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Quand les opposants refusent le pouvoir. Analyse des stratégies de la défaite. - Le défi de l'organisation

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Index de l'article
Quand les opposants refusent le pouvoir. Analyse des stratégies de la défaite.
2018: A vraincre sans péril, on triomphe sans gloire, par Jean Baptiste Sipa
Elections en 2018 au Cameroun : Faut-il déjà crier ''haro'' sur l'opposition?, par Roger Kaffo Fokou, enseignant, écrivain et chercheur
Les opposants et leurs stratégies de la défaite, par Ikemefuna Oliseh
Pour changer la donne
Le charlatanisme comme alternative politique, par Jean-Bosco Talla
Le défi de l'organisation
Les chances de succès des candidats potentiels ou déclarés sont assez limitées, par Ahmadou Sehou
Occasions manquées et myopie de l'opposition camerounaise, par Enoh Meyomess
Problèmes actuels de nos luttes actuels, Guillaume Henri Ngnepi, Philosophe
Toutes les pages

Le défi de l'organisation
Pour sortir de l’impasse, les forces du changement doivent s’organiser. Car, on ne peut vaincre l’organisé que par l’autrement organisé.
Personne ne peut nier les contraintes auxquelles font face les partis et formations politiques de l’opposition et les organisations progressistes de la société civile camerounaise. Ils doivent au quotidien éviter les embûches tendues par les partisans et sympathisants du Renouveau-Rdpc dont l’unique vision et projet de société est de durer le plus longtemps - et autant que - possible au pouvoir, en vampirisant et en dépeçant le Cameroun.
Dans un contexte politique marquée par la diabolisation et les tentatives de division des forces sociales progressistes, peut-être conviendrait-il que les partis et formations politiques, les OSC et leurs leardes soient assez lucides et patriotes pour trouver les voies et moyens permettant de mutualiser les moyens humains et matériels en vue de la conquête du pouvoir.
Pour atteindre cet objectif, il conviendrait d’abord, comme nous avons déjà eu l’occasion de le souligner (La Grande Palabre, Repenser et reconstruire l’opposition camerounaise, 2014), que les leaders politiques et d’opinion évitent le raisonnement par imputation qui consiste à mettre sur le seul compte de l’opposition ou du système en place la responsabilité des causes de la situation sans issue favorable dans laquelle se trouvent le Cameroun et les Camerounais. Ce serait mal aborder des questions fondamentales qui se posent à toute notre communauté historique, le fond du débat n’étant pas de trouver des « coupables », des « responsables ». Car, s’ils raisonnent dans le style « C’est la faute à Untel », ce qui suppose que la relance du combat pour la démocratie et l’avènement d’un État de droit ne peut se faire qu’à condition de substituer à Untel d’autres leaders, supposés mieux outillés, mieux disposés ou préparés à générer une nouvelle dynamique propre, et éventuellement, à conduire au(x) succès, au changement.
Aussi, les leaders progressistes des OSC et des partis et formations politiques doivent-ils éviter l’exclusion et les considérations puériles du genre « parce qu’Untel a été membre du gouvernement, parce qu’Untel autre a été ou est membre du RDPC, il ne peut être un acteur du changement. » Une telle attitude serait révélatrice de leur immaturité politique, tactique et stratégique. car, l’opposition (la vraie) n’est pas l’unique réservoir des forces progressistes. Celles-ci se trouvent aussi au sein du RDPC, parmi ceux qui ont été membres du gouvernement, et même au sein des forces de défense et de sécurité, où, même s’ils n’expriment ouvertement leurs mécontentements pour des raisons légitimes que l’on ignore, sont tout aussi exaspérés de la situation dans laquelle le Cameroun est plongé depuis belle lurette. Aussi l’histoire récente des changements en Afrique nous montre-t-elle que les peuples font plus confiance à ceux qui ont déjà l’expérience de la gestion de l’Etat et des affaires publiques.
Le parcours vers le changement est sinueux, heurté, abrupt et long. Il faut donc avoir une bonne dose d’endurance et de courage pour l’emprunter. Certains n’hésitent d’ailleurs pas à conclure à l’impasse face au reflux du militantisme. Il est vrai que les Camerounais ont déserté le front des revendications sociales. Les causes de ce reflux sont multiples. Cependant, à bien y regarder, cette situation soulève la question de l’organisation, c’est-à-dire celle relative « au fonctionnement interne des groupes engagés dans les divers combats, à leurs méthodes de travail, à leur pensée de la lutte, et mode relationnel entre les personnes de la même organisation» (La Grande Palabre, 2015 : 221). Il est indéniable que l’on ne peut combattre l’organisé que par l’autrement organisé. Tel nous semble aujourd’hui le défi majeur que les forces du changement doivent relever. Autrement dit, les forces progressistes doivent relever le défi de l’organisation.
Ikémefuna Oliseh
Déjà paru dans Germinal n°096