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Index de l'article
Crises multiformes: Le prix de la gouvernance différée des problèmes
Crise anglophone, Cause anglophone: Mobilisation identitaire et problème national camerounais, par Mathias Eric Owona Nguini
Les Camerounais d'expression anglaise, entre l'enclume et le marteau, par Jean Baptiste Sipa
Décentralisation, Fédéralisme, Sécession...par Alexandre T. Djimeli
Considérations générales sur la ''crise anglophone'', par G.L. Taguem Fah, Université de Ngaoundéré
La fronde des ''Anglos'', par Jean-Baptiste Placca, RFI
Pour une lecture politique de la crise dans les régions anglophones, par Serge Banyongen
Radiographie d'une dictature crépusculaire à huis clos, par Achille Mbembe
Anglophone Crisis: The Too Late President, par Njoya Moussa
Sauvons-nous nous-mêmes, par Guillaueme-Henri Ngnépi, philosophe
Crises anglophone: quelques vérités en guise de feuille de route, par Roger Kaffo Fokou
Et si le moment de la prise de conscience de la jeunesse était arrivé, par Blaise Djibùm
Quand Paul Biya joue la carte du pourrissement, par Mila Assouté
Comment éviter la fracture Francophone-Anglophone, Georges Dougueli
Existe-t-il un problème anglophone au Cameroun ou s'agit-il d'une vue de l'esprit?, par Jean-Emmanuel Pondi
Toutes les pages

Considérations générales sur la ''crise anglophone''
Il est sans doute utile, avant toute chose, de partir d’un présupposé qui consiste à remettre en cause la thèse négationniste à tendance révisionniste résolument inscrite dans le « politiquement correct » et qui nie en bloc l’existence d’un problème anglophone au Cameroun. Si le refus d’une telle évidence peut être politiquement fondé, les arguments développés par ses théoriciens résistent difficilement à tout constat empirique qui fonde l’entreprise scientifique. Par contre, au moment où émerge et se structure la culture monde, que les entrepreneurs de la crise anglophone se fondent, de façon à la fois nostalgique et révérencieuse sur la colonisation anglaise, paraît pour le moins curieux. La colonisation n’est que l’une des multiples et historiques phases de sédimentation et d’enchevêtrement de notre culture séculaire. Elle ne saurait devenir le référentiel de notre imaginaire. François Bayart ne dit-il pas que le « moment colonial » n’est qu’un moment dans la dynamique historique des sociétés africaines. Plutôt que de continuer à nous définir par rapport à un hypothétique legs colonial fut-il français ou britannique, nous devons nous inscrire dans une dynamique fondée sur l’exigence de la réinvention culturelle qui dépasse le simple transfert/héritage pour s’inscrire et/ou s’inspirer de la « traversée » du philosophe camerounais Jean-Godefroy Bidima. Même si le moment colonial a indubitablement laissé en nous des traces, il devient nécessaire et urgent de fonder notre construction identitaire sur des valeurs plus nobles et moins déshumanisantes que celles de ce passé colonial que très peu d’entre nous avons par ailleurs expérimenté. Cessons de nous considérer comme des rejetons des cultures franco-jacobine et Anglo-saxonne pour nous constituer en « afropolitain » au sens d’Achille Mbembe. La modernité est une somme de brassage et d’inventivité. Tout comme l’univers actuel cosmopolite - au sens où l’entend le philosophe ghanéen Kwame Anthony Appiah - peut être défini comme une sorte d’‘universalité plus différence’.  
Ceci étant dit, il importe de préciser qu’aucun Camerounais encore doté de bon sens ne peut être fondé à supporter ou à encourager la partition du pays. Le bilinguisme est certes un héritage colonial, mais on devrait l’assumer et en être fier, car il fait du Cameroun un pays unique en Afrique. Tout comme le multiculturalisme, le bilinguisme fonde l’exception camerounaise et s’inscrit, incontestablement dans l’essence même de l’État. La diversité constitue un grand atout que l’on doit pouvoir capitaliser. Bien de pays nous envient et nous devons en être jaloux. Au-delà d’une simple question du patriotisme, la lutte pour l’unité devrait s’inscrire dans le registre de la fierté nationale. Cette dernière doit constituer un mythe fédérateur qui rassemble et mobilise toutes les composantes du champ social et du champ politique. Il est en effet de plus en plus clair que la prospérité appartient désormais aux grandes entités et non aux minuscules États en cours d’accomplissement et dont il importe de questionner la capacité d’adaptation et de survie. Il est connu dans nos traditions africaines que la force véritable réside dans le nombre.
