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Paul Biya, un homme dépassé, du passé et du passif

Paul Biya, un homme dépassé, du passé et du passif

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Index de l'article
Paul Biya, un homme dépassé, du passé et du passif
La République des vampires
Paul Biya, incapable de balayer devant sa porte
Biya/Ahidjo: Je t'aime moi non plus
Conserver le pouvoir par la corruption
L'histoire du Renouveau-Rdpc s'écrit en lettres de sang
Au moins 70 000 morts sur les chemins du Renouveau
Emasculer pour rêgner
Valsero : Emotions de soutien pour encourager la ruine du Cameroun
Insécurités, lot quotidien des bizarreries
6 avril 1984: Un pogrome prémédité
Toutes les pages

Désastre innommable
Après son départ du pouvoir Ahmadou Ahidjo, entame une tournée provinciale pour convaincre les Camerounais d’accorder leur soutien à son successeur constitutionnel Paul Biya. Presque partout où il passe, il laisse entendre qu’il laisse un Cameroun en sécurité et prospère. Quelque temps avant ce périple, Paul Biya, nouvellement désigné président de la République disait la même chose. Le nouveau locataire du palais d’Etoudi déclarait , le 19 novembre 1982, dans son discours d’ouverture du Conseil national de l’Union nationale camerounaise (UNC), tenu à Yaoundé : « Dans le monde agité qui est le nôtre, dans le concert des Nations modernes souvent ébranlées de l’intérieur ou de l’extérieur, le Cameroun continue à apparaître comme une terre de concorde et de prospérité, aux lendemains porteurs de promesses et d’espoirs : dire qu’en ces temps de turbulence et de marasme, grâce à Dieu et grâce à nos efforts et à notre vigilance, le Cameroun se porte bien ». Plus loin, il affirmait qu’au Cameroun, non seulement la sécurité des frontières, des personnes et des biens est garantie,

mais, « on ne meurt pas de faim, mais on mange à sa faim, et même de plus en plus, de mieux en mieux ».
Paul Biya peut-il encore tenir ce type de langage, de nos jours ? Qu’est-ce qui a détruit le tissu économique camerounais ? Pourquoi nos hôpitaux sont-ils devenus des mouroirs ? Pourquoi nos écoles et institutions universitaires sont-elles des lieux d’abrutissement et d’endoctrinement ? Pourquoi? Pourquoi ? Mille fois pourquoi ?
Quand Paul Biya est Premier ministre, le Cameroun est classé parmi les pays à revenu intermédiaire. Depuis 34 ans qu’il est à la tête de l’État, le Cameroun est passé de pays à revenu intermédiaire à pays pauvre très endetté (Ppte). Après nous avoir promis le bout d’entrée du tunnel, le Cameroun veut émerger, c’est-à-dire sortir la tête hors de l’eau où il est noyé depuis 34 ans. Mais, ce ne sera qu’en 2035. Il est clair que ce sont ceux - les hommes biens de là-bas et leurs progénitures - qui ont des ballons d’oxygène qui émergeront. Ils retrouveront à la surface les cadavres des gueux, des victimes de la gestion calamiteuse de Paul Biya qui a passé le temps à les bercer de fausses promesses. Le parcours de Paul Biya est jalonné d’actes manqués et d’opportunités gâchées. Il faudrait mille tomes d’ouvrages pour décrypter ce désastre innommable.


La République des vampires
Des pleurs, des gémissements, des gargouillis...Paul Biya a-t-il bouché ses oreilles avec des écouteurs qui délivrent 50 000 décibels de puissance sonore? Entend-il les ralements d’un peuple famelique, en guenilles?
Combien de cadavres des Camerounais jonchent le chemin du Renouveau du fait du mépris que l’oligarchie gloutonne au pouvoir depuis 34 ans affiche à l’égard des vies humaines ? 1000, 10 000, 100 000 cadavres ? Nul ne peut avec exactitude donner le nombre exact de personnes tuées ou portées disparues depuis l’accession de Paul Biya à la mangeoire suprême. Nul ne peut également nier le fait que pendant 34 ans d’un règne sans partage, beaucoup de Camerounais ont été massacrés. Que ce soit lors des émeutes sociales, des grèves estudiantines, des catastrophes naturelles, des accidents de circulation, des incendies, lors du putsch du 06 avril 1984… ou qu’il s’agisse des assassinats commandités des intellectuels, des hommes de Dieu, des militants des partis politiques, le bilan est macabre. Le Saigneur Paul Biya et ses partisans du Renouveau se nourrissent-ils du sang des Camerounais ?
On se serait pourtant attendu que la principale mission de Paul Biya, comme celle de tout homme politique digne et responsable qui souhaite entrer dans l’histoire comme un homme d’État, soit d’assurer constamment et à perpétuité notre sécurité et celle de nos biens, de construire et de reconstruire en permanence notre communauté politique et de rechercher les meilleures conditions de notre survie et d’une vie bonne. Même si en 34 ans de règne et de jouissance présidentielle quelques timides efforts et réformettes ont été effectués, l’on doit reconnaître que durant cette trop longue période passée à la tête de l’État, le monarque présidentiel est passé maître de la politique du verbe.
Faut-il le rappeler, lorsque Paul Biya arrive au pouvoir en 1982, il promet monts et merveilles aux Camerounais. Une frange de Camerounais adoptent son projet de société avec enthousiasme d’autant plus que dans l’ouvrage Pour le libéralisme communautaire, écrit par certains intellectuels camerounais et qui porte son nom, il annonce  « l’avènement du mérite [qui] mettra fin à l’anarchie par laquelle tout le monde pouvait se retrouver partout, mais rarement la personne qu’il faut à la place qu’il faut» et souhaite «vivement» que ses compatriotes se donnent la main pour « bâtir une société saine, c’est-à-dire une société constituée d’hommes qui se plaisent dans la compagnie les uns des autres, au lieu de se percevoir plutôt comme des loups, les uns pour les autres ». Aussi se propose-t-il de promouvoir: (1) « la vraie démocratie » qui ne saurait s’accommoder de « quelques formes d’oppression, de tyrannie ou de dictature des régimes civils et militaires qui, même lorsqu’ils prétendent servir les aspirations des gouvernés, sacrifient sur l’autel de l’ordre la liberté et l’égalité »; (2) le « développement véritable » dont la finalité « consiste à accorder à l’homme des conditions d’existence telle qu’il se sente réellement un homme libre et capable de le demeurer; un homme libre qui est débarrassé de toutes sortes de préjugés coloniaux, [...] un homme qui ne vit plus sous l’emprise de la superstition et des croyances déshumanisantes », un homme de principes qui refuse de se complaire dans le mensonge et la gabegie, et  qui ne vit pas « sous le régime de la peur et de l’ignorance ». Cette société nouvelle, plus démocratique, plus humaine appelle de tous ces vœux est celle au sein de laquelle aucun Camerounais n’aura besoin, pour exprimer ses idées et opinions de prendre la clé des champs. Les slogans: «  rigueur, moralisation, intégration nationale, stade suprême de l’unité nationale» mobilisent ses compatriotes qui y croient et envisagent l’avenir avec beaucoup d’optimisme.
Très tôt cependant, les Camerounais déchantent. Ils se rendent compte que Paul Biya est un démagogue, un spécialiste du mensonge politique. Bon jouisseur et toujours en vacances, le catalogue d’illusions qu’il a faites aux Camerounais restent au stade de promesses. Face à la recrudescence du vol, du viol des conscience,  du népotisme, du tribalisme, de la gabegie, des détournements des deniers publics, ils comprennent que les « valeurs morales qu’était censé promouvoir le renouveau ont été sacrifiées sur l’autel du mercantilisme, de la corruption, de la complaisance, du trafic d’influence, du mépris pour la vie humaine, de l’humiliation comme instrument de dialogue, du crime multidimensionnel, du vagabondage politique ... tant et si bien qu’il est difficile, aujourd’hui, même à ce renouveau, d’indiquer dans ce pays un seul modèle de vertu auquel il peut s’identifier » (Njawé, 1995). De nos jours les slogans de « rigueur, moralisation et intégration nationale « laissent un goût très amer dans la bouche des Camerounais. Ceux-ci sont devenus pour la plupart des citoyens, comme nous l’avons déjà souligné dans l’une de nos éditions, des mythes pour idiots, des dieux constamment évoqués par les partisans du régime mais auxquels très peu, même celui qui l’incarne, ne vouent un culte.
C’est que la galaxie paupolienne est peuplée de vampires, de sorciers et de cannibales. Pour reprendre les mots du philosophe Fabien Eboussi Boulaga, disons que les vampires et/ou les sorciers (noir) se nourrissent du sang et de l’énergie vitale des autres. Ils les vident de leur substance et énergie vitales jusqu’à les transformer en zombies serviles (les morts vivants) ou jusqu’à ce que mort s’en suive. Les pratiques quotidiennes de Paul Biya et de certains de ses plus proches collaborateurs obéissent au principe et à la logique du vampirisme et de la sorcellerie. Ils s’accaparent ou donnent à des sectes maléfiques occidentales de l’argent qui aurait permis la survie de nombreux Camerounais sans envisager l’impact et les conséquences de ces vols qui privent les malades et  des hôpitaux de médicaments, les institutions scolaires et universitaires de bibliothèques, de laboratoires, de tables blancs, de toilettes, de salles de classe et d’infirmeries, etc.
Leurs pratiques sexuelles déviantes et déshumanisantes participent de la même logique. En demandant à leurs partenaires sexuels, le plus souvent de même sexe, de se courber pour ramasser argent et promotion dans la haute administration, ils veulent non seulement dominer (avoir ou conserver la puissance qu’ils confondent avec le pouvoir), mais aussi et surtout aspirer, mieux pomper ou sucer l’énergie vitale de leurs multiples partenaires (vampirisme énergétique) en entrant en contact direct (« full contact «) avec le lieu où est logé, la pointe du coccyx ou sacrum au de dessus de l’anus et que les Hindous appellent kundalini, point à partir duquel l’énergie commence son ascension dans la colonne vertébrale puis pénètre dans le système nerveux central.
Ainsi va la république de Paul Biya. Une république des vampires,des  barbares où la violence et la cruauté n’épargne pas les morts et les disparus, une république où il ne suffit pas que les morts soient morts, mais où il faut « les signer (eux-mêmes et ce dont leur vie et mort avaient été le témoignage) à jamais dans l’inexistence et les exiler dans le chaos de l’innommé », pour parler comme Achille Mbembe.
Sa Majesté Paul Biya, Roi du Cameroun, devrait écouter le sang de ses compatriotes qui crie dans un « État » où la justice, accroupie et pourrie ne dispose d’aucune indépendance véritable ; un « État » assassin et cannibale où les acteurs des crimes crapuleux et odieux se pavanent impunément en bénéficiant des réseaux de brigandage, de corruption et de concussion, après avoir confisqué les appareils de l’État.
En tout cas, Paul Biya doit se montrer capable de réconcilier les Camerounais, de surmonter les tensions et crises réelles et latentes qui secouent son régime. Ses doutes et hésitations à prendre certaines décisions, à siffler la fin de la récréation inquiètent et à sanctionner sans faiblesses tous les responsables du carnage survenu à Eséka. Si la politique est la science de la maîtrise des choses fondées sur la prévision, la projection et l’organisation, il est dangereux qu’un chef d’État (ou un homme politique) donne l’impression que les événements lui échappent et qu’il n’est plus qu’une marionnette, c’est-à-dire (en français facile) une personne que certains collaborateurs hypocrites, vicieux et ambitieux manœuvrent à leur gré et lui font faire ce qu’ils veulent. C’est ce qui fait la force des grands hommes d’État. Paul Biya un grand homme d’État ? Qu’il le prouve.
Jean-Bosco Talla


