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Les dossiers noirs de la République

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Index de l'article
Les dossiers noirs de la République
Jean Fils Kleber Ntamack détermine l'indéterminé
N'ayons pas peur des maux
Quand les tontons macoutes voulaient éliminer des personnalités
Cameroun: un danger permanent
Liste non exhaustive des assassinats non élucidé sous le Renouveau
Pierre Mila Assoute : ''Le plus grand echec de Paul Biya est son incapacite politique de conserver l'heritage politique de son predecesseur''
Toutes les pages

Barbarie ou Etat de droit!
Près de 1500 morts en 1984; environ 400 morts pendant les villes mortes, presque 800 Camerounais tués par le Commandement opérationnel; plus de 150 morts en février 2008; pratiquement 30 morts à Bakassi; des hommes de Dieu, étudiants, intellectuels, humbles citoyens assassinés ou portés disparus; des milliers de Camerounais tués sur nos routes, 79 morts à Eséka, plus de 2000 morts dans la lutte contre Boko Haram...
Des dizaines et des milliers de corps de Camerounais tués et/ou assassinés jonchent le chemin du Renouveau. Le Saigneur Paul Biya et le Renouveau sont de véritables vampires ayant transformé des Camerounais en zombies.  
Il suffit d’évoquer ce bilan pour que courtisans et thuriféraires de Paul Biya sortent de leur gong. L’ONG Amnesty International en sait quelque chose, elle qui après avoir publié un rapport accablant les forces de défense et de sécurité s’est vue attribuer tous les qualificatifs dévalorisants.
Il est vrai que le Cameroun est engagé dans une lutte contre la barbarie. Mais, si nous luttons contre les barbares en devenant nous-mêmes barbares, ces barbares auront réussi à faire en sorte que nous soyons identiques à eux. Nous serons exactement comme ces étourdis qui disent « imbécile, tu es mal élevé ».
On peut bien questionner intellectuellement la démarche et les résultats des enquêtes d’Amnesty international, sans verser piteusement et pitoyablement dans ce chauvinisme qui tendrait à installer un régime qui a fait de la violation des droits humains son dada quotidien, dans l’insolence et le despotisme monarchiques.
Les regards comme ceux d’Amnesty sont les bienvenus dans un pays où certains gouvernants minables ne gesticulent et n’embouchent les vuvuzelas de la flagornerie et du griotisme les pus abjects que quand notre nudité est exposée en mondovision par les ONG et les médias étrangers. Dans certains cas, nous avons encore à prouver que nos méthodes sont différentes de celles qu’employaient les Khmers rouges qui sévissaient au Cambodge
Nos décideurs, les détenteurs provisoires du pouvoir politique, notre vuvuzela national, n’ont pas compris que contre le discrédit, les vieilles recettes ne marchent plus et ne peuvent rien. Ils découvrent ahuris les méfaits désastreux du mensonge et de la roublardise érigés en mode de gouvernement.
L’enjeu ? Barbarie ou Etat de droit. Le pire ou le meilleur de nous-mêmes.

