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Index de l'article
«Près de 70% de Camerounais ne sont pas gouvernés»
Au coeur d'une oeuvre: Christian Cardinal Tumi, un intellectuel engagé
Tajectoire d'un Cardinal iconoclaste et «rebelle»
Extrait: Notre système judiciaire et la corruption
Toutes les pages

Il reste fidèle à lui-même. Avec son franc parler incisif qui dérange. Comme on dit, il n’a pas sa langue dans sa poche. A l’écouter, on se dirait être en présence d’un Martin Luther King prophétisant à travers son rétentissant I have a dream, l’avenir d’une Amérique en proie aux luttes interraciales. Il a quelquefois des accents d’un Mahatma Gandhi se battant pour la libération de son peuple. Malgré ses 86 ans, Christian Cardinal Tumi ne cessera, par son intense activité intellectuelle et pastorale, d’étonner les Camerounais.
Germinal : Eminence, vous venez de fêter votre jubilé d’or, 50 ans de sacerdoce au moment où l’Église catholique dans notre pays a 116 ans. Quel est votre sentiment ?
Christian Cardinal Tumi : Tout d’abord, je vous remercie de l’occasion que vous me donnez pour remercier tous ceux qui se sont impliqués dans l’organisation et la célébration de mes 50 ans de sacerdoce au Cameroun. Comme vous le savez peut-être, je n’ai personnellement rien organisé. Ce sont les diocèses dont je suis originaire comme Kumbo, et où

j’ai travaillé comme prêtre et Évêque, tels que Bamenda où j’ai passé 6 ans comme Recteur du grand séminaire, et Douala qui a été mon dernier poste, et où je suis actuellement en retraite.
Je mentionne que le chef de l’État n’est pas resté indifférent à cette célébration particulière. Et je le remercie à la fois pour son aide, et pour le titre de « Commandeur de l’Ordre de la Valeur », qu’il m’a décerné par son représentant personnel à la fête, le ministre Sadi de l’Administration territoriale et de la Décentralisation.

Les jubilés sont en général des occasions où l’on célèbre, soit des héros, soit des gens qui sont contents de ce qu’ils ont fait au cours de leur vie, soit des Icones que la société veut mettre en relief comme référents, modèles à suivre ou à imiter. Comment se situe votre célébration ?
L’Église encourage, conseille toujours de célébrer ces anniversaires pour dire merci à Dieu qui nous appelle et nous interpelle, que ce soit les anniversaires sacerdotaux ou des vies matrimoniales des chrétiens. Elle encourage ces célébrations parce que ce sont des occasions que nous saisissons pour dire merci au Seigneur qui nous a appelés malgré nos faiblesses. Ce n’est pas parce que nous sommes plus saints que les autres que le Seigneur nous appelle à le servir en servant nos frères et sœurs et les fidèles du Christ. C’est peut-être par pitié pour nous ou par sa miséricorde, ou bien surtout par son amour, qu’il nous appelle à quitter le monde, afin de mieux le servir dans la charité du Christ. C’est d’ailleurs une grâce de servir le Seigneur.
Pour le reste, il nous est difficile d’expliquer par nous-mêmes l’origine de nos vocations. Le Seigneur utilise des occasions pour nous appeler. Je suis devenu prêtre grâce à un ami de l’école primaire qui était au petit séminaire à Ibadan au Nigeria. C’est lui qui par une lettre de suggestion, a fait germer dans mon esprit l’idée d’aller au séminaire. C’est alors que j’ai commencé à prier le Seigneur pour qu’il m’appelle, comme mon ami à devenir prêtre. À peine arrivé au petit séminaire, mon ami a été renvoyé. J’y suis resté à la surprise des personnes qui croyaient que je devais suivre les pas de mon ami ainsi renvoyé. Je leur ai dit que je n’étais pas entré au séminaire à cause de mon ami, mais parce qu’en moi je sentais que le Seigneur m’avait appelé.
Je dois aussi vous révéler que ma vocation a été tardive, puisque je suis entré au séminaire à l’âge de vingt ans, quand j’étais en formation à l’Ecole normale. Vous comprenez que c’est dans le langage des hommes que l’on parle de vocation tardive. Dieu nous appelle quand il veut, et il n’est jamais en retard. Voilà comment je me suis préparé pour devenir serviteur du Seigneur. Et je me réjoui de l’avoir fait jusqu’à présent, et pendant un peu plus de 50 ans.