Paul Biya, incapable de balayer devant sa porte
Dans presque tous ses discours depuis le 6 novembre 1982, Paul Biya ne cesse d’afficher sa détermination à lutter contre la corruption, les prévarications et autres malversations. Certes des Camerounais, qui n’ont pas la mémoire courte, ont assisté à l’arrestation de quelques barons du régime qu’une certaine opinion considère comme de simples lampistes. Ils n’oublieront pas de sitôt des affaires dans lesquelles Paul Biya et la famille présidentielle ont été impliqués. Ils n’hésitent pas à dire que l’exemple vient d’en-haut et que « Paul Biya devrait commencer d’abord par balayer devant sa porte ». Car, on ne peut honnêtement et objectivement requérir contre les crimes quand on les a soi-même commis et quand on a soi-même armé les mains des assassins ; surtout quand on est le premier responsable ayant, par calcul politique, transformé le microcosme et l’arène politique, les institutions républicaines, pour ne pas dire la société camerounaise tout entière en une caverne d’Ali Baba et/ou en un casino géant.
Quand Paul Biya accède au pouvoir en 1982, certains commentateurs se plaisent à dire, pour justifier la confiance en lui placée par feu le président Ahmadou Ahidjo, qu`il est un homme probe, le seul ministre de l`époque à ne posséder que 600 000 FCfa dans son compte bancaire. Que dire 34 ans après ? Titus Edzoa nous avait dit que l’homme-lion est devenu l’homme le plus riche du Cameroun. Le flou persiste sur l’étendue et l’origine de ses biens.
En 1992, Robert Messi Messi révélait, dans Jeune Afrique Économie que le couple présidentiel et sa famille s’étaient servis de la défunte Société camerounaise des banques (Scb) pour acquérir des villas haut standings, développer la Ferme du sud et " l'exploitation de Mvomeka'a ". Le pactole de la Scb avait également servi pour construire le palais de Mvomeka'a, aménager la piste d'atterrissage pour moyens courriers et s'offrir un terrain de golf de 9 trous dessinés par Cacoub. L'investissement est estimé à 108 millions de franc français, soit 10 milliards de francs cfa  non dévalués. Pour Messi Messi, c'est plus de 3 millards de francs cfa qui avaient été décaissés par le couple présidentiel. La boulimie du couple présidentiel ne prendra pas fin.
Entre 1988 et 1990, Paul Biya avait offert 7,781 milliards de francs Cfa au gourou Raymond Bernard et aux organisations dont il avait la charge. Aussi, des « abonnements », euphémisme de commissions, estimées à plusieurs millions de dollars, étaient prélevées par Elf sur chaque baril de pétrole et atterrissaient dans les comptes offshores de Paul Biya.
Maheu.


