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Paul Biya: Roi fainéant à perpétuité et sans ambition

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Index de l'article
Paul Biya: Roi fainéant à perpétuité et sans ambition
Paul Biya, son pouvoir, rien que son pouvoir
L'obséssion de l'éternité
Etoudi et ses moeurs mystiques sordides
Paul Biya applique à la lettre la leçon de son maître Ahidjo
Paul Biya, le machiavel du pauvre
Paul Biya, nargue les Camerounais
Paul Biya prend la petite porte démocratique de l'histoire
Paul Biya, roi fainéant à perpétuité
Toutes les pages

Mourir au pouvoir
La manière de gouverner de Paul Biya n’étonne plus grand monde. Ayant été aux côtés d’Ahmadou Ahidjo, son illustre prédécesseur, il sait tenir sa langue et cultiver le secret, non pas pour montrer qu’il a une force de caractère, mais pour masquer une sorte de faiblesse, son incapacité à soutenir un débat. On comprend pourquoi il a une peur bleue des médias. Un de ses proches collaborateurs disait qu’il n’accepte rencontrer la presse que si on lui fait parvenir par avance toutes les questions qui doivent lui être posées. Vrai ou faux, toujours est-il que depuis son accession à la mangeoire suprême, il a très rarement rencontré les médias au cours d’une conférence de presse. Quand il se trouve dans l’obligation de parler publiquement aux hommes de médias, il gaffe en tenant des propos qui, non seulement sont révélateurs de l’étendue de sa méconnaissance des grands dossiers contemporains, mais dévoile au grand jour les faiblesses d’un personnage que ses thuriféraires présentent souvent comme quelqu’un qui aurait de grandes idées pour le Cameroun,

et dans une certaine mesure pour l’humanité entière. Après 35 ans d’un règne sans partage, la réalité est là, implacable. Le Cameroun est au fond du gouffre. Du fait d’un homme sans ambition dont le seul et unique projet de société est de mourir au pouvoir afin d’éviter de répondre de ses actes quand il était aux commandes du Cameroun. Ceux des Camerounais qui ambitionnent de gouverner le Cameroun, un jour, doivent prendre très au sérieux ses propos d’un ami de Paul Biya. Celui-ci déclarait : « Le président à l’ambition de mourir au pouvoir. Ceux qui rêvent de le voir transmettre le pouvoir à quelqu’un comme lui-même l’a reçu des mains d’Ahidjo attendront longtemps. C’est sa seule raison de vivre. Il faut vous organiser dans ce sens en conséquence. Et celui qui nourrit de réelles ambitions doit soit l’affronter ou attendre tranquillement sa mort. »
En 2004, il avait donné rendez-vous pour l’organisation de ses funérailles dans 20 ans, c’est-à-dire  en 2024. 17 ans années se sont déjà écoulées et les Camerounais sont définitivement entrés dans une décennie tragique.
Source: Germinal n°105, du 3 mai 2017.


Paul Biya, son pouvoir, rien que son pouvoir
Les Camerounais peuvent mourir de peste et de Choléra. Tant que cela ne menace pas le pouvoir de Paul Biya, cela le laisse à 37°C. « Ne dure pas au pouvoir qui veut, mais dure qui peut », Allez dire.
Qui est donc Paul Biya ? Cette question mérite t-elle encore d’être posée par les Camerounais après trente-cinq ans d’un règne sans partage qu’ils auront vécu dans leur chair qui en porte les stigmates ? Il est de bon sens de penser qu’au bout de toute ces années, ils connaissent Paul Biya ! D’ailleurs, il fourmille tant d’essais hagiographique sur le personnage : Paul Biya ou l’incarnation de la rigueur, Paul Biya, les secrets du pouvoir, L’homme qui a changé le Cameroun etc., et le dernier en date : Le code Biya, qui répondent à cette question. De même, il y a une floraison d’ouvrages à charge : Le vrai visage de Paul Biya, Dossiers noirs sur le Cameroun, Au Cameroun de Paul Biya, etc., qui feraient tomber le masque de l’homme. Au milieu de tout cela, entre l’expérience vécue et les écrits, le Camerounais se fera sa petite idée mais celle-ci ne pourra faire l’économie d’un déterminant constant : le pouvoir, dans la trajectoire existentielle de Paul Biya, au moins à partir de l’année 1962, où il commence sa carrière administrative et politique, immédiatement en côtoyant les cîmes du pouvoir comme chargé de mission à la présidence de la République. De 1962 à 2017, soit 55 ans dans la haute administration et au sommet du pouvoir, marquent forcément. Le pouvoir est donc le code à partir duquel s’ordonne et s’articule toute compréhension et connaissance de Paul Biya. Mais déjà, il faut bien se poser la question du rapport et subsidiairement de l’idée, que Biya entretient avec le pouvoir.
Cameroun Qui gouverne ? Tel est le titre d’un ouvrage de Flambeau Ngayap, paru en 1983, soit 2 ans après l’accession de Biya à la magistrature suprême, et qui posait déjà le problème du rapport de Biya avec le pouvoir. Le constat que beaucoup font aujourd’hui est que Biya, grand vacancier, toujours parti, ne gouverne pas, qu’il règne ou que c’est le clan qui l’aurait pris en otage depuis le putsch manqué d’avril 1984 qui dirigerait véritablement, ou encore, que rattrapé par la sénilité, Paul Biya serait dépassé par ses créatures et la tournure prise par les évènements. Tout cela est possible. Mais, Beaucoup de Camerounais ont toujours pensé que c’était là la manière de gouverner de Paul Biya et qui traduit l’idée qu’il se fait du pouvoir : laisser les collaborateurs qui ont reçu délégation de pouvoir faire comme ils veulent( ?), ce qui lui permet de mieux les tenir et de frapper quand ils auront oublié, enivrés par tant de pouvoir, qu’il est leur créateur par la force du décret, et ainsi délesté des charges et servitudes du pouvoir, jouir du temps et de la vie en étant permanemment en vacances à l’intérieur, dans son Mvomeka’a natal, comme à l’extérieur du Cameroun, à l’hôtel Intercontinental à Genève en Suisse. Ceux de ses collaborateurs qui ont cru qu’ils ne leur restaient plus qu’à accaparer le titre de président, étant donné qu’ils gouvernaient déjà, en ont eu pour leur frais. Ils sont qui, à Nkondengui, qui au SED. Le pouvoir de Paul Biya n’est pas un ministère au sens premier du terme, mais une jouissance solitaire à l’autel de laquelle le gouvernement et les Camerounais sacrifient pour le plus grand bien et la plus grande gloire de ce dieu-roi. Rien en dehors de ce pouvoir, ne semble l’intéresser, les Camerounais encore moins. D’ailleurs, quel rapport Paul Biya a-t-il avec les Camerounais ? S’est-il un jour soucié d’eux ? Le doute est permis au regard de l’état de dénuement de la plupart d’entre eux et du retour en force des gendarmes du Fonds monétaire international.
C’est sous le mode d’aphorismes provocateurs, pleins de morgue et de condescendance qu’il faut situer les rapports du roi à ses sujets. L’un de ses exégètes-courtisans avait déjà compilés ces aphorismes sous le titre : Les proverbes de Paul Biya, qui donne une idée de l’étendue de la sagesse proverbiale du roi. Qui ne se souvient pas des expressions: "Rigueur et moralisation", "Qui vivra verra", ''La conférence nationale souveraine est sans objet'', ''Qui sont-ils ces apprentis-sorciers?'', ''Je leur donne rendez-vous dans 20 ans'', ''Ne dure pas au pouvoir qui veut, mais dure qui peut'', ''Plus de trente ans de pouvoir est un gage de stabilité'', ''Me voici donc à Douala !'' ''On les a mis dans la sauce !'' ''Tant que Yaoundé respire le Cameroun vit !'' Etc. Sans oublier le mépris et la condescendance qu’il affiche vis-à-vis de ses concitoyens, notamment ces adversaires politiques. Ne les traite-t-il pas souvent de "marchands d’illusions"", de ""bonimenteurs du choas"", de "partisan de la péroraison creuses", "d’apprentis sorciers," etc. ?
Ce sont là quelques-unes des formules du roi que nous avons choisi de revisiter pour établir que Paul Biya a toujours nargué les Camerounais. Ce qui assurément traduit la seule préoccupation qu’il ait jamais eu pour les Camerounais dont le sort d’ailleurs ne l’a jamais véritablement intéressé, qu’ils meurent victimes de catastrophes naturelles, comme ce fut les cas de Nyos, ou humaine comme ça été très récemment le cas à Eséka, de boucheries, à Mimboman ou à Nkolbisson, à l’Extrême-nord du fait de Boko Haram, etc., tout cela importe peu pour lui, du moins tant que cela ne constitue pas une menace pour son pouvoir.
Comprendre Paul Biya, c’est en fin de compte comprendre son pouvoir : tout part de son pouvoir et tout ramène à son pouvoir.
Tissibe Djomondt


