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Index de l'article
Université des Montagnes: l'Enfer du décor
Remise des diplomes à l’UdM : L’arbre qui cache la forêt,par Etienne Lantier
Un temple de savoirs et de...convoitises, par Olivier Ndenkop et Ikemefuna Oliseh
L'impératif d'un aggiornamento, par O.A.N et I.O
UdM, une vache à lait, par Ikemefuna Oliseh
Professeur Jeanne Ngogang: l'Amère de l'UdM, par Maheu
Quand un temple scientifique devient un sujet de littérature, par Olivier A. Ndenkop
Témoignage: AED-UdM, travestissements des faits et inversion des rôles, par Innocent Futcha
Chronique d'une déconfiture annoncée, par Jean-Blaise Samou
Pour solde de tout compte : Ambroise kom, l’intellectuel indocile, par Gérard Keubeung
L'UdM et la fin de l'utopie, par Alexis Tcheuyap
UdM : du site captatoire d’un rêve au lieu de surexposition d’un cauchemar, par Hervé Tchumkam
Interview : Les dirigeants sont dépourvus d'ascèse et ont du mal à s'élever au-dessus des besoins primaires, Professeur Ambroise Kom
''Certains ont toujours pensé qu'ils étaient indispensables, irremplaçables, incontournables, qu'en leur absence tout irait mal'', par Henri Njomgang; président de l'AED
Lettre de Shanda Tomne à l'hebdomadaire Jeune Afrique
Au-delà de la faillite morale, imaginer l'architecture du futur, par Cilas Kemejo
Refaire ou ajuster l’université africaine ?, par Jean-Marc Ela
Lettre ouverte au Président de l’AED, par Professeur Jean – Baptiste Fotso Djemo
Toutes les pages

Lettre de Shanda Tomne à l'hebdomadaire Jeune Afrique

Yaoundé, le 10 avril 2017
Monsieur François Soudan
Directeur de la rédaction
Jeune Afrique
Par courrier électronique