Biya/Ahidjo: Je t'aime moi non plus
34 ans après, les Camerounais n’ont plus que leurs yeux pour pleurer. En 1982, ils avaient pris leur rêve pour des réalités. Ils maudissent Ahidjo pour leur avoir filé un poids mort. Paul Biya est la croix du peuple.
Les Camerounais, qui n’ont jamais voulu prendre les déclarations de Paul Biya au sérieux, ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes. Car, depuis son accession à la mangeoire suprême, univers de villégiature chic, haut de gamme jouissant de beaux paysages féeriques dignes d’un paradis terrestre où ne peuvent vivre que des hommes-lions, c’est-à-dire des paresseux, il a eu la lucidité de toujours leur dire la vérité. Des exemples sont légion qui permettent de montrer que Paul Biya a toujours été sincère avec ses compatriotes.
Ils peuvent se remémorer ce très bon discours prononcé, le 21 juillet 2006, devant les militants du Rdpc réunis au palais des congrès en congrès extraordinaire. Il y avait aménagé un temps fort, sur un ton de confession qui dévoile le fond de son âme, de son être profond. "Je n'ai pas changé ", avait-il dit. Avant cette confession, les Camerounais avaient cru, à tort, que les épreuves l’avaient métamorphosé. Non, le jeu de la vérité auquel il s’est souvent adonné mécaniquement lors des campagnes électorales n'est que factice. D'ailleurs, change-t-on vraiment à plus de 84 ans ? Ses habits neufs ne durent que le temps d'une campagne électorale. Dès l'élection, sa nature profonde reprend le dessus. Il transforme le Cameroun en un avion sans pilote à bord. Chassez le naturel, il revient au galop. Et même l'opération dite "Épervier" que les Américains et les bailleurs de fonds l’avaient contraint d'engager n'est qu'un trompe-l'œil, un jeu de massacre politique, étant donné que ce rapace diurne n'attrape que les poussins, jamais les mères-poules et les coqs. C’est pourquoi, il peut tout faire, tout dire en omettant de balayer devant sa porte.
C’est aussi pourquoi, Il n'est pas exagéré d’affirmer que le 6 novembre 1982, beaucoup de Camerounais avaient pris des vessies crevées pour des lanternes. Et que le biyaïsme est synonyme de gabegie, corruption, vol, détournement des deniers publics, assassinats, népotisme, tribalisme, braquage, bradage du patrimoine commun, inertie, crimes rituels, etc.
Il ne pouvait d’ailleurs en être autrement, pour un homme dont l’unique rêve dans sa jeunesse était d’avoir, un bon compte en banque, de belles maisons, de belles voitures. D’ailleurs ses supérieurs hiérarchiques avaient vu juste, eux qui n’avaient pas hésité à porter des appréciations défavorables quant à sa manière de servir.
Quand mourant mais lucide, Arouna Njoya avait appris vers la fin des années 70 que Ahmadou Ahidjo s’apprêtait à démissionner pour céder sa place à Paul Biya, il avait fait venir à Foumban, deux amis proches d’Ahidjo, Oumarou Sanda et Abdoulaye Yadji et leur avait tenu ces propos : « J’entends raconter, leur avait-il dit, que le Président veut organiser sa succession et laisser le pouvoir à quelqu’un du Centre-Sud. Portez-lui mon message, qui sera sans doute le dernier : qu’il ne fasse jamais cela, sinon le Cameroun se retrouvera dans la situation où il était avec Mbida.» (Bayard, 1994 :159). Ce sage parlait ainsi du tribalisme. En 1982, Yadji avait divulgué cet avertissement, quand l’actualité avait donné tout son relief à cet avertissement. Paul Biya a fait du tribalisme l’un des leviers de son maintien au pouvoir. L’exacerbation de la tribu a atteint son apogée au début des années 1990, pendant les années dites de braise. Aussi a-t-il réussi à introduire les notions d’allogène et d’autochtone dans la constitution.
Germaine Ahidjo et beaucoup d’autres proches collaborateurs étaient en désaccord avec Ahidjo sur le choix de son successeur. Le temps leur a donné raison. Ahidjo seul sait pourquoi, il avait porté son choix sur celui qui n’était même pas membre de l’Unc et qui lui avait été recommandé par Louis Paul Aujoulat. Sûrement qu’ils avaient passé un deal secret. Vraissemblement soutenu par la France, par le biais de Elf. Gilles Gaetner et Jean-Marie Pontant (2000, p.47) affirment que « c’est la compagnie (Elf, Ndlr) qui avait aidé Paul Biya à devenir président du Cameroun ».
On comprend pourquoi, avant sa démission, le 4 novembre 1982, Ahmadou Ahidjo avait mis sur pied un scénario afin de faire croire aux Camerounais qu’il était gravement malade. Et à l’aéroport de Yaoundé, de retour d’un voyage soi-disant pour rencontrer son médecin, le 3 novembre 1982, il avait simulé la maladie, pendant que sa femme était radieuse. Cela n’avait pas échappé à Samuel Eboua, alors secrétaire général de la présidence de la République. Germaine Ahidjo reconnaitra plus tard en affirmant qu’« en réalité, Ahidjo n’a vu aucun médecin ». Et d’ajouter : « A ce moment-là, j’ai mal joué mon rôle ».
Ikemefuna Oliseh


Conserver le pouvoir par la corruption
Tous les observateurs avertis s’accordent à dire que la corruption est généralisée et touche tous les secteurs d’activité au Cameroun. En 34 ans, Paul Biya a réussi à faire du Cameroun une corruptocratie
Pour le commun des Camerounais, les mesures gouvernementales prises ces derniers temps contre les responsables convaincus de corruption semblent n’être que de la poudre jetée à leurs yeux et une manière pour les gouvernants de contenter les bailleurs de fonds afin de bénéficier de l’aide. Les plus sceptiques estiment que le pouvoir en place se nourrit de la corruption. Pour ceux-ci, lutter contre la corruption, ce serait se faire hara-kiri ou scier la branche sur laquelle il est assis. Combattre la corruption serait donc pour lui suicidaire. De sorte qu’aujourd’hui les discours de Paul Biya sonnent faux dans leurs oreilles.
Ce scepticisme est d’autant plus compréhensible que dans une interview accordée à l’hebdomadaire Jeune Afrique (n° 1990 du 02 au 09 mars 1999), Paul Biya affirmait : « Si cette lutte impitoyable [contre la corruption] avait été déclenchée alors que les fonctionnaires étaient sous le triple coup des baisses de salaires imposées par l’austérité, des licenciements suggérés par les bailleurs de fonds et de la dévaluation du franc CFA, l’émeute aurait été quasi-inévitable […] ».
Les Camerounais sont aussi étonnés de constater qu’il instrumentalise la justice pour condamner sans preuve, lui qui avait lancé un cinglant - « Où sont les preuves ? » à Eric Chinje - ou pour priver d’honnêtes citoyens de liberté 6 à 8 années durant avant qu’ils ne soient relaxés par la Cour suprême, faute de preuves.
Paul Biya n’est d’ailleurs pas à une contradiction près. En 1987, il déclarait à Eric Chinje, à propos de la répression contre l’enrichissement illicite ce qui suit : « […] Quand on sait qu’une personne gagne une certaine somme, si elle vit sans rapport avec ce qu’elle gagne, on doit pouvoir savoir d’où viennent ses revenus. […] Quand on ne pourra pas justifier les biens que l’on possède, il faudra que l’État prenne des mesures. Mais pour cela, il faudra peut-être […] que nous voyions avec l’Assemblée nationale si une loi appropriée réprimant l’enrichissement illicite, l’enrichissement sans cause, n’est pas nécessaire au stade actuel.?» 29 ans après cette déclaration, les Camerounais sont surpris qu’il promulgue la loi portant nouveau Code pénal dans lequel l’enrichissement illicite n’est pas criminalisé.
Somme toute, la corruption qui consacre la revanche de l’officieux sur l’officiel, de l’écart sur la norme, s’est aggravée à partir du moment où de la bouche de la voix la plus autorisée, il avait été demandé de fournir les preuves attestant l’existence des pratiques corruptives ou de l’implication des individus et gestionnaires des deniers publics. Cette autorité n’ignorait pas que l’absence de preuve protège la pratique de la corruption et réduit au silence ceux qui peuvent avoir l’audace de la dénoncer et que suspendue à la preuve qui lui assure le droit d’exister, mais qu’elle ne peut pas toujours produire pour exister, la critique courante et les indignations de ceux qui ont encore la conscience morale s’avèrent souvent très peu efficaces, selon le philosophe Lucien Ayissi. On comprend pourquoi malgré ces indignations et les dénonciations, la corruption continue de prospérer dans divers secteurs et connaît la plus grande manifestation publique lors des campagnes électorales. Il est d’ailleurs de notoriété publique que le parti au pouvoir ne fonctionne que sur des revenus étatiques et qu’au moment des campagnes électorales il mobilise la logistique étatique, notamment des fonctionnaires, des véhicules administratifs, des chauffeurs et des bons de carburant. Cette mobilisation des ressources humaine et matérielle de l’État n’épargne pas des entreprises publique et parapublique telles que la Snh, Sonara, Cdc, Crtv, Cnps, Snec, la Sic et autre Port autonome, Feicom, Cnps et le Cfc etc. Paul Biya avait d’ailleurs été le premier à corrompre certains partis politiques de l’opposition en 1992, en leur offrant 500 millions de FCFA non dévalués pour les pousser à prendre part aux législatives organisées en mars de cette année-là.
Bonnemort & Jeanlin


