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Quand les opposants refusent le pouvoir. Analyse des stratégies de la défaite. - Les chances de succès des candidats potentiels ou déclarés sont assez limitées, par Ahmadou Sehou

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Index de l'article
Quand les opposants refusent le pouvoir. Analyse des stratégies de la défaite.
2018: A vraincre sans péril, on triomphe sans gloire, par Jean Baptiste Sipa
Elections en 2018 au Cameroun : Faut-il déjà crier ''haro'' sur l'opposition?, par Roger Kaffo Fokou, enseignant, écrivain et chercheur
Les opposants et leurs stratégies de la défaite, par Ikemefuna Oliseh
Pour changer la donne
Le charlatanisme comme alternative politique, par Jean-Bosco Talla
Le défi de l'organisation
Les chances de succès des candidats potentiels ou déclarés sont assez limitées, par Ahmadou Sehou
Occasions manquées et myopie de l'opposition camerounaise, par Enoh Meyomess
Problèmes actuels de nos luttes actuels, Guillaume Henri Ngnepi, Philosophe
Toutes les pages

Les chances de succès des candidats potentiels ou déclarés sont assez limitées, par Ahmadou Sehou
Quelques-uns ont déjà déclaré leur candidature à la présidentielle de 2018. D’autres s’apprêtent à le faire dans les jours et mois à venir. Face à Paul Biya ou à n’importe quel candidat du Rassemblement démocratique du peuple camerounais, leurs chances sont limitées, et même proche de zéro pour certains d’entre-eux.

