• Full Screen
  • Wide Screen
  • Narrow Screen
  • Increase font size
  • Default font size
  • Decrease font size

Envoyer Imprimer PDF
Note des utilisateurs: / 0
MauvaisTrès bien 
Index de l'article
Présidentielle 2018: Paul Biya est Responsable et Coupable de la Désintégration avancée du Cameroun
Présidentielle 2018: le pire est à venir, par Jean-Bosco Talla
Opération Epervier: un grotesque défilé de boucs-émissaires, par Hilaire Sikounmo
Peut-on vendre les oeufs pourris ad vitam aeternam? par Jean-Bosco Talla
Paul Biya ou la stratégie du fond de l'Abîme ou de l'Enfer, par Hilaire Sikounmo
Paul Biya applique à la lettre la leçon de son maître
Paul Biya, un obstacle pour la sécurité du Cameroun, par Pierre Ela
Paul Biya prend la petite porte démocratique de l'histoire
PostScriptum: Au voleur!!! Au violeur!!!, par Jean-Bosco Talla
Toutes les pages

Opération Epervier: un grotesque défilé de boucs-émissaires, par Hilaire Sikounmo
Hilaire Sikounmo, écrivain et observateur averti, n’avait pas tort, il y a quelques années, quand il disait que l’opération épervier est comme un linceul en haillons d’un Renouveau National mort-né. Avec le temps et les décisions de justice rendues, le rapprochement saute même aux yeux des sourds-muets-aveugles de naissance. Le Père très Saint du Renouveau National a besoin d’alibis pour justifier ses échecs, il a besoin d’infliger souffrances et désolation pour détourner les regards de l’opinion publique et les bailleurs de fonds sur son bilan catastrophique. Avec des procès plus ou moins métaphysiques. Et dire que Paul Biya est un excellent métaphysicien!!!
Tout d’abord l’Inquisition, ce fameux tribunal catholique de la légende. Il y a le côté décidément théâtral du procès comme de l’exécution du verdict final – pour servir d’exemple des plus dissuasifs à la populace piaillante : Candide et Pangloss sont fouettés en cadence, tout au long de leur messe solennelle de requiem ; le maître philosophe de l’Optimisme est pendu peu de temps après. A Yaoundé, arrestation musclée des Premiers de l’Etat sous caméras de télévision ; condamnation à mort en série des plus que quinquagénaires, et sexagénaires maquillée en 25, 50 ans de prison ferme.
Volonté jamais prise en défaut d’humilier les suppliciés, de les discréditer à jamais. Au XVIIe siècle, Galilée n’échappa à la pendaison sur la Place Publique de Rome, aux regards de nombreux curieux venus de tous les coins d’Europe, qu’en se dédisant « de gaîté de cœur » : « La Terre ne tournait pas ! », devait-il crier à la face du monde, une fois installé au podium. La vanité pompeuse, le pédantisme jargonnant des théologiens vedettes étaient saufs.
Ils proclamaient partout qu’il ne peut plus y avoir de vérités neuves. Dieu avait déjà tout révélé sous la plume des Prophètes, par le sang des Martyrs. Si la Terre tourne vraiment, c’est qu’on peut la voir tourner, c’est qu’elle peut se casser ; c’est que nous ne sommes pas ici chez nous ; c’est que le Bon Dieu ne nous aime pas ; c’est que c’est dans la Bible. Tant pis pour la Science éternellement aux prises corrosives avec l’obscurantisme religieux.
De son côté, les Tribunaux de Yaoundé ont du mal à prouver la culpabilité de ses condamnés de luxe. Mais s’ils paient, s’ils « remboursent », le Tribunal Criminel Spécial les libère – si le garde des sceaux n’y trouve rien à redire. Ils ont donc « avoué » leurs criminels forfaits. On leur a ainsi ôté les verres du nez. Ils ont dû faire un aller et retour du lieu de leur planque de la fortune publique dérobée au Trésor Public ; tant mieux ! Et Même libérés, ils ne sont par pour autant innocentés. Au contraire, ils demeurent aux yeux de l’Opinion des fossoyeurs de la Nation, des poules mouillées, impropres à la sélection nationale pour la course à l’Alternance Politique de tous les vœux.

Des Procès dignes de Frantz Kafka, le Prince de l’Absurde. Aux principales caractéristiques bien connues :
- les vrais procureurs-juges se font inaccessibles dans la mythologie kafkaïenne. Au Cameroun le Tout-Puissant Juge Suprême n’est jamais aperçu à l’audience ; il se contente de disposer ses pions et de tirer les ficelles depuis Etoudi, Mvomeka’a, la Baule ou Genève, sa ville receleuse d’adoption ;
- il n’est pas prévu que les juges d’instruction puissent un jour se tromper ; alors être inculpé par eux c’est déjà être condamné. Et la seule peine définitive est de mort - Capitale. Tout le procès est conçu pour y conduire, tôt ou tard. Entre-temps, avant l’heure fatidique, il n’y a de la place que pour les diverses sortes d’« atermoiements illimités », des demi-mesures toutes destinées à installer de plus en plus le justiciable, le supplicié, dans l’incertitude des lendemains ;
- pour jouer sur le même registre Biya dispose de la stratégie, de l’expertise consommée du Rouleau Compresseur : une implacable succession de « menus » procès à dormir debout, jusqu’à ce que mort s’en suive – dans l’habitude du désarroi, celui des destins confisqués, des consciences en lambeaux, d’une société déstabilisée, dépouillée de fond en comble ;
- Dieu et ses condisciples, ses archanges (dont Lucifer), ne s’amusent pas. Comment des inculpés peuvent-ils se dire innocents alors qu’ils ne connaissent pas la Loi, toute la Loi ? Peuvent-ils jamais parvenir à devenir tout ce que le Juge Suprême a derrière la tête ? Les prétentieux ! Les avocats ne sont que tolérés – pour amuser longtemps la galerie et se remplir les poches aussi. On n’est même pas sûr que la Loi les tolère vraiment. En tout cas, on les laisse gesticuler comme ils peuvent, en vraies bêtes de cirque. On verra s’ils disposent de quoi embarrasser le Juge Suprême – ne fût-ce que l’instant d’un battement de paupières.

