• Full Screen
  • Wide Screen
  • Narrow Screen
  • Increase font size
  • Default font size
  • Decrease font size
Science Marafa Hamidou Yaya: le technocrate, l'homme d'Etat et l'ambition contrariée - Post Scriptum: Et si Marafa Hamidou Yaya n'ignorait pas ses détracteurs!

Marafa Hamidou Yaya: le technocrate, l'homme d'Etat et l'ambition contrariée - Post Scriptum: Et si Marafa Hamidou Yaya n'ignorait pas ses détracteurs!

Envoyer Imprimer PDF
Note des utilisateurs: / 0
MauvaisTrès bien 
Index de l'article
Marafa Hamidou Yaya: le technocrate, l'homme d'Etat et l'ambition contrariée
Marafa Hamidou Yaya écrit à Paul Biya
Le délit de la loyauté et de la compétence
Trajectioire: Marafa Hamidou Yaya, ''l'ambianceur''
Marafa Hamidou Yaya, victime de la présomption de culpabilité
Post Scriptum: Et si Marafa Hamidou Yaya n'ignorait pas ses détracteurs!
Faire de 2018 une année utile pour le Cameroun, par Marafa Hamidou Yaya
Toutes les pages

Post Scriptum: Et si Marafa Hamidou Yaya n'ignorait pas ses détracteurs!
Son silence parlait. Ses écrits parlent et ne laissent personne indifférent. Il observait amusé les jeux maccabres des contempteurs qui ont fait feu de tout bois pour le déniger auprès du président de la République et l’envoyer au gnouf. Rira bien qui rira le dernier, l’avenir étant l’une des voies du Seigneur qui sont insondables.
16 avril 2012- 16 avril 2013. Un an était déjà passé ! Une année au cours de laquelle, un homme, un ex baron du régime RDPC, aura, à lui seul, tenu la dragée haute et donné du tournis à un pouvoir dont il connait parfaitement les méandres. Condamné à vingt-cinq ans, puis ramné à 20 ans de prison, pour un délit qu’il récuse et pour lequel ni ses accusateurs ni ses juges n’ont su apporter la preuve, du fond de sa prison Marafa Hamidou Yaya se veut serein. « Je suis déçu mais pas vaincu » a-t-il lancé au Juge Gilbert Schlick qui n’a pu motiver sa sentence autrement que pour fait de ‘’complicité intellectuelle ‘’.
Il n’empêche ! Marafa aura tenu le public camerounais en haleine tout au long de sa première année de détention, laissant bouche bée un pouvoir en panne d’idées et face à ses propres contradictions et à ses décisions anachroniques. Des mois durant, tous les médias de la République (exception faite bien entendu de la CRTV et de Cameroon Tribune) ont consacré leur Une et leur débat à ‘’Marafa ‘’ dont les lettres écrites de sa cellule auront permis à ses concitoyens de mieux appréhender le niveau de la mal gouvernance qui prévaut au plus haut niveau de l’Etat depuis plus de trois décennies.
Dans un pays où le débat politique est quasiment placardisé, où les gargotes prennent le relais avec des « tu as entendu ? », « Paul Biya est vraiment fort », où l’opposition ne fait preuve d’existence qu’à l’occasion des joutes électorales, l’affaire ‘’Marafa’’ a eu pour effet de sortir le public de sa torpeur. Elle a étalé au grand jour ce qu’une bonne partie de l’opinion publique subodorait déjà. A savoir la guerre des tranchées qui sévit au sein de la nomenklatura Rdpc depuis novembre 2004. Et, contrairement aux autres victimes de l’épervier, plutôt que de se vautrer dans le silence, l’ancien Minatd a choisi de croiser directement le fer avec son ex patron. Lequel, à la lumière des faits exposés par son ex collaborateur, joua le parfait aphone, imité en cela par tous ses ‘’démineurs’’ de service.
Il fallut attendre un bon moment pour qu’enfin, une voix, celle du secrétaire à la communication, sorte le RDPC de sa léthargie et porte la réplique à ce membre pour le moins indiscipliné du bureau politique. Seulement voilà ! Formulée dans le style ampoulé qu’affectionne le personnage, la rhétorique de M. Fame Ndongo fut non seulement hors sujet mais quasiment inaudible. Pour sûr, la ‘’sècheresse ‘’ des ‘’lettres épistolaires’’ et le ‘’plaidoyer pro-domo’’ du ‘’camarade Marafa’’ ont déplu au ministre de l’enseignement supérieur. A l’inverse, les Camerounais s’y sont jetés avec avidité au point d’en faire les choux gras des journaux. Faisant fi de toute considération stylistique si chère à son camarade professeur, l’ex SG-PR s’est contenté d’aller droit au but dans toutes ses productions.