L'histoire du Renouveau-Rdpc s'écrit en lettres de sang
Lors du denier congrès du Rdpc, Paul Biya et ses partisans avaient promis de faire exploser le Cameroun avec sa nouvelle dynamite. Depuis lors, le Cameroun est devenu une gehenne où le sang coule à flot.
Le bilan de 34 ans de gabegie et d’un règne sans partage que les Camerounais auront connu sous le Renouveau-Rdpc de Paul Biya et de ses « créatures-esclaves », s’écrit aussi en lettres de sang que charrie des assassinats politiques dont la mémoire hante encore l’imaginaire collectif tant leur barbarie a été d’une monstruosité extrême et inouïe. En revisitant certains de ces assassinats nous ne sommes pas été guidés par un besoin morbide et mortifère d’exhumation des cadavres, mais par le souci que leur mise en perspective contribuerait à mieux appréhender la nature criminelle et méchante du système gouvernant incarné par l’homme du 6 novembre 1982.
Dans la nuit du 4 au 5 Avril 1990, Me Mbobda, avocat au barreau du Cameroun, établit à Bafoussam, est assassiné par un gardien de la paix, Emandion Louis en service au GMI de la même ville. Le procès dure deux ans. Le 17 février 1992, la chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Bafoussam rend son verdict. Le gardien de la paix est condamné à vie. Le mobile de son forfait reste non élucidé. Tout indique qu’il n’aura été qu’un bras séculier de commanditaires tapis dans l’ombre.
Deux années auparavant, en 1988, un 13 novembre, était également assassiné un autre avocat, Me Ngongo Ottou. Le dimanche précédant sa mort, les dernières personnes qui lui avaient rendu visite sont des membres bien connus d’Essingan, Omgba Damase et le Secrétaire d’Etat à la sécurité d’alors (actuelle DGSN), Ekani Denis. Juste après leur départ, deux expatriés de nationalités marocaine et française seraient rentrés par effraction dans le domicile de l’avocat et l’auraient agressé en pressurisant son crâne.
La série noire va se poursuivre avec des hommes et femmes de Dieu. Après les assassinats des Abbés Yomb Joseph, Bikoa Materne et Mgr Kounou Jean, c’est au tour du journaliste l’Abbé Mbassi Joseph qui est retrouvé mort dans sa chambre à Mvolyé dans la nuit du 24 et du 25 octobre 1988. La piste d’un crime passionnel est invoquée pour être écartée par la suite. L’Abbé aurait été en possession de documents compromettants. D’ailleurs sa mort serait liée à celle de Me Ngongo pour les mêmes mobiles. Qui sont les commanditaires ???
Dans la nuit du lundi, 2 septembre 1991, Mgr Yves Plumey, fondateur du collège Mazenod est assassiné dans sa résidence à Ngaoundéré. Des soupçons sont portés ici et là sur un certain Haman Sali, Homme politique, membre de l’UNDP, puis sur un nommé Noel qui fera deux ans de prison ou encore sur un évêque, Jean Pasquier. L’affaire sera classée par la suite.
Djoum, août 1991. Les Sœurs Germaine Marie et Marie-Léone de la congrégation de sœurs du Sacré cœur sont sauvagement abattues. L’assassin serait un certain Ondja’a Albert Landry qui malgré les preuves l’accablant clame pourtant son innocence. Avait-il besoin d’assassiner de vieilles dames sans défense pour les voler ? La vérité semble être ailleurs. Il se dit d’ailleurs que les vieilles sœurs détenaient les confidences d’une illustre disparue dont le neveu, Motaze Roger, alors Aide de camp du chef de l’Etat sera tué dans un accident de circulation suspect.
22 avril 1995, le Père Mveng est étranglé dans son lit. Le ministre de la Justice de l’époque appose des scellés sur le corps. La Messe de requiem a lieu sans le corps. Il se dit que son crâne aurait été ouvert et son cerveau emporté. Pour quoi faire ? Les assassins courent toujours. L’Etat se précipite pour le décorer à titre posthume.
Saura-t-on jamais un jour la vérité pour tous ces assassinats dont le caractère politique ne fait plus l’ombre d’un doute ? Que dire de la disparition de Mbara Goulongo Guérandi?
Un jour viendra où les archives du Renouveau seront déclassifiées et ce Régime répondra devant le tribunal des hommes et de l’histoire.  
Tissibe Djomond


