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Economie Paul Biya, La malédiction du 6 novembre 1982 - La Grande désillusion

Paul Biya, La malédiction du 6 novembre 1982 - La Grande désillusion

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Index de l'article
Paul Biya, La malédiction du 6 novembre 1982
La Grande désillusion
Paul Biya : L'obsession de l'éternité
Signes prémonitoires d'une fin de règne tumultueuse annoncée
Signes prémonitoires d'une fin de règne tumultueuse annoncée
Signes prémonitoires d'une fin de règne tumultueuse annoncée
Paul Biya et la malédiction aujouliste
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La Grande désillusion
35 ans au pouvoir, l’inertie, la mal-gouvernance et la filouterie politiques sont les principales caractéristiques du Renouveau de Paul Biya
Lorsque le président Paul Biya arrive au pouvoir en 1982, il promet monts et merveille aux Camerounais. Son projet de société est vite adopté par une frange de Camerounais d’autant plus que, tout en annonçant « l’avènement du mérite [qui] mettra fin à l’anarchie par laquelle tout le monde pouvait se retrouver partout, mais rarement la personne qu’il faut à la place qu’il faut1» il souhaite « vivement» que ses compatriotes se donnent la main pour» bâtir une société saine, c’est-à-dire une société constituée d’hommes qui se plaisent dans la compagnie les uns des autres, au lieu de se percevoir plutôt comme des loups, les uns pour les autres (2)». Aussi se propose-t-il de promouvoir:
- « la vraie démocratie» qui ne saurait s’accommoder de « quelques formes d’oppression, de tyrannie ou de dictature des régimes civils et militaires qui même lorsqu’ils prétendent servir les aspirations des gouvernés sacrifient sur l’autel de l’ordre la liberté et l’égalité(3)»;
- le «développement véritable» dont la «finalité consiste à accorder à l’homme des conditions d’existence telle qu’il se sente réellement un homme libre et capable de le demeurer; un homme libre qui est débarrassé de toutes sortes de préjugés coloniaux, [...] un homme qui ne vit plus sous l’emprise de la superstition et des croyances déshumanisantes (4)», un homme de principes qui refuse de se complaire dans le mensonge et la gabegie et ne vivant pas « sous le régime de la peur et de 1’ignorance (5)».
Cette société nouvelle, plus démocratique, plus humaine dont il célèbre sera celle au sein de laquelle aucun Camerounais n’aura besoin, pour exprimer ses idées et opinions de prendre la clé des champs.
Les slogans: « rigueur, moralisation, intégration nationale, stade suprême de l’unité nationale» sont mobilisateurs. Des Camerounais y croient et envisagent l’avenir avec beaucoup d’optimisme.
Très tôt cependant, ils déchantent et le catalogue d’illusions faites restent au stade de promesses. Ils comprennent que les «valeurs morales qu’était censé promouvoir le renouveau ont été sacrifiées sur l’autel du mercantilisme, de la corruption, de la complaisance, du trafic d’influence, du mépris pour la .vie humaine, de l’humiliation comme instrument de dialogue, du crime multidimensionnel, du vagabondage politique ..., tant et si bien qu’il est difficile, aujourd’hui, même à ce renouveau, d’indiquer dans ce pays un seul modèle de vertu auquel il peut s’identifier (6)», Bref, les valeurs morales ont été sacrifiées sur l’autel des maux d’une société décadente entonnant son champ de cygne (7).
Résultats: II y a « émergence d’individus énigmatiques aux compétences douteuses tant dans la haute hiérarchie administrative et politique qu’à la tête des sociétés d’État. Conséquences néfastes: destruction éhontée du tissu industriel par un pillage systématique des ressources diverses, par la braderie sans vergogne du patrimoine économique national, par une gestion à l’emporte-caisse du denier public, etc. À la faveur de l’impunité qui constitue sous le renouveau l’une des caractéristiques majeures du mode de gestion de la chose publique (8)».
On comprend pourquoi aujourd’hui, les slogans sus-évoqués laissent un très mauvais goût dans la bouche des - Camerounais(e)s, ceux-ci étant devenus, pour des citoyens avertis, des mythes pour idiots9, des dieux constamment évoqués par les partisans du régime, mais que très peu de gens (même les promoteurs) adorent.
Au début des années 90, avec l’amorce du processus démocratique, « les villes mortes, la désobéissance civile officialisent l’incrédulité et le cynisme général vis-à-vis d’institutions détournées de leur finalité et de leurs fonctions proclamées (10)».
Dans ce pays où gouverner est synonyme de manger (11). et où ceux qui ont pris la place des commandants de cercle savent qu’ils gèrent des secteurs qui leur ont été confiés comme des secteurs privilégiés devant assurer leur prospérité (12), des voix se sont toujours élevées pour décrier la gestion calamiteuse du patrimoine humain et des ressources naturelles que regorge le Cameroun et dont les corollaires sont l’accroissement de la pauvreté et le chômage endémique des  , le maintien (presque définitif) du pays sous la dépendance des institutions financières internationales devenues « les vrais acteurs du jeu politique et économique en Afrique en prenant la place de l’État dont le seul rôle est de médiatiser leurs décisions et de les faire appliquer (13) ».
Source: De la corruption au Cameroun, FES, 1998, pp.245-248
1 Paul Biya. Pour le Libéralisme communautaire, Pierre-Marcel Favre/ABC, Paris. 1986.
p.43.
2 Paul Biya.op.cit., p.101.
3 Paul Biya, op. clt., p. 43.
4 Paul Biya, op. cil., pp. 105-106.
5 Idem., p. 106.
6 Pius Njawé, ''Jouisseurs impénitents'', La Messagère, n°34 du 04 octobre 1995, p.2.
7 Allusion à Aimé Césaire qui affirme « que c’est une loi universelle que toute classe, avant de disparaître, doit préalablement se déshonorer complètement, omnilatéralement, et que c’est la tête enfouie sous le fumier que les sociétés moribondes poussent leur champ de cygne». Discours sur le colonialisme, Présence africaine, Paris, 1989, p.43.
8 Pius Njawé, op, clt., p.2
9 Lire Hilaire Sikounmo, L’école du sous-développement; Gros p/an sur l’enseignement secondaire en Afrique, L ‘Harmattan, Paris, 1992, p.193.
10 Eboussi Boulaga. Lignes de résistances, Clé, Yaoundé. 1999, p.50.
11 J.-M. Ela, Innovations sociales et renaissance de l’Afrique noire. Les défis du monde d’en-bas, L’Harmattan. Paris, 1998, p.246.
12 J.-M. Ela, op. cit,. p.279.
13 J.-M. Ela. op. cit. p.363. Cet auteur relève les enjeux théoriques en ces termes: «Dès lors que tout se pense à Washington quand il s’agit d’élaborer des scénarios de sortie de crise.
L’avenir des sociétés africaines est soumis aux critères d’analyse par lesquels la vision de l’Afrique dans sa totalité ne peut s’enraciner que dans la tradition libérale. De manière spécifique, ce que l’on impose à l’imaginaire africain à partir des schémas d’intelligibilité élaborés par des experts du FMI et de la Banque mondiale n’est rien d’autre que le dogme du « tout marché»».