Source: Germinal n°109, du 8 août 2017


Jean Fils Kleber Ntamack détermine l'indéterminé
L’assassinat de Mgr Jean Marie Benoit Bala n’a laissé aucune âme sensible indifférente. Les grossières tentatives de maquillage de cet assassinat par la simulation d’une noyade n’ont pas convaincu grand monde. Le certificat du genre de mort délivré par l’hopital général de Yaoundé indique clairement que la cause de sa mort est «non déterminée». L'homélie de Mgr. Akonga Essomba est venue révéler habilement l’implication des faux membres de l’Eglise, de certains faux bienfaiteurs de l’Eglise, proches de Paul [Biya]. Il est certain que cet assassinat ne restera pas impuni. Vade retro satana
Que viendra encore nous dire Jean fils Kleber Ntamack, procureur général de la République près la Cour d’appel du Centre à Yaoundé, qui avait, le 4 juillet 2017, rendu public un communiqué dans lequel il indiquait « que la noyade est la cause probable du décès de l’évêque », quand il aura pris connaissance du contenu du certificat de genre de mort de l’évêque délivré par l’hôpital général de Yaoundé et sur lequel il est clairement indiqué que la cause de la mort de Mgr Jean-Marie Benoit Bala est « non déterminée » ? Surement qu’il fera profil bas, à défaut de publier un autre communiqué dans lequel il indiquera que « la cause probable non déterminée de la mort de l’évêque est la noyade». Pan!!!
En tout cas, que Jean Fils Kleber Ntamack fasse ou non profil bas, la communauté des chrétiens catholiques du Cameroun sait que leur Berger a été lâchement assassiné. Mgr Kleda l’a dit et redit. Mgr Akonga Essomba l’a re-précisé dans une homélie-réquisitoire qui restera gravée dans la mémoire des brebis, homélie dans lequel l’officiant du jour a indiqué des pistes permettant d’identifier les assassins. Selon l’orateur « notre évêque a été assassiné. […] Jean Marie savait nager ! » Et de poursuivre : « Notre église est livrée aux forces des ténèbres d’une part et par les suppôts de Satan. D’autres parts par certains faux membres de cette église. […] Je disais certains faux membres de cette église, innombrables bienfaiteurs et sympathisants qui veulent détruire de l’intérieur. […] Nous avons beaucoup de faux frères. »’ Avant de s’interroger: « Qui tue les prêtres de ce pays […] Je m’adresse à ceux-là qui tapis dans l’ombre veulent toujours faire du mal. En quoi l’Église catholique vous gêne-t-elle ? »’ Et de conclure, « L’ange de Satan qui était chargé de souffleter Paul a aujourd’hui des suppôts tapis dans l’ombre qui ne pourront rien contre ceux que le Seigneur a choisis et envoyés […] La sale besogne se fait de nuit. »
Cette allusion à Paul est hautement significative. À chacun d’adjoindre à ce prénom un nom et tout sera clair comme l’eau de roche.
Humanisme et misérabilisme, voilà l’état d’esprit qui traverse  notre subconscient au moment où à la suite d’autres confrères, nous nous invitons à ce débat sur la mort suspecte de Mgr Bala, en soumettant à nos lecteurs si nombreux, ces quelques réflexions après l’entrée dans le monde invisible du Prince de l’Église, Mgr Bala, le 3 août 2017.
Pour peu qu’on soit un peu honnête et humaniste, un Camerounais saint d’esprit ne peut que laisser couler des gouttes de larmes face à la tragédie que constitue la disparition dans des conditions atroces, encore non élucidées, du regretté prélat de l’Église catholique, Son Excellence Mgr Jean-Marie Benoit Bala, évêque de Bafia.
Comment ne pas aussi parler de misérabilisme lorsqu’on assiste à toute cette machinerie de bizarreries manipulatoires camerounaises autour du décès de l’évêque ? Une attitude qui a atteint son comble avec la publication d’un communiqué ridicule et subversif, en tout point de vue, signé du procureur général, Jean Fils Ntamack dont on a du mal à croire qu’il soit l’inspirateur philosophique de la rédaction de ce document nauséeux. Tout comme cette mansuétude ostentatoire au profit des populations d’Ebebda venues secourir spontanément l’Eglise pour l’aider à retrouver la dépouille mortuaire de son évêque, alors même qu’elles n’en demandaient rien, même s’il fallait chercher le corps de leur évêque pendant une décennie.
On peut également parler de misérabilisme quand on observe le comportement indécent de quelques confrères, heureusement peu nombreux, champions avérés de la course aux prébendes et au gombo, lesquels sans dialectique, sans recul critique et sans le moindre frisson par rapport au sacré, acceptent de faire le sale boulot au bénéfice certainement de quelques scélérats ayant intérêt à obstruer la manifestation de la vérité dans cette affaire qui selon toute vraisemblance est loin d’être terminée. Ces plumitifs de commande, dans une extrême débilité, dépourvus de consistance et de moyens dialectiques, ont tenté de substituer subtilement, mais en vain, le débat sur les circonstances, les causes et les auteurs de l’acte barbare décrié, au sentier battu de la dénonciation parfois calomnieuse, un catalogue d’inepties sorties de leur cerveau aride et des déviances de quelques prêtres de l’Église catholique, dans un amalgame indigeste, aux allures d’aporie de la raison dialectique, fait de confusion entre turpitudes morales de certains égarés de l’église en quête de positionnement dans un ordre spirituel.
Symétriquement aussi, ces feuilles en circulation s’activaient à cœur joie, et c’est tant mieux pour l’âme de ces rédacteurs, à entretenir le brouillage des pistes et des circonstances. Pourtant, il n’est que d’examiner attentivement quelques assertions particulièrement retentissantes pour prendre en flagrant délire de manipulation ces écrivaillons de la presse sans âme, et par ailleurs, paradoxalement amis de ces prêtes obscurs de l’église et très proches des hommes d’argent et de pouvoir.
Les affirmations qui nous paraissent les plus stupides sont celles qui concernent les circonstances de la mort de Son Excellence Mgr Jean-Marie Benoit Bala.
L’hypothèse du suicide est une ineptie et une incongruité inacceptables pour quiconque maitrise la dogmatique véhiculée par les prélats de l’Église catholique. Comment quelqu’un qui a pour mission de redonner vie à des âmes en souffrance en leur faisant croire que le Dieu miséricordieux est toujours prêt à accueillir ses fils égarés dans sa maison, peut-il se suicider?
Tout aussi stupide est l’hypothèse souterraine qui fait croire qu’un confrère, archevêque métropolitain, serait le planificateur de l’exécution de Mgr assassiné parce qu’il serait en pole position dans l’agenda caché de désignation à la charge de Cardinal du souverain pontife. D’abord à ce que nous sachions, et sauf méconnaissance de notre part, dans l’Église catholique, le cardinal est choisi dans le collège des archevêques des conférences épiscopales. Ensuite, cette décision ne relève que du pouvoir discrétionnaire du souverain pontife. Alors, au nom de quelle rationalité, un confrère pourrait-il commanditer l’assassinat d’un autre alors qu’il n’est même par sûr d’être choisi.
En réalité, ces artifices que l’on manipule à souhait à coups de francs CFA dévalués, ne peuvent distraire ni la conscience, ni le subconscient de la majorité des Camerounais acquis à l’idée que Mgr Bala a été assassiné et que cet acte est le fait de quelques gourous portés au cœur de l’État-sorcier qui nourrit le gouvernement perpétuel à coups de sacrifices humains et de rites sataniques. S’opposer à l’ordre de ces magiciens de l’ombre, c’est s’exposer à la mort. C’est bien ce qui est arrivé à Mgr Benoit Bala. Avant lui, le père Engelberg Mveng. Le père Jean-Marc Ela, avait failli subir le même sort. De nombreux autres prêtres ont trépassé sous les fourches caudines des Démons, Anges et Archanges du Mal tapis dans l’ombre et qui ont peur de la lumière.
Pour autant, au-delà des conjectures, cette mort invite l’église catholique qui est au Cameroun à faire son aggiornamento en suivant le chemin qu’indique la vie sacerdotale de l’évêque de Bafia. Une vie qui s’inscrit dans la théologie de libération de l‘église au Cameroun, défendue avec force par l’Abbé Jean-Marc Ela, dans un ouvrage d’une très grande portée théologique, intitulé : Églises d’Afrique, voici venu le temps des héritiers. Le prélat interpellait ainsi les hommes d’église à prendre leur responsabilité d’ambassadeur du Christ en se constituant défenseurs des chrétiens face aux sectes, à la malgouvernance, bref face à toutes ces monstruosités qui inhibent le développement du Cameroun et empêchent le citoyen ordinaire et le chrétien d’être heureux sur cette terre que Dieu a créée.
Cela impose à l’église de balayer devant sa propre porte en combattant : l’opulence des hommes de Dieu, des accointances pernicieuses et non évangélisantes avec les puissances sataniques dont l’objectif est d’assujettir l’église. C’est ce que laisse entendre Mgr Akonga Essomba quand il parle de faux frères et révèle habilement que le clergé n’est pas tout à fait innocent dans l’assassinat de l’évêque de Bafia. Il s’agit aussi pour l’église d’être proche de ceux qui souffrent, les pauvres et le monde d’en bas. Mgr Bala l’avait compris quand il était de ce monde. Nous lui disons merci pour ce don de soi en vue du triomphe de la morale religieuse. Certainement, il contemple comme le dit Platon, le monde du Vrai après avoir quitté ce faux monde qui entretien quelques illusions d’éternité dans la tête de certaines créatures à l’égo surdimensionné et vivant dans les cavernes.
À tous ceux qui auront contribué au départ précoce, pourrait-on dire, de cet homme de Dieu, il est bon qu’ils se convertissent, sinon honte et malédiction à eux. Vade retro satana.
Ikemfuna Oliseh
Jean-Bosco Talla


