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Economie Paul Biya, La malédiction du 6 novembre 1982 - Paul Biya : L'obsession de l'éternité

Paul Biya, La malédiction du 6 novembre 1982 - Paul Biya : L'obsession de l'éternité

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Index de l'article
Paul Biya, La malédiction du 6 novembre 1982
La Grande désillusion
Paul Biya : L'obsession de l'éternité
Signes prémonitoires d'une fin de règne tumultueuse annoncée
Signes prémonitoires d'une fin de règne tumultueuse annoncée
Signes prémonitoires d'une fin de règne tumultueuse annoncée
Paul Biya et la malédiction aujouliste
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Paul Biya : L'obsession de l'éternité
Visiblement, le fantôme d’Ahmadou Ahidjo hante Paul Biya. Il a peur que son cadavre subisse le même sort que celui qu’il a réservé à la dépouille de son illustre prédécesseur. Parce qu’il a décidé de mourir au pouvoir, malgré l’état de putréfaction avancée dans lequel se trouve le Cameroun, il peut se permettre de narguer les Camerounais à travers des déclarations révélatrices de la petitesse d’un personnage, sans ambition et sans vision.
Il y a de cela quelques années, le philosophe et essayiste camerounais Hubert Mono Ndjana publiait un opuscule sur les petits mots de Paul Biya. Dans un ton laudateur, l’intellectuel Rdpciste faisait l’éloge du style communicationnel du président du Rdpc. Rien de mal à cela lorsqu’on est militant du Rdpc. Même si les contempteurs du régime en place avaient aussitôt objecté que l’auteur magnifiait le verbe dérisoire, c’est-à-dire une gouvernance discursive ou les discours et les mots ne sont jamais traduits en actes. Tout au moins, la contribution du « Grand prof » suggèrait qu’il faut prendre très au sérieux les petits mots de Paul Biya, souvent lancés comme des boutades inconscientes. En cela, elle pouvait être créditée d’un minimum de bon sens du point de vue de l’analyse de la gouvernance catastrophique de l’homme du 6 novembre 1982.
Au moment où pointe à l’horizon la fin d’un mandat ou d’un septennat inutile, au cours duquel le locataire provisoire d’Etoudi s’est comporté comme un touriste en transit au Cameroun, notamment à Yaoundé, on peut, pour se rendre à l’évidence, convoquer ses propos qui exaltent le gouvernement perpétuel, tenus lors de sa récente visite d’Etat en terre italienne au courant de la deuxième quinzaine du mois de mars 2017. Face aux spectateurs dont la sordidité des propos a rendu hilares, Paul Biya, tel un Roi Ubu tropical étalant à la face du monde ses délires oniriques déclarait : « C’est rare aujourd’hui de trouver un gouvernement qui dure 30 ans». Une manière pour lui de narguer le peuple camerounais et de moquer les démocrates occidentaux qui ont compris que le progrès de leur pays et le mieux-être de leurs concitoyens passent par la mise en place d’institutions démocratiques fortes et l’alternance régulière au pouvoir.
Ce n’est d’ailleurs pas pour la première fois qu’il se moquait des Camerounais et éprouvait le mépris pour eux en mondovision tout en bombant le torse tel King Kong triomphant d’un peuple en guenilles (qu’il a) affamé, émasculé par l’alcool et la propagande officielle, avant de le laisser à le merci des multinationales de Dieu. Répondant, le 3 juillet 2015, à une question de Gérard Grizbec, journaliste à France 2, qui l’interrogeait sur sa longévité au pouvoir et ses intentions pour la présidentielle de 2018, Paul Biya d’un sourire narquois déclarait ; « […] ne dure pas au pouvoir qui veut, mais dure qui peut ». Il ajoutait : « […] Je ne suis pas à la tête de l’état par la force.  Je n’ai pas acquis le pouvoir de manière dictatoriale, j’ai toujours été élu par le peuple […] ». En employant l’adverbe toujours, Paul Biya tentait de mystifier les Camerounais et ses interlocuteur en laissant accroire qu’il a accédé au pouvoir par une élection. La réalité est pourtant autre et tout le monde sait qu’il est le successeur constitutionnel de son illustre prédécesseur Ahmadou Ahidjo. Autrement dit, qu’il n’accède au pouvoir le 6 novembre 1982 que par la seule et unique volonté d’Ahmadou Ahidjo. Par conséquent il n’a jamais été élu président de la République du Cameroun, les élections qu’il a jusqu’ici organisées n’ayant toujours été que des rituels d’attestation, des tentatives vaines de légitimation d’un pouvoir gracieusement offert sur un plat d’or et/ou de diamant.