Il est évident que chaque consultation électorale, de manière générale, comporte une certaine dose d’incertitude qui lui confère du suspens et de l’intérêt. Mais dans le cas du Cameroun, plusieurs facteurs en ont fait des rendez-vous sans véritables surprises, où ceux qui s’y rendent le font plus par résignation que par conviction d’une probable ou possible victoire. D’abord l’échec de la transition politique à l’orée des années 1990 qui s’est traduit par une certaine roublardise, du dilatoire permanent et en fin de compte par la non application ou par une traduction largement différée des consensus a minima obtenus lors de la rencontre Tripartite de Yaoundé de 1991. En second lieu la permanence des entraves politico-administratives de la part des pouvoirs publics qui n’ont jamais intégré les attitudes de neutralité ou de respect des principes démocratiques susceptibles d’accroitre l’offre politique ou de produire une véritable légitimité issue de compétitions ouvertes, sincères et crédibles. Enfin, la permanence des immobilismes et du statu quo autoritaire même à l’intérieur des formations politiques nées des injonctions démocratiques et se réclamant porteurs de changement et de transformations sociétales. Sa traduction la plus visible étant la sclérose des mécanismes de dévolution des responsabilités au sein des appareils, la confiscation des leviers par l’appropriation personnelle et l’écartement de tout discours autre que laudateur, et l’incomplétude de l’occupation de l’espace politique, à la fois au niveau territorial des 360 communes des 58 départements des dix régions du triangle national, mais aussi au niveau du discours ou de la communication politique qui brillent par trop d’amateurisme et de manque de lisibilité.
A la veille des consultations électorales majeures de 2018, y compris l’élection présidentielle, des candidatures potentielles ou déjà déclarées refont surface et captivent les supputations quant à leurs chances de succès, surtout dans le contexte politique camerounais et son environnement juridico-institutionnel qui encadre les élections. En faisant la revue des candidatures probables à la prochaine présidentielle, plusieurs observations et réserves peuvent être émises quant à leurs chances de succès.
Au regard de ses résultats électoraux antérieurs et de son déploiement, le Social Democratic Front (SDF) se présente comme la première formation d’opposition au Cameroun. Pour autant, il semble aller à l’élection présidentielle de 2018 affaibli du fait de la crise anglophone qui a sapé ses assises électorales en réduisant son audience, vu son incapacité non seulement à l’anticiper mais aussi l’échec de ses tentatives de la capter ou de capitaliser sur elle. L’autre faiblesse tient à ses tractations en coulisse avec le pouvoir, à son agenda et à ses tractations internes : il semble pris de cours par le temps et les délais, du fait de n’avoir pu tenir son congrès depuis plus longtemps pour désigner son porte-flambeau à la prochaine élection présidentielle, du fait des déchirements qui en serait résulté quelle que soit l’option retenue. John Fru Ndi a certes décidé de ne pas se présenter, il tient toujours le gouvernail et laisse à Joshua Osih, candidat désigné par le SDF à l’issue de sa convention tenue du 22 au 23 février 2018, un appareil divisé et affaibli, sans lui avoir donné suffisamment de temps pour asseoir son autorité sur le parti, ressouder les déchirures ou convaincre sur ses capacités et sa crédibilité en tant que présidentiable. Le Sdf court le risque de ne même pas égaler son score précédent, d’autant plus que selon des informations persistantes, il entretiendrait des relations d’affaires avec la présidence de la République, du moins la famille présidentielle, ce qui risque de jeter un sérieux doute sur sa crédibilité et sa capacité à changer les choses ou à faire bouger les lignes. Il lui revient d’être capable de transformer ces sérieux handicaps en opportunité.
Le champion du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), en la personne de Maurice Kamto, se situe parmi les nouvelles figures ou les forces montantes de la scène politique camerounaise. Cela ne fait pas pour autant de lui un favori pour la prochaine présidentielle. Malgré les efforts déployés ces derniers temps, son discours est peu audible, son occupation territoriale encore largement insuffisante, son audience assez limitée et sa stratégie politique peu lisible en termes d’alliances et de soutiens.
Le candidat de la jeunesse qui ose, à travers une prise de conscience citoyenne et la nécessité de bousculer le statu quo, Cabral Libii, est fort sympathique à travers ses prises de paroles dans les médias ou ses tentatives de mobilisation à travers le pays. Mais ces efforts ne semblent pas encore à la hauteur d’immenses défis qu’exigent l’inscription de 11 millions d’électeurs ou de citoyens et leur mobilisation pour faire bouger les lignes. Si la prise de conscience a bien progressé, la traduction en termes d’électeurs inscrits ou d’engouement pour la chose politique demeure encore insuffisante pour lui faire gagner une élection présidentielle.
L’autre candidat déclaré est le très respectable Akere Muna. Toutefois, en s’engageant sur le tard, il donne l’impression que la politique est une activité de retraite dans laquelle on se lance quand on n’a plus rien d’autre à faire. Quels que soient les moyens dont il peut disposer ou mobiliser, les délais sont assez courts pour lui permettre de se faire connaître en dehors des cercles restreints qui le suivent depuis longtemps, de porter sa candidature au plus profond du Cameroun et de convaincre sur sa crédibilité. Sa base électorale étant presque la même que celle du potentiel candidat du Sdf ou de Maurice Kamto, le risque est grand d’accroître simplement l’émiettement de l’électorat potentiel de l’opposition et de favoriser le candidat du Rdpc.
Quant au champion des propositions sur l’agriculture, le porte étendard du parti Croire au Cameroun (CRAC) en la personne de Bernard Njonga, il draine avec lui un fort courant de sympathie pour ses combats d’intérêt général et un fort intérêt pour les réformes qu’il propose pour résoudre les problèmes liés à l’alimentation des Camerounais et partant pour le développement national. Pour autant il peine à troquer sa casquette d’agronome pour celle de politique. Sa candidature est elle-même plus hypothétique au regard des conditions à remplir et eu égard à la jeunesse de son parti qui ne dispose encore d’aucun élu au plan local ou national. Il n’est pas non plus assuré de pouvoir capitaliser la sympathie des organisations paysannes ou de la société civile pour en faire une arme politique redoutable. En l’absence d’une implantation véritable à travers les 360 communes du Cameroun, il est difficile de croire en sa victoire.
Au bout du compte, les chances de succès des candidats potentiels ou déclarés sont assez limitées pour ne pas dire nulles, à considérer le camp de l’opposition camerounaise. Les insuffisances en termes de ressources humaines, matérielles, organisationnelles et stratégiques sont si nombreuses qu’il est hypothétique de croire en une victoire d’un candidat de l’opposition à l’élection présidentielle de 2018, sauf surrection miraculeuse. Les différents candidats roulent en solitaires, dans un contexte où l’alternance est fortement bridée par les forces de l’inertie et la panne stratégique des entrepreneurs du changement. C’est donc encore, une fois de plus un boulevard largement ouvert au Rdpc, pour la reconduction du régime et du système gouvernant en place, malgré ses insuffisances et ses innombrables échecs malgré le fait de disposer déjà d’une majorité obèse dans toutes les structures et institutions de l’Etat, de tous les leviers du pouvoir et de décision ! Quels paradoxes !
Ahmadou Séhou
Historien-Analyste politique
Auteur de : Cameroun, l’opposition en panne : autopsie critique et propositions de relance, Yaoundé, Ed. Lupeppo, 2012, 473 p.