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Quand les opposants refusent le pouvoir. Analyse des stratégies de la défaite. - Les opposants et leurs stratégies de la défaite, par Ikemefuna Oliseh

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Index de l'article
Quand les opposants refusent le pouvoir. Analyse des stratégies de la défaite.
2018: A vraincre sans péril, on triomphe sans gloire, par Jean Baptiste Sipa
Elections en 2018 au Cameroun : Faut-il déjà crier ''haro'' sur l'opposition?, par Roger Kaffo Fokou, enseignant, écrivain et chercheur
Les opposants et leurs stratégies de la défaite, par Ikemefuna Oliseh
Pour changer la donne
Le charlatanisme comme alternative politique, par Jean-Bosco Talla
Le défi de l'organisation
Les chances de succès des candidats potentiels ou déclarés sont assez limitées, par Ahmadou Sehou
Occasions manquées et myopie de l'opposition camerounaise, par Enoh Meyomess
Problèmes actuels de nos luttes actuels, Guillaume Henri Ngnepi, Philosophe
Toutes les pages

Les opposants et leurs stratégies de la défaite, par Ikemefuna Oliseh
Le Social Democratic Front (SDF) a tenu sa récente convention à Bamenda du 22 au 24 février 2018 dans les locaux du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC). Si les organisateurs avancent des arguments très peu convaincants pour soutenir leur choix, ce fait hautement symbolique est considéré par une bonne partie de l’opinion comme l’ultime manifestation de la félonie et de la connivence qui existe entre le parti au pouvoir et le SDF. Cette lecture est d’autant plus renforcée que lors de ces assises le parti de Paul Biya était représenté, une fois de plus, par une délégation conduite par le secrétaire général adjoint du Comité central, Grégoire Owona.
Ce fait a suscité beaucoup de réactions sur les réseaux sociaux. Pour le chercheur Bangmo Narcis Ulrric, « c’est un peu comme si tu organisais ton mariage chez un ex de ta fiancée ; ce dernier étant pourtant resté trop présent dans son quotidien : appel téléphonique à n’en puis finir, des dizaines de messages par jour, etc. «Non chéri il n’y a rien, c’est juste un grand ami, il me donne des conseils, aide mes frères, accompagne mes parents au champ...» Dans ce cas, va vite prendre une assurance divorce qui te donne aussi droit à un psy. ». Un autre internaute visiblement choqué estime que : « on n’imagine pas le parti socialiste français inviter lors de son congrès Les Républicains. »
Aux yeux de nombreux observateurs qui considèrent, à juste titre que la politique est aussi une affaire de symboles, ce fait symbolique est révélateur de l’indigence, de la misère et de l’imbécilité de l’opposition camerounaise.
C’est dire si, l’opposition camerounaise est plongée dans une souffrance atroce. Elle souffre d’avoir trahi la cause du peuple, d’avoir choisi de défendre les intérêts et désirs de la bourgeoisie bohème plutôt que les intérêts et les droits des plus modestes, des « rien-du-tout » ou du « monde-d’en-bas »
Elle souffre aussi de n’avoir pas pu ou su mettre à jour son ou ses logiciels et se contente de la caricature, des discours redondants, des lieux communs et des critiques non pertinentes contre-productives, politiquement et idéologiquement.
Et les opposants, du moins ceux qui se font appeler ainsi, en évitant une critique de fond, versent trop facilement dans la caricature et cèdent très souvent au simplisme de la stigmatisation et de la diabolisation du biyaïsme.
Autant que les fraudes électorales régulièrement organisées par le parti au pouvoir, les rivalités des personnes, les divisions des opposants ; les mesquineries entre leaders politiques sont à l’origine de la dispersion des voix des partisans et sympathisants de cette opposition et contribuent, inconsciemment ou non, à perpétuer le régime de Paul Biya que tous prétendent combattre. Il suffit pourtant d’un peu de lucidité et du sens de l’intérêt général, grâce à la mutualisation des moyens humains et matériels, pour forcer le destin.