Au moins 70 000 morts sur les chemins du Renouveau

Les vampires du Renouveau-Rdpc ont peut-être besoin du sang des Camerounais pour se régénérer et avoir la vie éternelle. Les voies du Renouveau et du Roi Paul sont impénétrables
Vendredi, 21 octobre 2016. Le train voyageurs Intercity n° 152 de Camrail, déraille à Manyaï, près de la gare d’Eséka. Le bilan provisoire est catastrophique : officiellement, près d’une centaine de morts contre environ 600 blessés. Une querelle de chiffres tient l’opinion en émoi où l’attitude constamment minimaliste et condescendante des officiels le dispute dorénavant à la rapidité de l’information relayée sur les réseaux sociaux. Dieudonné Essomba, économiste connu pour ses analyses au vitriol, déclare alors que les Camerounais ne sont qu’au début de leur peine. Cynisme ? N’y at-il pas une consubstantialité entre la mort et le pouvoir de Biya ? En cette date commémorative de 6 novembre, le chemin parcouru par le Renouveau en 34 ans, jalonné d’hécatombes, dévoile une loi statistique de série, tant la temporalité des catastrophes paraît obéir à une périodicité plus ou moins égale. Le décompte des morts du Renouveau est un devoir de mémoire.
Illustration. Au lendemain du putsch manqué du 6 Avril 1984, une répression sanglante au terme de procès expéditifs a lieu à Mbalmayo où sont exécutés près de 1500 Camerounais, originaires du Septentrion. Bilan officiel : 35 morts (lire page 9). C’est le massacre inaugural de l’ère Biya. Deux ans plus tard, dans la nuit du 15 août 1986, une explosion a lieu au lac Monoun, non loin de Koutaba. Bilan : 37 morts. On ne pouvait pas prévoir. Le 21 courant, à Nyos, le lac Lwi, abrité par un cratère éteint comme celui de Monoun, libère un gaz carbonique dont la toxicité étale sur le carreau 1746 camerounais et 5000 bêtes décimées. Des mesures auraient dues être prises. Années 90. Au plus fort de la contestation sociopolitique, les villes mortes font environ 400 morts. L’Etat d’exception imposé par le commandement opérationnel marque au compteur : 800 morts. 3 Décembre 1995, le « Nyong » en provenance de Cotonou, crashe à Youpwé. Bilan : 78 morts. Les Camerounais sont à peine remis qu’un 14 février 1998, un déraillement de Wagons-citernes transportant du carburant, renverse son contenu à Nsam Efoulan, les populations accourent pour se ravitailler, une explosion s’en suit. Bilan : 250 morts. Quatre ans plutôt, en 1994 sur la route de Soa, la réforme universitaire initiée par le Ministre Titus Edzoa compte ses premières victimes : 12 morts. Il s’en suit alors une série d’accidents de la circulation : 27 janvier 2003 à Ebombé, sur l’axe Douala- Yaoundé, les Bus de Kami et de Félicité voyages rentrent en collision : près de 100 morts. On n’en finira plus jamais de parler du triangle de la mort – axes Yaoundé-Douala-Bafoussam-Yaoundé. Illustration : dans la nuit du 3 au 4 mai 2016 sur l’axe routier Douala-Nkongsamba, 7 morts, 21 blessés. Le 20/09/2016, 6 morts sur ce même axe. Le 2 novembre 2016, 9 morts sur le carreau à Ebebda, etc.   De Septembre 2003 à Juin 2006, la Lékié connait à son tour son lot d’accidents dont les pertes vont au-delà de 100 victimes. Idem dans la partie septentrionale avec la compagnie de transport Star Voyages ; 5 mai 2007, à Mbanga Pongo, 2mn après son décollage, l’avion de Kenya Airways crashe. Bilan : 114 morts. Le Ministre de transport à l’époque, un certain Issa Tchiroma Bakary est accusé alors par Marafa d’avoir empoché l’argent devant servir à indemniser les ayants droit des victimes. Février 2008, éclatent les émeutes de la faim, bilan : au moins 139 morts. 2009 : une série noire sur les chemins de fer qui enregistrent plusieurs déraillements et beaucoup de morts. Bref, si on s’en tient aux données contenues dans les rapports sur l’état de la protection civile au Cameroun produit par le Minadt, il y a en moyenne sur nos axes, 1500 morts par an, au moins 51 000 morts au bout de 34 ans.
Sans oublier les 30 morts de morts de Bakassi, et environ 2000 morts liées aux attentats et à la lutte contre « Boko Haram ». Et les crimes rituels aussi. 2014, au quartier Mimboman à Yaoundé, des crimes dits rituels sont perpétrés, c’est l’émoi dans toute la ville, une commission d’enquête est commise et l’affaire est vite oubliée ; 2016 : Nkolbisson va connaître également sa série de crimes rituels. Puis, Eséka…Et la saga semble loin d’être terminée !                
Tissibe Djomond


Emasculer pour rêgner
En 34 ans de règne, le grand vacancier de l’hôtel suisse Intercontinental aura réussi le délitement et la déliquescence du tissu social camerounais plus que jamais marqué par l’abrutissement collectif et dont il faut d’ailleurs rechercher les mécanismes dans la prolifération des multinationales du jeu, de Dieu et des loges pernicieuses. Ces derniers constituent les leviers grâce auxquels les Camerounais sont maintenus dans un état d’hébétement et d’abêtissement permanent qui les empêche de se réveiller, de demander des comptes quant à la manière dont le Cameroun est dirigé. Cette apathie dans laquelle les Camerounais sont maintenus, donne au Renouveau de mettre les Camerounais en coupe réglée.
D’abord, il y a les bars et débits de boisson qui auront proliféré exponentiellement. Ouverts quasiment 7 jours sur 7 et 24 sur 24, ils tiennent les Camerounais par l’ivresse et la torpeur, les empêchant ainsi d’être lucides et de s’intéresser à la marche du pays, et leur font oublier leurs misères au quotidien en noyant leurs soucis dans l’alcool. Sauf qu’avec le temps ceux-ci auront appris à nager.
Ensuite, viennent les jeux qui essaiment pêle-mêle : Pmuc, Parifoot, Poker, etc. Les Camerounais sans distinction d’âges, de sexes et de conditions s’y adonnent. Convaincus que le bonheur est dans les jeux de hasards, ils ont cessé de croire au travail.
Enfin, il y a les églises et les sectes pernicieuses qui écument les artères des grands centres urbains, vendant de l’illusion aux uns et aux autres. Elles concourent à la mort de l’esprit critique sans lequel, il n’est pas possible d’exercer sa citoyenneté. D’ailleurs, on se souvient, il n’y a pas longtemps qu’un sous-préfet avait pris la décision de fermer les lieux de culte fonctionnant sous le régime de la tolérance administrative. Celui-ci s’est fait remonté les bretelles par certains barons très haut-placés à qui ces églises réveillées apportent leur soutien en disant aux fidèles que tout pouvoir vient de Dieu et qu’il ne doit pas être contesté.
En jouant sur ces leviers, le Renouveau-Rdpc est parvenu à émasculer les Camerounais.
Tissibe Djomond


Valsero : Emotions de soutien pour encourager la ruine du Cameroun
«Il y’a plus de honte dans le monde». Le paroles ci-dessous sont celles de Valsero, dans son dernier opus titré «Motions de soutien’’ sorti quand Paul Biya avait passé 33 ans au pouvoir. A ce jour, rien n’a changé. C’est pourquoi, à l’accasion des 34 années de Paul Biya au pouvoir, nous avons remplacé 33 ans par 34 ans.
Ils ont plus honte... Après [34] ans de misère, de vol. Motion de soutien
Oh my God. Oh my God. My God... Allons-nous sortir de là ?
[34] ans de dictature,
[34] ans de corruption
[34] ans de népotisme,
[34] ans de destruction
[34] ans de souffrance, de misère sans interruption
[34] ans d’arrogance, de violence et d’humiliation
[34] ans de mensonges, bercés par des illusions
[34] ans de pénitence, de sueur, de larmes à profusion
[34] ans de prières, toujours en quête de solutions
[34] ans de « 33 », pour noyer nos ambitions
[34] ans de Castel, de Guinness comme une punition
[34] ans de promesse, promesses de grandes ambitions
[34] ans de Bitkutsi pornographique comme solution
[34] ans de contrôle, contrôle de nos émotions
[34] ans de chinois, de grosses incompréhensions
[34] ans de sodomie comme une étrange addiction
[34] ans d’agressions, de viols à répétition
[34] ans de « couche toi je t’allume et ferme ta gueule de con »
Après [34] ans chaotiques, tu te prépares aux élections
Qu’es ce qui t’arrive, arrête le coke, c’est quoi ton truc l’explosion
Regarde ces jeunes, ils ne rêvent plus sinon de partir trop loin
Regarde ces jeunes, ils ne luttent plus, ça sert à rien pour certains

 Refrain
Tu veux garder le Cameroun pour toi, Ok on te le laisse
Oui vas-y prends-le et si tu veux, étouffe-toi avec
On préfère prendre la mer et mourir parmi les poissons
Y’a plus de chance de s’en sortir, au milieu des requins
Tu veux garder le Cameroun pour toi, Ok on te le laisse
Oui vas-y prends-le et si tu veux, étouffe-toi avec
On préfère prendre la mer et mourir parmi les poissons
Y’a plus de chance de s’en sortir, au milieu des requins

A [34] ans de calvaire, a succédé le terrorisme
Plus de marche arrière possible, on est tous devenu des cibles
Y’a la guerre pour la survie, toi tu t’en sers pour survivre
T’es prêt à tout et ça se voit, pour garder la main mise sur tes prêts banque, ton confort, ton amour pour la luxure
Tes voyages qui nous ruinent et ton cortège de jolies voitures
[34] ans à manger t’as toujours faim, c’est trop bizarre
[34] ans de picole, t’as toujours soif, t’es trop bizarre
C’est bon, t’as réussi, les jeunes ont tous baissé les bras
Ils ont décidé de boire, et de coller la petite
Tu peux dormir tranquille, tu n’entendras plus cette petite voix
Qui te posait des questions et te disait « arrête ça »
Ils savent que ton travail, c’est de garder le pouvoir
Ils préfèrent ramper comme des lâches, voilà pourquoi ils ne votent pas
Tu as fini par rendre idiots tes plus farouches opposants
Tu as fini par rendre faible une nation qui était forte avant
J’espère que t’es content
Que tu te sens fort et puissant
Car pour moi tu resteras, le dernier des présidents
Un jour viendra et j’en suis sûre faudra que tu payes ta facture
Un jour viendra t’aura en face de toi tes ministres et tes juges