Avec une narration précise des faits que confirmaient ensuite différentes notes confidentielles publiées en annexe.
Tout une série de notes qui contiennent des suggestions et des propositions adressées en son temps à qui de droit, et qui laissent transparaître l’audace dont il fit parfois preuve dans sa relation avec le Président de la République. Ce que beaucoup de Camerounais pouvaient à peine imaginer tant la plupart des hauts responsables s’évertuent à ne pas indisposer Paul Biya, assimilé à un véritable demi-dieu. Contrairement donc à toute attente, l’arrestation de Marafa ne produisit pas l’effet escompté. Le pouvoir s’est plutôt retrouvé gros jean comme devant en se donnant une verge pour mieux se faire fouetter. Au fil des jours et de la diffusion des fameuses lettres « l’affaire Marafa » prit la tournure d’un véritable procès public du régime. Pire : par une curieuse succession de maladresses, le pouvoir contribuera lui-même à hisser son adversaire à la stature d’un homme d’Etat auprès d’un public peu suspect, au départ, de sympathie à son endroit.
Est-ce pour autant que l’ancien ministre d’Etat serait devenu brusquement un saint homme ? Certainement pas. La grande couverture médiatique de son procès ainsi que la large diffusion de ses lettres lui ont été favorables. Elles auront permis à bon nombre de Camerounais d’appréhender autrement le personnage et, sans aucun doute, de mieux comprendre l’instrumentalisation de « l’opération épervier » à des fins politiques. Il n’en demeure pas moins que les mêmes Camerounais ne sauraient du jour au lendemain oublier la part de responsabilité qui est la sienne dans la consolidation d’un système fortement décrié.
Marafa Hamidou Yaya fut incontestablement l’une des plus éminentes personnalités du régime de Paul Biya. Sans pour cela appartenir dans la même ère géographique ni faire partie des intimes admis à Mvoméka. Il aura occupé dix neuf années de suite les fonctions parmi les plus sensibles de la République. Une longue collaboration qui lassait supposer une grande confiance du chef de l’Etat vis-à vis du personnage qualifié jadis de protégé du président. De sorte qu’en référence au vieux mythe de « l’axe Nord-Centre-Sud », plusieurs observateurs voyaient en Marafa, peulh de Garoua comme Amadou Ahidjo, le probable bénéficiaire d’un retour d’ascenseur. Aujourd’hui encore, nombreux sont qui s’interrogent toujours quant aux vrais mobiles qui ont poussé Paul Biya, à vouloir à tout prix embastiller son ex protégé. Car la seule affaire du BBJ-2 ne tient pas la route eu égard aux insuffisances avérées du dossier d’accusation et la dénaturation des faits par la Cour suprême qui a réduit peine à 20 ans de prison. D’autant que ladite affaire fut en grande partie résolue en 2004 devant le tribunal arbitral de l’Orégon (USA), grâce au bâtonnier Akéré Muna qui assurait la défense de l’Etat du Cameroun.
A priori, on serait tenté de croire que le règlement à l’amiable obtenu par le Cameroun n’a pas satisfait le Président de la République. Mais alors pourquoi avoir attendu autant de temps pour ressortir ce dossier ? Pourquoi avoir maintenu Marafa, sept années de plus, comme ministre d’Etat en charge de l’Administration Territoriale ? Cette longue attente était-elle une simple ruse de sioux de la part de Paul Biya ? Très peu vraisemblable. On ne peut mijoter pareille ruse en un temps aussi long en oubliant au passage que la vie ne nous appartient pas. Tout semble plutôt indiquer qu’il se serait probablement produit Autre Chose -sans doute plusieurs mois avant la dernière présidentielle- ; autre chose que les principaux protagonistes du dossier préfèrent ne pas expliciter. Les fameux câbles diffusés fin 2009 par Wikileaks ayant trait à l’entretien entre l’ambassadeur des USA, Jeannet Garvey, et l’ancien ministre d’Etat Marafa auraient-ils servi de coup d’envoi à une rupture maintes fois annoncée mais souvent classée sans suite ? Cela se pourrait ! Dans cet entretien l’ex SG-PR se dit prêt à y aller en cas de départ de son chef.