Après son élection comme candidat du SDF à la prochaine présidentielle, Joshua Osih, par ailleurs premier vice-président de ce parti, s’est dit ouvert à toutes formes de coalition qui l’aidera à atteindre son but. Cette déclaration, par ailleurs normale étant donné que le SDF est l’actuel "leader de l’opposition", ne présage pas des lendemains meilleurs pour la formation des coalitions et des alliances. Elle indique que l’opposition ira à la prochaine présidentielle en rangs dispersés. Et en se présentant en rangs dispersés, les opposants ruineront, une fois de plus, leurs chances, et feront la preuve qu’ils ne veulent vraiment pas le pouvoir. Cela ne pardonne pas, surtout qu’elle est incapable d’adopter une stratégie adaptée au mode de scrutin en vigueur. Au lieu de mutualiser les forces et les moyens autour d’un regroupement solide fondé sur une alternative crédible en vue de l’alternance au pouvoir, beaucoup parmi ceux qui se disent opposants préfèrent jouer en solo, sans tenir compte de leur audience réelle., dans un pays où le mode de scrutin en vigueur à la présidentielle est à un tour. Pour justifier cette option solitaire et suicidaire, plusieurs parmi ces "opposants" versent dans le sophisme et affirment qu'en 1992, le SDF seul avait terrasser le RDPC. La réalité est pourtant autre. En 1992, c'est une coalition des partis politiques et des associations regroupés sous le label de l'Union pour le changement, regroupement issu de l'Alliance pour le le redressement du Cameroun par la conférence nationale souveraine (ARC-CNS) qui avait désigné et soutenu la candidature John Fru Ndi, chairman du SDF, à la présidentielle du 11 octobre de cette année. Donc le SDF seul n'a jamais terrasé le RDPC en 1992.
En outre, la mesquinerie entre les uns et les autres est telle que certains préfèrent que Paul Biya, au pouvoir depuis 36 ans, rempile au lieu de voir un des leurs accéder à la présidence de la République. Pourtant, même si certains arguments avancés (non prise en compte des engagements, refus de jouer le jeu de l’entente préélectorale, etc.) pour justifier cette posture peuvent être recevables, on pouvait considérer comme une œuvre de salubrité publique la démarche qui consisterait, dans un premier temps, à s’unir pour dégommer le régime et le système en place, et dans un second temps, jeter les bases d’un État de droit démocratique en repensant la forme et surtout la nature de l’État.
L’histoire des élections en Afrique nous a pourtant appris que quand les opposants sont unis, quand ils ne s’arcboutent pas sur leurs idéologies ou sur leurs considérations relatives aux alliances dites contre nature, ils parviennent à changer la donne et à remporter les élections. Nous avons en mémoire la coalition regroupant la quasi-totalité des leaders d’opposition et des formations politiques qui avait battu en 1996, Nicéphore Soglo la coalition Sopi (« changement ») qui avait permis la chute d’Abdou Diouf au Sénégal en 2000. En Côte d’Ivoire, si on fait abstraction des interventions étrangères, la Coalition RHDP (Le Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix) est venue à bout de Laurent Gbagbo. En 2012, Macky Sall n’arrive au pouvoir qu’avec la mise en place, après le premier tour de la présidentielle, de la coalition hétéroclite Benno Bokk Yaakaar (Unis par un espoir commun), constituée des douze candidats malheureux du premier tour, de tous les partis d’opposition, des organisations de la société civile et des personnalités indépendantes. Cette coalition a permis de remporter les élections locales en 2014 et les législatives du 30 juillet 2017. Ce fut d’ailleurs le cas lors des élections locales du 22 mars 2009, où réunie sous la bannière de Benno Siggil Sénégal (« Unis pour restaurer l’honneur du Sénégal ») ou d’And Ligeey Sénégal (« Ensemble pour bâtir le Sénégal ») en wolof, l’opposition sénégalaise, après avoir réussi à convaincre l’opinion publique de la nécessité de barrer la voie à l’instauration d’une dynastie, avait fait tomber dans son escarcelle presque toutes les grandes villes sénégalaises Au Burkina Faso, après la chute de Blaise Compaoré, la coalition ‘’ Zeph2015’’ a porté Roch Marc Christian Kaboré au pouvoir.
Au départ très divisés, des partis politiques et les leaders de l’opposition gabonaise ont su taire leurs divergences pour soutenir la candidature de Jean Ping qui a mis en très grande difficulté Ali Mbongo Odimba, qui n’a été maintenu au pouvoir que grâce à la fraude et à la main mise sur la Cour constitutionnelle, encore appelée « Tour de pise ».
Au Cameroun, à sept (7) mois d’une échéance électorale capitale, la présidentielle qui se tiendra le 7 octobre 2018, ceux qui aiment afficher l’étiquette d’opposant donnent l’impression de se positionner pour l’après Biya. Leurs démarches laissent penser qu’ils battent campagne pour la présidentielle de 2025. Certains parmi eux versent dans la surenchère par souci de positionnement pour être conviés autour de la mangeoire. D’autres, tout en ayant conscience qu’ils sont incapables de concurrencer le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) sur l’ensemble du territoire, se font la guerre, pour occuper la place de leader de l’opposition.
C’est visiblement dans cette optique que le Social Democratic Front (SDF) situe sa démarche : faire tout pour ne ne pas perdre la place de leader de l’opposition. Paul Biya et son système peuvent dormir tranquillement sur leurs lauriers. À moins que…
Ikemefuna Oliseh