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Index de l'article
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Présidentielle 2018: le pire est à venir, par Jean-Bosco Talla
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Peut-on vendre les oeufs pourris ad vitam aeternam? par Jean-Bosco Talla
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Paul Biya applique à la lettre la leçon de son maître
Paul Biya, un obstacle pour la sécurité du Cameroun, par Pierre Ela
Paul Biya prend la petite porte démocratique de l'histoire
PostScriptum: Au voleur!!! Au violeur!!!, par Jean-Bosco Talla
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Peut-on vendre les oeufs pourris ad vitam aeternam? par Jean-Bosco Talla

Les tenants provisoires de pouvoir au Cameroun pensent, à tort, qu’ils peuvent indéfiniment duper les Camerounais.
A cette question, apparemment simple, de prime abord et de réponse tout aussi évidente, se joue pour les Camerounaises et les Camerounais une mise en scène d’habitudes qui au  fil du temps s’inscrit dans la curialisation des mœurs politico-administratifs et laisse voir toutes les contorsions et les logiques reptiliennes  à l’origine d’une gouvernance  basée sur la roublardise, le mensonge et la mauvaise foi.
Ainsi, comment vendre des œufs pourris, est devenu le sport favori du groupe gouvernant Renouveau-Rdpc. Cela peut arriver une fois. Mais les vendre tout le temps, voilà qui pose au moins le problème de l’honnêteté dans le champ commercial et par ricochet dans le champ politique des trente six dernières années. Il faut dire que depuis l’entame du Renouveau-Rdpc, (presque) rien de ce qui a été promis n’a été réalisé. La rigueur, la moralisation sont venus inaugurer une gouvernance d’affichage, de mots et slogans soporifiques. Ce Renouveau, c’est trop peu dire, ce vaste malentendu, ce cauchemar, cette erreur originelle, ce mythe pour idiots - même si tous les partisans de Paul Biya ne le sont pas, ce dieu que tout les courtisans et ventriloques évoquent, mais auquel personne, même celui qui prétends l'incarner, ne voue un culte. Peut-être manquait-on de preuves comme l’avait fait alors savoir le président-illusionniste Biya, visiblement étonné lors d’une interview devant la rage de détournement dont on signalait déjà les prémisses.
Cela dit, la comparaison entre les marchés financiers et n’importe quel marché, dont le marché politique ou aux fruits et légumes, précise alors ce que cache l’oubli volontaire de la parole librement donnée. Dans les deux cas, le marché, quel qu’il soit, n’est là que pour permettre à une offre et à une demande de se rencontrer et de se mettre d’accord sur un prix, ici une promesse, une règle d’accord partie.
Restons maintenant sur le marché aux fruits et légumes. Imaginez qu’un vendeur ne sache pas comment se débarrasser d’un œuf pourri qui empeste son étalage, mais qu’il se refuse d’essuyer une perte en décidant de le jeter. Il utilisera alors une astuce vieille comme le monde : il cachera l’œuf pourri dans un panier de magnifiques œufs frais et vendra le tout au prix d’œufs de bonne qualité.

Un commerçant, par ricochet un politicien très à l'aise sur le marché politique, peut-il être honnête? Non! Evidemment. Toute richesse, comme tout pouvoir politique derrière lequel se cachent l'égotisme, l'égoïsme et  la volonté d'accumuler les richesses,  vient de la ruse ou de la violence (même symbolique). Toute possession, l'avoir, le pouvoir politique, sont fille et fils d'injustice et d'instinct pléonexique, pour parler comme Jankélévitch.
Pour en venir aux réalités bien camerounaises, quand l'efficacité de cette méthode devient questionnable, les thuriféraires de Nnom Ngui n'hésitent pas -  en plus de la méthode Pavlov en permanence usitée qui consiste à affirmer que tout ce que Paul Biya et son Gouvernement font est toujours bon - d'utiliser, pour duper les électeurs niais, la méthode Monoprix, c'est-à-dire une technique consistant à transformer l'amballage pour donner l'illusion de la nouveauté; cette technique destinée à faire du neuf avec du vieux, voire du très vieux. En d’autres termes et en français facile, face aux difficultés du petit peuple, le politicien, Paul Biya en premier, ne se gêne pas pour lui faire avaler les couleuvres. Il le gave de slogans, certes mobilisateurs et moralisateurs, au moment de leur déclamation, mais combien inopérante et ravageurs en termes de déception et d’insatisfaction. C'est encore ce que le président sortant et ses créatures monstrueuses réservent au peuple camerounais lors de la prochaine campagne électorale. Chassez le naturel, il revient au galop, souligne un aphorisme populaire.

L’avalanche de promesses ayant rythmées les différents mandats du Très Saint Père du Renouveau, on est au moins surpris de se rendre à l’évidence que la réalité contraste avec les engagements même répétés. C’est à croire que le monarque présidentiel, alors qu’il a l'habitude de tancer, comme un adolescent de plus de 80 ans, ses adversaires en leur trouvant des qualificatifs peu amènes dans une logorrhée jubilatoire et attentatoire, assouvit l’ambition de se mesurer au verbe qui se fait chaire. « Kund fire kund », comme dans la cosmogonie orientale. Cela saute aux yeux que, plus les promesses de l’homme-lion - du lion-paresseux comme dans la jungle où le Roi des animaux  profite et jouit des produits de la chasse à courre menée par les lionnes -  se sont faites insistantes, moins leur matérialisation a été concrète. On se souvient alors des formules qui sont devenues au fil des discours de ses créatures, autant de fétiches inopérants que des vœux pieux. A trop se prendre au sérieux, ils se prennent, leurs incantations avec, pour des deus ex machina, confondant la posture de leur idole à celle de Dieu sur terre, comme le répètent dans un élan de flagornerie, certains de ses sinistres, pardon ministres attitrés. La seule fois où Paul Biya a tenu parole, c’est quand il avait refusé la tenue de la Conférence nationale souveraine alors revendiquée par une bonne frange de Camerounais. Il avait déjà habitué ses concitoyens à se dédire à la manière de quelqu’un dont les discours n’étaient autre chose que des moments de décompression ou d’abaissement des tensions sociales accumulées par les politiques malhabiles et inopérantes qui laissent de nombreux Camerounais sur leur faim.
Pourra-t-il continuer à duper le peuple Camerounais ? Le doute est permis. D’ailleurs, la crise dite anglophone et les crises sécuritaires en lien avec les crises sociales sont venues titiller la proactivité de la gouvernance du Renouveau- Rdpc. Elles testent leur capacité d’anticipation. Elles mettent à rude épreuve l’ingénierie politique des acteurs et autres entrepreneurs politiques. Et les Camerounais payent ainsi le prix de la filouterie, de la roublardise et surtout de l’inertie, autrement dit de la gestion différée de leurs problèmes. Nul n’est éternel…
Jean-Bosco Talla