N'ayons pas peur des maux
Ils sont nombreux ces maux qui minent la société camerounaise. Ils sont nombreux ces cadavres qui se trouvent dans les placards du Renouveau. Devons-nous avoir peur d’en parler ou d’ouvrir les soutes nauséabondes d’un régime dont la gouvernance est ensanglantée? Non, nos compatriotes ne sont pas morts pour rien.
Commençons par une lapalissade. Dire que l’Etat au Cameroun est essentiellement répressif n’est qu’une tournure de style pour traduire la barbarie récurrente des violences policières et les postures autocratiques qui ont souvent encadré les mouvements populaires dans notre pays. Combien de fois, en effet, le peuple a-t-il été fauché dans son aspiration légitime vers plus de liberté et de justice ? Combien de Camerounais, qui ne demandaient qu’à vivre autrement, ont-ils payé au prix du sang leur revendication ? Et que dire de ces milliers d’autres, qui croupissent en prison pour avoir osé braver l’autorité de l’Etat simplement en marchant ou en exerçant leurs droits les plus élémentaires ?
Il n’est qu’à voir la crispation quasi traumatique que suscite encore l’évocation mémorielle de certaines dates pour comprendre le caractère tétanisant de ces tranches douloureuses qui ont forgé au fer rouge l’histoire des revendications populaires au Cameroun depuis l’époque coloniale. Mar 1955, Bamenda 1990, « villes mortes » ou encore « émeutes de la faim », sont autant de marqueurs historiques dont la charge symbolique reste gravée dans la mémoire collective. Ils permettent de comprendre, avec un certain recul, les dynamiques d’émancipation populaire au Cameroun, les différentes formes qu’elles ont souvent revêtues ainsi que leur impact dans la marche démocratique du pays. Ils révèlent, du même coup, les logiques de résistance et les formes d’appropriation de l’indocilité propres au Camerounais, dans un pays où les autorités, finalement, ne laissent que peu de place à la liberté d’expression. Ils nous enseignent, enfin, que le droit d’usage de la « violence légitime », propre à tout Etat, s’est souvent mué, sous nos latitudes, en « droit de tuer » et en « crimes d’Etat ». Tuer toute forme de défiance à « l’ordre public », mater toute tentative de revendication pouvant entretenir la contestation de l’ordre établi, éliminer et nettoyer les « ennemis » de l’intérieur. Pour garder le contrôle du pouvoir.
Dans le discours officiel, pourtant, on se targue, ave cette ritournelle bien connue sur la « paix », d’avoir si préserver les espaces de liberté dans un pays d plus en plus « démocratique ». On oublie un peu trop vite les épreuves qui les ont forgés, les événements qui les ont engendrés, les frustrations qui les ont secrétées, les drames qui en ont découlé et, surtout les hommes qui les ont portés. Poussés à l’oubli volontaire, parfois marginalisés par l’historiographie officielle mais toujours vivaces, ils ressurgissent cependant, et ce de manière violente, à chaque nouvelle manifestation dont le déchaînement passionné s’offre comme potion cathartique contre la banalisation de la violence d’Etat et l’instrumentalisation de l’oubli.
Non ! On n’oubliera pas. On n’oubliera pas de six les morts « piétinés » de Bamenda. Rien de pourra effacer le traumatisme des tueries coloniales en pays bassa et bamileké. Et comment faire abstraction des macchabées des « villes mortes » ? Saura-t-on pardonner la barbarie policière contre les étudiants du « Parlement » à l’université de Yaoundé. Comment ne pas penser à ces illustres anonyme martyrs oubliés de nos luttes d’indépendance, disparus dans l’indifférence ? Comment donc oublier souvenir, encore frais, des morts des « émeutes de faim » ?
Tout ceci nous interpelle dans notre capacité à saisir le sens de nos luttes et revendications communes comme symptomatiques des frustrations longtemps contenues et des inégalités criardes que la société veut panser par ses propres moyens. Y compris p la violence. Nous parlons d’émeutes et de toutes ces formes d’indocilités qui, plutôt que d’être diabolisé sous le prisme suranné de « trouble à l’ordre public » [ou de lutte contre le terrorisme] devraient aider à mieux structurer les réponses politiques à une demande sociale de plus en plus forte sur les besoins d’équité et de justice. Pour cela, elles méritent d’être mieux comprises et souvent rappelées à la mémoire collective. Afin que ceux qui y laissé leur vie ne soient pas morts pour rien.
Roger Alain Taakam
Source : Les Cahiers de Mutations n° 077.
Le chapeau est de la rédaction


Quand les tontons macoutes voulaient éliminer des personnalités
Les bruits ont très souvent couru faisant état de l’existence d’une liste de personnalités que les membres d’un clan au sein du pouvoir en place avaient dressée afin de les éliminer physiquement. Des investigations de Germinal permettent aujourd’hui d’établir l’existence de ladite liste qui est révélatrice des batailles entre les clans ayant cours au sein du régime et dans laquelle il est écrit noir sur blanc que des personnalités de la République allaient être abattues coûte que coûte. Ce sont, entre autres, Amadou Ali, Rémy Ze Meka, Akame Mfoumou, Talba Malla, Laurent Esso, Ferdinand Oyono (décédé), Abah Abah (prisonnier incarcéré au Sed), Engoulou Henri (décédé en prison), Mendo Ze (en prison à Kondengui), Milla Assouté (en exil en France), Pius NJawé (décédé), Marafa Hamidou Yaya (prisonnier incarcéré au Sed) ‘. Ces noms sont contenus dans la note confidentielle n°007108/CAM/PR/NC, du 4 septembre 2010.
Dans cette note confidentielle, on peut aussi lire : « Depuis l’apparition de la fameuse bande sonore pour déstabiliser les institutions républicaines, les forces de défense stoppée nette grâce à la vigilance des services des buvettes, marchés et autres endroits chauds ou ils se livrent à des exactions sur les civils à savoir Tiko, Kumba, Limbe, Batouri et autres localités. Le BIR et la GP sont [indexés par ] les populations. Malgré le renversement et les sanctions contre ces éléments indésirables dans les forces terrestres comme punition. La GP longtemps réputée pour sa discipline n’est pas du reste […] Les désertions et abandons de poste [de garde] sont à l’origine des actes irresponsables des militaires qu’on rencontre noyés dans l’alcool dans les quartiers. Des hommes et des femmes indisciplinés qui semblent de peu en peu échapper au contrôle des chefs plus préoccupés par des affaires que l’encadrement de leur personnel.
Pour les politiciens vulgairement appelés apprentis sorciers, la situation est incertaine du fait du climat de tension politique à l’approche de 2011. Malgré les motions de soutiens démagogiques, on observe un silence calculé, car c’est une stratégie pour démasquer les adeptes du double jeu et du triple langage. Ils se livrent à un véritable combat où tous les coups sont permis pour se positionner, avec des luttes intestines s’accompagnant des délations, calomnies, intrigues malsaines et gratuites par journaux interposés, leur jeu macabre cherchait à plomber le pays dans l’abîme.
Pour ce faire les ex DGSN et DG / DGRE sont chargés de trafiquer toutes les synthèses de renseignements pour ne pas informer la hiérarchie. C’est un véritable étang à crabes qui était en train de se former […] Dans leur visée diabolique, on a saisi une liste comportant les noms des personnalités suivantes à abattre coûte que coûte : Amadou Ali - Remy ZE Meka - Akame Mfoumou - Talba Malla - Laurent Esso - Ferdinant Oyono (décédé ) - Abah Abah ( en prison ) - Engoulou Henri (en prison ) – Mendo Ze, René Sadi - Milla Assoute(en exil ) - Puis Njawe ( décédé ) - Christian Tumi - Maraea Hamidou Yaya. Cette nébuleuse a réussi à infiltrer les services de la présidence, les forces armées, la police, la société civile […] »
On peut aisément tracer un parallèle entre cette liste de personnalités à abattre et les manœuvres grossières ayant conduit à l’ambastillement de certaines d’entre elles, incarcération qui correspond à des assassinats politiques, étant donné que certains parmi ceux qui avaient ourdi ce complot macabre ont toujours le vent en poupe dans le système.
Maheu