Au-delà du rire diplomatique empreint de condescendance des Occidentaux présents dans la salle, lesquels font l’expérience ignoble de l’iraison de la gouvernance nègre caractérisée par le surdimensionnement des egos présidentiels à mesure de la longévité au pouvoir qui contraste avec la valeur ajoutée apportée en termes de vision et d’ambition politiques, de relèvement du niveau vie de ses concitoyens, de renforcement de l’Etat de droit démocratique, de prospérité économique et d’exaltation de l’Etat stratège, cette déclaration, qui heurte la conscience des jeunes et des partisans de l’alternance comme dogme de régulation de la gouvernance mondiale, dément les complaisances vaniteuses des thuriféraires sincères ou opportunistes de Paul Biya. Elle dévoile la mystification qu’ils entretiennent autour du « vacancier au pouvoir » (Stephen Smith) par des qualificatifs brumeux tels que : « homme énigmatique », « homme providentiel porteur d’un projet politique divin pour le Cameroun », « vieux sage d’Afrique », etc., bref par un catalogue de mots participant de la divinisation de l’immortel président du Rdpc.

 

Ahmadou Ahidjo
Rétrospectivement, on peut, sans mauvaise foi aucune, affirmer que Ahmadou Ahidjo avait minutieusement préparé sa succession afin d’éviter que le Cameroun sombre dans le chaos après son départ du pouvoir. En 1975, à l’approche du « congrès de la maturité » de l’Union nationale camerounaise tenu à Douala du 10 au 15 février de la même année, des rumeurs couraient, s’amplifiaient à mesure qu’on approchait la date sur les intentions du président Ahidjo à ne pas solliciter le renouvellement de son mandat à la tête de l’Unc, donc au sommet de l’Etat. Habilement, en homme politique avisé et impressionné par le vaste soutien populaire qui l’appelait à demeurer à la tête de l’Etat, Ahmadou Ahidjo, conscient que son retrait prématuré fragiliserait le Cameroun en l’installant dans une zone de turbulence préjudiciable, acceptait de demeurer chef de l’Etat et de se présenter à la présidentielle qui se tiendra quelques mois plus tard. Mais, il profitait de cette occasion pour déclarer devant près de deux mille congressistes réunis en séance ordinaire et des centaines de milliers de Camerounais ayant l’oreille collée au transistor pour jeter les jalons de son futur départ de la présidence de la République en déclarant « Je n’ai pas l’intention de m’éterniser au pouvoir, mais, répondant à votre vœu unanime et à l’appel des masses populaires, j’accepte de solliciter des électeurs camerounais un nouveau mandat à la tête de la nation. » Le 5 avril 1975, il était élu à plus de 99 % pour son avant dernier mandat de cinq ans. Mandat au cours duquel, faut-il le souligner, il modifia la constitution pour faire de son premier ministre, Paul Biya, son successeur constitutionnel.