Objet : Mise au point relatif à votre dossier sur les Bamilekes

Monsieur le Directeur,
Dans votre édition n°2934 du 2 au 8 Avril 2017, dont la page de couverture porte le titre suivant, « Cameroun, les Bamilékés et le pouvoir », vous donnez la parole entre autres, à l’universitaire Ambroise KOM, que vous mettez particulièrement en vedette pour valider un certain nombre d’affirmations aussi inappropriées que contestables.
Aussi, je prends la liberté, en tant que Bamiléké, de faire la mise au point ci-après :
1 – Soutenir que les Bamilékés ne s’intéressent pas à la politique ou qu’ils sont distants de toute ambition de conquête du pouvoir, procède d’une présentation tendancieuse, réductrice et totalement inexacte. Vous ne saurez dire une chose en présentant son contraire à la fois. En somme, Maurice Kamto est bien Bamiléké, chef d’un parti politique qui milite ouvertement pour le changement et la conquête du pouvoir. Ensuite, les Bamilékés sont nombreux à diriger des partis politiques avec la même ambition. Enfin, les Bamilékés sont représentés dans quasiment tous les partis politiques, dont ils épousent et professent les doctrines et les idéologies.
2 – Il n’y a pas que les hommes d’affaires ou encore ceux que vous appelez milliardaires Bamilékés, qui soutiennent le RDPC et s’investissent quotidiennement dans le régime en place. Au nord vous avez exactement le même schéma, tout comme au sud, à l’Est et partout ailleurs dans les autres régions du pays. Il s’agit du reste d’une donnée contextuelle qui tient autant du caractère patrimonial et quelque peu autocratique du pouvoir, que de l’atmosphère délétère volontairement entretenue par les multiples imperfections institutionnelles, qui ne facilite pas l’alternance. Une compréhension science politicienne élémentaire conforte ce mode de militantisme d’opportunité qu’impose la nature profonde du système de gouvernance.
3 – S’agissant de Monsieur Kom Ambroise, deux choses au moins méritent d’être clarifiées.
Premièrement, il n’y a pas de conflits entre les dirigeants de l’Université des Montagnes, mais un conflit sur des questions d’éthique entre l’université, personne morale soucieuse de préserver son
patrimoine, et certains de ses anciens dirigeants et fondateurs dont monsieur Kom, convaincus de dérives managériales et d’indélicatesses matérielles. Tout comme l’hirondelle ne fait pas le printemps, les atermoiements de personnes reconnues coupables de violations graves et avérées de l’éthique, ne sauraient aucunement signifier une menace pour une institution de cette importance. Monsieur Fillon n’a pas réussi à tuer la république française avec ses mensonges transformés en campagne contre les institutions de son pays, Monsieur Kom ne parviendra pas non plus à tuer l’université des Montagnes en agissant dans la même logique et en usant des mêmes méthodes et arguments.
4 – Vous devez sans doute être le premier surpris, en écoutant un universitaire Bamiléké tenir des propos d’une si haute tonalité injurieuse à l’endroit de sa « supposée communauté ». Je tiens à vous signaler que non seulement il n’en n’est pas représentatif au plus haut niveau, mais en plus il ne peut que développer des thèses d’une inexactitude qui frisent la trahison et le reniement de ses parents. Ses affirmations sur le LAAKAM résultent de frustrations compréhensibles, dans la mesure où il n’a jamais été jugé éligible pour connaître de ses structures stratégiques, dirigeantes et opérationnelles. Il fait surtout montre d’une ignorance cruelle à la fois de l’histoire et de l’anthropologie des différentes composantes de la nation camerounaise en général, et de la communauté Bamiléké en particulier.
5 – Le livre de monsieur Kom Ambroise auquel vous faites référence, est un éloquent pamphlet digne du testament insalubre et mensonger d’un criminel condamné à mort. L’auteur croit pouvoir tromper une opinion ignorante des causes réelles de sa déchéance, en agitant des foulards de probité morale. Vous auriez sans doute dû vous pencher sur les raisons de son limogeage et mettre l’information à la disposition de vos lecteurs.
6 – L’échec d’un individu à maintenir la confiance de ses pairs et à s’arrimer effectivement, permanemment et honnêtement aux vertus morales et aux exigences humaines et sociales d’une aventure, fut-il co-fondateur, ne peut pas, ne saurait et ne devrait pas être assimilée à l’échec d’une communauté en rapport avec quelques perspectives politiques. Où était Monsieur Kom durant les années de braise ? N-a-t-il pas trahit tous ses engagements de groupe, en servant de conseiller de l’ombre à de nombreux partis politiques dont il se souvient des appellations ? C’est de lui que nous apprenons que la création de l’université des Montagnes était un projet politique. Il doit, tout seul, assumer cette rocambolesque incantation.
7 – Pour la gouverne de monsieur Kom Ambroise, les Bamilékés en tant que communauté, n’ont pas et ne sauraient avoir un projet politique pour le Cameroun. Plutôt, les Bamilékés, individuellement ou collectivement, font partie intégrante de tous les projets politiques de tous les camerounais. Ils y contribuent et s’y épanouissent en tant que Camerounais et non en tant que Bamilékés.
8 – Le choix de Monsieur Kom Ambroise, universitaire que je personnellement je respect infiniment, dont personne ne doute des compétences, du sérieux et des états de service au Cameroun et ailleurs, est un peu surprenant, si tant est qu’il était question de parler vraiment des Bamilékés. Il aurait suffi de mieux se renseigner pour s’apercevoir que l’intéressé se situe nettement en dehors des symboliques fondamentales de cette communauté, à laquelle il ne revendique du reste l’appartenance qu’avec timidité, opportunisme et hésitations troublantes. De nombreux intellectuels auraient pu vous illuminer d’avantage, dans une orientation plus positive, plus honnête et incontestablement plus proche de la réalité.
9 – Globalement les Bamilékés dépeints dans le dossier publié par votre journal tend à disparaître, et je suis même tenté de vous dire qu’il n’existe plus. Le passé de la peur et de la quête d’une citoyenneté intégrale pétrie de fierté, de dignité, de participation et d’ambitions légitimes au même titre que tous les autres, a depuis laissé la place à un présent de conscience alerte sur ses droits et ses devoirs, et de projections rassurantes, engagées et dynamique sur son rôle politique. C’est d’ailleurs le mérite qu’ont eu les deux brillants universitaires qui vous ont exposé cette réalité, malgré quelques sous-entendus et quelques imprécisions tolérables. Les Bamilékés ont déjà grandi, et c’est plutôt « Jeune Afrique » qui est demeuré « Jeune ». [...]