L'obséssion de l'éternité
Visiblement, le fantôme d’Ahmadou Ahidjo hante Paul Biya. Il a peur que son cadavre subisse le même sort que celui qu’il a réservé à la dépouille de son illustre prédécesseur. Parce qu’il a décidé de mourir au pouvoir, malgré l’état de putréfaction avancée dans lequel se trouve le Cameroun, il peut se permettre de narguer les Camerounais à travers des déclarations révélatrices de la petitesse d’un personnage, sans ambition et sans vision.
Il y a de cela quelques années que le philosophe et essayiste camerounais Hubert Mono Ndjana publiait un opuscule sur les petits mots de Paul Biya. Dans un ton laudateur, l’intellectuel Rdpciste faisait l’éloge du style communicationnel du président du Rdpc. Rien de mal à cela lorsqu’on est militant du Rdpc. Même si les contempteurs du régime en place avaient aussitôt objecté que l’auteur magnifiait le verbe dérisoire, c’est-à-dire une gouvernance discursive ou les discours et les mots ne sont jamais traduits en actes. Tout au moins, la contribution du « Grand prof » suggère qu’il faut prendre très au sérieux les petits mots de Paul Biya, souvent lancés comme des boutades inconscientes. En cela, elle peut être créditée d’un minimum de bon sens du point de vue de l’analyse de la gouvernance catastrophique de l’homme du 6 novembre 1982.
Au moment où pointe à l’horizon la fin d’un mandat ou d’un septennat inutile, au cours duquel le locataire provisoire d’Etoudi s’est comporté comme un touriste en transit au Cameroun, notamment à Yaoundé, on peut, pour se rendre à l’évidence, convoquer ses propos qui exaltent le gouvernement perpétuel, tenus lors de sa récente visite d’Etat en terre italienne au courant de la deuxième quinzaine du mois de mars 2017. Face aux spectateurs dont la sordidité des propos a rendu hilares, Paul Biya, tel un Roi Ubu tropical étalant à la face du monde ses délires oniriques déclarait : « C’est rare aujourd’hui de trouver un gouvernement qui dure 30 ans». Une manière pour lui de narguer le peuple camerounais et de moquer les démocrates occidentaux qui ont compris que le progrès de leur pays et le mieux-être de leurs concitoyens passent par la mise en place d’institutions démocratiques fortes et l’alternance régulière au pouvoir.
Ce n’est d’ailleurs pas pour la première fois qu’il se moque des Camerounais et éprouve le mépris pour eux en mondovision tout en bombant le torse tel King Kong triomphant d’un peuple en guenilles (qu’il a) affamé, émasculé par l’alcool et la propagande officielle, avant de le laisser à la merci des multinationales de Dieu. Répondant, le 3 juillet 2015, à une question de Gérard Grizbec, journaliste à France 2, qui l’interrogeait sur sa longévité au pouvoir et ses intentions pour la présidentielle de 2018, Paul Biya d’un sourire narquois déclarait ; « […] ne dure pas au pouvoir qui veut, mais dure qui peut ». Il ajoutait : « […] Je ne suis pas à la tête de l’état par la force.  Je n’ai pas acquis le pouvoir de manière dictatoriale, j’ai toujours été élu par le peuple […] ». En employant l’adverbe toujours, Paul Biya tente de mystifier les Camerounais et ses interlocuteur en laissant accroire qu’il a accédé au pouvoir par une élection. La réalité est pourtant autre et tout le monde sait qu’il est le successeur constitutionnel de son illustre prédécesseur Ahmadou Ahidjo. Autrement dit, qu’il n’accède au pouvoir, le 6 novembre 1982, que par la seule et unique volonté d’Ahmadou Ahidjo. Par conséquent il n’a jamais été élu président de la République du Cameroun, les élections qu’il a jusqu’ici organisées n’ayant toujours été que des rituels d’attestation, des mascarades et des tentatives vaines de légitimation d’un pouvoir gracieusement offert sur un plat d’or et/ou de diamant.
Au-delà du rire diplomatique empreint de condescendance des Occidentaux présents dans la salle, lesquels font l’expérience ignoble de l’iraison de la gouvernance nègre caractérisée par le surdimensionnement des egos présidentiels à mesure de la longévité au pouvoir qui contraste avec la valeur ajoutée apportée en termes de vision et d’ambition politique, de relèvement du niveau vie de ses concitoyens, de renforcement de l’Etat de droit démocratique, de prospérité économique et d’exaltation de l’Etat stratège, cette déclaration, qui heurte la conscience des jeunes et des partisans de l’alternance comme dogme de régulation de la gouvernance mondiale, dément les complaisances vaniteuses des thuriféraires sincères ou opportunistes de Paul Biya. Elle dévoile la mystification qu’ils entretiennent autour du « vacancier au pouvoir » (Stephen Smith) par des qualificatifs brumeux tels que : « homme énigmatique », « homme providentiel porteur d’un projet politique divin pour le Cameroun », « vieux sage d’Afrique », etc., bref par un catalogue de mots participant de la divinisation de l’immortel président du Rdpc.