Touche pas a mon pouvoir
Durant son long parcours gouvernemental, en bon peulh qui pratique l’art de l’esquive Marafa H. Yaya a toujours su éviter les pires chausse-trappes qui ont émaillé son chemin. En particulier les entourloupes dont son ex patron est un orfèvre. De la multitude de collaborateurs passés et présents du Président Biya, il est l’un de ceux qui le connaissent le mieux dans l’exercice de ses fonctions présidentielles. Il n’ignorait rien de sa phobie du complot depuis sa brouille avec Ahidjo ni son grand penchant pour l’ivresse du pouvoir. De même, aux dires de ses amis, Marafa leur rappelait-il souvent qu’il se devait, dans ses prises de décision, tenir compte de l’inclination tribale du président même si ce dernier s’emploie à ne pas le manifester. En définitive, pour avoir si bien tenu son gouvernail jusque là, on peut se demander à quel niveau Marafa a trébuché. Aurait-il franchi la ligne rouge de la Succession comme ce fut le cas avant lui de M. Titus Edzoa ou prétendument celui Atangana Mebara ? Tous deux anciens SG-PR également embastillés !
Succession ? En voilà un bien vilain mot qui sonne négativement dans les allées du pouvoir au Cameroun. On le susurre sans plus. Car nul n’a le droit de le prononcer distinctement. Encore moins de l’envisager publiquement au cas où il ferait partie des affidés. Et, tenter vouloir jouer avec finit fatalement à vous brûler les mains. Il s’agit pourtant là d’une donnée quasi certaine quoiqu’imprécise quant à sa survenance. Mais le sujet restera toujours tabou dès lors qu’à l’unanimité toute l’élite du parti retient comme mot d’ordre : On ne lorgne pas le fauteuil de Paul Biya. Pour y avoir tout simplement pensé quelques velléitaires se sont ainsi retrouvés face à un écorché vif après qu’ils furent désignés du doigt avec insistance par des « amis qui leur voulaient du bien ».
D’évidence Paul Biya a atteint l’âge certain de retrait. Il le sait. Il le sait si bien qu’il ne rate aucune occasion pour tester la fidélité de ses lieutenants en leur laissant insidieusement entrevoir tantôt à l’un, tantôt à l’autre qu’il serait la personne idoine pour le remplacer. Et ils y croient tellement qu’ils n’arrêtent pas de se cogner les têtes. Or comme tout homme de son âge qui se veut et se voit en seul et unique propriétaire d’un bien (en l’occurrence le Cameroun), il fait montre d’une susceptibilité et d’une jalousie excessives. A l’instar des chefs d’Etat comme Obiang Nguéma, Robert Mugabé ou Sassou Nguesso, il n’a cure des pressions qui le poussent à la sortie. Il y est. Il y restera tant qu’il le pourra. Sans le claironner Il aurait assurément fait sienne la célèbre phrase de Mobutu : « je ne partirai de là que les pieds devant ».

Le double barrage anti Marafa
Tout le monde connaît la passion excessive du chef de l’Etat pour le pouvoir.  Marafa Hamidou Yaya en était très conscient. Sa longévité aux côtés de Paul Biya donne la preuve de sa maîtrise de l’évitement, confronté qu’il fut pendant de longues années à des adversaires tenaces et décidés. Nul ne peut perdurer à ce niveau du pouvoir, être perçu en dauphin présomptif, sans subir les affres de l’adversité et sans se créer de solides inimitiés. Marafa aura en effet connu une foule d’adversaires. Les uns aussi prolixes que les autres dans leurs dénonciations dont copies lui étaient souvent envoyées par le chef de l’Etat en personne. Selon ses proches, l’ex SG-PR les avait parfaitement identifiés et rangeait ses fossoyeurs en deux groupes distincts (hormis les francs-tireurs). Des hommes aux projections à peine identiques mais qui avaient pour convergence l’exclusion de Marafa des arcanes du pouvoir.

