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Cameroun, 2017-2018: Zone de fortes turbulences; Tout est prêt pour que tout explose

Cameroun, 2017-2018: Zone de fortes turbulences; Tout est prêt pour que tout explose

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Index de l'article
Cameroun, 2017-2018: Zone de fortes turbulences; Tout est prêt pour que tout explose
Vers une crise sociale majeure comme en février 2008
Prémonition: Aux abris
Jeu politique pipé: source d'une déflagration sociale
Extrême Nord: une poudrière idéale
La bombe jeune en passe d'être dégoupillée
L'Est colère
Le droit à l'éducation n'est pas supérieur aux autres droits fondamentaux
Les injustices sociales: sources d'explosion sociale
Victoires des Lions indomptables: une hirondelle ne fait pas le printemps
Toutes les pages

La chance d'un cadavre
Disons-le sans périphrases prudentes : Paul Biya est chanceux. Il a la chance d’un cadavre.  Il est tellement chanceux que chaque fois que le fruit mûr attend un coup de vent pour tomber, quelque chose apparait de nulle part, pour lui donner l’occasion de reprendre la main et maitriser la situation. Avant le début de la crise anglophone, tous les observateurs avertis s’accordaient pour dire que tous les ingrédients étaient réunis pour qu’une crise sociale majeure déclenche et emporte le régime du Renouveau-Rdpc sclérosé et englué dans ses contradictions. Vie chère, chômage massif des jeunes, insécurité généralisée, corruption devenue système, jeu politique pipé. Ceux qui lisent dans la boule de cristal prédisaient la chute du régime d’ici la fin de l’année 2017. Mais, voilà, patatras ! une crise anglophone impensée est déclenchée, reléguant la catastrophe d’Eséka au second plan et lui donnant l’occasion de faire semblant de dialoguer avec les grévistes pour pousser les initiateurs des mouvements de grève à la faute afin de sortir ses armes de répression massive.
Des Camerounais avaient également pensé que

cette crise anglophone allait tenir, pendant longtemps, en haleine le peuple, mais voilà que les Lions indomptables remportaient leur cinquième Coupe d’Afrique des Nations de football organisée au Gabon. Cette victoire des Lions venait à son tour reléguer, pour un temps, la crise anglophone au second plan. Paul Biya n’a d’ailleurs pas hésité à récupérer politiquement cette victoire.
Mais, comme on dit au quartier, une hirondelle ne fait pas le printemps. La victoire des Lions indomptables masque mal la triste et dure réalité du désenchantement général. Après ce triomphe inespéré, le Cameroun continue d’être traversé par de multiples crises sur les plans économique, social, sécuritaire et politique. Sur ces multiples fronts, le gouvernement a échoué à apporter des solutions efficaces et durables. Le Cameroun se trouve ainsi au bord de l’explosion du fait de Paul Biya et de son équipe qui continuent d’afficher une arrogance et une condescendance inacceptables.
Paul Biya et sa soldatesque se trompent quand ils pensent que la répression est la solution aux problèmes soulevés par les Camerounais d’expression anglaise. Aucune armée au monde n’est jamais venue à bout d’un peuple déterminé.
Pour le moment, le régime de Paul Biya profite du manque tragique de vision stratégique de la part du mouvement syndical camerounais qui succombe au corporatisme étriqué et se présente comme une constellation de petites chapelles qui gèrent les petits soucis du quotidien et transigent le plus souvent que nécessaire en fonction des impératifs de survie.
Source: Germinal n°102, du 14 février 2017.