Ahmadou Ahidjo
Rétrospectivement, on peut, sans mauvaise foi aucune, affirmer que Ahmadou Ahidjo avait minutieusement préparé sa succession afin d’éviter que le Cameroun sombre dans le chaos après son départ du pouvoir. En 1975, à l’approche du « congrès de la maturité » de l’Union nationale camerounaise tenu à Douala du 10 au 15 février de la même année, des rumeurs couraient, s’amplifiaient à mesure qu’on approchait la date sur les intentions du président Ahidjo à ne pas solliciter le renouvellement de son mandat à la tête de l’Unc, donc au sommet de l’Etat. Habilement, en homme politique avisé et impressionné par le vaste soutien populaire qui l’appelait à demeurer à la tête de l’Etat, Ahmadou Ahidjo, conscient que son retrait prématuré fragiliserait le Cameroun en l’installant dans une zone de turbulence préjudiciable, acceptait de demeurer chef de l’Etat et de se présenter à la présidentielle qui se tiendra quelques mois plus tard. Mais, il profitait de cette occasion pour déclarer devant près de deux mille congressistes réunis en séance ordinaire et des centaines de milliers de Camerounais ayant l’oreille collée au transistor pour jeter les jalons de son futur départ de la présidence de la République en déclarant « Je n’ai pas l’intention de m’éterniser au pouvoir, mais, répondant à votre vœu unanime et à l’appel des masses populaires, j’accepte de solliciter des électeurs camerounais un nouveau mandat à la tête de la nation. » Le 5 avril 1975, il était élu à plus de 99 % pour son avant dernier mandat de cinq ans. Mandat au cours duquel, faut-il le souligner, il modifia la constitution pour faire de son premier ministre, Paul Biya, son successeur constitutionnel.
Logique avec lui, il se fera prier par politesse avant d’accepter son investiture au congrès de Bafoussam tenu du 12 au 17 février 1980. D’ailleurs, il réitèrera ses propos que nous citons de mémoire quelques années plus tard devant les journalistes du club de la presse du tiers monde à l’occasion de la célébration du dixième anniversaire de la république unie du Cameroun : « Je n’ai jamais dit que j’allais m’éterniser au pouvoir […] Pour ma succession, la chose que je puis dire est que la procédure est prévue par la constitution et que je ferai en sorte, si tout va bien et si Dieu le veut, que ma succession se déroule normalement qu’il n’y ait pas de vide au Cameroun. »
L’annonce de sa démission, le 4 novembre 1982 traduit sa volonté de rester cohérent avec lui-même.
Comparativement à son illustre prédécesseur, « digne et prestigieux fils de ce pays, père de la nation camerounaise, artisan de son unité et son développement, […] géant de l’histoire camerounaise, de l’histoire africaine, de l’histoire tout court » (dixit Paul Biya), l’homme du Renouveau continue d’exceller dans la stratégie du clair-obscur au sujet de sa succession. Cette posture, associée à ses déclarations qui laissent penser que les Camerounais ont affaire à un adolescent de plus de 80 ans, dévoile une seule réalité de l’homme, à savoir que le projet de vie de Paul Biya est le gouvernement perpétuel. D’autant plus que ces petits mots dévoilent la nature profonde du locuteur, sa petitesse et son étroitesse de vue face aux enjeux contemporains, l’absence de vision pour le Cameroun. Elle est la preuve patente que l’unique projet ou ambition du Nnom Gui est de durer au pouvoir ad vitam aeternam. Les mots d’ordre de rigueur, de moralisation, de démocratie, tout comme la lutte sacrificielle à tête chercheuse contre la corruption et les purges politiques, ne sont que des supports d’une ingénierie de conservation du pouvoir en marche depuis le 6 novembre 1982 et sans cesse remaniée au regard des exigences conjoncturelles.