Logique avec lui, il se fera prier par politesse avant d’accepter son investiture au congrès de Bafoussam tenu du 12 au 17 février 1980. D’ailleurs, il réitèrera ses propos que nous citons de mémoire quelques années plus tard devant les journalistes du club de la presse du tiers monde à l’occasion de la célébration du dixième anniversaire de la république unie du Cameroun : « Je n’ai jamais dit que j’allais m’éterniser au pouvoir […] Pour ma succession, la chose que je puis dire est que la procédure est prévue par la constitution et que je ferai en sorte, si tout va bien et si Dieu le veut, que ma succession se déroule normalement qu’il n’y ait pas de vide au Cameroun. »
L’annonce de sa démission, le 4 novembre 1982 traduit sa volonté de rester cohérent avec lui-même.
Comparativement à son illustre prédécesseur, « digne et prestigieux fils de ce pays, père de la nation camerounaise, artisan de son unité et son développement, […] géant de l’histoire camerounaise, de l’histoire africaine, de l’histoire tout court » (dixit Paul Biya), l’homme du Renouveau continue d’exceller dans la stratégie du clair-obscur au sujet de sa succession. Cette posture, associée à ses déclarations qui laissent penser que les Camerounais ont affaire à un adolescent de plus de 80 ans, dévoile une seule réalité de l’homme, à savoir que le projet de vie de Paul Biya est le gouvernement perpétuel. D’autant plus que ces petits mots dévoilent la nature profonde du locuteur, sa petitesse et son étroitesse de vue face aux enjeux contemporains, l’absence de vision pour le Cameroun. Elle est la preuve patente que l’unique projet ou ambition du Nnom Gui est de durer au pouvoir ad vitam aeternam. Les mots d’ordre de rigueur, de moralisation, de démocratie, tout comme la lutte sacrificielle à tête chercheuse contre la corruption et les purges politiques, ne sont que des supports d’une ingénierie de conservation du pouvoir en marche depuis le 6 novembre 1982 et sans cesse remaniée au regard des exigences conjoncturelles.

L’Affaire Brenda
Point d’ambition ou de vision pour le Cameroun, encore moins, disent des mauvaises langues (?), pour sa propre progéniture dont l’Affaire Brenda relayée par les réseaux sociaux a dévoilé, si on en croit les contempteurs de l’homme lion ; un déficit navrant d’encadrement et d’éducation de sa progéniture, du point de vue morale et éthique.
Pour réussir ce projet indigne, pour un homme porté aux hautes fonctions de la République depuis 1962, et qui dit-on a fait les humanités et les études supérieures de science politique, à l’opposé du petit certifié, agent des postes qu’était Ahidjo, l’homme du Renouveau n’a que du mépris pour la légitimité populaire, puisque même ses laudateurs que Michel Roger Emvana a rencontrés dans le cadre de son ouvrage intitulé Paul Biya, les secrets du pouvoir, affirment sans ambages que c’est l’ésotérisme profane qui le maintien au pouvoir. Une curiosité tout de même, pour un ancien séminariste, de surcroit fils de catéchiste.
Pour les confidents d’un ami personnel de Paul Biya parti outre-tombe, l’éternisation au pouvoir de l’actuel occupant du palais d’Etoudi est une obsession. Puisque affirma-t-il de son vivant : « le président à l’ambition de mourir au pouvoir. Ceux qui rêvent de le voir transmettre le pouvoir à quelqu’un comme lui-même l’a reçu des mains d’Ahidjo attendront longtemps. C’est sa seule raison de vivre. Il faut vous organiser dans ce sens en conséquence. Et celui qui nourrit de réelles ambitions doit soit l’affronter ou attendre tranquillement sa mort. »
Les propos de Titus Edzoa corroborent ceux de cet ami personnel de Paul Biya. Dans une interview accordée au journal Mutations (n°043 du 28 avril 1997) après sa démission du poste de ministre de la Santé publique, l’ex-secrétaire général de la présidence de la République n’use pas de circonlocutions pour dénoncer l’inertie, l’immobilisme, l’incurie et la gestion au petit bonheur du système. L’ex-prisonnier politique ayant passé 17 ans dans les geôles infectes du secrétariat d’Etat à la défense (Sed) déclarait : « […]  Rien ne marche. On lui dit : Bougez, bougez ! Il ne bouge pas. Il ne travaille pas. Vous ne pouvez pas vous imaginer des efforts qu’on fait à l’intérieur pour que les choses évoluent. Pour faire aboutir la nouvelle Constitution, ce fut très rude. Il ne voulait même pas qu’on limite les mandats. Et lorsque vous expliquez qu’on doit limiter les mandats pour obliger les hommes d’Etat à se donner un programme d’actions établi dans le temps, on vous taxe de rebelle.