Vers une crise sociale majeure comme en février 2008
Les mesures annoncées d’ajustement structurel, l’augmentation du coût de la vie risquent d’être le carburant d’une crise sociale majeure, 9 ans après le soulèvement populaire d’une rare violence de février 2008. Si rien n’est fait.
Selon la loi de finances votée et promulguée par le président de République, la vie sera de plus en plus chère au Cameroun en 2017. Des mesures fiscales et douanières qui s’y trouvent devraient permettre au cours de cette année de couvrir l’enveloppe budgétaire fixée à 4373,8 milliards de FCFA, à condition que le prix du baril de pétrole soit de 40 dollars (avec au moins 600 FCFA pour un dollar) ; que l’inflation soit maintenue autour de 3% ; qu’un déficit du compte courant soit de 3,6% et que le déficit budgétaire global soit de 3,3% du PIB. Les pouvoirs publics voudraient aussi atteindre l’objectif de 6% de croissance au cours de cette année budgétaire afin de satisfaire le Fonds monétaire international (FMI) qui exige que le déficit budgétaire soit ramené à 1,5%. C’est pourquoi le gouvernement a décidé de ratisser large ou d’élargir l’assiette fiscale pour renflouer ses caisses. Ainsi, pas moins de 34 mesures fiscalo-douanières lui permettront de renflouer ses caisses afin d’attendre le montant de 4373,8 milliards de FCFA. Entre autres mesures, de l’institution d’un statut d’opérateur économique agréé qui astreint au civisme fiscal; l’institution d’une taxe de séjour variant de 5000 à 500 FCFA par nuitée selon le standing de la structure d’hébergement; la soumission à l’Impôt sur les sociétés et à la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) des appartements meublés à usage de location; l’augmentation du prix du timbre communal qui est passé de 200 à 600 FCFA pour les papiers format A4 et de 400 à 1000 FCFA pour les formats supérieurs; l’augmentation de la taxe spéciale sur les produits pétroliers (110 FCFA sur le litre de super et 65 FCFA sur le litre de gasoil) ; la taxation de l’exportation des plantes médicinales, avec un taux de 2% imposé au droit de sortie; l’assujettissement des véhicules de plus de 10 ans aux droits d’accises pour lutter contre la pollution et contribuer à la sécurité des routes; la réintroduction des droits de taxe et de douanes sur l’importation du clinker (matière première utilisée pour la fabrication du ciment) et le riz (TVA à 19,25%) ; l’augmentation de 17,5% à 20% du droit de sortie sur le bois en grume pour encourager la transformation locale; etc.
Ces mesures impactent directement sur le coût et la qualité de la vie et se traduisent par l’augmentation des prix des denrées de premières nécessité sur le marché. Cette hausse des prix avait commencé en 2016, année au cours de laquelle durant les neuf premiers mois le taux d’inflation se situait autour de 1,1%. Selon l’Institut national des statistiques (INS) « les prix à la consommation finale des ménages enregistrent une hausse de 1,1% au cours des neuf premiers mois de 2016 contre 3,0% sur la période il y a un an. En moyenne sur les douze derniers mois, l’augmentation se situe à 1,2%. La hausse enregistrée au cours de ces douze derniers mois provient en grande partie de la flambée de 5,4% des prix des boissons alcoolisées et tabacs, de 4,1% de ceux des services de restaurants et hôtels et de 1,7% de ceux des produits alimentaires et boissons non alcoolisées. En effet, les prix des bières ont connu des hausses comprises entre 50 et 100 FCFA. Les sociétés brassicoles répercutant ainsi la taxe d’assise introduite sur les boissons alcoolisées dans la loi de finances 2015. La hausse des prix des services de restaurants et hôtels a été impactée par ces augmentations des prix des bières industrielles. Par contre, il est à noter que les tensions observées sur les prix des transports il y a un an avec la révision à la hausse de 15% des prix à la pompe des carburants à compter du 1er juillet 2014 se sont estompées ; c’est ainsi que le 1er janvier 2016, le prix des produits pétroliers ont enregistré une baisse (le litre de l’essence super est passé de 650 FCFA à 630 FCFA et celui du Gasoil de 600 à 575 FCFA) ».
C’est dire si le Cameroun n’atteindra pas les objectifs de réduction de la pauvreté fixés par les Nations unies dans le cadre des Objectifs du millénaire pour le développement. Ce n’est pas pour bientôt que Paul Biya à 85 ans sonnés, dont 35 passées au pouvoir, apportera la prospérité promise aux Camerounais. Dans les premiers résultats de la quatrième Enquête camerounaise auprès des ménages (ECAM 4) de 2014, on peut d’ailleurs lire : « Sur la base d’un seuil de pauvreté monétaire de 339 715 FCFA par an, soit 931 FCFA par jour par équivalent adulte, calculé à partir des dépenses de consommation finale des ménages, l’incidence de la pauvreté se situe à 37,5% en 2014, contre 39,9% en 2007. En rappel, ce taux était de 40,2% en 2001 et 53% en 1996. Cette baisse modérée de 2,4 points de pourcentage est en deçà du rythme préconisé dans le Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE) et ne permet pas d’atteindre l’Objectif de réduire de moitié la pauvreté à l’horizon 2015 suivant l’Agenda des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Cette baisse de la pauvreté est mitigée, car si l’incidence de la pauvreté recule en milieu urbain, elle augmente plutôt en milieu rural. Le défi est grand, surtout qu’en même temps et du fait de la pression démographique, le nombre de pauvres a augmenté, passant d’environ 7,1 millions en 2007 à 8,1 millions en 2014. Dans ce contexte, c’est plutôt une incidence de la pauvreté inférieure à 32% qui aurait pu permettre d’inverser la tendance. En outre, les disparités de niveaux de vie se sont accentuées, d’une part, entre les milieux urbain et rural, et, d’autre part, entre les pauvres et les non-pauvres. À titre d’illustration, en 2014, les 20% des ménages les plus riches consomment 10,1 fois plus que les 20% les plus pauvres ; alors que ce ratio était déjà élevé et se situait à 7,5 en 2007 ».
Si on tient compte des efforts d’ajustements sur les plans intérieur et extérieur assortis des reformes structurels adéquates recommandés par les chefs d’État lors du dernier sommet extraordinaire des chefs d’État de la Cemac tenu à Yaoundé le 23 décembre 2016, on peut affirmer sans risque de se tromper que le nombre de pauvres ira crescendo et que les prix continueront de flamber sur les marchés. Car pour beaucoup de Camerounais l’ajustement structurel, c’est-à-dire un ensemble des mesures prises contraignant les pays à modifier la structure de leur économie pour tendre vers une structure plus efficace aux yeux des bailleurs de fonds, rime avec mesures draconiennes telles que : augmentation des impôts et la douane, réduction du pouvoir d’achat, hausse du coût de la vie, licenciement massif, réduction des salaires, réduction de la construction des routes, des écoles et des hôpitaux, etc.
Visiblement, 9 ans après le soulèvement populaire d’une rare violence, survenu les 25-28 février 2008 au Cameroun, les problèmes sociaux des Camerounais sont restés les mêmes. Il n’est pas exagéré d’affirme que l’on s’achemine vers un remake de février 2008. Les mêmes causes risquent de produire les mêmes effets, si rien n’est fait.
Ikemefuna Oliseh


Prémonition: Aux abris
Le Cameroun est-il un pays sûr ? La question peut paraître dérangeante pour les habitués de la langue de bois et du camouflage qui, en dépit de secousses récurrentes, projettent souvent d'ici l'image d'un pays plutôt paisible, stable, voire idyllique. On connaît la ritournelle. Mais la réalité est bien plus agitée, selon le poste d'observation et d'analyse.
Notre travail participe de cette démarche : il vise à mettre en évidence les différentes dimensions de l'insécurité qui, de façon pernicieuse et même en s'exerçant parfois en dehors de toute violence physique, pèsent sur le climat social, politique et économique du Cameroun.
Pas besoin de télescope d'astronaute pour constater les clichés désastreux d'un pays miné par toutes sortes d'incertitudes, de précarités, de violences diffuses qui génèrent autant de tensions que de formes d'insécurité, les unes aussi potentiellement explosives que les autres.
Foin de catastrophisme ! Certes, le Cameroun n'est pas la Somalie. Ce n'est non plus le Havre de paix qu'on présente souvent dans les discours ringards, presque immuables et toujours empreints de démagogie. D'où la présente somme, qui se veut un panorama - du reste non exhaustif - des différentes formes d'insécurité qui agitent le quotidien de la vie sociale, politique et économique du Cameroun.
Il ne s'agit pas, à proprement parler, d'une analyse Systématique de l'ensemble des formes d'insécurité, mais [il est question] de démonter la rhétorique politicienne de l'illusion sécuritaire, et, surtout, d'évaluer les demandes de sécurité au-delà de toute simplification.
Le constat est que les problèmes d'insécurité se complexifient au Cameroun au fil des ans. Si l'on peut, a priori, expliquer la recrudes¬cence d'activités criminelles de grande envergu¬re telles que le grand banditisme ou encore les violences urbaines, par l'accroissement de la population et la paupérisation des masses, il faut également noter l'apparition de nouvelles formes d'insécurité dans divers domaines : risques constitutionnels, prises d'otages, attaques [terroristes orchestrées par Boko Haram], incursions transfrontalières de bandes armées...
Des menaces récurrentes qui sont autant de lézardes dans le bouclier défensif et sécuritaire du Cameroun, dont on vante à foison la paix et la stabilité. Cherchez l’erreur !
Roger A. Taakam
Sources : Les Cahiers de Mutations, n°064, p.2.