L’Affaire Brenda
Point d’ambition ou de vision pour le Cameroun, encore moins, disent des mauvaises langues (?), pour sa propre progéniture dont l’Affaire Brenda relayée par les réseaux sociaux a dévoilé, si on en croit les contempteurs de l’homme lion ; un déficit navrant d’encadrement et d’éducation de sa progéniture, du point de vue morale et éthique.
Pour réussir ce projet indigne, pour un homme porté aux hautes fonctions de la République depuis 1962, et qui dit-on a fait les humanités et les études supérieures de science politique, à l’opposé du petit certifié, agent des postes qu’était Ahidjo, l’homme du Renouveau n’a que du mépris pour la légitimité populaire, puisque même ses laudateurs que Michel Roger Emvana a rencontrés dans le cadre de son ouvrage intitulé Paul Biya, les secrets du pouvoir, affirment sans ambages que c’est l’ésotérisme profane qui le maintien au pouvoir. Une curiosité tout de même, pour un ancien séminariste, de surcroit fils de catéchiste.
Pour les confidents d’un ami personnel de Paul Biya parti outre-tombe, l’éternisation au pouvoir de l’actuel occupant du palais d’Etoudi est une obsession. Puisque affirma-t-il de son vivant : « le président à l’ambition de mourir au pouvoir. Ceux qui rêvent de le voir transmettre le pouvoir à quelqu’un comme lui-même l’a reçu des mains d’Ahidjo attendront longtemps. C’est sa seule raison de vivre. Il faut vous organiser dans ce sens en conséquence. Et celui qui nourrit de réelles ambitions doit soit l’affronter ou attendre tranquillement sa mort. »
Les propos de Titus Edzoa corroborent ceux de cet ami personnel de Paul Biya. Dans une interview accordée au journal Mutations (n°043 du 28 avril 1997) après sa démission du poste de ministre de la Santé publique, l’ex-secrétaire général de la présidence de la République n’use pas de circonlocutions pour dénoncer l’inertie, l’immobilisme, l’incurie et la gestion au petit bonheur du système. L’ex-prisonnier politique ayant passé 17 ans dans les geôles infectes du secrétariat d’Etat à la défense (Sed) déclarait : « […]  Rien ne marche. On lui dit : Bougez, bougez ! Il ne bouge pas. Il ne travaille pas. Vous ne pouvez pas vous imaginer des efforts qu’on fait à l’intérieur pour que les choses évoluent. Pour faire aboutir la nouvelle Constitution, ce fut très rude. Il ne voulait même pas qu’on limite les mandats. Et lorsque vous expliquez qu’on doit limiter les mandats pour obliger les hommes d’Etat à se donner un programme d’actions établi dans le temps, on vous taxe de rebelle.
Les gens s’imaginent qu’ils vont gouverner sans calendrier. Ce n’est pas possible. Il faut des programmes étalés sur une période donnée. Là, on est obligé de produire des résultats.»
Ces propos permettent de comprendre les motivations ayant poussé en 2008 Paul Biya à procéder à la révision de la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996 en vue de la levée du verrou de la limitation du mandat présidentiel.
C’est aussi, à juste titre, l’explication la plus pertinente et la compréhension de la boutade lancée  le mercredi, 9 juin 2004 après la rumeur de sa mort. Devant ses partisans et sympathisants venus nombreux pour l’accueillir, il lancait ironiquement : « Vous saluez le fantôme ». Et de poursuivre en narguant ses détracteurs. « J’étais en visite privée en Europe. J’ai appris comme tout le monde que j’étais mort ». Avant d’enchainer : « Il paraît qu’il y en a qui s’intéressent à mes funérailles. Eh bien, dites-leur que je leur donne rendez-vous dans une vingtaine d’années ».
Face à la volonté affichée de Paul Biya de briguer un autre mandat en 2018, cette sortie de Paul Biya en 2004 révèlait tout son sens. En français facile, il voulait dire aux Camerounais : « je resterai au pouvoir tant que ma santé et mon âge me permettront jusqu’en 2024, à 91 ans ».
Il n’est pas surprenant que ses ministres, avisés par cette logique de la gouvernance présidentielle illimitée et fondée sur l’inertie et les intrigues, cherchent aussi à durer éternellement à leur poste, en usant des artifices tels que les flatteries des motions de soutien et de déférence, la gouvernance des effets d’annonce, etc. Un ministre encore en poste spontanément devenu conseiller d’un de ses collègues dans l’actuel gouvernement lui faisait remarquer : « ton problème, c’est que tu cherches à travailler et à faire connaitre à tout le monde que tu fais quelque chose. Nous ne sommes pas nommés par le patron pour un travail quelconque. Soyez inexistant comme moi et vous resterez à votre poste aussi longtemps que possible. »
Dans un tel contexte, comment peut-on attirer les investisseurs occidentaux qui, mieux que quiconque, savent que le gouvernement perpétuel conduit à l’incertitude au regard de l’instabilité qu’il crée et de la décrépitude de la gouvernance d’un point de vue de l‘éthique démocratique et républicaine ?
Comment convaincre du sérieux de sa gouvernance un Pape qui gère une institution limitant à 75 ans le départ à la retraite des évêques et qui par ailleurs est séduit par son prédécesseur, lequel a démissionné de son siège pour des raisons liées à son âge alors que rien ne l’y obligeait ?
In fine, ces interrogations permettent de comprendre pourquoi toutes les beuveries organisées depuis le début de ce septennat inutile n’ont jusqu’ici eu aucune incidence sur le quotidien des Camerounais. La conférence Investir au Cameroun, le tourisme italien de Paul Biya et d’autres initiatives et démarches de même nature ne sont en réalité que des gadgets sans suite. Le retour en force du Fmi est la preuve la plus patente de la gestion catastrophique et patrimoniale du patrimoine commun par une clique à la boulimie gargantuesque.
Jean-Bosco Talla
Maheu