Les gens s’imaginent qu’ils vont gouverner sans calendrier. Ce n’est pas possible. Il faut des programmes étalés sur une période donnée. Là, on est obligé de produire des résultats.»
Ces propos permettent de comprendre les motivations ayant poussé en 2008 Paul Biya à procéder à la révision de la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996 en vue de la levée du verrou de la limitation du mandat présidentiel
C’est aussi, à juste titre, l’explication la plus pertinente et la compréhension de la boutade lancée  le mercredi, 9 juin 2004 après la rumeur de sa mort. Devant ses partisans et sympathisants venus nombreux pour l’accueillir, il lancait ironiquement : « Vous saluez le fantôme ». Et de poursuivre en narguant ses détracteurs. « J’étais en visite privée en Europe. J’ai appris comme tout le monde que j’étais mort ». Avant d’enchainer : « Il paraît qu’il y en a qui s’intéressent à mes funérailles. Eh bien, dites-leur que je leur donne rendez-vous dans une vingtaine d’années ».
Face à la volonté affichée de Paul Biya de briguer un autre mandat en 2018, cette sortie de Paul Biya en 2004 révèlait tout son sens. En français facile, il voulait dire aux Camerounais : « je resterai au pouvoir tant que ma santé et son âge me permettront jusqu’en 2024, à 91 ans ».
Il n’est pas surprenant que ses ministres, avisés par cette logique de la gouvernance présidentielle illimitée et fondée sur l’inertie et les intrigues, cherchent aussi à durer éternellement à leur poste, en usant des artifices tels que les flatteries des motions de soutien et de déférence, la gouvernance des effets d’annonce, etc. Un ministre encore en poste spontanément devenu conseiller d’un de ses collègues dans l’actuel gouvernement lui faisait remarquer : « ton problème, c’est que tu cherches à travailler et à faire connaitre à tout le monde que tu fais quelque chose. Nous ne sommes pas nommés par le patron pour un travail quelconque. Soyez inexistant comme moi et vous resterez à votre poste aussi longtemps que possible. »
Dans un tel contexte, comment peut-on attirer les investisseurs occidentaux qui, mieux que quiconque, savent que le gouvernement perpétuel conduit à l’incertitude au regard de l’instabilité qu’il crée et de la décrépitude de la gouvernance d’un point de vue de l‘éthique démocratique et républicaine ?
Comment convaincre du sérieux de sa gouvernance un Pape qui gère une institution limitant à 75 ans le départ à la retraite des évêques et qui par ailleurs est séduit par son prédécesseur, lequel a démissionné de son siège pour des raisons liées à son âge alors que rien ne l’y obligé ?
In fine, ces interrogations permettent de comprendre pourquoi toutes les beuveries organisées depuis le début de ce septennat inutile n’ont jusqu’ici eu aucune incidence sur le quotidien des Camerounais. La conférence Investir au Cameroun, le tourisme italien de Paul Biya et d’autres initiatives et démarches de même nature ne sont en réalité que des gadgets sans suite. Le retour en force du Fmi est la preuve la patente de la gestion catastrophique et patrimoniale du patrimoine commun par une clique à la boulimie gargantuesque.
Jean-Bosco Talla
Maheu
Déjà,paru dans Germinal n° 105 du 3 mai 2017.