Jeu politique pipé: source d'une déflagration sociale
La corruption des règles du jeu et la concurrence politique déloyale sont des catalyseurs de l’implosion sociale au Cameroun
Selon les épigones de la bonne gouvernance et de l’État de droit, une démocratie authentique suppose la vérification pratique d’un certain nombre de principes cardinaux pour s’en prévaloir. En premier lieu, la protection des libertés publiques et des droits individuels éminemment garantis par la constitution. Loin d’être taillée à la mesure du rang social ou du porte-monnaie de quelques citoyens et à distance des simples consécrations juridiques en trompe-l’œil, la démocratie au concret exige en second lieu, le respect des règles et procédures organisant la compétition politique, le recrutement administratif et les transactions économiques.
Mais un maquillage institutionnel proto-démocratique masquant allègrement l’injustice sociale, l’arbitraire et les enclaves autoritaires d’une tyrannie homicidaire dépérirait à n’en point douter les fleurons économiques et les poumons écologiques de son émergence potentielle. Un régime de communalisation et de sociation au sens Wébérien a donc besoin d’une affectuelle responsabilité des dirigeants, mais aussi d’une rationnelle éthique de la loyauté et de l’impersonnalité du service public pour agréger l’intérêt national et la Raison d’État aux aspirations singulières des populations. Cette éducation est souvent le propre d’une élite compétente et légitimée, puisque socialisée et choisie dans des creusets de culture patriotique. Au Cameroun actuel, et sans état d’âme dédié à l’avarice de l’Autruche, à la flagornerie politique, au nihilisme sectaire, au repli ethnique, identitaire et à la langue de bois partisane, il est difficile de retrouver ces vertus cardinales de la démocratie radicale, dans les procédures de passation des marchés publics, à l‘aune des concours administratifs, ou lors des contentieux électoraux opposant les partis lilliputiens au mastodonte candidat sortant/restant. Si la déclaration des Biens, l’application des décisions de justice et le refus de la mise en place effective de certaines institutions régaliennes à l’instar du Conseil constitutionnel et des régions trahissent l’inertie d’une gouvernance caméléon, ils dévoilent également les calculs stratégiques des fossoyeurs de la République et la boulimie de ces chasseurs de prime qui tirent encore abondamment les rentes de situation dans ce clair-obscur managérial. Dans ce régime, le pire qu’un damné de la terre ne saurait digérer dans son dénuement misérabiliste est sa castration syndicale et son bâillonnement par une tyrannie préfectorale interdisant toute réunion et manifestation publique non profitable au parti dominant.
Le seul visa de participation politique qu’un gouvernement démocrate lui reconnaitrait chez nous à l’ère de la gouvernance et des TIC n’est guère son insertion aux réseaux sociaux, mais plutôt sa passion exclusive pour le football, sa dépigmentation politique dans une église de réveil, sa servitude volontaire ou consentie dans l’applaudimètre du parti de la flamme et évidemment son exposition passive au bombardement médiatique de cette télé moscovite qui distille en boucle le mensonge d’État aux frais du contribuable.

Le Grand Soir
La « viciocratie » des règles et la concurrence déloyale comme facteurs de déflagration politique et d’implosion sociale traduisent les antagonismes de frustration entre ceux qui ont tout pris à l’État et qui torpillent l’ascenseur social, et ces jeunes désormais étouffés par le simulacre électoral d’un jeu politique pipé par le consortium administratif-Rdpc-Elecam. Elles traduisent le ras-le-bol de cette majorité silencieuse éprise de libertés, de justice sociale et de recrutement dans la fonction publique, mais dorénavant soucieuse d’expérimenter d’autres modes de participation politique non conventionnelle. Elles révèlent finalement l’avantage stratégique des uns et l’impuissance de ces acteurs politiques périphériques incapables de démocratiser le code électoral, de renverser les monopoles parlementaires, ou de normaliser le système judiciaire. En escamotant les normes et les référentiels du mérite et de la morale rétributive, il va s’en dire que la loi de loi, et le pays des réseaux occultes de pouvoir et d’affaires, des godasses et des trafics d’influence ont ruiné toutes les chances de paix sociale, de stabilité politique et de réconciliation nationale.
Si pour les administrateurs véreux qui se sont emparés de l’État et des ressources, la contestation d’un joug oppresseur est une absence de patriotisme , un manquement à la loyauté institutionnelle et une atteinte à la sureté de l’État, les laissés-pour-compte, les déshérités du régime et les parias dans une appréciation marxiste de ce discours démagogique quant à eux attendent le Grand Soir, le lieu et le moment de cette croisade historique pour faire triompher la justice et le printemps des libertés irréversibles.
R.E. Bonnemort


Extrême Nord: une poudrière idéale
L’Extrême-nord, « fille aînée du Renouveau » est l’une des trois régions de ce qui s’appelait sous son illustre prédécesseur Ahmadou Ahidjo « le Grand Nord » et qui allait être éclaté sous Biya, quelques années après qu’il arrive au pouvoir le 6 novembre 1982. Depuis Ahidjo, les populations de l’Extrême-nord ont toujours été victimes de la marginalisation en raison de ce qu’elles n’étaient pas islamisées. Cette marginalisation, ils continuent de la subir sous le régime de Biya, malgré que ça et là, quelques mesures cosmétiques ont été apportées, notamment comme la création de l’université et quelques grandes écoles. Le régime de Biya, héritier de celui d’Ahidjo, dont Mongo Beti disait qu’ils sont « blanc bonnet et bonnet blanc », reproduit exactement les mêmes tares qui tiennent pour l’essentiel à l’absence de tissu économique, aux privilèges des islamo-peulhs à qui reviennent tous les postes politiques et administratifs depuis les chefs de bureau jusqu’aux ministres en passant par les délégués régionaux, départementaux et d’arrondissement, et à l’injustice sociale généralisée. Région la plus peuplée avec une population estimée à 3.480.414 habitants, soit 17.9% de l’ensemble de la population camerounaise, l’Extrême-nord est la région la plus pauvre du pays. En 2007, une étude conjointe du Minepat et de l’INS, indiquait que 65.9% de la population vivait dans la pauvreté dont 24.6% en deçà du seuil de pauvreté, avec un taux de chômage de 67%, touchant essentiellement la tranche des 15 à 24 ans, et un taux de scolarisation de 28.9%. La précarité dans cette partie du Cameroun est davantage structurelle, du fait de sa situation dans le sahel. A cette précarité, vient s’ajouter sa proximité avec le nord du Nigeria et le Tchad, pays voisins qui historiquement ont été toujours marqués par des crises qui ne manquent pas alors d’affecter cette région.
En effet des bandes de rebelles, de bandits et de braconniers en provenance de ces pays, se sont toujours illustrés dans cette région et même dans celle du Nord, par des incursions sur le territoire camerounais et des attaques récurrentes des populations. A cela s’ajoute le sinistre phénomène des coupeurs de route. C’est sur ce terreau que Boko Haram est venu naturellement s’installer et menace aujourd’hui de déstabiliser le Cameroun tout entier.
Comment cela a-t-il pu arriver ? Comment a-t-on laissé faire ? La vérité, c’est que de Ahidjo à Biya, on ne peut prétendre méconnaitre la situation géographique de l’Extrême-nord, son délaissement comme si cette région ne faisait pas partie du Cameroun, et qui aura contribué au délitement des tissus social et économique, et feindre d’ignorer qu’un jour ou l’autre le pays tout entier serait en danger ? Comment pouvait-il en être autrement, puisque « quand Yaoundé respire le Cameroun vit »
Nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude, a-t-on coutume d’entendre. Le Cameroun va très mal depuis belle lurette. Tout le monde le sait. Depuis l’ouverture du front de l’Extrême –nord, i.e. de la guerre contre Boko Haram, il est tombé de Charybde en Scylla. On aurait pu prévenir par une politique d’inclusion sociale et économique, ce que les populations vivent aujourd’hui, car gouverner, c’est prévoir. Les jeunes qui grossissent les rangs de Boko Haram, s’ils avaient eu un emploi stable, et s’il avait existé un tissu économique même rudimentaire, ne se seraient pas embarqués dans cette galère. Même à l’avenir, le Cameroun gagne la guerre contre Boko Haram, il n’est pas sûr que la menace soit conjurée étant donné que la misère ambiante persiste constitue à la fois le terreau et le ferment le plus fertile. Dans ces conditions, L’Extrême-nord, si ce n’est pour ce régime, sera pour celui à venir, une poudrière sur laquelle, il sera assis. Et le moindre soubresaut, la moindre convulsion sociale mettra le feu aux poudres qui pourraient faire exploser le pays.
Tissibe Djomond