Cameroun: un danger permanent
Il fallait s’y attendre. La publication du rapport d’Amnesty International qui met à nu les pratiques repréhensibles des forces de défense et de sécurité engagées dans la lutte contre Boko Haram, a mis les nerfs du gournement en boule. On a entendu des cris d’orfraie, des vertes et des pas mûres. Des médias enregimentés ont été requisitionnés pour faire le sale boulot, en versant, hélas, dans un chauvinisme dangereux. Le Cameroun est un danger permanent pour les droits de l’homme.
Combien de personnes, civils et forces de défense, sont-elles mortes ou ont-elles été tuées du fait des exactions commises par la secte terroriste Boko Haram ou du fait des agents des services de renseignement et les militaires engagées dans l’extrême nord du Cameroun ? 2000, 3000, 4000 personnes ? Nul ne peut le dire avec exactitude, étant donné que le nombre inconnu des personnes détenues dans des endroits jusqu’ici tenus secrets et celui des exécutions extrajudiciaires. Toujours est-il que les rapports des organisations de la société civile permettent, chaque fois, d’avoir une idée sur les agissements pas très catholiques des services de renseignement et des forces de défense et de sécurité camerounais.
Le dernier rapport d’Amnesty International publié le 20 juillet 2017, véritable pavé jeté dans la marre politique très agitée et nauséabonde camerounaise, révèle de flagrantes violations des droits humains à travers des pratiques d’un autre âge exercées sur de présumés agents, sympathisants et/ou complices de Boo Haram. Ce rapport indique que « des détenus [sont] passés à tabac, placés dans des positions insoutenables et soumis à des simulacres de noyade [et] parfois torturés à mort ». Les enquêteurs d’Amnesty International ont identifié « 20 sites, y compris quatre bases militaires, deux centres dirigés par les services de renseignement, une résidence privée et une école » ou la torture est généralisée.
Aussi cette ONG a-t-elle interpelé « les États-Unis et les autres partenaires internationaux [afin qu’ils] établi[ssent] si leur personnel militaire a eu connaissance des actes de torture infligés sur l’une des bases ».
Comme il fallait s’y attendre, ce rapport a fait sortir les pouvoirs publics de leur gong. Ceux-ci n’ont pas hésité à attribuer à Amnesty International tous les noms d’oiseau, en même temps qu’ils appelaient certains médias enrégimentés à la rescousse.
Pourtant, indique Alioune Tine, Directeur Amnesty International, Bureau Afrique centrale et de l’Ouest, « Amnesty International a plusieurs fois donné l’occasion au gouvernement de répondre à ses allégations.
Mais les autorités n’ont jamais réagi. Donc j’aurai davantage été satisfait si le gouverne­ ment avait effectivement et en temps réel réagi à nos interpellations pourtant envoyées bien avant la parution de ce rapport, et qu’il essaie aujourd’hui de récuser en bloc sans argument.
Il est important que l’opinion publique camerounaise comprenne que c’est au mois d’avril, soit trois mois avant la publication du rapport, que nous avions écrit aux autorités pour leur présenter un résumé de nos constatations et solliciter une réaction de leur part. Mais nous n’avons jamais reçu de réponse.
Ensuite, du 20 au 26 mai 2017, j’ai moi­-même conduit une délégation d’Amnesty International à Yaoundé pour recueillir le sentiment des pouvoirs publics concernant les conclusions de nos recherches qui, je le répète, n’étaient pas encore publiées.
Mais aucun membre du gouvernement n’a accepté de nous rencontrer malgré les multiples demandes d’audience envoyées avant notre déplacement. »
Ce n’est pas pour la première fois que cette ONG et plusieurs autres attirent l’attention des pouvoirs publics camerounais, celle de l’opinion publique nationale et internationale sur les arrestations et les détentions arbitraires, la torture, les morts en détention, les disparitions forcées. Mais, à chaque fois, les autorités camerounaises font la sourde oreille, sachant pertinemment que la lutte contre Boko Haram est utilisée comme une chape de plomb pour étouffer toute initiative visant à contester la gouvernance calamiteuse d’un système qui a fait du Cameroun un danger permanent.
Ikemfuna Oliseh


