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Maurice Kamto: l'intellectuel, le politique et la renaissance - Et si la trajectoire de Maurice Kamto m'était contée!

Maurice Kamto: l'intellectuel, le politique et la renaissance - Et si la trajectoire de Maurice Kamto m'était contée!

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Index de l'article
Maurice Kamto: l'intellectuel, le politique et la renaissance
Et si la trajectoire de Maurice Kamto m'était contée!
Au coeur d'une oeuvre: Maurice Kamto, un intellectuel authentique
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Et si la trajectoire de Maurice Kamto m'était contée!
À la question de savoir sous laquelle de ces casquettes : M. le Professeur, Maître, M. le Ministre, M. le Président, il aimerait qu’on l’appelle, Maurice Kamto que j’ai l’honneur de rencontrer pour la première fois répond qu’il n’a aucune préférence et qu’il ne voit pas d’inconvénient à ce que l’on interpelle par son nom. Le ton, la pose et la tenue de l’homme que j’ai en face de moi ne me paraissent pas d’une modestie dissimulée ou artificielle. J’ai le sentiment que ce sexagénaire cultive un détachement vis-à-vis des titres dans un contexte camerounais fortement marqué par un fétichisme inflationniste des titres ronronnant, des grades universitaires dont on se gargarise ostensiblement, et des positions sociales dont aime abuser à des fins de trafic d’influence. Au Cameroun, en effet, une crise ontologique sévit depuis l’avènement du Renouveau : on n’existe pas si on n’a pas une position sociale et quand on l’a, on l’affiche ostentatoirement, à la limite du grotesque. Maurice Kamto paraît sortir du lot. Cette attitude m’a poussé, après l’avoir écouté, à en savoir davantage sur la trajectoire de ce Camerounais dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle aura été riche et brillante.
Maurice Kamto est né un 14 février 1953 à Bafoussam, le chef-lieu de la Région de l’Ouest Cameroun, dans une famille modeste. Cette détermination sociologique explique sans doute, la modestie que je lui trouve. Après de brillantes études primaires et secondaires, sanctionnées par un Baccalauréat, il entre à l’Université de Yaoundé, au courant de l’année universitaire 1975/1976. En 1979, il obtient au terme de quatre années d’études, une Licence en Droit public. Il faut dire qu’à l’époque, c’était le temps imparti à ce cycle qui sera pourtant revu à trois ans dans les autres facultés. Un mouvement de protestation dont Kamto est porté à la tête par ses pairs de la Faculté de Droit se fait entendre qui finit par obtenir la réparation d’une telle injustice. Cela vaudra au jeune leader ses premières démêlées avec le pouvoir autocratique et policier d’Ahidjo. Il s’envole alors en France où il dépose ses valises à l’Université de Nice. En 1980, il y obtient un DEA en Droit public fondamental avec mention assez bien. En 1981, il obtient un autre DEA en Droit international public et privé avec mention bien. En 1982, il est diplômé de l’Institut d’Administration publique de Paris. À Nice, il va obtenir d’autres diplômes : en Études communautaires, etc. Il faut rappeler qu’il aura été reçu au Cameroun, au concours d’entrée à l’IRIC. À l’époque cette grande école formait uniquement des diplomates. En 1983, Kamto va soutenir une thèse de Doctorat d’État en Droit à la Faculté de Droit de Nice, avec mention très bien, Prix de thèse de la ville de Nice, Prix des sciences de l’académie d’outre-mer. Il sera également agrégé des Facultés françaises de droit. Son directeur de thèse lui propose alors un poste d’enseignant. Mais Kamto, comme beaucoup de jeunes camerounais exilés d’alors, aspire à rentrer au Cameroun, ce d’autant que le Président Ahidjo venait de démissionner au profit de Biya qui déclarait alors qu’il n’est plus nécessaire pour exprimer ses opinions, de s’exiler ou de prendre le maquis. Kamto rentre donc au Cameroun. Commence pour lui une carrière d’enseignant qui le conduit à l’université de Yaoundé, de Ngaoundéré et depuis 1994, à l’université de Yaoundé II, où il sera Doyen de la Faculté des Sciences juridiques et politiques. Kamto enseigne également à l’ENAM et à l’IRIC. Il est régulièrement invité par plusieurs universités occidentales et africaines. Depuis le 27 septembre 1999, il est membre de la Commission de Droit international des Nations Unies, il est également membre et conseiller juridique de la délégation camerounaise de la Conférence diplomatique de Rome pour la création de la Cour Pénale Internationale dont il est d’autre part, membre du comité de rédaction. C’est dire si au plan professionnel Maurice Kamto aura eu une vie brillante et remplie.