La bombe jeune en passe d'être dégoupillée
Les jeunes représentent près de 70% de la population camerounaise. Toujours présentés comme le fer de lance de la nation, ils ploient pourtant sous le poids du chômage et d’un désœuvrement indescriptibles. Ils représentent un véritable volcan en ébullition.
Parlant des jeunes, Christian Cardinal Tumi a estimé dans une interview accordée à Germinal, le 22 août 2016 que « près de 70% des Camerounais ne sont pas gouvernés. […] Il faudrait qu’il y ait une alternance dans la gouvernance. Que l’on ait un chef de l’État très proche des jeunes et qui parle le langage qu’ils comprennent. Si on donne le pouvoir aux jeunes, ils peuvent révolutionner ce pays. Les jeunes actuellement ont besoin du pouvoir politique. » S’ils étaient donc détenteurs du pouvoir politique, ces jeunes seraient bien placés pour comprendre leurs problèmes et parler le langage de cette catégorie de la population qui est caractérisée, selon le Bureau central des Recensements et des Études de Population (Bucrep), par son extrême jeunesse. Selon cette institution, la moitié de la population a moins de 18 ans. L’âge médian est de 18 ans dans l’ensemble de la population, 18,3 ans chez les femmes et 17,1 ans chez les hommes. La population du Cameroun est estimée à 23 248 044 d’habitants en 2017, dont 16 273 631 ayant moins de 40 ans, soit environ 70% de la population globale.
Relativement à la population jeune vivant en zones urbaines, le taux de chômage est estimé à 76% et le Bureau international du Travail estime que le nombre de jeunes qui arrivent sur le marché de l’emploi est de 70%, ce qui correspond au taux de sous-emplois, qui, plus criard est de 70%, si on s’en tient aux données du Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (Dsce).
C’est une lapalissade : la jeunesse broie du noir, victime d’une mal-gouvernance et d’une mauvaise répartition des fruits de la croissance. Les jeunes, diplômés ou non, dans leur immense majorité, n’ont pas d’emplois au Cameroun. Pour survivre, ils ont investi les métiers informels divers. Ils sont vendeurs à la sauvette (« sauveteurs »), mototaximen, gardiens de nuit, laveurs de voitures, vendeurs à la criée, etc. Désœuvrés, certains parmi eux n’hésitent pas à commettre et à vivre de petits larcins ou à devenir des bandits de grand chemin, quand ils ne se spécialisent pas dans la vente de la drogue et/ou des organes humains.
Il suffit de sillonner les rues des grandes métropoles, de jour comme de nuit, pour se rendre compte du péril jeune qui menace le Cameroun. Les autorités publiques donnent l’impression qu’ils sont conscients de cette situation. C’est visiblement pourquoi pour résorber le chômage des jeunes, le chef de l’État, Paul Biya, dans son message à la jeunesse à l’occasion de la célébration, le 11 février 2017, du 51e anniversaire de la fête de la jeunesse, s’est félicité de « l’entrée en application du Plan triennal « Spécial jeunes » doté de 102 milliards de francs CFA appuiera un million et demi de jeunes âgés de 15 à 35 ans, au rythme de cinq cents milles par an, dans divers domaines d’intérêt tels que l’agriculture et l’économie numérique. ». De telles initiatives avaient déjà prises et avaient abouti, par exemple, au recrutement de 25 000 jeunes dans la fonction publique camerounaise.
Malgré cette volonté affichée de solutionner les problèmes d’emploi des jeunes, les efforts sont largement en deçà des promesses faites, du potentiel économique du Cameroun et des espoirs suscités par Paul Biya dès son accession à la magistrature suprême. De sorte que les propos des évêques tenus à Maroua en janvier 2009 lors de leur 33e séminaire restent d’actualité. Eux qui, tout en dénonçant le monnayage dans les recrutements et les concours, avait tiré la sonnette d’alarme face à l’aggravation de cette gangrène en déclarant que « Le sort de tant de jeunes chômeurs après de brillantes études est pour [eux] aussi un sujet de préoccupation majeure. »
Pour que les choses changent dans le sens de la résolution du problème du chômage des jeunes, il faut et il suffit que les jeunes prennent conscience de leur pouvoir, soit en s’inscrivant massivement sur les listes électorales afin de choisir le moment venu celle ou celui qui peut trouver des solutions concrètes à leurs problèmes, soit en se mobilisant dans les rues (« un million de jeunes pour l’emploi ») afin d’exiger une bonne gouvernance et l’amélioration de leurs conditions de vie. Les exemples burkinabè et sénégalais sont des illustrations patentes du pouvoir des jeunes.
Junior Etienne Lantier.