Etoudi et ses moeurs mystiques sordides*
Le mysticisme: occultisme ou sorcellerie?
« L’homme contemporain cherche le plaisir sans le bonheur, le bonheur sans la science et la science sans la sagesse ». Édouard Schuré
Boire tout frais du sang humain, c’est particulièrement excitant pour les caprices des démons ; lassé des langoureuses divines sirènes, trop exigeantes et jalouses, l’on se fait incube, pour priver de leur virginité des nymphettes aussi lascives que naïves : cela procure de la jouvence à perpétuité ; pratiquer comme rituel de purification et d’allégeance l’homosexualité, c’est une haute distinction discriminatoire pour l’honorabilité de la confrérie supposée prestigieuse ; engager en astral des combats nocturnes épiques et suicidaires sur des « avions-tapis volants », bourrés de missiles incendiaires, l’ennemi redouté ne s’éliminant que de nuit ; déguster de la chair humaine faisandée à l’étouffée c’est de l’ambroisie pour l’éternité; livrer en sacrifice à la confrérie et, tour à tour, le plus aimé de ses proches, c’est renforcer la solidarité et la respectabilité du groupe ; organiser des messes sabbatiques, très noires en couleur, pour défier le Dieu tout puissant entouré de sa cohorte de saints de bienheureux et consorts ; pactiser avec Lucifer, le diable doublement cornu le plus redouté parce que le plus redoutable, en signe de fierté d’être son flambeau de l’incarnation du mal ; forniquer avec des cadavres féminins, à défaut de harpies particulièrement décaties, ça donne de la pêche et du courage ; s’abreuver de coctions hallucinogènes, c’est l’accès assuré au royaume des ancêtres, étemels gardiens de la sagesse ; consulter de vieux grimoires, pour y découvrir des formules magiques : ainsi à la carte peut-on tuer à l’envi, avant de périr soi-même heureux, comblé d’une mort violente... car paraît-il, tout « mystique » meurt toujours d’une mort violente, et toute mort violente démasque « tout mystique camouflé »... ablutions, bains publics en tenue d’Adam et lavements d’écorces diverses, assorties de force piment et poivre, en cocktails explosifs, voilà qui « blinde », immunise contre des sortilèges de tous genres, rendant invulnérable à toutes balles et flèches empoisonnées, visibles ou invisibles, à toutes attaques, de jour comme de nuit ; se rendre invisible par des « mots de passe- passe », avec la faculté, le pouvoir de détruire préventivement l’autre, et cela d’une façon ostentatoire, car le secret pourrait occulter la puissance ; posséder l’âme de l’autre, en même temps jouir du privilège du pouvoir d’exorciser, car il faut être un brin diable pour terrasser le démon ; passer à travers les fissures des murs, les palâtres des serrures, en démonstration du pouvoir d’ubiquité... Et bien d’autres prouesses, bien d’autres fadaises, encore et encore !
Décapant et fantasmagorique, c’est un empire qui, en permanence, se voit métamorphosé de l’illusion la plus étonnante à une prétendue réalité, submergé par l’ignorance et l’obscurantisme ! Et pour causes ? Pour acquérir, paraît-il, toujours plus de pouvoir, plus de puissance, afin de posséder, accumuler force richesses, dans l’ostentation qui terrifie ; dominer tout et dominer tous ; accéder à des fonctions les plus prestigieuses de la société, où argent et biens matériels seraient l’aboutissement glorieux et mirobolant d’une vie réussie de prétendu bonheur ! ! !
Royaume de l’occultisme, empire de la sorcellerie. Voilà comment, hélas, est perçu le mysticisme, dans une société gavée d’ignorance et sans défense, victime d’un empoisonnement mental délétère et subtilement distillé, sous un joug déconcertant des forces obscurantistes ! « L’Homme contemporain cherche le plaisir sans le bonheur, le bonheur sans la science et la science sans la sagesse », disait déjà, il y a un siècle environ, Édouard Schuré....
Ce royaume des fantasmes comprend trois grands groupes interdépendants :
Le premier: il est constitué de tous ces charlatans et myriades de sorciers, auteurs et vendeurs d’illusions à l’encan; exaltés par une auto-contemplation et par un narcissisme hors du commun, ils s’attribuent de prétendus pouvoirs cyclopéens, il se peut que certains d’entre eux aient eu un accès furtif, à quelques moments de leur existence, à certains aspects des lois universelles, sans maîtrise aucune ; et dans une ignorance caractérisée, ils s’en servent, les manipulant dangereusement à leurs risques et périls, pour arnaquer, hanter, harceler, prendre en otage leurs victimes trop crédules et sans défense, pour des fins égoïstes, ils se font passer pour des chantres patentés de la « magie », obsédés par leurs propres turpitudes, peurs, angoisses et défaites refoulées... Quel cynique courage !
Le deuxième groupe : il comprend des individus de tous genres aussi, affiliés à des mouvements ou organisations religieux ou non, prétendument altruistes et charitables, pour le moins respectables et quelquefois reconnus dans le monde, ils se distinguent par des envolées verbales violentes et dilatoires, opposant foi et raison, amalgamant savoir et connaissance, fanatisme et vérité, violence et rédemption, distillant aussi, depuis leur apparente hégémonie et condescendance sociétales ou cléricales le venin mental de la peur et de la condamnation qui « assassine » l’âme indocile. Dans une attitude honteusement hypocrite, ils confondent deux mondes diamétralement opposés, se délectant à diaboliser, à tout crin, le mysticisme authentique, dévoilant à leur tour d’être inconsciemment séduits par un royaume fantasmagorique mitoyen, de même nature que le premier, dont ils prétendent pourtant dénoncer les frasques. Leur extrême et inlassable violence est aussi surprenante que suspecte : l’attrait permanent que suscite le monde illusoire charlatanesque assécherait inexorablement les théories de leurs chapelles de plus en plus parsemées. Une attitude qui prend résolument l’allure d’un combat sans merci d’hégémonie, bien loin de la charité rédemptrice et oblative, psalmodiée par ces exaltés dangereux. Ce groupe est au moins aussi nuisible que le premier.
Le troisième et le dernier groupe c’est cette masse anonyme, englobant tous ces êtres fragilisés par les dures expériences de la vie, plongés quelquefois dans l’abîme du désarroi et du désespoir, et qui cherchent des solutions faciles, voire miraculeuses à leurs problèmes. Soumis depuis leur enfance à cet environnement malsain, hypocrite et ignorant, leur mental empoisonné et déséquilibré s’est progressivement imbibé de schèmes d’horreur, de peur, se faisant esclave de fantasmes et otage d’une déconcertante supercherie. Ils sont des victimes privilégiées autant du premier que du deuxième groupe, une clientèle rentable à fort prix au mépris de leur dignité et de leur naïve sincérité...
Voilà ce que le mysticisme ne peut pas être !
Voilà ce que le mysticisme n’est pas !
Titus Edzoa
Source :  Titus Edzoa, Médiations de prison (Yaoundé, Cameroun), Editions Karthala, 2012, pp. 57-60. * Le titre est de la rédaction

Paul Biya applique à la lettre la leçon de son maître Ahidjo

A la lecture du texte ci-dessous, il suffit de substituer Ahidjo par Biya, le Nord par le Sud pour appréhender la manière de régner de Pau Biya
« […] L’habileté exceptionnelle du chef de l’Etat du Cameroun à tenir et à cultiver le secret témoigne mieux que tout de sa force de caractère. Le secret engendre la rumeur, et Ahidjo laisse courir bruits et calomnies, à commencer par toutes les intentions et motivations, souvent diffamatoires, qu’on lui prête, à l’exception des fausses nouvelles qu’il estime dangereuses pour la nation, à un titre ou à un autre. Est-il insensible aux attaques, voire masochiste? Pas le moins du monde, mais son orgueil lui interdit de répliquer ou de démentir, pis encore, de produire des preuves, ce qui serait à ses yeux s’avilir.
Recueillir des informations, on l’a vu, est chez lui une préoccupation permanente, un objectif de toutes ses audiences. Il écoute chaque jour Radio France internationale, la BBC et la Voix de l’Amérique. Il consacre du temps à la lecture des principaux quotidiens et hebdomadaires français. Il lit les rapports de police dès qu’ils lui parviennent. Il reçoit discrètement des indicateurs, de préférence lors d’un séjour privé dans le Nord, à Kribi ou sur la Côte d’Azur plutôt qu’au palais de Yaoundé. Il les écoute tout aussi attentivement que les informateurs respectables, personnalités camerounaises ou étrangères qui ont intérêt à le renseigner ou qui sont enclines au bavardage. Et il se laisse rarement intoxiquer : il est sur ses gardes, il recoupe, il demande les sources avec insistance et, s’il ne les obtient pas, il ne prend pas en compte. Toutefois, cette inquisition méticuleuse a un inconvénient : citant lui-même volontiers ses sources pour faire réagir un interlocuteur, il les tarit parfois. Car le simple « Untel m’a dit », rapporté à l’auteur du propos, incite celui-ci à tenir sa langue. Et car les proches du Président, sa femme elle-même, en viennent à lui taire des informations utiles mais improuvables, sachant qu’ils seraient accusés de colporter des ragots. »
Source : Philippe Gaillard, Ahmadou Ahidjo, Patriote et despote, bâtisseur de l’Etat camerounais, Paris, JALIVRES, 1994, p. 184.


