcer par ailleurs notre conviction, à savoir que la corruption, la manipulation, l’imposture ont fait système. Par cet acte, les soutiens du nouveau Secrétaire permanent du Cns veulent le soustraire des griffes de la justice. Ce faisant, les membres du clan accréditent la thèse selon laquelle au Cameroun, certaines personnes coupables ou présumées coupables de détournements de fonds publics et leurs mentors « constituent un véritable lobby au sein de l’administration où les puissances tutélaires les ont placés à jamais au dessus de la loi ». (J.M Ela, 1998 : 295). L’État du Cameroun est donc l’archétype d’État naufragé que Mgr Jean Zoa, de regrettée mémoire, décrivait, quelque temps avant sa mort, dans une homélie mémorable prononcée à la Cathédrale Notre-Dame des Victoires de Yaoundé par une parabole d’État abandonné entre les mains des bandits, des réseaux mafieux et dont le chef impuissant, aveuglé et uniquement préoccupé de sa pérennité au trône, ne se rend pas compte, malheureusement, des coups et des stratégies de prise de pouvoir que fomentent les membres de la Pieuvre ; en quelque sorte, un contexte sociopolitique de débâcle institutionnelle généralisée qui n’augure pas des lendemains meilleurs pour notre pays.
Dans ces conditions, sommes-nous réellement à l’abri d’un coup de force ? Sauf hypocrisie, une telle perspective reste dans l’ordre du possible et du probable. Sans exagération aucune, disons que chaque jour qui passe nous rapproche de cette réalité.
Le Cameroun est un pays en danger. Du moins, il présente des risques importants de déstabilisation à prendre très au sérieux. Le rapport n°161 de International Crisis Group du 24 juin 2010 (page i) apporte quelques précisions. Pour les auteurs dudit rapport : « Après 28 ans sous la présidence de Paul Biya, le Cameroun est dans une situation de grande instabilité potentielle à l’approche de l’élection présidentielle prévue en 2011. Le flou constitutionnel et légal qui prévaut, les rivalités entre les barons du régime, les tentatives du gouvernement pour contrôler le processus électoral, la rupture du contrat politique entre gouvernants et gouvernés, l’importante paupérisation et les nombreuses insatisfactions de la population, le niveau élevé de la corruption ainsi que les frustrations d’une grande partie de l’armée font craindre la possibilité d’une crise majeure ».
Aujourd’hui, le Cameroun est un État que les réseaux présentent comme étant acéphale, sans chef d’orchestre, puisque celui qui en tient lieu semble ne plus en maîtriser quelque chose. Sinon, comment concevoir que le secrétaire général de la présidence de la République qui a pour mission de préparer et de soumettre les textes et documents à la signature de la plus haute autorité de l’État puisse amener le président de la République à signer un acte illégal de nomination du secrétaire général de la Chambre de commerce, d'industrie, des mines et de l’artisanat du Cameroun (Ccima) alors que le 27 novembre 2001, le même chef de l’État avait signé le décret/règle n° 2001/380 portant changement de dénomination et réorganisation de la Chambre de commerce, d'industrie et des mines du Cameroun qui indique clairement que la désignation du secrétaire général de la Chambre de Commerce est du seul ressort du bureau exécutif et de l’Assemblée plénière? Ce décret du 27 novembre dispose, en effet, en son article 36 que: « Sous l'autorité du président de la Chambre, les services administratifs sont placés sous la coordination d'un secrétaire général nommé en Assemblée plénière sur proposition du Bureau exécutif».
Vraisemblablement, le Cameroun n’est pas loin d’une débâcle institutionnelle généralisée dont le point culminant serait la prise du pouvoir suprême par les forces du clan sus-mentionné. Puisqu’après avoir fait main basse sur les circuits financiers à travers les nominations des affidés aux postes de directeurs généraux des sociétés d’État, comme nous avons déjà démontré dans l’une de nos précédentes éditions ; après avoir pris le contrôle de l’enrichissement par le biais du Consupe, la confrérie contrôle désormais les services de renseignement. Qui détient les renseignements tient le pouvoir. Les téléphones portables et fixes des Camerounais, principalement ceux des mal-pensants, des grincheux, des pisse-froids et des oiseaux de mauvais augure que nous sommes à leurs yeux continueront d’être sur écoute. Il n’est pas à exclure l’hypothèse de la fabrication des complots avec enregistrement et des photos montés de toutes pièces pour justifier notre assassinat et/ou notre arrestation, et ceux de leurs adversaires réels ou supposés. Il reste aussi à craindre qu’un jour les membres de cette confrérie s’associent avec les malfaiteurs nationaux et extérieurs pour exécuter leurs basses et ignobles besognes ; ou qu’ils accusent, s’ils ne l’ont pas déjà fait, des personnes innocentes sur lesquelles ils déverseront, à travers leurs médias, des informations répétitives afin de les rendre « véridiques » et culpabiliser les boucs émissaires ; ou enfin qu’ils assassinent, sinon emprisonnent les boucs émissaires lorsqu’ils se rendront compte que la vérité risque d’être révélée, etc. Les membres de cette confrérie en sont capables.