Liste non exhaustive des assassinats non élucidé sous le Renouveau
Mgr Jean Marie Benoït Bala, assassinat « non déterminé » par noyade
Mgr Yves Plumey : L’Archevêque Emérite de Garoua a été assassiné  à Ngaoundéré dans la nuit du 3 septembre 1991 dans des circonstances restées mystérieuses jusqu’à ce jour.
Mgr Jean Kounou : Originaire du Département de la Lékié, ordonné prêtre en 1941. Etudes théologiques au Grand Séminaire de Mvolyé. Prélat de Sa Sainteté. De 1959 à 1979, Curé à Ngomedzap, Diocèse de Mbalmayo. Il est assassiné en 1982, en même temps que l’Abbé Materne  Bikoa. Les deux assassins sont entrés chez lui. L’un d’eux était le cuisinier.
Père Engelbert Mveng : Le matin du 23 avril 1995, le Père  Engelbert. Mveng fut trouvé mort, une profonde blessure à la tête. Un meurtre inexplicable, puisque rien n’avait été emporté de sa chambre.
Abbé Joseph Mbassi : on le trouva mort le matin du 26 octobre 1988 dans sa chambre. Ce n’était pas l’œuvre des voleurs, du fait que, dans la chambre, rien n’a été touché ou emporté.
Père Anthony Fontegh (Kumbo/ Nord -Ouest) : Il a été tué en 1990 à Bamenda.
Les Soeurs Germaine Marie Husband et Marie Léonne Bordy (Djoum-2 août 1992) : Responsables du dispensaire de la mission catholique de Djoum, ces deux religieuses de la Congrégation du Sacré Coeur ont été abattues dans leur résidence.
Abbé Materne Bikoa : Il arrivait exactement lorsque les assassins étaient en train de tuer l’Abbé Kounou. Témoin inopportun, il fut tué lui aussi liquidé
Abbé Apollinaire Claude Ndi : Assassiné à Yaoundé dans la nuit du 20 au 21 avril 2001, à Nkolndongo, par un inconnu dans des circonstances jamais éclaircies par les enquêtes de police».
Abbé Joseph Yamb : Curé à Mandoumba (Diocèse d’Eséka). Il a été assassiné par des voleurs qui cherchaient de l’argent.
Abbé Barnabé Zambo : Mort le 24 mars 1989 dans des conditions jamais élucidées.
Frère Yves Marie-Dominique Lescanne (+29 au 30 juin ) : trouvé assassiné dans la nuit du 29 au 30 juin à Maroua au Cameroun, par un des jeunes qu’il avait aidé à sortir «de la rue».
Frère Anton Probst : tué dans la nuit du 24 décembre par des malfaiteurs qui étaient entrés dans le Noviciat d’Akono.
Jeanne Irène Biya : les raisons et les circonstances de sa mort n’ont jamais convaincu les Camerouais.
Njongoué Kamga Collins, étudiant tué dans la nuit du 25 au 26 avril 1993, dans des conditions suspectes et jamais élucidées jusqu’à ce jour,
Ndam Soule : en avril 1991, l’étudiant succombe à un incendie criminel qui a dévasté sa chambre à l’heure de Nicodème.
Pius Njawé, mort suspecte survenue le 12 juillet 2010 des suites d’un « accident de circulation »
A ces assassinats, on doit ajouter, 1000-1500 morts du coup d’Etat d’avril 1948,  139 apprentis-sorciers tués lors des émeutes de la faim, les 600 morts des villes mortes sans responsables connus, de multiples assassinats et exécutions extrajudiciaires.


Pierre Mila Assouté : ''Le plus grand échec de Paul Biya est son incapacité politique de conserver l'héritage politique de son prédécesseur''
On le présente plus. Ses faits d’arme sont connus de ses compatriotes. Ancien membre du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), chef de file des modernistes, il avait cru au Renouveau originel, avant de réviser sa position. Depuis lors, ses positions critiques vis-à-vis de son ancien parti n’ont pas changé. Même en exil forcé, il a toujours un oeil rivé sur le Cameroun. Selon lui, le plus grand échec de Paul Biya est son incapacité politique de conserver l’héritage de son prédécesseur fondé sur l’unité, la paix et le développement. Conséquence, le rapport de force est inévitable pour modifier l’ordre actuel. L’opposition camerounaise doit mettre à jour son logiciel afin de trouver, dans une démarche inclusive, les voies et moyens pour une alternance politique au Cameroun, cet Etat captif d’une clique de gérontocrates corrompus dont l’unique but politique est de jouir et de se perpétuer ad vitam aeternam. Entretien à bâtons rompus.
Germinal : Qu’est-ce qui explique votre absence de prise de position dans les médias nationaux sur la crise dite anglophone, crise au cours de laquelle de nombreux Camerounais sont tombés sous les balles de la soldatesque de Paul Biya ? Quel est votre regard sur cette crise ?
Pierre Mila Assouté : À vrai dire, je me suis exprimé sur ce mélodrame. Ce qui est devenu « « une crise anglophone », pour le déplorer, est une crise du laxisme d’État, de repli identitaire aussi, provoquée par l’irresponsabilité, voire de l’insouciance politique qui traduit une légèreté politique.
Je m’associe aux douleurs des familles des victimes directes ou collatérales de cette crise. Les pertes en vies humaines enregistrées parmi nos compatriotes tombés sous les balles de l’armée ne s’expliquent pas,  dans le mesure où manifestement les populations victimes des exactions ne sont, elles-mêmes, pas armées.
Les dirigeants de ce pays englués dans les jouissances de leur propre confort, des détournements de fonds et de mépris, ont par leur irresponsabilité connue, provoqué la crise. En bloquant la décentralisation et ne respectant pas durablement l’esprit et la lettre de la Constitution sur des questions essentielles telles que la pratique courante des deux langues officielles dans la diffusion administrative, ils ont laissé incuber, féconder et grossir des frustrations linguistiques, politiques et sociales ainsi que celles de représentation hiérarchique dans les instances politiques et des administrations. Le silence de M. Biya en dit long. C’est, hélas, le plus gros échec de l’ère Biya. C’est l’incapacité politique de conserver l’héritage politique de son prédécesseur sur les fondements de l’unité et de la République fédérale en 1961. Ceux qui parlent de sécession, de sédition, et qui ont toujours dormi en dessous des flammes ardentes de l’unité retrouvent des espaces de propagande de la division. Ils attisent la haine et les appétits de l’exploitation des ressources naturelles mal gérées pour le développement global. Les appétits de pouvoir fécondent ci et là et surtout en Diaspora. À quoi servent les arrestations en nombre des leaders politiques au lieu de s’y rendre et leur parler ?

Les solutions apportées à cette crise vous semblent-elles pertinentes ? Sinon, comment faire pour la résorber définitivement ?
Les solutions combinées à l’exercice de la force brute radicalisent les positions. D’abord, elles sont tardives et ensuite elles évitent la question de fond qui, elle, est politique et sociale dans l’ordre constitutionnel sur la forme de l’État.
Il nous faut répondre à cette question qui semble déborder au-delà des seules régions sous influence linguistique britannique de l’époque coloniale. Les Camerounais veulent-ils, doivent-ils après 60 ans d’indépendance faire machine arrière et se regarder sous le prisme de l’héritage linguistique colonial ou est-il temps d’affirmer notre indépendance et nous réapproprier fièrement qui nous sommes pour mieux définir notre marche commune vers les progrès humains ? Tels sont les défis d’avenir de notre vivre ensemble harmonieux. Nous ne pouvons pas regarder le Cameroun de demain avec les lunettes de 1884. Il faut déjà interroger aujourd’hui dans ce monde tourmenté ce que sera le Cameroun de l’an 3000. Cette interrogation porte un nom : la vision politique prospective. Un leader légitime et visionnaire répond aux crises du présent avec des réponses du futur. Cela demande du courage, du sérieux et de la responsabilité reconnue et assumée. Dans le logiciel politique d’aujourd’hui cela impose dialogue participatif majoritaire et transparence. M. Paul Biya en est-il apte ? Non. Evidemment.