L'Est colère
Les populations de cette région, nous dit-on, soutiennent inconditionnellement le Renouveau. Comme récompense, le Renouveau les maintient dans une misère abjecte, malgré leurs richesses et sa forêt qui fournit des billes de bois aux goinfres au pouvoir. Elles n’en peuvent plus.
Dans le journal retrouvé sur lui, après son assassinat, Um Nyobe avait écrit : « j’ai rêvé que l’on abattait des arbres, mais ce n’était pas moi qui les abattais ». Les peuples de l’Est Cameroun se reconnaissent dans cette assertion qui exprime leur désarroi face à la spoliation de leurs ressources, à la misère matérielle et financière et à la marginalisation sociale, consécutives à cette dépossession dont ils sont victimes depuis la colonisation, qui s’est poursuivie sous Ahidjo et que perpétue encore aujourd’hui Biya. Est-il besoin de rappeler que sur les 23 millions d’hectares de forêt dont le potentiel ligneux est évalué à 2.65 milliards de m3, le Cameroun, en la matière, occupe le 2e rang mondial après la RDC. Ce statut, il le doit à l’Est qui détient 60% de la production. Faut-il souligner, le bois constitue le deuxième produit d’exportation représentant 30% des exportations, 8.3% des recettes publiques et 3.2% du PIB/an ? L’Est, c’est également le diamant de Mobilang, au sud de Yokadouma avec des réserves évaluées à 15000 carats, l’or de Bétaré Oya et le fer de Mbalam dont les réserves sont estimées de l’ordre de 200 millions de tonnes. Comment avec de telles richesses, et un tel niveau de contribution à l’économie nationale, l’Est peut-il croupir dans cette misère aussi abjecte et qui n’est pas, sans nous rappeler la sous-humanité des mineurs de Germinal de Zola. L’exploitation des richesses de l’Est a été toujours le fait des expatriés dont les complices ont toujours été les ministres et autres assimilés, du régime, le plus souvent enfants du terroir. Dans la grande prédation des ressources de l’Est, s’illustrent des noms assez connus du gotha des affaires et de la politique : les clans des Libanais Khoury, Hazim et Hajal Massad, des Malaisiens de la SESAM, des Italiens de Patrice Bois, des Américains de la SEDBC, et des Français Coron, Thanry, Pallisco, Rougier et Bolloré, etc., et les locaux : Franck Biya, Naah Ondoua, Amadou Ali, le général Asso’o dont le fils Jean-Claude dirige AVEICO, entreprise de papa, Bonaventure Assam Mvondo, Inoni Ephraïm, Jean Marie Aleokol dont les connexions avec Hazim et GEOVIC sont de notoriété publique, etc. L’essentiel des forêts et des terres arables appartiennent à ces privilégiés. C’est dire si dans ces conditions les populations peuvent encore faire de l’agriculture et se livrer à la chasse ou à la cueillette. Il n’y a pas de doute qu’elles sont condamnées à une mort lente, mais certaine. Et justement, avec les attaques des bandes armées centrafricaines, la mort est devenue imminente. Faut-il le dire, il y circule des armes depuis que les incursions des rebelles sont devenues récurrentes. Cette proximité naturelle avec la Centrafrique qui jusque lors était un non-État, et qui n’est pas toujours à l’abri des menaces de déstabilisation à cause d’antécédents, de tares et d’atavismes historiques, conjuguée avec la marginalisation économique historique, quasiment séculaire, des populations de l’Est, le régionalisme instrumentalisé et de mauvais aloi sur lequel le régime a assis sa politique, et la désolidarisation des masses profondes de l’élite locale, fait de l’Est un foyer à partir duquel le régime de Biya peut être déstabilisé à tout moment. La région est si délaissée que des étrangers centrafricains qui ont réussi à obtenir la nationalité camerounaise sont devenus des chefs des villages.
Tous les ingrédients sont réunis. L’explosion sociale est envisageable. Autrement dit, les difficultés que rencontrent les populations de l’Est peuvent aussi servir de catalyseurs, de mèches à partir de laquelle le feu peut embraser le Cameroun partirait. Ces facteurs internes peuvent également faire l’objet d’une manipulation externe bénéficiant de complicités locales et internes au régime, désireuse d’en finir avec un pouvoir qui n’aura que trop duré. On a eu le sentiment, dans le contexte sécuritaire que vit le Cameroun actuellement, que le front de l’Est à côté de celui de L’Extrême-nord, a été le lieu de l’expérimentation de la déstabilisation du pays.
Le régime de Biya n’a qu’à s’en prendre à lui-même. Lui qui est responsable de ce qui pourrait lui arriver, car à vouloir trop marginaliser une partie du pays et à y faire prospérer l’injustice sociale comme mode de gouvernement, il faut s’attendre un jour ou l’autre à ce qu’une déflagration parte de là pour faire exploser le pays. Comme un boomerang.
Tissibe Djomond