Le trio des frères musulmans
Constitué de trois hautes personnalités originaires de l’Extrême Nord, rescapées de l’ère Ahidjo, ce premier groupe a pour porte étendard le vice-premier ministre, Amadou Ali, suivis du président de l’Assemblée nationale, Cavaye Yequié Djibril , et du ministre chargé de missions, Ahmadou Moustapha. Un trio d’hommes frustres à la vision archaïque des choses, qui, de toute évidence, appréciaient peu la montée en puissance de Marafa H. Yaya au sein de l’appareil d’Etat. Deux raisons à cela. D’abord l’avènement de Marafa était perçu par eux comme le signe annonciateur d’un rajeunissement du personnel politique dans le septentrion par des prétendants nantis de titres universitaires. Ensuite, le départ de Sadou Hayatou a eu l’avantage de faire leur place nette et Il ne fallait surtout pas revenir à la case départ en privilégiant à nouveau la région du Nord et en particulier la ville de Garoua.
Dès l’accession de Marafa au Secrétariat Général de la Présidence, le nouveau ministre délégué à la défense qu’était devenu M. Amadou Ali n’eut cesse de lancer des « missiles scud à sa sauce habituelle » à l’encontre du jeune frère. Surfant sur la phobie du complot du Président, sentiment qu’il a su exploiter au cours de ses douze ans à la tête de la gendarmerie, il s’en est donné à cœur joie, frustré qu’il fut de son éjection en un temps record du poste de SG-PR. « Ce monsieur, je ne sais pourquoi, m’a toujours jalousé » écrira par la suite Marafa dans sa troisième lettre . Fort de son penchant pour les ragots doublé d’un syndrome « pathologique de la ‘’complotite ‘’ », comme le décrit si bien M. A. Mebara dans sa lettre à lui adressée, il n’y alla pas de main morte. Marafa sera au centre de tout : scandale Camair- Afrique du sud, manipulation financière à la Sodecoton, argent du BBJ-2 en Suisse avec l’envoi du magistrat Salatou à Genève, multiples comptes à l’étranger selon le faux listing de Dooh Collins, incarcération sans preuve du délégué du gouvernement d’Edéa dans le but de fragiliser sa tutelle , la manipulation du dossier BBJ-2 avec interdiction de sortie d’un ministre d’Etat, affirmation de l’acquisition de plusieurs immeubles à Paris, fuite organisée du dossier d’instruction organisée par son protégé le juge Magnagamabé (récemment révoqué du corps des magistrats) sur l’affaire BBJ2 , et tutti quanti…
Bien au-delà des seules considérations régionales qui visaient spécifiquement Marafa, tout le jeu que joue Amadou Ali cache en sourdine un positionnement qui n’ose pas dire son nom. Arguant de son manque de titres universitaires pour ne pas prétendre à la magistrature suprême, le Bornois de Kolofata a bien berné l’ensemble de l’establishment politique. Paul Biya en tête. Aussi a-t-il pu se servir outrageusement de l’opération Epervier en toute quiétude ; jetant au préalable en pâture un tel ou un tel, poussant à la condamnation de tel autre, sans qu’il ne soit soupçonné de la moindre ambition présidentielle. Objectif inavoué : écarter tout concurrent potentiel en étant à l’abri du jeu fort prisé de l’envoi des « missiles » par journaux interposés.
Mais peu s’en faut ! La lecture de deux câbles de Wikileaks (publiés début 2010 et très récemment) relatifs à sa personne auront contribué à la découverte d’un sacré pot aux roses : l’intérêt manifeste du vice-premier pour le fauteuil présidentiel. Sur quelle base ? Premier câble : le pouvoir ne reviendra pas à un Béti encore moins à un Bamiléké, il repartira au Nord. Deuxième câble : Paul Biya lui a promis la place d’où ses larges pouvoirs actuels (dixit son ami et homme de main Francis Dooh Collins aux Américains en 2007). D’ailleurs pourquoi pas ! Si Ahidjo a pu diriger d’une main ferme le Cameroun avec pour tout bagage l’école primaire supérieure, que Paul Biya ait pu lui confier les plus hautes fonctions depuis près de trente ans, Amadou Ali n‘a-t-il pas le droit d’envisager pareille perspective ? En vérité, il faut l’avouer, seul un eunuque doublé d’un poltron oserait ne pas y penser.