Quel qualificatif pouvez-vous donner aux règnes Ahmadou Ahidjo et de Paul Biya ?
Le régime du Président Ahmadou Ahidjo était un régime autoritaire et policier, un régime de grande peur, mais en même temps, c’était un régime responsable et sécuritaire.
Quant au Président Paul Biya, son régime est une autocratie oligarchique corrompue, autoritariste et irresponsable. C’est un régime de jouisseurs à la fois pernicieux et insidieusement violents. La libre expression et la ploutocratie sont pratiquées comme des alibis de persuasion internationale en matière de démocratie.

Que diriez-vous, s’il vous était demandé de comparer, au fond, le système Ahidjo et celui de Paul Biya en termes de vision politique, de gouvernance, de gestion des hommes et des biens ?
Le régime de Biya est fondamentalement la continuité du régime d’Ahidjo, notamment aux plans néocoloniaux et de la perception des processus de reproduction du pouvoir. Seulement, le premier, M.  Ahidjo était un homme d’État fier de lui tandis que le second M. Paul Biya ne l’est pas vraiment. Le président Ahidjo avait une bonne vision politique, ce qui n’est pas le cas chez Paul Biya. Il a créé un État dont il garantissait le respect à l’intérieur et à l’extérieur, parfois par des méthodes fortes et loin de l’orthodoxie républicaine. Mais par son sens élevé de l’intérêt général et des affaires publiques de son pays, il avait le respect de l’Occident. Cependant, le pays était bien gouverné, on sentait une présence ; les Camerounais étaient moins divisés et moins tribalisés qu’aujourd’hui. Les tentatives de détournements étaient immédiatement et sévèrement réprimées. D’ailleurs, on ne parlait pas de détournements en termes de milliards, mais de millions. Sous M. Ahidjo personne n’a pu détourner 100 millions F.CFA sans être rattrapé et jeté en prison. Les plans quinquennaux permettaient un développement planifié et équilibré du pays. La gestion des finances publiques était rigoureuse et moins passéiste. Le choix des investissements productifs était observé. D’ailleurs, en quittant le pouvoir, le Président Ahidjo a laissé les caisses pleines, des finances saines, après avoir investi positivement dans tous les domaines : Éducation, santé, diplomatie, secteur industriel, Hôtellerie, routes, stades, bâtiments publics, habitat social, pouvoir d’achat des paysans et des salariés, etc. Le Président Ahidjo tenait des conseils de ministre au moins une fois par mois.
Avec le Président Biya, on note une gestion chaotique d’un héritage politique inattendu. On assiste à un pilotage à vue du Cameroun par une présidence en vacances perpétuelles. Une situation de surendettement de l’État pour un niveau d’investissements des plus médiocres. Le Cameroun se pilote d’ailleurs tout seul comme un cerf-volant ou un drone. La comparaison saute aux yeux : injustice croissante; arbitraire administratif et judiciaire; premier pays parmi les plus corrompus au monde, insécurité chronique, Boko Haram, disparition de l’embryon industriel du pays, déclassement international du pays, chute de 60% des revenus salariés ; abandon des producteurs paysans, disparition des bourses d’études, chômage chronique, violences démocratiques, etc. À comparer les deux régimes, nous avons l’impression de parler du jour et de la nuit. Personnellement, je me demande ce que le Président Biya va laisser comme souvenir au peuple du Cameroun. Les gens le perçoivent de plus en plus comme un vacancier au pouvoir dans un pays qui se meurt. Il souhaitait pourtant être celui qui a apporté la démocratie aux Camerounais. J’y avais cru avant de réviser ma position et d’avoir le courage de changer d’avis. Je sais qu’il y en a beaucoup de Camerounais comme moi, mais ils ne sont pas libres comme je l’ai été en décidant de critiquer les méthodes du Rdpc dès 2002 et de démissionner alors que j’étais membre du comité central.

L’actualité est marquée par l’assassinat ou la noyade, c’est selon, de Mgr Jean-Marie Benoit Bala. Quelles réflexions cette mort suscite-t-elle en vous ?
Lorsqu’un doute envahit l’opinion sur la mort suspecte d’un citoyen et que l’État garant de la justice n ‘est plus en mesure de lever les doutes, cela veut dire qu’il y a manifestement faillite morale des dirigeants. Lorsque la faillite morale des dirigeants est acquise à l’opinion peut-on gouverner sans le bâton ?
Ce qui semble plus qu’apparent reste que M. Bala n’avait pas besoin de se suicider la nuit. Il pouvait le faire en journée si telle était son libre arbitre.
Nous sommes devant un cas parmi tant d’autres jamais élucidés qui confirme la banalisation de la vie humaine sous le renouveau et l’enracinement dans la conscience collective de la croissance d’un régime mortifère. Guerandi Mbara a disparu avec des traces connues sous le silence de l’État dont il est ressortissant malgré la publication de l’hebdomadaire Jeune Afrique

Au regard de nombreux assassinats non élucidés connus sous le Renouveau, peut-on dire que la gouvernance de Paul Biya est ensanglantée ou que l’histoire du renouveau continue de s’écrire en lettre de sang ?
Je viens de le dire. Il y a des raisons objectives d’affirmer que le régime de M. Biya est devenu mortifère.
Lorsque la police politique pratique des enlèvements de militants des partis politiques en bordure de route en train d’attendre le taxi pour le soustraire sans cause dans les réduits de tortures sans laisser de traces il s’agit d’indices graves des régimes déviants. Tous ces cadavres qui se trouvent dans les tiroirs du Renouveau engagent la responsabilité de ceux qui les tuent si l’État se montre incapable à répétition d’établir la vérité et de punir.
Le sang a commencé en avril 1984. Il s’est poursuivi dès 1990. En février 2008, les émeutes, dit-on, de la faim, alors que tout le monde sait que c’était des émeutes contre la révision au forceps de la constitution, ont fait tuer autant que le coup d’État du 6 avril 1984. Les crimes de sang ont marqué le régime de manière indélébile. Vous savez que le Vatican en a parlé ouvertement et demande des comptes sur certains crimes. La France aussi veut savoir à propos d’une de ses citoyennes. Il y a la famille du jeune Pokam défenestré au Hilton qui veut savoir! Il y a les morts d’Eséka, etc. Il est difficile de parler d’Ahmadou Ahidjo et de Paul Biya, sans que ne viennent à l’esprit, les événements survenus le 6 avril 1984 et le décès, à l’exil, du premier président de la République du Cameroun.