La crise est profonde et les événements récents, précisément ceux du 22 septembre, l’attestent à suffisance. Rendu au stade actuel, il y a lieu, non plus de se livrer à des incantations, des invectives et autres dérives verbales souvent déclinées sous forme de provocation, mais de puiser dans notre imaginaire, des solutions de sortie de crise. Pour ma part, il faut commencer par quelques préalables indispensables.

Préalables
Le Cameroun croule sous le joug d’un certain nombre de contentieux historiques qu’il importe de vider. À ceci s’ajoutent des frustrations nourries par une pauvreté rampante doublée d’une misère permanente. Les Camerounais sont devenus nerveux et violents. Violence verbale d’abord, mais aussi violence dans les interactions quotidiennes dont le bourgeonnement terminal est la désacralisation de la vie voire de l’être humain. L’agressivité de la vie a opéré une transformation ontologique et provoqué une mutation non seulement des rapports à soi, mais aussi des rapports d’intersubjectivité. Plus que jamais, la vie est un combat. Combat réflexif, combat asymétrique et combat symétrique dans un environnement caractérisé par la prégnance d’actes de barbarie (agression, viol, vol, terrorisme, assassinat, justice populaire, enlèvement, accidents, règlement de comptes). Les forces de défenses elles-mêmes s’inscrivent progressivement dans cette dynamique d’hara-kiri avec l’assassinat par Jean Blaise Wouboune à Mora le 4 octobre 2017 du Chef de bataillon Marc Narcisse Ayissi Tsanga et à Kousseri le 15 juillet 2017 du Capitaine Ondoua Ondoua et quelques autres frères d’armes par Jude Woumessi. Quels qu’en soient les mobiles, il apparait clair qu’une ère de violence a vu le jour et augure une situation bien plus compliquée que la défense de l’intégrité territoriale qui constitue le cœur des missions de notre armée nationale. Si l’on n’y prend garde, il y a risque d’escalade au sein de nos forces de défense. Bien plus, une réelle menace pèse sur la déclinaison de la représentation qu’ont les Camerounais de leur armée.  
Si pour le cas d’espèce, le problème anglophone est au centre des préoccupations, il faut éviter de l’inscrire dans une banale logique étriquée, partiale et partielle, car c’est véritablement d’un problème camerounais dont il est question. Lequel problème s’énonce en termes de gouvernance mentale d’abord, mais surtout de gouvernance des rapports sociaux, d’articulation de notre intersubjectivité politique –rapports en va-et-vient entre le « champ social » et le « champ politique » - et enfin d’inscription contradictoire dans l’ère de la vie numérique caractérisée par la culture des TIC et autres réseaux sociaux. Pour faire vite et simple, il s’agit, de façon problématique, de la difficulté du Camerounais à s’auto projeter dans le dispositif postmoderne et d’en faire un levier central d’une réinvention permanente de soi, seule échappatoire à la primordialité dévorante qui nous tient en otage et, à la manière d’un somnambule, nous plonge dans l’illusion d’un malheur qui serait hors de nous. Autrement dit, il faut réinventer nos paradigmes et procéder à un questionnement ontologique.      
Compte tenu des multiples contentieux historiques qui attendent d’être vidés, il faut procéder à l’évaluation de la charge historique et la détermination de son poids sur le comportement conscient ou les réflexes des uns et des autres. En d’autres termes, la prégnance de notre patrimoine historique doit passer au crible de la pensée critique. De façon asymptotique, notre posture itinérante doit côtoyer la ligne d’envoûtement que suit notre héritage historique.  