Le droit à l'éducation n'est pas supérieur aux autres droits fondamentaux
Le droit à l’éducation est aussi important que tous les autres droits fondamentaux, dont notamment la liberté de réunion et manifestation publiques régulièrement bafouée par les sous-préfets. La contrainte, la repression et les tueries ne résoudront pas la crise anglophone.
De nombreux Camerounais partagent le point de vue de Paul Biya selon lequel « il n’est pas acceptable que l’on use de menaces, d’intimidations ou de violences pour obliger quiconque à adhérer à un mot d’ordre de grève. Il n’est pas non plus acceptable, que l’on prenne en otage l’éducation et l’avenir de nos enfants, dans le vain espoir de faire aboutir des revendications politiques. Si le droit de grève est légitime. Le droit à l’éducation l’est encore plus. Il s’agit d’un droit fondamental. A l’instar de leurs frères et sœurs des autres régions, les élèves et les étudiants du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ont droit à l’éducation. Ils ont le droit de préparer sereinement leur avenir. »
Cependant, chaque jour qui passe semble convaincre les sceptiques sur l’incapacité de Paul Biya à gouverner le Cameroun. Surtout quand il tente de faire accroire que le droit à l’éducation est supérieur aux autres droits fondamentaux. Certes, suivant les résultats des dernières mascarades électorales tenue le 9 octobre 2011, les 13 avril et 30 septembre 2013, l’homme du 6 novembre 1982 et son Renouveau- Rdpc doivent rester à la tête du Cameroun jusqu’en…2018, année électorale. Sauf cas de force majeure ou à moins que Paul Biya ne proroge les mandats des députés, des maires et des conseillers municipaux, ou qu’il ne survienne un coup d’Etat biologique qui permettrait de rabattre les cartes du jeu politique.
Seulement, à 85 ans dont 35 passés sans discontinuer à la tête du Cameroun, Paul Biya multiplie des signes de sénilité. Le dernier en date est la gestion calamiteuse de la crise anglophone.
Comme le souligne à juste titre Hans de Marie Heungoup, analyste sur le Cameroun pour International Crisis Group. Répondant aux questions de Rfi sur la crise qui secoue la zone anglophone du Cameroun, il affirme : « Je crois que [Le niveau de tension] a quelque chose à avoir avec le degré de mauvaise gestion de la crise de la part du gouvernement en place qui a, peut-être, sous-estimé, ou mésestimé, le degré de frustration des populations des deux régions anglophones, non seulement vis-à-vis de la gouvernance politique mais peut-être aussi de ce qu’il perçoit comme discrimination. Et donc la stratégie habituelle qui consiste à utiliser le bâton et la carotte face aux manifestations, aux réclamations des associations de la société civile, en l’occurrence ici les enseignants et les avocats, n’a pas marché et donc a conduit à des bavures policières et au niveau de raidissement de tensions politiques que l’on observe. »
Pour l’analyste, le refus d’ouvrir une discussion sur la forme de l’Etat notamment sur le fédéralisme est dû au fait que « […] la politique camerounaise a été construite autour du mythe de l’unification avec le président de la République qui se présenterait comme père de la nation, garant de cette nation-là. La haute administration camerounaise et même le gouvernement est réticent vis-à-vis de l’idée de fédéralisme parce que ce serait non seulement de déposséder l’appareil central camerounais, les espaces et les pans de pouvoir, y compris les espaces et les pans de rente et de clientélisme. Ce serait aussi de permettre qu’il y ait, possiblement, de vraies expériences démocratiques à des échelles locales, lesquelles pourraient plus tard avoir un écho dans la manière dont les citoyens pourraient se positionner vis-à-vis à la longévité au pouvoir du président actuel. »
Certes on peut questionner, à juste titre, la position et les postures de certains syndicalistes-politiciens qui font du retour au fédéralisme à deux Etats la condition sine qua non de la poursuite du dialogue engagé avec les pouvoirs publics. Tout comme leur communication brouillée et non maîtrisée, leurs rhétoriques et la radicalisation de leur position laissent dubitatif de nombreux Camerounais. D’autant plus qu’avec les événements de Bamenda, ils se sont rendus à l’évidence que les revendications corporatistes cachaient mal les revendications politiques, autrement dit qu’elles n’étaient qu’un prétexte pour des revendications politiques avec le fédéralisme aujourd’hui brandi comme solution au « problème anglophone » et le retour de l’expression West Cameroon. Il est par conséquent légitime que ceux-ci perçoivent derrière les revendications d’un fédéralisme à deux Etats, un prétexte pour la sécession du Cameroun et l’avènement d’un Etat West Cameroon indépendant.
Il est certes vrai qu’un homme d’Etat ne doit pas transiger la souveraineté de l’Etat dont il a la charge. Cependant, cette perception ne doit pas justifier l’attitude des pouvoirs publics, la répression féroce et sauvage à huis clos qui s’est abattue et continue de s’abattre sur les populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, avec en prime, l’interruption d’Internet.
Supposons que Paul Biya est bonne foi quand il se dit disposé au dialogue. Mais comment comprendre la décision de procéder à l’arrestation de ses interlocuteurs d’hier désormais accusés de terroristes, et dont certains se trouvent en cavale? Peut-être n'y a-t-l de dialogue véritable que s’il a lieu avec les personnes et les organisations qui partagent ses positions et à qui il fait de petites concessions, pour la forme et prendre à témoin la communauté internationale en lui montrant sa disponibilité au dialogue et à écouter ses compatriotes.
Cathérine


Les injustices sociales: sources d'explosion sociale
Le sentiment d’injustice, nourri par celui d’abandon, dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest basé sur le non-respect de la loi fondamentale du Cameroun qui fait de l’utilisation équitable du français et de l’anglais, une prescription que la pratique courante a vite fait de relégué, au rang de compétence inaccessible et ce d’autant plus qu’il est renforcé par les phénomènes bien connus de déscolarisation et d’enseignement précarisé. La justice sociale appliquée à la question anglophone serait alors une construction morale et politique visant à l'égalité de l’expression en langue anglaise ou française. Une réalité visible et palpable outre Mungo, qui peine à prendre corps ailleurs au Cameroun ruinant, par le fait même les droits à la solidarité collective. C'est essentiellement une projection vers une société plus juste, en admettant qu'il y ait toujours des injustices. L'injustice sociale de ce point de vue est une évidence si familière, qu’elle est d'une constitution si robuste, qu'elle paraît facilement naturelle à eux-mêmes qui en sont victimes.
Les détenteurs d’une parcelle de pouvoir profitent de l’anonymat du circuit des prises de décisions, soit pour régler des comptes personnels, soit pour assouvir de sombres desseins. Et tant pis pour le vivre ensemble. Il n'y a pas de justice juste qui ne soit rendu aux injustices justiciables disait le philosophe. Appliqué au corps social, ce qui peut paraitre comme de petits dérèglements sont à l'origine de manifestations aux effets incalculables. La météo sociale en cette première décade de février laisse observer qu’à force de report et roublardise, les tenants du pouvoir face à la crise « anglophone » ne donnent pas de garantie à la sérénité. Au contraire. La question de langue explique-t-elle seule la situation de ville morte et autre mot d'ordre très suivis à Bamenda et à Buéa. Les injustices sociales renvoient à ce qui ne tourne pas rond du fait de la non prise en compte par un acteur du champ social de ce que sa partition dans les interactions compte pour une harmonie comme dans une pièce musicale. C’est aussi une confrontation d'acteurs dont les fonctions et rôles leur échappe ou en tout cas n'est pas pris en compte ou en considération dans leur agir. On parle d’une mentalité camerounaise dont une des déclinaisons n’est pas moins une prise de liberté avec l’ordre.
La politisation qui en découle se traduit comme le fait de politiser deux langues en confrontation depuis manifestement des lustres. C’est une stratégie qui a consisté à manipuler, à instrumentaliser des faits d’appartenance à des zones géographiquement repérables, de concepts sociaux importants comme l’inégalité devant les tribunaux ou dans le système éducatif. Il s’agit alors dans le cas d’espèce, de culture, d’identité. On a Créé dans le peuple des oppositions artificielles diffuses ou ouvertes au moyen de discours et de méthodes comme l’instrumentalisation des langues. Ce processus de constructions, de fabrication identitaire du fait du pouvoir politique et génératrice de tensions ou de crises sociales est en marche avec le malentendu historique de Foumban. Manifesté par la construction d’un discours qui emprisonne l’esprit et le comportement et rend désormais toute vie commune définitivement impossible du point de vue de l’expression équitable des langues française et anglaise.
Francis Mbagna