Refrain
Tu veux garder le Cameroun pour toi, Ok on te le laisse
Oui vas-y prends-le et si tu veux, étouffe-toi avec
On préfère prendre la mer et mourir parmi les poissons
Y’a plus de chance de s’en sortir, au milieu des requins
Tu veux garder le Cameroun pour toi, Ok on te le laisse
Oui vas-y prends-le et si tu veux, étouffe-toi avec
On préfère prendre la mer et mourir parmi les poissons
Y’a plus de chance de s’en sortir, au milieu des requins

J’en ai assez de te voir aspirer la vie de tout un peuple
Pour te maintenir en vie, toi et ta clique de vautours
Je n’en peux plus de te voir boire le sang de toute une jeunesse
Sans le moindre remord, toi et les vampires qui t’entoure
Entre la patrie ou la mort, t’as fait mourir la patrie
Sous d’autres deux tu serais mort, sous les coups de la patrie
Vas-y profite tant que tu peux ici- bas rien n’est éternel
Le peuple aura sa revanche dans cette vie ou dans une autre
Regarde ce que t’as fait, d’un peuple jadis travailleur
Des envieux, des aigris, des jaloux, des hypocrites
Y’a plus rien de bons en eux, ils sont remplis de rancœur
Ils se bouffent entre eux, détestent tout ce qui a de la valeur
T’as fait du mal à ce pays qui t’a donné tant de bonheur
Mais es ce que t’en est conscient, t’as causé tant de malheurs
Regarde sur tes mains, c’est le sang de tous ces morts
Ces grands hommes qui rêvaient grands et qui avaient de la valeur
Regarde sous tes pieds, ce sont les cendres de nos rêves
Nos projets, nos projections qui brûlent à chaque élection
Regarde autour de toi, ces familles entières qui souffrent
Qui attendent que tu partes, car ta politique les bouffe

Refrain (2)
Tu veux garder le Cameroun pour toi, Ok on te le laisse
Oui vas-y prends-le et si tu veux, étouffe-toi avec
On préfère prendre la mer et mourir parmi les poissons
Y’a plus de chance de s’en sortir, au milieu des requins
Tu veux garder le Cameroun pour toi, Ok on te le laisse
Oui vas-y prends-le et si tu veux, étouffe-toi avec
On préfère prendre la mer et mourir parmi les poissons
Y’a plus de chance de s’en sortir, au milieu des requins


Insécurités, lot quotidien des bizarreries
Que reste-t-il de l’euphorie du changement amorcé par la démission d’Ahidjo que le premier président du Cameroun donne en héritage à Biya ? Pourquoi le rêve a –t-il viré au cauchemar ? Un tel questionnement ne peut surprendre que ceux, autour de Paul Biya, qui sont plus aptes à une gouvernance d’affichage et de déclarations.
Quel que soit en effet le domaine de la vie, sociale, économique, ou politique, le renouveau 34 ans après, culmine au sommet des rêves devenus cauchemars et se résume en une litanie funambule d’occasions manquées. 34 ans après qu’est ce qui n’a pas tourné rond pour mener à bien le formidable projet de société mi- révolutionnaire, mi- porteur de nouvelles espérances. Est-ce les atouts de l’homme providentiel dont les états de service et surtout le parcours administratif restent dans les annales camerounaises comme un cas atypique. Son entourage y serait-il pour quelque chose ?
Questionner l’homme ou son environnement pourrait-il nous apporter quelque éclairage pour comprendre que les feuilles de route brillamment résumées dans un ouvrage dont on lui attribue la paternité se sont envolées en cours de route, tant l’itinéraire du renouveau a été un labyrinthe digne des fables médiévales. Que l’on nous comprenne bien. Il ne s’agit pas de blâmer sans nous interroger la pertinence des idées ou mesures entreprises çà et là, mais de remettre en perspective quelques secteurs saillants dont la gestion qui en été faite porte à contribuer au cauchemar qui a fait place au rêve de progrès et d’amélioration, qu’il s’agisse, au plan social de l’éducation, de la santé, de la justice ou de l’économie. L’école est caractérisée par une insécurité de la formation. Elle est sans ancrage sur une utilisation des savoirs endogènes pour impacter une société travaillée de toutes parts par des crises. L’emploi est plombé par un clientélisme ethno centré.  L’accès aux soins de santé et en commodité de communication peuplent plus les discours que la réalité.
Le dernier conseil de l’enseignement supérieur s’est tenu le 20 octobre 1982, date lointaine que le temps passé par le monarque présidentiel à Etoudi. Son action pourrait se résumer en spectaculaires décisions : éclater en huit universités l’unique université d’Etat de Yaoundé, ou d’offrir cinq cent mille ordinateurs aux étudiants qui ont d’autres urgences. Le capital d’estime et de confiance suggéré par le changement à la tête du Cameroun en 1982 s’est mué au fil des années en une grosse désillusion que la ritournelle du pays de cocagne décrite par des sympathisants ne suffit plus à occulter. Il n’est plus besoin de loupe grossissante pour capter sans microscope le caléidoscope désastreux d’un pays travaillé par toutes sortes d’incertitudes, de précarité, de violences diffuses génératrices d’autant de  tensions, et des formes d’insécurité les unes aussi potentiellement explosives que les autres. Qu’il s’agisse de l’université en particulier et de l’école en général, du vivre ensemble, ou bien  de toutes les commodités que le discours sur la moralisation des comportements suggérait. La menace couve partout contre un discours sécuritaire incantatoire. En réalité, la paupérisation des masses ne peut pas seule expliquer le grand banditisme dont les tentacules ont dégénéré en prise d’otage et en attaque armée des rebelles ou des incursions transfrontalières de bandes armées. C’est que le crime économique n’a été aussi prospère que ces 34 dernières années. L’unité  de mesure de la fortune publique spoliée ou vandalisée par les agents publics se chiffre en milliard de FCfa. Au point où on en vient à ne plus se rendre à l’évidence que 1 milliard c’est quand même 1 million de millions. C‘est pourtant le sport national le plus pratiqué, où sont passés la rigueur dans la gestion et la moralisation des comportements.
Autant le dire en définitive: les insécurités sont chroniques au Cameroun de Paul Biya. Elles sont alimentaire, juridictionnelle, judiciaires, sanitaire, routière, institutionnelle, etc.
Francis Mbagna