Un autre préalable indispensable est l’état des lieux. La dégradation du climat sociopolitique dans les deux régions concernées par la crise exige que des investigations soient diligentées. Ces investigations doivent être de nature policière bien sûr, mais elles doivent aussi porter sur des éléments scientifiques (sociologie, anthropologie, philosophie, ethnologie, psychologique, etc.). C’est en effet le lieu de faire intervenir les hommes de science qui pratiquent régulièrement le terrain et qui, dotés de bons outils d’appréciation et de compréhension, sont compétents pour explorer la rationalité sous-jacente à la crise. À l’évidence des faits palpables et vérifiables, quelque chose d’important se déroule sur le terrain. Notre regard lointain fondé sur la rumeur et autre expérience de laboratoire ou acquis théoriques est trompeur. Nous naviguons allègrement sur des présupposés et des théories farfelus ainsi que des analyses qui, pour l’essentiel, ne reposent que sur des divagations déconnectées du substrat sociétal et structure fonctionnelle. Cette démarche paresseuse est structurellement et conjoncturellement préjudiciable. Il faut faire le point de la situation afin de la tirer au clair. Malgré les supputations, on n’est pas encore tombé d’accord sur le diagnostic froid de la crise et la définition de la nature du problème. Est-on encore au stade du factuel ou sommes-nous déjà passés au phénoménal ? Il y a lieu de faire la part des choses pour éviter des palliatifs qui ne contribueront à résoudre la crise qu’en partie. Il ne s’agit pas de procéder comme le souhaitent certaines ONG’s et autres organismes internationaux à la chasse aux sorcières, mais de trouver des éléments qui permettront de (crever) l’abcès avant de le traiter. Il est mieux d’identifier les coupables avant de leur accorder le pardon dans la perspective de la décrispation du climat social. En effet, un aspect qui couve risque d’hypothéquer l’objectif final qui est le vivre ensemble. Au stade actuel de la crise, les tabous ne peuvent que contribuer au pourrissement et à la rupture. D’où l’impérieuse nécessité d’un dialogue politique franc fondé sur le principe de la bonne foi.

De la problématique d’un Dialogue franc et inclusif   
Les acteurs nationaux l’ont dit avec insistance, la communauté internationale le réclame sans détour: le dialogue inclusif est la voie idéale de sortie de crise. Un consensus et une sorte d’unanimité se dégagent à ce sujet. Cependant, très peu d’acteurs politiques ou d’observateurs questionnent les modalités pratiques du possible dialogue. En fait, bien qu’opportun et visiblement justifié, un dialogue conçu et acté simplement comme moyen de résolution de la crise ne me semble pas durable. Il importe de penser, de façon holiste, le futur du Cameroun avec le dialogue comme une des étapes majeures. Autrement dit, le dialogue envisagé et très souhaité doit apparaitre comme un des éléments clés d’un arsenal de mesures visant à consolider durablement le vivre ensemble. Bien plus, la problématique lancinante des protagonistes du dialogue doit constituer un sérieux préalable. Quels en seront les niveaux de représentativité ? Oui pour le dialogue, mais avec qui ? À l’évidence, le mouvement sécessionniste apparait comme une nébuleuse. Il est établi que bon nombre de ses injonctions proviennent de l’extérieur du triangle national. Entre temps, les protagonistes du fédéralisme agissent de façon éclatée et ont des discours élastiques. Le tableau sur lequel ils surfent est vague autant que la plateforme sur laquelle ils naviguent et ne donne pas d’indicateurs clairs et visibles sur la nature de leur revendication. Une revendication qui a été stratégiquement, mais maladroitement récupérée par certains partis politiques dont le fédéralisme n’avait jusqu’ici jamais intégré l’idéologie ou tout au moins, le discours politique. Cette préoccupation constitue un défi qui entre dans le registre des préalables indispensables à la gestion de la crise. Il y a lieu, d’acter la représentativité en faisant intervenir ou participer toutes les composantes sociales, politiques et institutionnelles. On débouchera ainsi sur le caractère inclusif du dialogue.
En outre, il faut initier au préalable une réflexion à la fois sur la forme et l’objet du dialogue. Quel sera l’agenda du dialogue ? En effet, au stade actuel de la crise et bien qu’on soit d’accord sur le principe et son bien-fondé, il faut anticiper les risques de dérive et surtout de rupture totale ou de radicalisation excessive des positions des protagonistes conviés au dialogue. Le dialogue envisagé doit être une chance à saisir pour réinstaurer, de façon durable, la cohabitation pacifique entre les Camerounais.
Enfin, il faut réfléchir sur les stratégies/garanties d’application ou de mise en œuvre des résolutions du dialogue. C’est à ce niveau qu’il faut faire intervenir le principe de la bonne foi des participants et surtout, du respect de la parole donnée.