Victoires des Lions indomptables: une hirondelle ne fait pas le printemps
La victoire des Lions indomptables masque mal la triste et dure réalité de nos vies quotidiennes. Après ce triomphe inespéré, le Cameroun continue d’être traversé par de multiples crises sur les plans économique, social, sécuritaire et politiqu. Sur ces multiples fronts, le gouvernement échoue à apporter des solutions efficaces et durables. En clair, une hirondelle ne fait pas le printemps.
Dimanche 5 février 2017, les lions indomptables du Cameroun ont remporté leur cinquième Coupe d’Afrique des Nations de football. Ce fut, à proprement parlé, une victoire inespérée. Un authentique exploit ! Les nombreuses défections de joueurs pouvant avoir un apport majeur ne disposaient pas les amateurs de football aux meilleurs espoirs concernant cette cuvée. Nul ne pouvait parier sur cette équipe. Cette dernière réunissait toutes les conditions pour que l’on ne pense pas qu’elle puisse faire mieux que passer le premier tour. La preuve, selon certaines indiscrétions, des mesures financières n’avaient été prises que pour le premier tour par le ministère des sports et celui des finances.
Cette équipe de « no names », sans célébrités et sans grands talents particuliers, avec à sa tête un coach décrié pour ses choix, son manque d’expérience, son incompétence, ne faisait pas rêver. A cette configuration, s’ajoutait l’encadrement d’une fédération de football toujours dans le discrédit. Et pour cause, elle continue d’avoir à sa tête quelqu’un dont la légalité et la légitimité sont contestées. Pour preuve, les comptes bancaires de cette institution demeurent gelés jusqu’à ce que la situation soit tirée au clair au niveau des tribunaux et des instances sportives internationales.

Une victoire accueillie avec beaucoup de joie au Cameroun
A tout point de vue, cette victoire des lions aura été un miracle. C’est ce caractère miraculeux qui explique sans doute pourquoi elle a eu tant d’échos et a été célébrée avec autant de ferveur aussi bien par les dirigeants que par les populations. Pour le peuple Camerounais, elle est clairement apparue comme le retour de l’enfant prodigue qui, du fait de ses performances sportives médiocres, ne donnait plus de motifs de fierté légitimes depuis des années.
Evidemment, cette joie et cette fierté sont compréhensibles. Tout peuple est à la recherche de victoires et de motifs de fierté aux yeux des autres. Du fait de la nature narcissique et de la volonté de puissance inhérente à tous les êtres humains, toute victoire sur les autres est toujours vécue comme un moment unique. Toute victoire dans l’arène internationale est perçue comme la confirmation de notre valeur et de notre excellence. Aucun peuple n’aime la défaite et les réactions des Camerounais ont démontré que ces derniers étaient las de tant d’années infructueuses sur le plan sportif international.
Ce rapport spécial au football, car quasi religieux, est d’autant plus fort que dans le passé, ce n’est presque le seul domaine où, en tant que nation, nous avons pu nous affirmer dans la cour des grands. Domaine dans lequel nous avons pu apparaitre comme une référence aux yeux des autres nations. Comme l’a dit Paul Biya dans son discours, cette victoire peut signifier que « le Cameroun est de retour ! ».

Une victoire récupérée par le pouvoir politique
Cette compétition a été aussi l’occasion de voir le manège habituel du pouvoir de Yaoundé en matière de récupération des exploits de nos sportifs dans les compétitions internationales. Lors de la Coupe d’Afrique des Nations, on a vu des affiches à la gloire du RDPC et de son chef au lieu de la célébration stricte des lionnes indomptables.
En effet, au fur et à mesure que cette équipe montait en puissance, engrangeant des victoires, on a vu sur les réseaux sociaux, des parodies de déclarations de Issa Tchiroma, Ministre de la communication et porte-parole du Gouvernement. Parodies qui prêtaient au ministre des déclarations attribuant la victoire des lions au Chef de l’Etat. Parodies qui en réalité, lorsqu’on observe le passé et le présent des actions gouvernementales, sont conformes dans leur trame de fond à la réalité du discours du pouvoir en place. Ne dit-on pas que la défaite est orpheline mais la victoire est fille de tous ? En particulier du pouvoir en place. C’est ainsi qu’on va voir des réceptions grandioses organisées par la Présidence, des tours de ville des lions indomptables et des discours qui tendent à faire croire que le Cameroun d’aujourd’hui est à l’image de cette équipe de football qui vient de s’illustrer lors de la CAN GABON 2017.
Dans cet exercice, le pouvoir en place tend à s’associer voire à se présenter comme le responsable principal de cette réussite. Laissant entendre que ce qui s’observe avec les lions indomptables, c’est une simple illustration des victoires en cours ou à venir dans tous les secteurs de la vie nationale. La diversité et les qualités (Engagement, esprit d’équipe, fighting spirit) démontrées par les joueurs de l’équipe nationale étant présentées comme des caractéristiques de ce que nous sommes en réalité en tant que Nation. Dans ces moments de liesse populaire et de fierté nationale, la nation tend à se confondre à son équipe nationale qui, sans l’encadrement éclairé et déterminé du Chef de l’Etat, n’aurait pas pu réaliser de tels exploits.
On peut considérer que cette récupération est somme toute légitime dans une perspective d’analyse du jeu politique comme une lutte acharnée et sans répit pour la conquête et la conservation du pouvoir. On peut également considérer que tout exploit ou toute victoire sportive peut et doit être utilisée comme un ferment patriotique et une invite collective à travailler ensemble pour la réussite du pays. On peut enfin considérer que cette récupération est légitime tant elle sert à se projeter dans le futur, en invitant les uns et les autres à transcender les difficultés et les challenges actuels.