6 avril 1984: Un pogrome prémédité
Des chiffres officiels avancés ne reflètent pas la réalité vécue. Entre 1000 et 1500 morts lors des événements du 06 avril 1984. Un véritable pogrome qu’on aurait pu éviter. Évocation.
L'histoire, comme on dit, est un éternel recommencement. Dans l'histoire contemporaine, des événements majeurs ont marqué la vie de certains État au cours des mois d'avril. On dirait que ce mois est celui des putschs. Alger, 21 avril 1961 : les généraux Salle Sallan, Jouhaud et Zeller organisent un putsch. 24 avril 1974, le Portugal connait la " révolution des œillets ". En rupture avec le système en place institué par Salazar, des capitaines prennent le pouvoir. Libéria, 12 avril 1980, Samuel Doe prend le pouvoir à Monrovia. Le 06 avril 1984, le Cameroun connaît une tentative de putsch.
Yaoundé, 06 avril 1984. Il est un peu plus de 3 heures du matin. Une pluie torrentielle arrose la ville. Quelques étudiants de l'Université de Yaoundé, qui étaient au " front ", et qui n'ont pas pu rejoindre leurs chambres, parce que bloqués par l'orage qui est en train de s'abattre sur la ville, se demandent comment faire pour regagner leur domicile. Soudain, ils entendent des coups de feu du coté de la garde présidentielle située à un jet de pierre du campus. Ils n'y prêtent pas beaucoup attention. Certains soutiennent qu'il s'agit des grondements du tonnerre.
Pourtant, quelque chose d'étrange se produit non loin du campus et dans la capitale politique du Cameroun, abondamment arrosée en cette fin de saison des pluies. Des chars d'assaut de la garde présidentielle, des camions militaires conduits par des soldats (en majorité originaires du nord Cameroun) sous le commandement du colonel Salé Ibrahim, patron de la garde présidentielle, et du capitaine Awal Abassi, vont dans tous les sens. En quelques minutes, ils verrouillent le quartier général. Des chars prennent d'assaut les résidences de certains hauts gradés de l'armée. Le portail de la résidence du général de division et chef d'état major des armées, Pierre Semengue, est démoli. Pierre Semengue raconte : " Vers 3h 50 le téléphone de sécurité sonne. Le Général Meka à l'époque Colonel est au bout du fil. Il était à l'époque Directeur de la Sécurité Présidentielle. Il me dit exactement ceci: " Les blindés se dirigent vers la Présidence de la République ".  Je me lève et écarte le rideau.  Je vois que des blindés se dirigent vers mon domicile. Puis des coups de feu. Je réalise alors que c'est effectivement un coup d'État et qu'on en voulait à ma personne " (Ateba Eyene, 2002 :136). Cet officier supérieur de l'armée parvient à s'enfuir.

Prisonniers
Un autre groupe de soldats marche sur la résidence du colonel Asso Ename, commandant du quartier général. Le Colonel Asso Ename évoque : " Je peux vous dire que quelques semaines avant les événements, j'ai été informé de ce qui se tramait. […] Le colonel Réné Claude Meka, directeur de la sécurité présidentielle, m'appelle le 05 avril et me demande de renforcer la garde. Je lui demande pour quelles raisons. Il me répond qu'on en parlera. Ce soir-là, je reçois chez moi le secrétaire général du ministère des forces armées et le ministre de l'Administration territoriale, accompagnés de leurs épouses que j'ai invité à diner. Il s'avère que c'est pendant qu'on mangeait que les gars ont réussi à enlever toutes les munitions des points sensibles du Plateau Atemengue. Après le diner, mon épouse et moi décidons de regarder un film. Je me couche vers 3h45 mn. Et ce sont les coups de feu qui me réveillent. Et je me dis : "je savais bien que ces gars-là allaient passer à l'action et voici maintenant qu'ils nous surprennent " "(Les cahiers de Mutations n°018) Il réussit, malgré la présence de deux chars d'assaut dans sa concession, à s'enfuir. Les putschistes enlèvent quelques membres de sa famille. Le domicile de Gilbert Andzé Tsoungui, ministre d'État chargé des Forces armées, qui s'est enfui après avoir entendu les coups de feu, n'échappe pas au pilonnage. Joseph Zambo, secrétaire général à la présidence de la République, René-Claude Meka, directeur de la Sécurité présidentielle, Mbarga Nguélé, délégué général à la Sûreté nationale et quelques autres personnalités n'ont pas la même chance. Ils sont faits prisonniers.
Dans le même temps, vers un peu plus de 4 heures du matin, la colonne de chars d'assauts pilotés par les putschistes se dirige vers le Palais présidentiel d'Etoudi où ils bloquent toutes les issues. Deux chars enfoncent le portail d'entrée sans que les gardes qui s'y trouvent n'opposent une résistance. Ils sont abattus de sang froid à la mitraillette.
A l'intérieur, Paul Biya est réveillé en sursaut. Il est rapidement conduit avec ses proches parents dans le bunker qui se trouve dans le sous sol du palais. Le chef de l'Etat ne sait pas ce qui lui arrive. D'aucuns affirment qu'il aurait envisagé de se rendre afin " d'éviter un bain de sang inutile". Il aurait été rassuré dans l'immédiat par ses " anges gardiens " qui lui aurait demandé de garder confiance. A l'extérieur, quelques soldats loyalistes organisent timidement la résistance. Certains éléments, avec à leur tête le chef de bataillon, Benaé Mpéké, occupent et sécurisent la radio de commandement, situé sur le mont Mbankolo. Entre temps, dans leur avancée, les putschistes se sont emparés d'autres points stratégiques : la radio, l'aéroport, les centraux téléphoniques…Ils coupent toutes les communications avec l'extérieur.
En milieu de matinée, les radios étrangères annoncent la tentative de coup d'État militaire au Cameroun. Certaines chaines parlent même de la chute du régime Biya. Dans les quartiers de la Capitale, c'est la confusion générale. Les populations sont terrées chez elles. Les rues sont presque désertes. Les civils y sont très peu nombreux. A presque tous les carrefours, on rencontre les hommes en tenues, surtout les mutins. Des commerçants qui avaient imprudemment ouvert leurs boutiques referment précipitamment les portes, après s'être rendu compte qu'il y avait de l'électricité dans l'air. Interrogé par Radio Monté Carlo (Rmc) vers 10 h30 mm, l'ancien président de la République, Ahmadou Ahidjo fait une déclaration surprenante " J'ai été trop insulté et calomnié par les Camerounais, ils n'ont qu'à se débrouiller tous seuls... Si ce sont mes partisans, ils auront le dessus ".
Cette déclaration est d'autant plus surprenante qu'elle est faite par un homme d'Etat chevronné qui a centré son action politique sur l'" unité nationale et le respect des institutions ".
Entre temps, la radio qui est tombée aux mains des insurgés n'émet que de la musique militaire. À 13 heures, dans le journal parlé de la mi-journée, la radio nationale, par la voie de Yaya Adoum, diffuse le message enregistré quelques instants plus tôt. La diffusion de ce message lève un pan de voile sur l'identité des auteurs du coup de force. C'est ainsi que l'on apprend qu'il s'agit de " Jeunes officiers et sous-officiers prêts au sacrifice suprême pour la nation, regroupés au sein du mouvement J'OSE ". Ce message, lu et émis sur la bande FM, ne sera entendu qu'à Yaoundé et ses environs. Il fait l'effet d'une bombe.