Le côté divertissement (pascalien) du feuilleton Epervier.
Une interminable chaîne de prestidigitation juridico-policière, de production de dossiers « en béton », d’enquête administrative au sommet, de « solides » preuves bruyamment brandies – pourtant non perceptibles à l’œil nu du citoyen lambda. Il y a une trentaine d’années, la même lame de fond maffieuse en était à se déployer pour tenter de voiler le soleil aveuglant de la gabegie naissante.
« Où sont les preuves !? », avait lancé l’illustre Parrain Donateur du Gand Festin funéraire dévoyé (au vaste cimetière des martyrs de l’indépendance nationale), sur un ton courroucé de défi à un Eric Chinje qui croyait, en posant sa question « historique », ne faire que répercuter en Haut Lieu ce que le petit peuple continue de murmurer dans les chaumières.
Il dut aller ailleurs, en exil, plus ou moins volontaire, à l’étranger pour pouvoir continuer à manquer de respect aux Autorités de l’ordre établi. Flagrant délit de provocation publique de tout l’Etat en la personne de son Chef par un agent téméraire, on vous dit ! Comme s’il ne savait pas qu’il aurait suffi d’un « anodin » coup de tête de l’interviewé de marque pour que l’« insolent » arrête aussitôt de respirer.
La Série Epervier est destinée à produire sur les Camerounais tous les effets pervers d’un abcès de fixation. Qu’ils n’aient point assez de temps, de quiétude pour se sentir complètement abandonnés aux traumatismes d’un déluge de corruptions décidé à atteindre ses quarante ans, la force de l’âge – au lieu de seulement « quarante jours et quarante nuits » de la Genèse.
Quand il faut battre des records, même mythologiques, le Lion de Mvomeka’a sait s’en procurer, et « la volonté et les moyens ». On n’entre pas dans l’Histoire -  même au fin fond de sa poubelle - à pas comptés. Tant pis pour ses « chers compatriotes » qui, très naïvement, persistent à croire que l’on peut faire des omelettes sans casser des œufs. Sans décidément générer des crises à rebondissement – de consciences, économiques, sociopolitiques, et tout le reste. S’il le faut la mère-poule doit y passer. A la guerre comme à la guerre !
Tant mieux si les vingt-cinq millions de Crevettes du fond du Golfe de Guinée peuvent en rire – d’autodérision, de pitié ou de rage, peu importe ! Ça leur fait tenir encore sur leurs jambes, au moins par moments, perdre leur grise mine et croire un peu aux fumeuses Grandes Ambitions-Réalisations, à l’Emergence de 2035 des calendes camerounaises. L’Espoir fait vivre, en attendant que la foi (naïve) soulève les montagnes (de la dictature), une ancestrale sagesse du conservatisme religieux bourgeois.
Tant mieux si la Paix Sociale, l’Unité Nationale si chèrement conquises, « le rayonnement sans précédent » de notre pays dans le monde entier, doivent s’acheter à ce prix-là. Le sens du sacrifice, même suprême, le Père très Saint du Renouveau National n’a jamais cessé de l’inculquer à ses si têtus, autant ingrats qu’inconsolables « compatriotes ». Quoi qu’en pensent les « esprits chagrins » !
Qu’est-ce que ça leur coûte de se donner la petite peine de suivre l’auguste exemple rayonnant de leur Chef Suprême chaque fois démocratiquement élu qu’ils se sont donnés – toujours librement ? Qui leur a donné la Démocratie ! comme ça, pour rien, on dirait. Sans attendre qu’ils en aient clairement manifesté le désir. La Providence existe, en chair et en os ! Cherchez du côté de ce qui reste de la forêt équatoriale, au fond du Golfe de Guinée plus précisément, et vous serez édifié.
Paul Biya, comme un support attitré de l’idéologie coloniale, vu son réflexe mécanique à  ne réaliser tout à fait que tout le contraire de ce que fait espérer son idéal d’humanisme incessamment proclamé :
- L’ethnisme débridé, malignement érigé sur les cendres de ce qui est resté de l’unité nationale après la bourrasque de la répression coloniale que l’on sait ;
- Rigueur et Moralisation, en gant velouté sur la main acérée d’une gouvernance de corruption pandémique ;
- Une promesse de démocratie jamais sincèrement tenue – même par petits bouts ; à la place, un multipartisme administratif de plusieurs centaines de partis cellulaires, chacun étant implicitement constitué propriété privée de son Père Fondateur ; ils apparaissent presque tous comme autant d’excroissances nées stérilisées du parti resté unique, maintenant dit « proche du Pouvoir. »
Paul Biya, un insouciant « vacancier au pouvoir » ou un « Roi-Fainéant » ? Surtout un éternel et sombre prestidigitateur arracheur de dents.
Hilaire Sikounmo