Instruments de pilotage stratégique de la communication gouvernementale
Le deuxième levier à activer est la mise en place d’un véritable plan/stratégie de communication de crise. À l’évidence on constate une sorte de dissymétrie en matière de communication entre divers segments qui animent la crise. Plus sérieusement, la crise en cours est une invitation non seulement à l’élaboration d’une véritable stratégie lisible de communication gouvernementale, mais à la réforme du paradigme qui gouverne nos nouveaux rapports aux médias dans leur ensemble. De toute évidence, la politique est un art certes, mais elle est aussi une science qui dispose d’un objet, d’une démarche, d’un vocabulaire, etc. Pour des raisons d’efficacité, il faut repenser et élaborer des instruments de cadrage juridico-légal de pilotage stratégique de la communication gouvernementale. À l’analyse, on s’est rendu compte que la crise s’est principalement articulée sur le terrain médiatique. Les activistes défenseurs de la sécession ont littéralement investi les réseaux sociaux, ce qui n’est pour l’instant pas le cas pour les autres protagonistes de la crise. La stratégie du dilatoire communicationnelle ne saurait contrecarrer le viol des foules (Serges Tchakhotine) par les tenants de la thèse séparatiste. Par ailleurs, la communication gouvernementale pratiquée jusqu’alors s’inscrit dans le registre d’une démarche réactionnaire que l’on peut qualifier de proactivité défensive. Or si le gouvernement disposait d’un instrument de pilotage stratégique de son action communicationnelle, il intégrerait inévitablement entre autres des actions offensives en terme préventif, car gouverner c’est avant tout et surtout prévoir. Gouverner c’est aussi envisager le long terme et c’est en cela que les mesures pérennes doivent être pensées et implémentées.

Actions à inscrire dans le long terme
Procéder, en bonne et due forme, à une minutieuse quête des détonateurs du vivre ensemble. Parmi ces détonateurs on cite, entre autres, les dispositifs de l’historicité, la mise en place d’une pédagogie du vivre ensemble, l’incitation à la mobilité horizontale des populations afin de favoriser un rapprochement et une connaissance mutuelle.
Il importe de définir un régime de l’historicité au sens de François Hartog c’est-à-dire le rapport du Camerounais à son passé, à son présent et à son futur. Pour ce qui est du dispositif de l’historicité, on note un aspect interne/régional et un aspect externe/national. En ce qui concerne le premier aspect, l’histoire nous renseigne que sociologiquement et anthropologiquement, les composantes de la partie anglophone que sont les régions du North West et celle du South West divergent.
On peut donc valablement envisager de sérieuses entraves à l’intégration et au processus du vivre ensemble des deux entités si jamais un fédéralisme mal pensé était instauré. Autrement dit, si nous sommes d’accord que la macro structure qu’a été la colonisation anglaise a structuré les populations des deux actuelles régions anglophones du Cameroun, il est évident, que d’un point de vue microscopique, c’est-à-dire local, il n’existe aucun élément fédérateur de type structurant entre elles. L’intégration ne se décrète pas, elle est une construction permanente autant que le vivre ensemble ne coule pas de source. Il se forge au prix d’inlassables efforts de ceux qui en sont les artisans politiques ou sociaux.
Sur le plan extérieur/national, le dispositif de l’historicité exige que soient exorcisés les démons de la division nés du débat sur la réunification du Cameroun. Les faits historiques sont têtus et il faut les assumer avec fierté. Les difficultés liées à la négociation ayant abouti, au cours de l’historique conférence de Foumban, à la mise en place d’une République fédérale sont compréhensibles certes, mais elles ne sauraient remettre en cause la dynamique qui a jusqu’ici caractérisé l’évolution des deux parties historiques placées sous les mêmes institutions. La problématique de la réunification constituait, pour les leaders nationalistes de l’UPC et surtout pour son Secrétaire général Ruben Um Nyobe, un préalable à l’accession du Cameroun à l’Independence. Il était question, aux fils et filles de l’ancien protectorat allemand de revenir à la maison afin, ensemble de construire une nation forte. Bien plus, la mise ensemble de deux parties occidentale et orientale justifie la singularité du Cameroun. Elle fonde le bilinguisme qui est la marque déposée du pays en Afrique.