Que vous rappellent ces événements qui continuent de structurer les rapports entre les fils du Cameroun et nous installent dans une sorte d’impasse ?
Je suis témoin de cette période. Je venais d’accéder au parlement comme le plus jeune député, à 24 ans. Ahidjo était blessé par le traitement qu’il a eu après avoir cédé le pouvoir. C’est un remaniement ministériel qui a mis dehors de ministres soupçonnés proches d’Ahidjo qui va mettre le feu aux poudres. Ahmadou Ahidjo tente une manoeuvre dans le parti qu’il conservait après avoir cédé l’État à Biya. Il y a bicéphalisme de fait. Bien sûr, en pareille situation, des camps de partisans se forment. Le système qu’il avait mis en place a eu raison de lui et l’a broyé. Sa déclaration sur Rfi en avait fait l’instigateur du coup d’État et un jugement s’en est suivi...Il y a eu évidemment beaucoup de morts à Mbalmayo dans l’armée et pour la plupart originaires du Grand Nord. Ça laisse forcément des blessures profondes. Le déni d’État à Ahidjo ne panse pas (plus) ces blessures...Il faut pourtant réconcilier les Camerounais du nord au sud, de l’est à l’ouest.

En quoi le retour des restes d’Ahmadou Ahidjo peut-il constituer un facteur de réconciliation nationale ? Quels peuvent être les autres facteurs pouvant contribuer à la réconciliation des Camerounais au moment où l’actuel président semble n’avoir plus d’avenir politique?
Le retour des restes du Président Ahidjo, au-delà de toute réconciliation, est un devoir national. Évidemment, le retour de ses restes va renforcer la cohésion nationale et apaiser les ressentiments. On ne peut pas parler de réconciliation nationale, s’agissant seulement de Monsieur Ahidjo, sans exagération. À ma connaissance, il n’y a pas de guerre entre le Nord et le Sud du Cameroun sur la question du rapatriement des restes d’Ahidjo. Il y a cependant, un parricide indécent entre un fils politique et un parrain politique que vit mal l’ensemble du peuple du Nord au Sud. Si Monsieur Biya quitte le pouvoir, la dépouille du Président Ahidjo sera ramenée au Cameroun avec l’avis ou non de sa famille ; des obsèques officielles seront organisées et ses restes placés au panthéon de la Nation. Monsieur Ahidjo, ancien chef de l’État du Cameroun, ayant servi fièrement avec plus ou moins de patriotisme son pays, est devenu un patrimoine national. Cela est inscrit dans le programme politique du Rdmc de ramener immédiatement ses restes, si nous étions  élus à la tête du Cameroun.
Par contre, la réconciliation nationale en elle-même est nécessaire pour faire oublier la période pré-indépendance qui avait conduit le pays à un embrasement général, en arrachant à la vie, des compatriotes, des patriotes tels que MM. Um Nyobe, Osende Afana, Ouandjié Ernest, Félix Moumié, etc. Vous savez que les régions de l’Ouest et du Littoral gardent des séquelles de cette période qu’il faut exorciser. C’est l’une des raisons des multiples complexes du rejet bamiléké qui persiste dans certains esprits de nos compatriotes.
On peut également évoquer la question anglophone quand on parle de réconciliation nationale. Notre pays doit se réconcilier avec son histoire, ses peuples, son passé et son présent. Évidemment, les frustrations du Grand Nord ne peuvent être balayées du revers de la main dans la question de réconciliation. Il en existe réellement. On ne peut pas vivre dans la suspicion permanente de coup d’État avec pour seul faute d’appartenir à la région géographique de l’ancien régime. Il faudra vider ce contentieux historique.
Le retour des restes du Président Ahidjo peut apaiser des tensions au nord. Dans la Sanaga maritime, ce n’est pas très sûr. Mais Ahidjo, Foncha et Muna, entre autres, seront au panthéon avec Um Noybé et les autres patriotes morts pour leur pays, y compris nos soldats tombés pour le Cameroun. Ce sera la réconciliation de nos morts qui fera celle des vivants. Nous devons nous réconcilier avec notre histoire. Que nous soyons francophones ou anglophones.

Certains observateurs avertis affirment, au regard de l’âge avancé de Paul Biya, des maux qui minent la société camerounaise, des clivages et tensions qui opposent certains clans, que l’avenir du Cameroun est très sombre et que nous nous acheminons vers une transition heurtée, pour dire le moins, si rien n’est fait. Êtes- vous de cet avis ?
L’avenir du Cameroun est chaotique si rien n’est fait. C’est un postulat qui tombe sous le coup du sens. Il n’y a qu’à voir l’organisation institutionnelle pour s’en convaincre. S’il y a vacance subite de pouvoir, il faut extrêmement craindre pour notre pays. On ne peut comparer notre situation à aucun autre pays en Afrique, même pas les plus proches ou certains pays en Afrique de l’Ouest. Ce serait pire.

Pensez-vous que les événements survenus dans les zones anglophones du pays sont un prélude à ce qui attend le Cameroun dans les prochaines années ?
Oui je le pense et je n’ai eu de cesse de le dire. Si M. Biya n’organise pas une élection paisible en commençant par anticiper des réformes électorales, tout ce que je dis se manifestera comme ce que j’ai dit par le passé. S’il ne le fait pas immédiatement, il laissera derrière lui un pays en flammes. Notre responsabilité est engagée et je compte bien assumer les miennes pleinement pour éviter à ce pays de sombrer dans l’anarchie, le chaos. Je l’avais déjà dit à un fils de la Menoua. Nkuete Jean, le secrétaire général du Rdpc, lorsqu’il est venu me voir à Paris. Je l’avais dit à mon ancien camarade Sadi René, ministre de l’Administration territoriale lorsqu’on s’est croisé dans le hall de l’hôtel Le Méridien. Je lui avais dit de dire à M. Biya de sortir courageusement de l’emprise familiale de gestion du pouvoir au risque de fuir par la forêt sans pouvoir prendre tous ses bagages. Je le réitère par voie de presse ici.

Que faut-il faire pour éviter le chaos ou la transition heurtée tant redoutée ?
Pour éviter le chaos, il y a deux solutions :
- soit le Président Biya doit s’abstenir de se présenter à la prochaine élection présidentielle et organiser de vraies élections. En contrepartie, on peut lui assurer une retraite paisible.
- soit le Président Biya met en place une véritable commission électorale indépendante, composée de religieux, des représentants des partis politiques, de la société civile, pour organiser des élections libres et transparentes auxquelles il prend part et sous l’œil vigilant des membres des Nations unies. Mais tous les Camerounais, tant à l’étranger qu’à l’intérieur du pays, doivent, sans exclusive, être inscrits. One man One vote. Si Monsieur Biya procède comme d’habitude avec l’antichambre du Rdpc appelée Elecam, on va droit dans le mur. S’il y a exclusion des Camerounais de la course pour la présidentielle de 2018, notre avenir n’en sera que plus sombre encore.

