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Livres S'il fallait recommencer, nous ne mettrons plus de gant

S'il fallait recommencer, nous ne mettrons plus de gant

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J'ai bien pensé m'abstenir de réagir, après avoir pris connaissance, dans les réseaux sociaux,  des réactions suscitées par notre récente publication du 3 mai 2017 : Paul Biya, Roi fainéant à perpétuité et sans ambition. En choisissant cette titraille, nous étions conscients de la polémique qu'elle devait susciter, de la calomnie dont nous serions l'objet, des tonnes de boues nauséabondes qui seraient déversée sur nous par des moralisateurs courageux, partisans du statu quo mortifère cachés derrière les pseudonymes, des applaudissements des progressistes qui rêvent et se battent quotidiennement pour l'avènement d'un Etat de droit véritablement démocratique.
Nous avons entendu des vertes et des pas mûres. Des qualificatifs aussi valorisant tels que « Journaleux », « acte de guerre », « inculte », « nul à  perpétuité», « enseignant frustré», « Germinal est une feuille de chou ». Et tutti quanti. Normal, puisqu'il faut de tout pour faire un monde. Et très peu de personnes, sur un forum surtout, échappent aux pièges de la spontanéiité et du spontanéisme.
Paradoxalement les qualificatifs sus-cités sont écrits par des personnes d'une moralité irréprochable et respectueuses du monarque présidentiel et de l'institution qu'est la présidence de la République. A lire ce qu'elles écrivent, on dirait que nous avons affaire aux enfants de la rue de Ntaba, de Mokolo Elobi ou de Kassalafam qui ne peuvent aller à  l'Ecole du fait de la gestion catastrophique de notre patrimoine commun par un gang au pouvoir ; ces gamins de la bouche desquels on entend souvent « Imbécile tais-toi, mal élevé, ta mère pond des oeufs noirs ». Il ne faut pas avoir été dans la classe du Directeur d'école (CM2, je veux dire), pour comprendre ces gamineries, semblables à  celles débitées par l'étourdi qui rejette le principe en affirmant « moi, je n’ai pas de principes », oubliant qu’en posant que nul principe ne se recommande de son attachement, c’est par la porte chasser les principes en ayant garde de leur ouvrir la fenêtre. Autrement dit, c’est par conséquent en évacuer un grand nombre pour en recueillir une infime partie d’un même mouvement : refuser tout principe, c’est ériger en principe le refus, et c’est dont accepter le principe. Pour ne pas être gourmand, l’on n’en a pas moins appétit.
Peut-être faudrait-il, sans prétention aucune, rappeler aux bien-pensants qu’en démocratie même tropicalisée, devancée ou avancée, l'irrévérence et l'impertinence sont des droits inaliénables des journalistes. Tout comme douter est un droit de tout citoyen dans un environnement même prétendument démocratique. Germinal revendique ces droits.
En monarchie, dans des régimes dictatoriaux et despotiques, où règne la pensée inique, pardon unique, l'irrévérence, l'impertinence, tout comme douter sont des crimes. Germinal combat et combattra ce type de régime quitte à subir les conséquences ou à payer le prix de son positionnement éditorial. N’en déplaise aux des grincheux.
N’étant prisonniers ni d’un clan, ni d’une tribu ou d’une ethnie, encore moins d’un lobby ou d’une confrérie mystico-religieuse, nous ne sommes et ne seront jamais partisans ni de l’aplaventrisme journalistique (c’est-à-dire du journalisme de révérence) ni du cannibalisme médiatique. Et nous refusons que l’on contraigne notre pensée à ce qu’on nous dit de penser. (lire Germinal n°085). C’est bien ce qui nous distingue des autres. Nous qui avons choisi de ne jamais être des victimes silencieuses. Nous qui préférons être en désaccord et en opposition avec tout le monde lorsque rationnellement nous avons raison que de l’être avec nous-même tout seuls et de nous contredire, pour reprendre Socrate. Nous respectons les points de vue des uns et des autres, mais nous ne souhaitons pas être à la place de ces donneurs de leçons de morale, de politesse jusqu’à l’obséquiosité, qui ne se rendent même pas compte qu’ils sont tombés de leur piédestal.