Paul Biya, le machiavel du pauvre
Observateurs avertis et écrivains se sont penchés sur le cas Biya. Il suffit de prendre connaissance de leurs propos pour prendre connaissance de ce qu’ils pensent du phénomène politique qu’est l’homme du 6 novembre 1982.
Dans le livre. Mongo beti, Lettre ouverte aux Camerounais ou la deuxième mort de Ruben Um Nyobe, (Yaoundé, Editions Peuples noirs, 1986, 131 p.) Mongo Beti écrit :
« […] on lui a dit que bafouer la morale en politique est le fait des grands hommes d’Etat ; il l’a cru, à tort bien sûr. Paul Biya ne serait de toute façon que le Machiavel du pauvre et de l’analphabète. Le cynisme sans la profondeur de méditation, la pénétrante intuition des plus lointains horizons, n’est qu’un travers de médiocre, la mesquinerie d’un fantoche, cette malédiction africaine. Ce ne sont pas les vingt ans passés à lécher les bottes d’Ahmadou Ahidjo qui lui auront donné le courage de la lucidité, ni encore moins sa longue formation sous la férule d’une congrégation de missionnaire stupidement rétrograde. Jeune étudiant, à cet âge où d’autres trépignent d’enthousiasme créateur, d’ambition compétitive, il opte, lui, pour la seule grande école française où l’on entre sans concours, l’Ecole nationale de la France d’outre-mer (ENFOM) ; elle forma longtemps à l’usage des colonies africaines des administrateurs blancs pétris d’arrogance, mais compétents ; désormais, elle produisait de hauts bureaucrates accroupis, les sommités creuses dont le néo-colonialisme avait besoin. Durant son séjour en France, il ne connaitra guère que les allées d’un campus, en plus de la chambre où il restera toujours terré à une époque où il ne se passait point de mois, guère de semaines sans une grande manifestation d’étudiant anticolonialistes ans Paris – ce qui ne l’empêchera pas, une fois nommé président par son prédécesseur, de répandre des rumeurs trop flatteuses pour être catholiques sur son passé militant […] »
En 2002, dans une interview réalisée et éditée par Ambroise Kom, le célèbre écrivain revient à la charge en écrivant : « L’insensibilité de ce type est bizarre. L’insensibilité, la passivité, chez lui, sont quand même anormales. Il y a une anecdote qui m’a toujours paru assez significative. C’est Abel Eyinga qui me l’a racontée. Abel habitait à Sceaux, une commune près d’Antony. Et Biya était étudiant à Antony. Un jour, Biya vient voir Abel parce qu’Abel venait de séjourner ici comme directeur de cabinet de Charles Assalé. Il avait eu des problèmes et il était revenu en France. Et Biya de dire à Abel : « J’ai l’intention de rentrer au pays. Est-ce qu’on peut y être administrateur sans problème ? Est-ce que tu crois que je peux être administrateur là-bas ? Moi je veux juste être administrateur dans un coin. Est- ce que c’est possible sans problème ? Est-ce que je ne vais pas être pris dans un engrenage politique ? » Abel lui répond : « Si, si, c’est possible, pourquoi pas ? C’est possible ». Tout cela pour montrer le manque d’ambition du personnage.» (Kom.115)
C’est Christian-Tobie Kuoh qui relate avec précision, dans son ouvrage Une fresque du régime Ahidjo (1970-1982), paru aux éditions Karthala en 1991 qui relate les circonstances du recrutement de Paul Biya en 1962, qui était entré dans l’administration camerounaise par le sommet, c’est-à-dire par la présidence de la République.
Le regard des observateurs et auteurs permet de lever un pan de voile sur la manière de gouverner de Paul Biya. Selon Titus Edzoa, Paul Biya est un intrigant qui oppose ses collaborateurs. « Voyez-vous, jeunes gens, vous êtes deux amis. Vous êtes jeunes. Vous êtes ambitieux. Il (Paul Biya, Ndlr) appelle l’un de vous et lui dit : ‘’je vais te nommer à tel poste ». Puis il le fait. Vous vous mettez à travailler. Ensuite, il appelle votre ami et lui dit du mal de vous et de votre manière de travailler. Et promet votre poste à votre ami. Puis, il vous dit que votre ami fait des mains et des pieds pour vous prendre votre poste. Quelques temps après, il le nomme à votre place. Comment ce dernier peut-il démontrer qu’il n’est pas à l’origine de votre chute ? Vous êtes obligé de vous brouiller. Et cela installe un climat malsain, un climat de méfiance et d’animosité. Et pourtant, vous êtes complémentaires et on a besoin de cela pour un bon rendement. Il y a aujourd’hui des techniques modernes de gestion. Un travail d’équipe. C’est ce que nous allons proposer aux Camerounais. Bien, s’il y en a qui sont dans le même état d’esprit que moi et s’ils ont le courage de démissionner, c’est tant mieux ! Mais s’ils ne l’ont pas, ça c’est leur affaire. » (Ngando, 72). Edifiant !!!
Yvana Eyango


