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Index de l'article
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UdM, une vache à lait, par Ikemefuna Oliseh
Professeur Jeanne Ngogang: l'Amère de l'UdM, par Maheu
Quand un temple scientifique devient un sujet de littérature, par Olivier A. Ndenkop
Témoignage: AED-UdM, travestissements des faits et inversion des rôles, par Innocent Futcha
Chronique d'une déconfiture annoncée, par Jean-Blaise Samou
Pour solde de tout compte : Ambroise kom, l’intellectuel indocile, par Gérard Keubeung
L'UdM et la fin de l'utopie, par Alexis Tcheuyap
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Interview : Les dirigeants sont dépourvus d'ascèse et ont du mal à s'élever au-dessus des besoins primaires, Professeur Ambroise Kom
''Certains ont toujours pensé qu'ils étaient indispensables, irremplaçables, incontournables, qu'en leur absence tout irait mal'', par Henri Njomgang; président de l'AED
Lettre de Shanda Tomne à l'hebdomadaire Jeune Afrique
Au-delà de la faillite morale, imaginer l'architecture du futur, par Cilas Kemejo
Refaire ou ajuster l’université africaine ?, par Jean-Marc Ela
Lettre ouverte au Président de l’AED, par Professeur Jean – Baptiste Fotso Djemo
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Lettre ouverte au Président de l’AED, par Professeur Jean – Baptiste Fotso Djemo

 

A Monsieur Henri Njomgang,
Permettez, Monsieur le Président, qu’à la suite de votre interview dans « Germinal » (n° 114 du mercredi 21 mars 2018, pp 13 à 15), je revienne à quelques points de vos déclarations et fasse un lien avec la mise en place du récent Conseil d’Université à l’UdM. Je le fais au titre de l’adhérent de l’AED que je suis, membre fondateur (en Diaspora) de l’AED, même si je ne suis plus informé des activités de l’AED. Je le fais aussi au titre de l’enseignant que je suis à l’UDM : ancien Coordonnateur Académique Général des Filières Médecine, je suis actuellement vacataire et assure divers enseignements, avec de moins en moins de satisfaction. A ces titres, vous comprendrez que je m’inquiète de ce que j’observe du fonctionnement de l’Université des Montagnes : certaines de vos déclarations dans « Germinal », ne me rassurent pas sur l’avenir prochain et lointain de l’UdM.
Je peux ajouter que j’ai une troisième casquette qui me sert aussi dans mes observations : celle du psychologue, qui ne manque pas d’observer les souffrances individuelles et institutionnelles bien réelles, chez les étudiants comme dans le personnel administratif et enseignant. Comme vous semblez le reconnaître a minima. Pour un psychologue, la santé étudiante, le bien-être des étudiants dépend de la santé de l’institution, et celle de l’institution dépend des dynamiques organisationnelles et professionnelles de ceux qui la gèrent. Le clinicien n’a pas besoin de savoir « à qui la faute » pour l’affirmer. Mais le mot « responsabilité » se définit aussi comme devoir d’intervention en face d’un mal-être, puisqu’il arrive qu’on parle de « non-assistance à personne en danger » pour laquelle une personne physique ou morale peut être condamnée.

Germinal.
Je ne voudrais pas aborder ce qui touche aux conflits entre l’équipe que vous dirigez et l’équipe ancienne (et particulièrement avec le Professeur Kom qui semble représenter l’objet de beaucoup de haine). Il ne m’appartient pas de parler des retards constatables dans la fin des travaux d’infrastructure : vous semblez en attribuer la responsabilité entière à l’entrepreneur seul, avec beaucoup de rage. Je n’aborderai pas la micro-tribalisation, l’ethnicisation qui vous semblent un axe privilégié d’analyse : renvoyant dos à dos en quelque sorte, l’équipe d’avant vous, et la vôtre, mieux, pour défendre votre équipe. J’insisterai par contre plus particulièrement, sur les rapports entre l’AED et l’UdM. Commençons par cette affirmation : « …L’AED contrôle et ne s’immisce pas dans la gestion de l’UdM…Je n’ai de cesse de demander aux camarades de faire attention pour ne pas donner des instructions directes dans les établissements. Nous faisons des efforts constants pour rester conformes dans nos agissements aux statuts et règlement intérieur… ». Ceci, après avoir affirmé que « depuis 2013, les instances de contrôles et les instances opérationnelles sont bel et bien séparées… ». On aura observé que le mot « contrôle » revient près de 10 fois, que vous parlez de « propriété » à propos de l’UDM, du « budget (qui) est celui de l’AED…Les recettes sont celles de l’AED… ». Et on observe que pour exercer les contrôles sur l’UdM, il est au moins 4 fois question de « cabinets spécialisés » avec lesquels l’AED travaille.