En outre, la nomination de Martin Mbarga Nguelé comme Dgsn renforce d’ailleurs cette volonté de faire main basse sur les services de renseignement, en ce sens que certains membres de la coterie susurrent aux oreilles des amis que le maintien de Victor Docky à son poste est stratégique et qu’il sera le véritable Dgsn. Au dire de ceux-ci, le nouveau Dgsn est assez vieux. Il est âgé de 78 ans. Il n’aura pas assez d’énergie pour supporter la charge du travail, malgré nous dit-on, son professionnalisme et son honêteté. De plus, soutiennent-ils, à cet âge, on est plus occupé à résoudre ses problèmes de santé qu’à avoir les yeux rivés sur les dossiers.
La situation n’est guère reluisante à la Direction générale de la recherche extérieure (Dgre) où trône désormais Léopold Maxime Eko Eko. L’arrivée de ce commissaire divisionnaire à la tête du contre-espionnage participe de la bataille que les différents réseaux se livrent pour contrôler les renseignements. Déjà, certaines sources bien introduites soutiennent, à tort ou à raison, que sa nomination a été trafiquée ; elle aurait été faite au détriment du commissaire divisionnaire Jean Émile Eko très apprécié en haut lieu, à qui ce poste était destiné. Si cette affirmation est vraie, on comprendrait aisément le jeu et la stratégie de la confrérie conduite par Laurent Esso et leurs connexions avec les réseaux mis en place par Edgar Alain Mebe Ngo’o, actuel ministre de la Défense afin de conserver et de conquérir le pouvoir suprême. Comme nous le disions dans l’une de nos précédentes éditions, Mebe Ngo’o avait maintenu (et maintient) des relations très étroites avec des fidèles au sein de la police qui lui faisaient ( et qui lui font) parvenir des bulletins de renseignements avant que leur ex-patron, Emmanuel Edou ne soit au courant. L’arrivée de Léopold Maxime Eko Eko à la Dgre n’est pas un fait du hasard. Mebe Ngo’o a ainsi obtenu que l’un de ses fidèles, spécialiste de l’intelligence économique et risque pays, qu’il avait déjà promu à la tête des Renseignements généraux (Rg), chapeaute le contre espionnage au Cameroun, vraisemblablement pour servir la « bonne cause ». Vivement que le nouveau Dgre, même si, comme disent ses contempteurs, sa nomination est entachée d’une irrégularité, ne s’inscrive pas dans la lignée des spécialistes des montages et de la fabrication des histoires fausses, des mythes, des légendes, de ces comploteurs et imposteurs qui pullulent dans les  milieux du renseignement au Cameroun et fasse remonter au chef de l’État des informations vraies lui permettant de prendre des décisions en connaissance de cause. Car, on ne le dira jamais assez, «le renseignement est un excellent moyen d’aide à la décision gouvernementale, […] Lorsqu’une autorité ne possède pas l’information, la décision qu’elle prend est généralement mauvaise sinon mal orientée » (Fweley Diangitukwa, 2004 :117).
Léopold Maxime Eko Eko aura-t-il le toupet de rompre le cordon ombilical qui le lie à cet autre manipulateur et imposteur patenté qu’est Edgar Alain Mebe Ngo’o et par ricochet aux membres de ces réseaux et clans mafieux qui font une simulation permanente et répétée d’un coup d’État éventuel, qui n’est pas à exclure dans la réalité, et de se mettre au service du chef de l’État uniquement ? Même si le doute est permis, le commun des Camerounais ne perd rien à attendre.
Faut-il le souligner avec force, il est facile, même à un observateur passable averti, de démasquer la stratégie de ces lugubres comploteurs. À force de sonner le tocsin d’un coup d’État, ils veulent endormir le monarque présidentiel, ses fidèles et le peuple camerounais, leur faire baisser la garde et leur faire subir le sort de celui qui, à force de crier « au loup », n’est plus écouté lorsqu’il est vraiment en danger.
Somme toute, à l’observation, le système dominant est en définitive structuré autour de la triade constitué (1) du groupe du Grand Nord, rassemblement des partisans du retour d’ascenseur (qui n’augure pas des lendemains meilleurs), (2) du groupe des partisans du « tout sauf Biya et sa bande », (3) du groupe des frères et amis du président de la République qui estiment que le pouvoir ne doit pas leur échapper.
La configuration de ces groupes et leur logique de fonctionnement font du Cameroun un État potentiellement implosif.
Jean-Bosco Talla
Maheu

Indications bibliographiques
1-Jean-Marc Ela, Innovations sociales et renaissance de l’Afrique noire. Les défis du « monde d’en-bas », Paris, Karthala, 1998, 426p.
2-Fabien Eboussi Boulaga, Lignes de résistance, Yaoundé,Clé, 1998, 296p.
3- Hannah Arendt, Du mensonge à la violence, Paris, Calmann-Levy, 1972, 264p.
4- Pierre Ela, Dossiers noirs sur le Cameroun, Paris, Papyrus Pyramide Presse, 2002, 288p.
5-Fweley Diangitukwa, Qu’est-ce que le pouvoir ?, Paris, L’Harmattan, 2004, 276p.
6-Alain Dewerpe, Espion. Anthropologie historique du secret d’État contemporain, Paris, Gallimard, 478p.
7-Yves Bertrand, Ce que je n’ai pas dit dans mes carnets…, Paris, Fayard, 2009, 406p.

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