Les irrédentistes du pouvoir Biya
A la différence du trio des frères musulmans qui s’est adjoint les services de notre vuvuzélateur national, selon les mots de François Soudan de Jeune Afrique, M. Issa Tchiroma après sa réhabilitation en 2009, le groupe des irrédentistes est une véritable nébuleuse. Il est en majorité constitué de personnes dont la survie matérielle est liée à celle du régime et pour lesquelles le départ de Paul Biya sonnerait inévitablement le glas. Des hommes et des femmes, toute ethnie confondue, qui se refusent à voir le Cameroun autrement qu’à travers le prisme du maintien de leur champion au pouvoir.
Il existe toutefois au sein de cette nébuleuse un rideau défensif fortement ancré sur le repli identitaire. Même si, une fois de plus, ses membres sont inorganisés parce que minés par des contradictions inhérentes à leurs atavismes séculaires. Ceux-ci se recrutent en grande majorité dans la région du Sud et ont une démarche tellement clanique que les alliances qui se nouent entre eux sont souvent circonstancielles et s’apparentent à celles des carpes et des lapins. Les proches de Marafa les distinguent en deux factions. D’un côté le clan familial de Mvomeka avec en pointe le député Nvondo Assam, neveu du chef de l’Etat, et ses cousins. De l’autre, des personnalités de premier plan comme MM Bélinga Eboutou, Edgard Alain Mebe Ngo’o, accusés par eux de fourberie pour avoir été des hommes en qui Marafa témoignait une confiance parfois aveugle.
Leur spécialité aura été de présenter systématiquement leur allié d’hier comme un comploteur multiforme ayant pour banquier son ami Yves Michel Fotso en charge de la levée des fonds. Aux fins de crédibiliser leurs différentes accusations auprès du chef de l’Etat, ils n’eurent cesse de recourir à toute la panoplie des services de renseignement du pays pour rédiger les rapports les plus alarmants. C’est ainsi que tour à tour l’ancien Minatd serait devenu le financier de Boko Haram, aurait des contacts étroits avec Guerandi Barka associé à des généraux dissidents tchadiens et centrafricains pour lever les troupes et déstabiliser le pouvoir. Par ailleurs, tout sera mis en œuvre pour créditer la thèse selon laquelle Marafa entretiendrait de solides relations d’amitié avec Vincent Bolloré, alors que les deux hommes ne sont jamais rencontrés. La mayonnaise a tellement bien pris, pour avoir été maintes fois ressassée dans les journaux, que Marafa devint par ricochet l’homme de la France de Sarkozy (grand ami de Bolloré).
Tout ce travail de sape aura finalement abouti à l’évènement du 16 avril 2012. Marafa était désormais perçu en comploteur soutenu par la France voire par les Américains pour une prise du pouvoir en octobre 2011. D’où son fameux entretien avec M. Belinga Eboutou, rapporté dans sa lettre, où ce dernier lui demande s’il compte se présenter contre le Président. La religion était donc faite.
Mais une question demeure toutefois en suspens. Pourquoi Marafa qui savait l’étau se resserrer autour de sa personne n’a-t-il pas profité d’une de ses nombreuses missions pour s’installer à l’étranger ? La réponse fait l’unanimité parmi ses amis : « C’est méconnaître l’individu. Nous aurions même pu l’aider à le faire après sa sortie du gouvernement. La porosité des frontières dans le Nord et les appuis dont il y bénéficie étaient une tâche très aisée. Mais Marafa ne l’aurait guère accepté. Il savait que ses adversaires ne souhaitaient que cela se fasse pour l’achever ainsi politiquement. Aller en prison ne l’effrayait pas outre mesure si telle était la volonté du pouvoir. Il se sait innocent dans cette affaire et voulait un procès ouvert pour que les Camerounais découvrent la vérité ».
N’ayant pas encore décidé d’éliminer physiquement Marafa, une telle initiative étant contreproductive pour un pays qui se dit un État de droit, ses ennemis connus et inconnus ont pris soin d’instrumentaliser la Justice pour le mettre hors d’état de nuire, en le maintenant dans les geôles infectes du Secrétariat d’État à la défense. La révélation faite par le quotidien Le Messager dans son édition du 3 juillet 2017, et selon laquelle Marafa Hamidou Yaya avait été condamnation avant d’être jugé, est une illustration patente de l’absence d’indépendance de la Justice camerounaise, les audiences des 17 et 18 mai 2016 n’ayant été que des mises en scène grotesque. Mais, sait-on jamais ? L’avenir est l’une des voies du Seigneur qui sont impénétrables.
Maheu &
Jean-Bosco Talla