Une victoire qui ne saurait effacer nos tristes et dures réalités !
Cependant, on ne peut et ne doit pas oublier la réalité des choses. La triste et dure réalité de nos vies quotidiennes. En effet, notre pays continue d’être traversé par de multiples crises sur les plans économique, social, sécuritaire et politique. Sur ces multiples fronts, le Gouvernement échoue à apporter des solutions efficaces et durables.
Sur le plan sportif, le football lui-même connait d’énormes difficultés. Une professionnalisation sans contenu, une fédération avec des dirigeants à la légalité et la légitimité contestées, des problèmes récurrents de primes, une indigence des footballeurs évoluant dans le championnat local (sensé être la pépinière des futures lions), l’absence d’infrastructures dignes de ce nom, la corruption qui gangrène le processus de sélection des joueurs. Et que dire des autres disciplines sportives qui sont manifestement, des sports mineurs pour le Gouvernement actuel du Cameroun. L’amateurisme et la corruption ont prédisposé nos sportifs à un parcours désastreux aux derniers jeux olympiques de rio.
Sur le plan socio-politique, la question anglophone constitue une formidable illustration de l’échec de Gouvernement (du gouvernement ou de gouvernance ?). Incapable de négocier et d’apporter des réponses aux multiples revendications sectorielles et politiques soulevées par les avocats et enseignants, il choisit le passage en force. Il décide de procéder à l’arrestation ede ses interlocuteurs d’hier désormais accusés de terroriste, de couper internet, de réprimer de manière barbare et abjecte les manifestants, de brider la presse afin de décapiter tout le mouvement de protestation, organisé et pacifique, né de revendications légitimes. Ce faisant, ce sont au moins 5 millions de Camerounais qui vivent l’enfer depuis plus de trois mois.
Sur le plan économique, après le sommet extraordinaire de la CEMAC, nul ne peut dire quelle sera l’ampleur et les conséquences négatives du nouvel ajustement structurel auquel nous avons consenti. Par ailleurs, la ratification récente des accords de partenariat économique compromet significativement les chances d’industrialisation de notre pays, transformant notre économie en comptoir colonial des temps modernes.
Ce Pouvoir continue à être, plus que jamais, répressif à l’égard des Camerounais qui essayent de manifester leur opinion, défendre leurs droits ou appeler à des réformes. A titre d’illustration, tous les travailleurs ayant osé manifester pacifiquement ces derniers temps se sont vus arrêtés. Toutes les formations politiques et organisations de la société civile qui souhaitent mener leurs activités continuent à être réprimées. Surtout lorsqu’elles osent parler de changement du système électoral, d’alternance ou de la nécessité d’une transition politique démocratique dans notre pays.
Ce Pouvoir continue à s’enfoncer dans le cercle vicieux de le corruption . Les derniers rapports de la CONAC et de Transparency International démontrent que le mal reste plus profond que jamais. La juxtaposition et la multiplication des structures de prévention et de répression de la corruption n’y fait rien.
Ce Pouvoir continue à être inefficace dans la délivrance des services de base aux populations tels que l’eau, l’électricité, la santé et les infrastructures. Les coupures d’eau, d’électricité, l’accès difficile et onéreux à des soins de santé de qualité douteuse continuent de meubler le quotidien de la majorité des Camerounais.
La Constitution continue, plus de 21 ans après sa révision en 1996, à ne pas être appliquée. La déclaration des biens n’est pas effective, la décentralisation reste embryonnaire , le Conseil Constitutionnel n’est pas mis en place.
Le système électoral reste problématique, suscitant une démobilisation des citoyens qui ne voient pas comment leur voix sera prise en compte dans un processus biaisé de toutes parts. A un an de 2018, année exceptionnelle pour le Cameroun, car sensée abriter plusieurs élections (Présidentielle, sénatoriales, législatives et municipales), nul ne peut dire ce qui attend le Cameroun sur le plan politique. Ceci est d’autant plus grave qu’avec l’âge avancé du Président, 84 ans ce 13 février 2017, le risque politique majeur est son décès brusque dans un environnement institutionnel où le consensus sur les règles du jeu de la vie politique n’est qu’apparent.

Ne nous laissons pas endormir par cette victoire des lions !
Nous le voyons, notre pays reste englué dans un enchevêtrement de crises conjoncturelles et structurelles dans presque tous les domaines. Crises nées et aggravées par un régime qui, en sa 35ième année, nous démontre qu’il ne peut plus faire mieux ou plus que ce que nous connaissons déjà.

Soyons lucides !
Cette victoire des lions n’effacera pas nos difficultés quotidiennes. Cette victoire des lions est un excitant voire un stimulant éphémère qui ne peut plus calmer longtemps les frustrations profondes descamerounais.
Cette victoire ne va pas entrainer la fin des villes mortes, des écoles mortes et des tribunaux morts dans les régions du Nord – Ouest et du Sud – Ouest.
Cette victoire ne va pas empêcher l’ajustement structurel qui nous a été annoncé et dont on ne connait pas encore l’ampleur des effets négatifs dans nos vies.
Cette victoire ne va pas mettre fin à la gabegie, la corruption, les détournements et le sacrifice de nos vies sous l’autel d’une gouvernance inefficace et kleptocratique.
Cette victoire ne va même pas changer les conditions de vie des sportifs camerounais, les footballeurs en particulier et les autres disciplines sportives en général.
Cette victoire ne va pas mettre un terme au mépris des dirigeants à l’égard des populations.
Elle ne mettra pas un terme à l’immigration clandestine et autres fléaux que connaissent les jeunes camerounais.
En bref, cette victoire ne changera pas le cours triste et difficile de nos vies sous le magistère de Mr Paul Biya.

Les Camerounais peuvent, les jeunes Camerounais peuvent !
Réjouissons – nous de ce que des compatriotes, sans l’encadrement adéquat continuent, dans le football comme dans d’autres domaines à démontrer que notre talent est réel et nos possibilités de succès illimitées.
Comprenons que nous pouvons faire mieux et plus que la gérontocratie actuellement au pouvoir ! Il nous suffit d’être déterminés, patriotes et solidaires dans les luttes pour surmonter nos challenges et contre nos adversaires communs.
Nos challenges communs sont l’indifférence vis-à-vis des souffrances des autres, le déficit de solidarité dans les luttes, notre déficit de citoyenneté…
Nos adversaires communs sont tous ceux et celles qui ne travaillent pour notre bien commun, qui s’accrochent au pouvoir et veulent à tous les prix empêcher que les ressources du pays soient gérées dans la transparence et partagées de manière équitable.
Comme le disait Frantz Fanon, chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. La mission de notre génération est de créer les conditions d’une transformation démocratique de notre société de manière à mettre en place des institutions et des leaders légitimes qui travailleront exclusivement pour le bien de leurs concitoyens. Il est temps de cesser de se contenter des miettes et d’obtenir, comme les lions indomptables, contre tous les pronostics et malgré les embûches des gérontocrates, notre place au soleil. Nous serons chacun d’entre nous des étoiles et des lions indomptables si nous savons nous débarrasser de ce régime qui vient de nous fait perdre au moins trois décennies.
Aucun pays ne nait grand. Tout grand pays est l’œuvre de ces citoyens. Il ne sert à rien de dénoncer l’injustice et l’arbitraire d’un système si l’action n’est pas organisée pour y mettre un terme. C’est maintenant ou jamais.
Ne nous laissons plus berner. Refusons de toutes nos forces d’être une génération sacrifiée. Réjouissons-nous de nos victoires sectorielles et intermédiaires. Mais soyons lucides : une hirondelle ne fait pas le printemps.
Franck Essi
Homme politique