Sans être révisionniste, il est urgent de restituer les faits historiques afin de partager avec les générations successives de Camerounais, notre patrimoine historique. Notre problème, notre véritable problème relève de l’ignorance de notre passé. On se comporte comme si le passé était le périmé qui ne mérite autre chose que d’être jeté au rebut. La méconnaissance de notre passé est source de nos malheurs, car l’histoire, la vraie histoire est source et ressource de l’intégration et de l’unité nationale. L’histoire nous donne les moyens de nous connaitre et de nous accepter pour une cohabitation pacifique. À ce niveau l’histoire ancienne jouera un rôle déterminant. Elle nous montrera que non seulement nous appartenons tous au genre humain, mais nos différences ne sont qu’apparentes et qu’à travers nos migrations anciennes et notre processus de peuplement, nous partageons une féconde proximité.
À un minutieux travail d’historiographie doit s’associer une entreprise pédagogique particulièrement en direction de la jeunesse. De génération en génération, l’histoire doit être enseignée non plus simplement comme un sujet de divertissement ayant pour but de créer ou susciter une délectation chez l’apprenant et un gagne-pain pour l’enseignant, mais pour servir de ferment idéologique du vivre ensemble dans une diversité féconde. L’histoire doit être mise au service du patriotisme. Elle doit servir de moule du consentement autour d’un idéal de vie commune.
Quant à la disposition constitutionnelle relative à la décentralisation, il faut admettre qu’un certain nombre de Camerounais militent en faveur de son application effective. C’est leur droit le plus absolu certes, mais dans les circonstances actuelles et au regard du niveau de pourrissement de la situation, il parait évident qu’une réflexion doit absolument précéder la mise en œuvre de cette disposition constitutionnelle. Au-delà d’une question de contexte qui hypothèque l’application automatique et sans questionnement de cette disposition constitutionnelle, il faut comprendre que bien qu’étant encore à leur stade liminaire, les avancées sur le chemin d’une véritable décentralisation suscitent nombre d’interrogations. Il y a nécessité de repenser la décentralisation et la recadrer avant sa mise en œuvre effective et progressive. La réflexion devrait porter sur les pratiques politiques propres au Cameroun et leur rapport à la décentralisation. En fait, en la matière, aucun modèle n’est transposable. Les exemples de décentralisation qui nous entourent peuvent nous inspirer, mais doivent demeurer des grilles pour servir de boussole et non des préfabriqués que l’on transposerait allègrement dans un pays comme le Cameroun dont l’histoire est particulière et les acteurs dotés de rationalités spécifiques. Avouer que le « Cameroun, c’est le Cameroun » n’est pas un simple slogan. Sur tout un autre plan, il serait souhaitable de procéder à une réflexion sur le redimensionnement de la carte administrative du pays. Ceci est un préalable aux réformes.qui ne doivent pas s’adosser sur des clivages d’origine coloniale, mais qui exige un nouveau paradigme.
Des mesures doivent être envisagées au sein du RDPC, parti du pouvoir. La crise actuelle dans les régions du Nord et du Sud ouest a, en effet révélé l’impérieuse nécessité de procéder à un renouvellement de la représentativité et des instances dirigeantes de ce parti politique. À l’évidence, les populations ne se reconnaissent plus en l’élite. La thèse d’un ras-le-bol d’une population qui se sent écartée du mécanisme de partage du gâteau national prospère et donne du grain à moudre.
La crise anglophone titille la proactivité de notre gouvernance. Elle teste notre capacité d’anticipation. L’ingénierie politique des acteurs et autres entrepreneurs politiques a été mise à rude épreuve. Un réajustement de la pratique politique en vigueur au Cameroun s’impose. Le ministre de la Communication n’affirmait-il pas sans équivoque que « nous n’avons jamais prétendu que le gouvernement est parfait, mais nous proclamons que le gouvernement est perfectible ». Ces propos d’une remarquable justesse confirment le fait que la crise constitue une école de la vie en général, mais plus précisément une école d’apprentissage et de réajustement de notre style de gouvernance. Il n’y a que les idiots qui ne changent pas et nous pensons que les multiples crises auxquelles se trouve confronté le Cameroun sont porteuses d’enseignement qui bien assimilés peuvent systématiquement améliorer la qualité de nos relations de pouvoir. La crise actuelle est, en définitive, un miroir qui nous renvoie, en pleine figure, notre propre image.
G.L. Taguem Fah, Université de Ngaoundéré