On peut situer le début de la carrière politique de Kamto à partir de sa contribution en tant qu’avocat de la délégation camerounaise, à la résolution du conflit frontalier qui opposait le Cameroun au Nigeria, au sujet de la presqu’île de Bakassi, courant 1994-2008. Ce sera sans doute ce qui explique sa nomination au gouvernement comme ministre délégué auprès du Vice-premier ministre, ministre de la Justice, en décembre 2004. Il se disait alors que le régime de Biya très mal vu par les institutions internationales avait besoin de la caution morale que lui apporterait un homme de la trempe de Kamto. Mais voilà qu’en 2011, contre toute attente celui-ci démissionne. Que s’était-il passé ? En 2012, un 13 août, Kamto se lance avec d’autres personnalités dont Alain Fogué Tedom, dans la création d’un parti politique, le MRC. Il faut dire que le fondateur du parti au départ est Fogué, et c’est à l’issue plus tard des élections internes au parti que Kamto est porté à la présidence du MRC. Commence alors pour ce néophyte de l’arène politique camerounaise une période de baptême de feu, où il sera attaqué de toutes parts. D’abord, à l’intérieur du parti où Assigana Fabien et certains jeunes loups lui contestent sa qualité de leader et sa gestion qu’ils jugent autocratique, voire ethnofasciste. Le premier scandale qui va mettre le feu aux poudres sera l’emprisonnement d’un jeune du parti, Denis Atangana. Certains pointent du doigt le RDPC comme celui qui tirerait les ficelles et les marrons du feu. Mais déjà, avant qu’il ne démissionne, Kamto est accusé de plagiat avec Jean Claude Tcheuwa, par Mouangué Kobila. Ce dernier en effet, leur reproche de l’avoir plagié dans leur Manuel corrigé d’exercices de droit international public, paru en 2010 aux Presses de l’Université catholique d’Afrique centrale. Kamto est également accusé par ce dernier de tribalisme, etc. Naturellement Kamto réagira en portant plainte contre Mouangué, devant les tribunaux. En 2016, pendant qu’il est en campagne dans le fief naturel du SDF, Kamto est accusé par un ancien député de l’UPC, Paul Soppo, au cours d’une émission à LTM télévision, qui y affirme que c’est le cabinet Brain Trust Consulting dont Kamto est actionnaire, qui a produit le projet de Code pénal adopté le mercredi 22 juin 2016, et contre lequel une bonne partie de la population était opposée, et qui lui aura rapporté la rondelette somme de 14 milliards de  FCFA. Qu’en est-il réellement ? La vérité serait aux antipodes de ces affabulations, car comment comprendre qu’un ministère dont le budget ne va pas au-delà de 12 milliards, puisse lancer pour 14 milliards, un appel d’offres pour le projet d’un code ? Cela n’est pas vraisemblable et va contre le simple bon sens. Le coût réel du marché dont il est question est largement en déçà des chiffres annoncés, moins de 100 millions de FCFA.
Dans la lettre ouverte qu’il adresse à Kamto, Fabien Assigana, reprenant à son compte des accusations proférées par un groupe de leaders se réclamant du panafricanisme, déclare que Kamto serait pour le maintien du FCFA, qu’il aurait pour modèle Alassane Ouattara, et qu’il aurait taxé Afrique Média de TV de « mille collines » qui devrait être fermée manu militari. En d’autres termes, Kamto serait le candidat des Français. Où est la vérité ? S’agit-il là de simples joutes politiciennes ? Il reste que le MRC de Kamto occupe petit à petit le terrain. En effet, sur tous les sujets d’actualité, depuis la crise de Boko Haram jusqu’aux récents événements de Bamenda et Buéa, on voit le MRC prendre position par la voix autorisée de son président. Cet investissement donne à Kamto d’être confiant au point d’affirmer avec force conviction qu’il battra Paul Biya aux prochaines élections présidentielles de 2018. Kamto en a la conviction intime et la machine administrative de l’Etat-RDPC ne l’arrêtera pas. Le rêve d’un destin présidentiel de plus d’un a été brisé dans ce pays, qui s’est échoué dans les geôles de Paul Biya. Celui de Kamto y échappera-t-il ? Attendons de voir et souhaitons-lui bon vent, car depuis 1992, notre soif de changement n’a jamais été étanchée.
Tissibe Djomond