Le biyaïsme et le Renouveau national, des erreurs originelles ou des vastes malentendus ?
Le Biyaïsme est en fin de compte, toute analyse faite, un mauvais accident de l’histoire de notre nation. Il faut tourner la page sereinement avec sagesse et détermination. C’est de la responsabilité du peuple du Cameroun d’écrire une nouvelle page de son histoire, après ce long métrage abracabrantesque et cauchemardesque qui dure depuis 35 ans.

Quelles significations et quel crédit donnez-vous, à votre vraie fausse ou fausse vraie invitation pour rejoindre une soi-disant Nouvelle dynamique ? Un piège ou une tentation ?
J’ai compris tout de suite en fait de « nouvelle dynamique programmée » qu’il s’agit de manoeuvres habituelles de dupe pour soutenir la reconduction de M. Biya en 2018. Je ne suis pas surpris d’entendre ce slogan circuler au pays dans une certaine opinion... Le courrier était à dessein rédigé avec des apparences équivoques. Mais un numéro de fixe et de portable confirme bien que c’est de la présidence qu’elle est partie. La personnalité qui m’a parlé et a parlé à mon assistance s’est présentée. Il était SGA a la présidence et maintenant il est au premier ministère. Il y a eu plusieurs tentatives pour me ramener dans le giron ou pour me piéger après d’autres qui visaient à m’assassiner. Une note de renseignement militaire que M. Biya avait reçue en 2010 avant la présidentielle de  2011 indiquait des noms  des personnalités qu’il fallait assassiner dont moi et bien d’autres curieusement ministres ou membres du pouvoir. Il y en a qui sont effectivement soit tués, soit en prison ou malades, hormis le Cardinal Tumi.

De votre position actuelle, que pensez-vous des formations dites de l’opposition actuelle, bref de ce qu’il est convenu d’appeler opposition politique actuelle ?
Notre opposition n’est pas à la hauteur des défis qui attendent notre pays. Elle n’a pas, ne sait pas donnée les moyens pour venir à bout du régime Biya, en tout cas, pas par les urnes comme le clament certains que, de mon point de vue, je trouve plutôt naïfs. C’est fantasmagorique de le penser, d’y croire ou affligeant le dire à nos compatriotes. Je connais les méthodes.
C’est amusant d’entendre certains qui vous parlent de masse critique. Pourquoi attendrait-elle la fraude et pas la révision de la Constitution pour agir ?
Qui laissera un rassemblement de plus de 10 personnes se faire en ce moment-là pour attendre d’atteindre cette masse dite critique sur du papier, surtout au moment où la lutte contre le terrorisme est devenue un prétexte à toutes sortes de violations des droits humains au Cameroun ?
Que de rêve d’innocence et de juvénilité politique !

Que doit, ou devrait-elle faire pour constituer une force réelle pour l’alternance politique au Cameroun ?
Ce que l’on peut nommer opposition au Cameroun a, hélas, une ossature qui s’est autoflagellée et forme des partis satellites avec des rivalités et des conflits irréconciliables d’ego des individus. Le système électoral est conçu pour renforcer l’éparpillement des ambitions des personnalités auxquelles il serait demandé au faciès de fondre au profit d’un candidat messianique dont personne ne connait le poids politique réel, en dehors de ceux qui ont déjà pris part aux précédentes élections présidentielles. C’est tout simplement surréaliste. Au Gabon, Jean Ping avec son statut d’ancien président de l’Union africaine, ami de plusieurs chefs d’États africains, a pu fédérer autour de lui plusieurs forces politiques, avec l’argent dont il dispose. La fin de l’histoire est connue de tous.
Il faut aujourd’hui fédérer un front commun pour l’obtention d’un système électoral et une gouvernance électorale neutre et transparente. Il ne s’agit donc pas seulement du Code électoral comme on l’entend ci et là parmi les profanes et les néophytes. Il faut la refonte totale du fichier électoral. C’est à dire recommencer à zéro, en commençant par la publication des résultats d’un vrai recensement de la population. Ensuite, il faudra créer un organe électoral qui conduit les élections et en proclame les résultats, avec à la tête de la structure chargée de la gestion du processus électoral, des personnalités reconnues pour leur indépendance et pour leur compétence ; mettre en place le Conseil constitutionnel qui examine la régularité électorale et en fin organiser des élections à deux tours. C’est cette bataille que l’opposition et la société tout entière doivent mener pour nous éviter le chaos. Sinon on aura un renversement de régime ou il se reproduira.

Dans l’optique d’une transition politique au Cameroun, quels rôles devraient jouer : la diaspora, du moins celle dite progressiste ; les organisations de la société civile ; les médias ; les hommes de l’Église et les partenaires au développement ?
Il y aura forcément une transition ou une élection transparente. C’est toujours très fantasmagorique de tirer des plans sur la comète. Tous les acteurs sont importants dans une transition, chacun dans son rôle.
Il faut envisager un pays d’accord avec lui-même et avec ses intervenants politiques et corporatifs dans le cadre d’une reconstruction d’une société d’apaisement et de confiance entre les acteurs politiques et le corps social
La diaspora ne peut pas et ne doit pas être perçue comme distincte des citoyens vivant sur le territoire national du fait de leur extraterritorialité. Il n’y a pas deux Constitutions, celle qui traite de la diaspora et celle des autres.

Autrement dit, quelle alternative crédible contre le biyaïsme ?
L’alternative crédible devra être inclusive et participative

Compte tenu du contexte actuel (code électoral imparfait, Elecam non indépendant, peut-on avoir une transition politique au Cameroun par les urnes, comme le souhaitent certaines femmes et hommes politiques ?
Lorsqu’on parle de transition, il ne s’agit plus des urnes. La transition suppose une période intérimaire entre l’exercice consensuel du pouvoir et l’exercice légitime du pouvoir. Elle survient en cas de rupture constitutionnelle ou de vacance subite du pouvoir induisant l’intérim.
Les urnes dans la situation des lois et du système actuels n’ont de concept et structures que la reproduction de M. Biya ou de quelqu’un que lui-même aura désigné pour lui survivre au Rdpc et le succéder.
L’alternative est donc unique : la transition ou l’alternance.
Si nous nous confinons dans la fuite en avant en caressant de faux espoirs du genre « inscrivons-nous par millions on va gagner ». L’on joue leurs jeux et se nourrit de fantasmes. D’autant plus que même si l’inscription sur les listes électorales est une étape essentielle, c’est la participation effective des électeurs inscrits au vote et le respect de la vérité des urnes qui sont les étapes décisives. Quinze millions de Camerounais peuvent bien s’inscrire, mais seulement trois ou quatre millions prennent part effectivement au vote. Le rapport de force est inévitable pour changer ou modifier l’ordre actuel, sinon M. Biya sera là en 2018.
Entretien mené par:
Jean-Bosco Talla