Cadavres et flaques de sang
Environ une demi-heure après le message, les combats reprennent dans la capitale. Les loyalistes, sous la conduite du Général Semengue organisent la contre offensive. Il libère la poudrière du quartier général, la radio et le palais de l'Unité suivront... Les unités présentes à Yaoundé redeviennent opérationnelles. Les soldats du 11è bataillon d'infanterie basé à Ebolowa et commandé par les lieutenants-colonels Titus Ebogo et Guillaume Mbomback libèrent l'aéroport de Yaoundé. Les mutins, comme on les appelle, ne vendent pas cher leur peau après avoir réalisé que le putsch pouvait échouer. Le samedi 7 avril, les rigoles, les rues des quartiers Obili et Etoudi sont jonchées de nombreux cadavres boueux des soldats (loyalistes et putschistes) et civils. On y observe des flaques de sang partout. Les combats ne sont pas pour autant terminés. Les hélicoptères "Gazelle" armés de roquettes antichars, des avions de combat Fouga magister décollent et affluent vers Étoudi où ils bombardent les positions tenues par les insurgés. Des troupes d'infanteries y sont également envoyées pour empêcher les putschistes de battre en retraite.
Vers la fin de la matinée, le quartier Étoudi est devenu à un vaste cimetière jonché de cadavres de soldats, de carcasses de chars détruits et de débris d'obus. Certains mutins se rendent, d'autres s'enfuient. D'autres encore se retranchent au camp Yeyap (siège de la gendarmerie) et à la garde républicaine à Obili, espérant pouvoir se mettre à l'abri. Erreur fatale, car, quelques instants plus tard, ces lieux sont encerclés par les soldats loyalistes qui ont pris soin de demander aux habitants de les évacuer. Par la suite, les lieux ainsi évacués sont bombardés à coup d'obus, anéantissant ainsi les dernières poches de résistance. S'ensuit une chasse à l'homme implacable.
Pendant ce temps, la radio nationale émet la musique de variété. A 19 heures, la diffusion de cette musique est interrompue. En trois minutes, Paul Biya, d'une voix fluette, tremblotante, presque hésitante s'adresse à ses compatriotes. Il rassure et indique que "le calme règne sur toute l'étendue du territoire national ". Quelques jours plus tard, le 10 avril, le président Biya s'adresse à nouveau à la nation. Pour éviter dérives et stigmatisations, Paul Biya précise : "En effet, l'actualité a retenu, l'Histoire retiendra que les forces ayant participé au rétablissement de la situation comprenaient des Camerounais de toutes origines, sans distinction de leur appartenance ethnique, régionale ou religieuse. La responsabilité du coup d'État manqué est celle d'une minorité d'ambitieux, assoiffés de pouvoir et non de celle de telle ou telle province ou de Camerounais de telle ou de telle région".
S'ouvre alors l'ère des bilans, des procès expéditifs, des règlements de compte, des assassinats, des exécutions sommaires, des enlèvements et des emprisonnements. De nombreux officiers, fonctionnaires, hommes d'affaires "nordistes", quelque fois, sans lien quelconque avec les événements, sont exécutés et emprisonnés. Certains passent de très longues années en détention pour avoir, selon des dépositions, "exprimé leur joie au moment de l'annonce du putsch". Ceux qui y échappent demeurent des "putschistes potentiels" et restent confinés à des tâches subalternes. Ne pouvait-on pas éviter ce bain de sang ?
Plus de 25 ans après le putsch du 06 avril 1984, des blessures restent ouvertes. Des séquelles demeurent indélébiles. La  douleur est vive lorsqu'on évoque ces malheureux événements. Les restes du président Ahmadou Ahidjo, condamné à mort puis gracié, mort en exil le 29 novembre 1989 au Sénégal sont toujours abandonnés dans un cimetière à Dakar. Le chemin de la réconciliation est encore long. Les Camerounais vivent dans une paix de façade.
Jean-Bosco Talla
*Source: Les Dossiers et documents de Germinal, n°006
Sources consultées :
Célestin Monga, Cameroun : quel avenir ?, Paris, Silex, 1986, 315p.
Pierre Ela, Dossiers noirs sur le Cameroun, Paris, Pyramide Papyrus Presse, 2002, 287 p.
Frédéric Fenkam,Les révélations de Jean Fochivé, le chef de la police politique des présidents Ahidjo et Biya, Paris, Minsi, 2003, 297p.
Charles Atéba Eyéné, Le Général Pierre Semengué, toute une vie dans les armées, Yaoundé, Clé, 2002, 274p.
Les Cahiers de Mutations, vol 18, janvier 2004.

Encadré 1
Entre 1000 et 1500 morts.
Combien y a-t-il eu de morts pendant les événements d'avril 1984 ? Comme toujours, après ce genre d'événement, les chiffres sont avancés, les uns aussi fantaisistes que les autres. Chaque partie y va de son imagination. L'estimation officielle a été faite le 12 avril 1984. Selon celle-ci, " il y a eu 70 morts, dont 04 civils et 8 soldats loyalistes, et 52 blessés ; 1053 mutins ont été arrêtés et 265 gendarmes sont portés disparus ". A Paris, l'Union de populations du Cameroun annonçait exagérément 6000 morts. Certains diplomates en poste à Yaoundé pendant ces événements situaient le nombre de victimes entre 800 et 1000 morts. Avec le recul, certaines sources crédibles situent le nombre de victimes (et de personnes disparues) entre 1000 et 1500 morts. Un véritable carnage.

Encadré 2
Coup d'Etat de 1984: un montage
« Ce que les Camerounais jusqu'à ce jour ont toujours pris pour une tentative de coup d’Etat, n’était en fait qu’un montage perpé¬tré par l’obscur clan tribaliste qui faisait pression sur M. Biya afin que ce dernier se démarquât de M. Ahidjo. Pour les barons du clan, le départ ou la fuite de M. Ahidjo n’était pas ce qu’ils espéraient. Après l’échec du grossier montage du mois d’août 1983. Ils voulaient Ahidjo mort, parce qu’il avait encore beaucoup d’hommes à lui au sein du gouvernement, surtout ceux originaires du Nord. Il fallait trouver un moyen pour éliminer (politiquement et physiquement) M. Ahidjo et affaiblir les hommes politiques du Nord. Tout ce programme n’était pas facile à exécuter, d’autant moins que l’armée camerounaise, surtout la garde républicaine, était entre leurs mains. La fonction publique elle aussi regorgeait de jeunes administrateurs civils de la même province et qui occu¬paient d’importants postes de commandement. Il fallait déraciner tout ce que les nordistes au pouvoir depuis trente ans, avaient implanté.
Il faut noter en passant, que tout ceci n’était pas pensé dans le seul but d’asseoir le pouvoir de M. Biya, mais pour implanter l’Autorité, le Pouvoir et la Suprématie de la tribu béti. Il est aussi très important de faire cette différence sinon, il sera très difficile de comprendre la politique camerounaise sous le règne de M. Biya. Tout en haut il y a le clan qui est la structure suprême et qui actuellement gouverne au Cameroun. Ensuite vient M. Biya qui est l’exécutif. S’il le fallait, le clan serait prêt à le sacrifier et le remplacer par un autre fils de la tribu, car il faut le souligner en passant, le clan est sérieusement armé et militairement bien proté¬gé. La question qui se pose est celle-ci, jusqu’à quel niveau le Chef de l’Etat est-il impliqué dans cette affaire ? Nul ne peut le dire. Il sait pourtant que tout cela existe et son ponce pilatisme est très significatif […]»
Frédéric Fenkam, Les révélations de Jean Fochivé, le chef de la police politique des présidents Ahidjo et Biya, Paris, Editions Minci, 2003, p.145.

Encadré 3
La faux complot de 1983
« Le lecteur pourra se référer à la tentative du complot français décrite au chapitre III, pour se faire une idée de la complexité d’un coup d’Etat : subversion, espionnage, couverture diplomatique, moyens matériels gigantesques, complicité au plus haut niveau des responsables en charge du Renseignement, de la Sécurité et de la Défense. Aucune de ces conditions n’était réunie dans le prétendu complot de 1983. Il ne suffit pas d’appréhender des individus qui "avouent" vouloir assassiner le chef de l’Etat pour que le coup d’Etat soit possible. En 1983, deux commis sont interpellés : le capitaine Salatou et le Commandant Ibrahim, deux anciens collaborateurs du Président Ahidjo. Ils sont accusés de complot contre la République et, selon Paul BIYA qui en informe person¬nellement la Nation par un message fort émotionnel, les mis en cause ‘’sont passés aux aveux complets’’.
A la stupéfaction générale, Ahmadou Ahidjo est reconnu commanditaire de cette tentative de complot. L’ancien Président sera condamné à mort par contumace, et voué à l’exil.»
Source : Pierre Ela, Dossiers noirs sur le Cameroun, Pyramide Papyrus Presse, 2002, pp. 174-175.