Questionnements :
De la manière dont vous exprimez les choses, on a du mal à croire que « l’AED ne s’immisce pas dans la gestion de l’UdM ». Car vous ne dites pas d’où viennent « le budget…les recettes de l’AED »(l’AED « qui a aussi des charges à assumer… ») avec lesquels vous assurez le budget de l’UdM. Sauf à penser que les recettes qui auraient dû être celles de l’UdM, sont
celles-là même qui lui reviennent en boucle, par l’AED. Il y a quelques années, une tutelle de l’UDM, nommée par l’Etat, avait déjà imaginé cette stratégie : recueillir les inscriptions et scolarités des étudiants, et donner à l’UdM un budget, non de gestion, mais « de fonctionnement … », et comme vous le dites vous-mêmes, « c’est vous qui déterminez le budget qu’ils auront à gérer… ». Par l’Agent comptable de l’AED, puisqu’au Conseil d’Université, la Comptable n’est pas celle de l’UdM, mais celle de l’AED. Que peut donc signifier l’autonomie de l’UdM si, malgré la séparation de direction et de gestion avec l’AED, celle-là ne gère de budget, que sous le contrôle quotidien de sa « propriétaire » ? Généralement, une Université s’autofinance par la scolarité qu’elle perçoit, et fait campagne pour obtenir de la part de mécènes, des financements complémentaires !
Vous insistez tellement sur cette nécessité du contrôle, « (que vous) n’avez de cesse de demander aux camarades de faire attention pour ne pas donner des instructions directes…nous faisons des efforts constants… ». Avoir besoin « d’efforts constants », tant le naturel pousse le CO et son Bureau exécutif, à s’ingérer dans le fonctionnement de l’UDM ? Sans doute au nom du principe suivant lequel « le bureau exécutif tient, à cet effet, des réunions de concertation et de contrôle sur le campus… », mais plus « contrôle » que « concertation » sans doute. A quel moment et sous quelle forme, les dirigeants de l’UdM assument-ils donc leur propre fonctionnement, leur propre contrôle, y compris sur les CUMs? Car en l’occurrence, les CUMs sont une structure de l’UdM, sous l’autorité de l’UdM, pour la formation des étudiants en filières Santé notamment. Mais un mot encore sur la question du budget : vous ne dites pas sur lequel sont payés tous ces nombreux « cabinets spécialisés » et « contrôleurs » sur le terrain des infrastructures en construction (en plus des « des 4 ou 5 contrôleurs d’Egis ») ou pour « apprendre la gestion » au bureau exécutif. Pourquoi ce besoin d’appuis externes et à quels prix ?
Je voudrais m’attarder comme enseignant, ancien universitaire en France, sur le Conseil d’Université qui vient d’être installé (« décision du Président de l’AED », en date du 16 mars 2018). J’ai le sentiment qu’il illustre bien la difficulté de repérages, voire une relative irresponsabilité, source de souffrances, qui caractérisent actuellement, les structures de l’UdM. Qui fait quoi ? Qui devrait faire quoi ? Quelle légitimité ? Comment apprécier la représentativité des divers corps au sein du Conseil ?