Paul Biya, nargue les Camerounais
Courant avril 1991. Les « villes mortes », opérations de désobéissance civique, sont lancées à partir de Douala. Sur les dix provinces de l’époque, seuls le Centre, le Sud et l’Est boycottent le mot d’ordre. Paul Biya entreprend alors une tournée de l’ensemble des chefs-lieux des dix régions, lui dont on sait pourtant qu’il n’aime pas visiter le pays profond. L’objectif est de rassurer ses partisans de ce qu’il contrôle encore le pays et reste le maître du jeu. Tout le monde est alors convaincu qu’il n’osera pas mettre les pieds à Douala, ville frondeuse et fief de l’opposition. Contre toute attente, et déjouant alors les prédictions des uns et des autres, Paul Biya va quand même se rendre à Douala. C’est dans une ville militarisée qu’un matin de septembre 1991, arrive Paul Biya. A la place de l’UDEAC où se déroule la cérémonie, il déclare alors hautain et goguenard, et par deux fois comme pour que les doualéens accusent la provocation : « Me voici donc à Douala ! » Le ton est narquois. Depuis quelque temps déjà dans une logorrhée verbale qu’on ne lui connaissait pas jusqu’ici, lui qu’on sait taciturne et peu disert, semble maintenant prendre un certain plaisir à narguer les Camerounais. « Me voici donc à Douala ! » C’est un défi lancé aux Ekindi, Eboua, Mboua Massock, Ekane, Yondo Black, Ekwe et les autres. Qu’ils viennent donc ! Il les attend. D’ailleurs, n’avait-il pas déjà donné à certains d’entre eux qui réclamaient vindicativement la conférence nationale souveraine, la fessée nationale souveraine ?
Mais au-delà de ces destinataires, ne faut-il pas croire que c’est aux Camerounais dans leur ensemble qu’il s’adresse ? Que Douala la frondeuse, les Mboua Massock et autres, ne sont que l’arbre qui cache la forêt ? En tout cas, Paul Biya, au fil des épreuves des années de braise, qu’il parvient extraordinairement à surmonter quand à côté les Kérékou, les Sassou et autres, ne réussissent pas à résister à la bourrasque des conférences nationales souveraines, acquiert de l’assurance et s’enhardit au jour le jour et son verbe se fait caustique et truculent au détriment des Camerounais. D’ailleurs, pourquoi il n’en serait pas ainsi ? Que leur doit-il au fond ? Certainement rien. Naturellement peu porté vers les autres, il s’est renfermé radicalement sur lui-même dans son tabernacle inaccessible d’Etoudi, depuis l’épreuve initiatique du 6 avril 1984 qui aura été un rite de passage déterminant dans son rapport au pouvoir et aux Camerounais. Six années plus tard, lorsque souffle le vent d’est qui manque de l’emporter n’eût été les erreurs stratégiques de l’opposition, Paul Biya qui réussit l’exploit de se tirer de ce funeste pas, certes, non pas sans laisser des plumes au passage, on peut l’imaginer, se jure de ne plus faire de cadeaux aux Camerounais. Mais en avait-il déjà fait depuis qu’il est là ? Il est permis d’en douter.
T.D.


Paul Biya prend la petite porte démocratique de l'histoire
Au lendemain de la chute du mur de Berlin en 1989 et de l’avènement de la Perestroïka, un vent de libertés souffle qui annonce le printemps des libertés pour des peuples opprimés. Il est le présage du crépuscule des dictatures et des totalitarismes. Le 20 juin 1990 à l’occasion de la 16e conférence des chefs d’État d’Afrique et de France, tenue à la Baule, François Mitterrand, tirant la leçon de ce moment capital de l’histoire contemporaine, déclarait dans son allocution marquant l’ouverture solennelle du sommet, aux dirigeants africains : « [la] démocratie […] vient d’apparaître aux peuples de l’Europe centrale comme une évidence absolue au point qu’en l’espace de quelques semaines, les régimes considérés comme les plus forts ont été bouleversés. Le peuple (est) dans les rues […] le pouvoir ancien (a cessé) toute résistance […] cette révolution des peuples […] va continuer […] ce souffle fera le tour de la planète[…] ce plus de liberté, ce ne sont pas simplement les États qui peuvent le faire, ce sont les citoyens [et] j’ai naturellement un schéma tout prêt :système représentatif, élections libres, multipartisme, liberté de la presse, indépendance de la magistrature, refus de la censure… ». À la suite de cette rencontre au sommet, beaucoup de pays africains s’ouvrent à la démocratie multipartiste. Au Cameroun, ce retour au pluripartisme va être marqué par la violence de part et d’autre des parties prenantes au jeu politique, au début des années 91. En effet, sous l’égide de la Coordination des partis politiques de l’opposition, des villes mortes vont être organisées sur toute l’étendue territoire. Les conséquences en sont terribles, socialement et économiquement, et le pays est au bord du précipice, peu s’en faut pour qu’il sombre. La Coordination revendique au départ la tenue d’une conférence nationale, qu’elle voudra souveraine par la suite. Le régime semble exsangue, et tout le monde pense alors que Paul Biya va céder. Ce n’est plus qu’une question de temps.
Jeudi 27 juin 1991. Les Camerounais attendent avec anxiété le discours de Paul Biya qui est attendu à l’hémicycle réuni en session ordinaire consacrée à l’examen du budget de l’État pour l’année législative 1991/1992. Le message est transmis en direct à la radio et à, la télévision. C’est alors que contre toute attente Paul Biya laisse tomber tel un couperet : « la conférence nationale est sans objet pour le Cameroun ». Dans les rangs de l’opposition, les réactions ne se font pas attendre. « Douala est dans la rue. Ça gronde de colère, et on peut craindre le pire » déclare alors le prince Dika Akwa Nya Bonambela, Président de l’UPC. Flambeau Ngayap de la Convention libérale dira quant à lui que « Paul Biya est tombé sur la tête ». Jean-Jacques Ekindi du Mouvement progressiste affirmera pour sa part que le discours de M. Biya est « une déclaration de guerre ». De toutes parts les réactions fusent qui en appellent à passer des « villes mortes » au « pays mort ». Une marche sur Etoudi est prévue alors pour le 5 juillet dont l’objectif est de déloger Biya et de donner le pouvoir au peuple. Cette radicalisation de l’opposition s’explique par le fait qu’elle vient de se rendre compte qu’elle a été dupée, flouée et narguée par Paul Biya. En effet, il faut remonter à quelques mois avant ce discours, entre le 30 octobre et le 13 novembre, période qui voit tenir au palais des congrès, une rencontre entre le Gouvernement, les partis politiques et la société civile, baptisée tripartite et présider par le Premier ministre d’alors Sadou Hayatou. Il est question de débattre de l’ensemble des problèmes que le pays traverse. Il est prévu notamment un « grand débat » sur la constitution qui dans la bouche de M.Kontchou Kouomeni, ministre de la communication d’alors, se transforme en « large débat » et aboutit en un comité restreint dans une salle exigüe du premier ministère duquel sortira « la constitution étriquée et corsetée » de 1996. Au sortir de la tripartite, la Coordination de l’opposition, forte des résolutions prises, lève le mot d’ordre des villes mortes. En retour, elle s’attend à ce que M. Biya tienne également ses promesses. Grande est donc sa surprise ce 27 juin quand elle réalise que Biya  vient de narguer l’opposition et le Cameroun tout entier. Sadou Hayatou lui-même n’en revient pas et se sent trahi par le président. Tout le monde à ce moment-là a eu la mémoire courte. Personne ne se souvenait alors de ce que déclara un jour feu le président Ahidjo qui disait de Biya qu’ « en plus d’être lâche, il était fourbe et hypocrite ». Paul Biya va alors réquisitionner contre la coordination les forces de 3e et 4e catégories qui empêcheront la marche du 5 juillet sur Etoudi dont les meneurs,  retranchés au domicile de Ndam Njoya à Essos,  sont assiégés. La montagne venait d’accoucher d’une souris. Les Camerounais sont loin de se douter qu’ils ne font que commencer à découvrir les visages de l’homme du 6 novembre, dont certains exégètes proclamés disent de lui qu’il a Le Prince de Machiavel comme livre de chevet.