Nous constatons, pour le déplorer, que certains bien-pensants sont frappés d’amnésie rétrograde, pour ne pas dire qu’ils mentent par omission, quand, paradoxalement ils font semblant d’oublier les engagements que leur champion a pris devant les Camerounais. En optant pour la démocratie, même formelle, comme système de gouvernement, en optant pour le régime de concurrence partisane, le résident de la République du Cameroun était bien conscient que ce régime expose la figure présidentielle à la critique, à la désacralisation et la démystification. Il signait ainsi la mort du Président-Dieu ou du Dieu-Président. Dieu est mort, se serait écrié Nietzsche. Nicolas Sarkozy, alors président de la République française et qualifié de Voyou de la République par l'hebdomadaire Marianne, en sait quelque chose. Valeurs actuelles croquent, (presque) tous les jours, à belles dents, François Hollande. La pugnacité du Canard enchainé a bousillé François Fillon, pour ne citer que ces médias si loin mais si proche de nous. A coup sûr, Emmanuel Macron, nouveau président français passera sous les fourches caudines des médias hexagonaux.
Alors que cachent ses cris d’orfraie que poussent les partisans d’une dictature sortie des urnes qui tient les Camerounais captifs de leur instinct de conservation ?
Par ailleurs, nos contempteurs nous ont même collé l’étiquette d’ « opposant ». Ah, qu’ils aiment des étiquettes, ces Camerounais !!!
Cela fait sourire quand on constate qu’ils recourent à l'emprunt d'un concept pour en faire un dispositif normatif comme le font souvent ces Camerounais qui savent généralement ce qu'ils doivent être avant de savoir ce qu'ils sont. En recourant à l’emprunt du concept ‘’opposant’’, ils tentent malhabilement de faire accroire qu’en face nous avons affaire à un "proposant"(Rdpc, Renouveau et quelques gloutons qui gravitent autour de la Mangeoire). Ce faisant, en employant le mot "opposant" ils oublient que nous avons affaire moins à une substance qu'à une relation si je m'en tiens aux réminiscences mathématiques qui traversent mon esprit. Pour nous, en tout cas, il est inintéressant, même pas intelligible, de se proclamer "opposant" ou de continuer à se décorer de ce qualificatif quand en face, il n'y a pas de "proposant", quand on a en face un néant de propositions et de projet, mieux quand on fait face à un nihilisme de finalités sans fin du pouvoir pour le pouvoir, du pouvoir pour jouir et déféquer (Eboussi, 2014), tout en réprimant toute pensée divergente ou tout en ayant peur de l’alternance comme ils ont peur des bruits et mouvements des colonies de chauves sauvent qui envahissent les manguiers du centre-ville de Yaoundé.
Pour conclure, je me permets de revenir sur l’accusation qui est portée contre nous : à savoir que nous avons injurié Paul Biya, ce plus mauvaise héritage qu’Ahmadou Ahidjo nous a laissés.
Injures !!! Si cela était prouvé, qui est le maitre de qui ? N’est-ce pas Paul Biya qui a très souvent donné quelques noms d’oiseaux à ces adversaires politiques en les qualifiant de « bonimenteur du chaos », d’ « apprentis sorciers », de « partisans de la péroraison creuse » ? N’est-ce pas Paul Biya qui a souvent nargué et méprise le peuple camerounais en déclarant : « C’est rare aujourd’hui de trouver un gouvernement qui dure 30 ans » ; « ne dure pas au pouvoir qui veut, mais dure qui peut » ?
S’il fallait recommencer, nous ne mettrons plus de gang !
Jean-Bosco Talla