Rentrons dans quelques détails :
1. Le Conseil d’Orientation (qui sert de Conseil d’Administration à l’UdM, dites-vous), et qui assure déjà ses fonctions de « contrôle » à tous les niveaux, y nomme 2 membres du CO . Cette présence limitera-t-elle, régulera-t-elle l’omniprésence des membres du CO sur l’UDM et sur le campus ?
2. Deux Doyens assesseurs sont nommés : non pas auprès des Doyens correspondants sur le plan académique, et au même titre, mais comme « Chargés de mission auprès du Bureau Exécutif de l’AED ». Lequel bureau a déjà 2 de ses membres au Conseil d’ Université. Quelles seraient donc, pour des « doyens », ces « missions auprès du Bureau exécutif », alors que l’un des membres du CO au Conseil est lui-même Professeur (d’une Université d’Etat )? Comment participeront - ils de la vie académique de l’UdM , avec des « missions spéciales » auprès de l’AED ?
3. J’ai déjà noté plus haut que l’Agent comptable est celui de l’AED, et pas celui de l’UDM : alors qu’il est question d’un Conseil d’Université.
4. Les représentants des enseignants des 2 Instituts ont-ils été élus par leurs pairs ? Pourquoi n’avoir pas pensé à une représentativité des vacataires qui forment un gros lot des enseignants, et qui, faute d’assemblée générale des enseignants, subissent des décisions sur des enseignements qui sont les leurs, et sont réduits à l’ignorance sur la vie institutionnelle de l’UdM ? Eux qui, pour la plupart, sont venus par conviction idéologique pour l’UdM de leurs rêves !
5. On se serait attendu à voir le personnel administratif dans ses différentes catégories, plus largement représenté : par exemple les services de scolarité, qui ont un rôle important dans la réussite des enseignements et des évaluations.
6. Un seul étudiant représente les 4 grosses filières de l’Institut Supérieur des Sciences de la Santé. Elu ou nommé ? Quels moyens lui seront donnés pour une vraie connaissance des problèmes de ces filières, et pour une autre place au Conseil, que celle de faire-valoir ?
7. Sous quelles formes s’organisent les étudiants de l’UdM de manière à réfléchir sur la qualité des formations qu’ils reçoivent et à participer à l’élaboration des contenus ? C’est à travers eux que l’UDM devrait vérifier si ses prétentions d’excellence correspondent par ailleurs à une véritable inculturation des formations, en vue de leur professionnalisation ? Quels moyens leur donne-t-on pour de tels objectifs ?
8. Où se trouve la place des parents, eux qui vont fuir de plus en plus une UDM d’autant plus en débande, que l’Etat ouvre d’autres formations médicales publiques à 50000 Franc / an d’inscription ?
9. Plus fondamentalement, quelles sont les missions ACADEMIQUES d’un Conseil d’Université ? Peut-on attendre que désormais, avec son installation, ce Conseil soit ENFIN, l’instance des décisions de l’ UDM en tant que Académie (son fonctionnement, les programmes d’enseignements, les choix de ses responsables et des enseignants , les carrières, et tout naturellement son budget…) ? Vous comprendrez que certaines de mes questions s’adressent à l’AED, mais aussi aux dirigeants de l’UDM et aux représentants des enseignants, et aux autres représentants et non représentés.

Conclusion :
Monsieur le Président, j’aurais pu soulever d’autres questions, mais je voudrais que vous considériez celles-ci , malgré le climat de suspicion actuel autour de l’AED / UdM, comme une contribution à une « UdM…résolument tournée vers l’avenir », comme vous l’affirmez vous-mêmes. Je découvre que l’emblème de l’AED est « Ensemble trouvons des solutions » : je souhaiterais tant que vous considériez le numéro spécial de « Germinal », comme une démarche, sans doute critique, mais de recherche pour un projet UdM le plus proche possible des utopies qui l’ont fondée. Projet UdM pour lequel tant de sacrifices ont été vécus : ne faisons pas honte au Chef Supérieur de Bangangté qui, contre vents et marées, avait pris le risque d’offrir la belle colline de Banékané. « Nous travaillons à ce que tout revienne à la normale », dites-vous, grâce à « l’appui d’un cabinet qui nous accompagne et qui nous a aidés à élaborer le manuel de procédure …». J’ai la naïveté de croire que tous les intervenants de ce dossier dans « Germinal », chacun avec son style, voire sa passion, voudrait d’une « UdM…résolument tournée vers l’avenir », qui est votre souhait. Sans doute que cela suppose que l’AED redevienne l’espace des débats, voire de conflits, mais un espace ouvert à toutes les bonnes volontés, rêvant de faire autrement que dans les autres structures publiques ou privées. Et non un espace clos, « contrôlé » exerçant son « contrôle » sur l’UdM. Comme si on mettait au monde un enfant qu’on refuserait de voir grandir et prendre son envol, en lui tenant les ailes ou en les lui coupant. Ce que sait bien faire l’Etat, qui, comme par hasard, depuis 3 ans, tente à sa manière de récupérer les marges conquises de haute lutte par l’UdM (marges légitimant du coup l’AED et non le contraire ).

Professeur Jean – Baptiste Fotso Djemo