Paul Biya, roi fainéant à perpétuité
Avant la présidentielle de 2011, Fanny Pigeaud, alors correspondante du journal Libération à Libreville, commettait un article caustique mettant à nu la gouvernance catastrophique de Paul Biya et évoquant la volonté de Paul Biya de s’éterniser au pourvoir. Presque sept ans après, ce papier reste d’actualité. Entre temps, elle a remis une couche en publiant un ouvrage dans lequel elle décrypte le régime de l’homme du 6 novembre 1982.
Au pouvoir depuis 1982, le président du Cameroun briguait hier un sixième mandat lors d’un scrutin sans enjeu dans un pays miné par la corruption et verrouillé par la répression.

Il fait très peu parler de lui. Pourtant, il est dans le pool des présidents qui s’enlisent au pouvoir : Paul Biya, [85] ans, règne sans partage sur le Cameroun depuis 1982. Sans qu’on ne voie de fin : après avoir changé, en 2008, la Constitution pour pouvoir se représenter, il a brigué hier un nouveau mandat de sept ans lors d’un scrutin à un tour. Et nul ne doute vraiment du résultat.
Ce n’est pas en travaillant d’arrache-pied pour son pays que cet homme à la voix éraillée et à la démarche aujourd’hui mal assurée a réussi à rester au pouvoir aussi longtemps. Au contraire. Depuis trente ans, le Cameroun recule, plongé dans une profonde léthargie, en total décalage avec son énorme potentiel économique. «Il n’y a pas eu de croissance ces cinq dernières années si on la rapporte au nombre d’habitants», a déploré le Fonds monétaire international début septembre, invoquant notamment un «sous-investissement dans les infrastructures essentielles» et «une mauvaise gestion des finances publiques». Pendant que ses concitoyens tirent le diable par la queue (40% de la population vit avec moins de 2 dollars par jour), Biya, surnommé le «roi fainéant», séjourne la majeure partie de son temps dans un hôtel huppé de Genève ou dans son village natal, dans le sud du Cameroun. Il préside, en moyenne, un Conseil des ministres par an. Le dernier s’est tenu en juillet 2009.
Manipulateur. C’est à son talent de manipulateur que Paul Biya doit sa longévité. Suivant la recette «diviser pour mieux régner», il entretient en permanence rivalités et peur au sein de la classe dirigeante, vieillissante comme lui. Sur le même principe, son régime a instrumentalisé les identités ethniques pour casser l’opposition dans les années 90. Il utilise aussi la justice et la force : en février 2008, la police et l’armée ont tiré à balles réelles sur des jeunes qui manifestaient contre son projet de révision constitutionnelle et la vie chère. Bilan : officiellement 40 morts, au moins 139 selon des ONG.
Le Président a aussi usé d’une technique originale : celle consistant à maintenir un équilibre institutionnel précaire qui effraie et paralyse tout le monde. Depuis quinze ans, par exemple, le Sénat, qui est censé jouer un rôle important en cas de vacance du pouvoir au sommet de l’Etat, n’existe que sur le papier. Autre particularité : afin de les éloigner du champ politique et s’assurer leur soutien, Paul Biya laisse, voire encourage, ministres et autres hauts responsables à se servir dans les caisses de l’Etat et à tremper dans divers trafics maffieux. Ceux qui ont trop accumulé et commencent à avoir des vues sur le fauteuil présidentiel sont écartés, invariablement inculpés pour «détournements de fonds publics» et incarcérés. Actuellement, neuf anciens ministres sont en prison. Surtout, la corruption et la triche, au cœur du fonctionnement de l’Etat, ont gagné toutes les sphères de la société. Elles ont permis, avec la répression, de tuer le système éducatif ainsi que l’opposition, désormais en lambeaux, et de pourrir la scène politique, comme le montre la foison de candidats qui se présentaient hier : ils étaient 22 face au président sortant, et aucun n’a la capacité de mobiliser les foules et d’inquiéter l’autocrate.
Cette mainmise totale de Paul Biya n’aurait pas été possible sans la France, qui avait déjà, en 1960, installé au pouvoir son prédécesseur, Ahmadou Ahidjo, à l’issue d’une guerre particulièrement atroce. Les autorités françaises ont en particulier apporté une aide déterminante en 1992, lors d’une élection présidentielle très disputée : elles ont ouvertement soutenu Biya alors qu’au même moment les autres bailleurs de fonds du pays, dont les Etats-Unis, dénonçaient la crédibilité du scrutin. Paris a ensuite donné des financements qui ont permis au régime de reprendre la main face à une opposition largement majoritaire. Auparavant, c’est Elf qui avait avancé de l’argent à Biya pour sa campagne électorale.
Depuis, les liens entre Paris et Yaoundé sont restés étroits : ils passent par les nombreuses entreprises françaises installées au Cameroun, qui contrôlent une bonne partie de son économie, en travaillant main dans la main avec des caciques du régime. Orange, Bolloré, Total, Castel, la Compagnie fruitière et Hachette sont de celles qui font de très bonnes affaires dans le pays, où la corruption permet de transgresser les lois et d’engranger des bénéfices énormes.
Cynisme. Washington ayant également depuis quelques années des intérêts commerciaux importants dans la région, les pays partenaires du Cameroun ont désormais la même ligne de conduite : ne pas fâcher le prince pour conserver son business. La communauté internationale est ainsi restée muette lors de la violente répression de 2008. Mieux, elle donne de l’argent à Yaoundé. L’Union européenne finance, par exemple l’organisme électoral chargé de la mise en œuvre de l’élection présidentielle, bien qu’il soit totalement inféodé au parti de Biya
Les Camerounais restés lucides sont, eux, fatigués. Ils ne prennent plus la peine de voter ou de relever le cynisme de Biya : lors de la campagne électorale de 2004, il avait promis la construction d’infrastructures, parlant d’un «Cameroun des grandes ambitions». Cette fois-ci, et alors que rien ne s’est passé depuis 2004, il annonce sur Twitter (service que son régime a fait interdire en février à cause de timides appels au soulèvement qui circulaient par mail et SMS) : «Croyez-moi, à nos grandes ambitions vont succéder de grandes réalisations.»
Fanny Pigeaud, alors correspondante à Libreville