Quel témoignage pouvez-vous donner de l’évolution de la chrétienté catholique au Cameroun, après 50 années de sacerdoce ?
L’Église qui se trouve au Cameroun travaille pour le bien et la paix, malgré les difficultés humaines qu’elle rencontre et qui jonchent son chemin. Nous ne devons jamais oublier que l’Église est aussi humaine. Mais, les attitudes des prêtres qui prêchent devant les fidèles laissent souvent à désirer. C’est donc grâce à Dieu que cette Eglise évolue, et non à cause de nos vertus. Jésus a bien dit qu’il sera avec son Église jusqu’à la fin des temps. Quelles que soient les difficultés rencontrées au sein de l’Église, Jésus nous a dit dans l’évangile selon Saint Jean que : « N’ayez pas peur j’ai vaincu le monde et ses obstacles ». N’oublions pas aussi que l’Église au Cameroun a commencé avec un chrétien, Andréas Mbangué, qui est enterré ici au cimétière de la Cathédrale de Douala.
Si je m’en tiens aux chiffres fournis par l’Institut national de la statistique, les chrétiens catholiques représentent un peu plus de 38% de la population camerounaise, ce qui veut dire que l’Église catholique au Cameroun compte plus de 8 millions de fidèles. Chaque année, de milliers de nouveaux fidèles sont baptisés. Quand j’étais à Garoua par exemple, dans une région présentée comme majoritairement musulmane, au moins 2000 nouveaux chrétiens étaient baptisés tous les ans dans le large diocèse. Au nord Cameroun, on dénombre quatre diocèses, et la création d’un diocèse est fonction de sa population chrétienne. Si vous fréquentez nos paroisses à travers le pays, vous vous rendrez compte qu’elles deviennent toujours trop petites, même celles qui viennent d’être construites. Dieu seul peut expliquer cette évolution mystérieuse.
Il convient aussi de remarquer qu’il y a plus de 90% de chrétiens catholiques dans notre pays. Et je crois que dans les autres communautés chrétiennes on constate la même réalité.
Cette évolution montre aussi que dans la plupart des pays africains, l’Église catholique n’a plus à sa tête des Evêques mmissionnaires, mais des autochtones, qui ont été préparés pour assurer la relève. Je mentionne ici le cas de la République démocratique du Congo où, avec près de 50 millions de fidèles, on ne dénombre aucun Évêque missionnaire. Au Cameroun, la majorité des Évêques sont autochtones et bien formés. Ce qui établit l’évidence d’une évolution dynamique

Pouvez-vous préciser votre pensée quand vous déclarez que « Si l’Église évolue, c’est grâce à Dieu et non à cause de nos vertus »
Je veux faire comprendre que Jésus nous utilise pour se rendre visible. Tout ce que nous faisons de nos jours, c’est grâce à Dieu qui a dit, sans moi, vous ne pouvez rien. Autrement dit, sans son esprit avec nous, nous ne pouvons rien faire de bon, même pour notre vie personnelle, pour le travail que nous faisons en tant chrétien et en tant que prêtre. C’est donc grâce à Dieu dont la présence est permanente que nous vivons nos engagements chrétiens. Si l’Église évolue, c’est parce que Dieu veut que tout le monde soit sauvé. L’Église est par conséquent un signe de salut dans le monde.

Pensez-vous Éminence que cette foi permet aux hommes d’Eglise d’avoir des comportements qui ne soient pas exemplaires pour le peuple de Dieu ?
Être chrétien, c’est être persévérant. C’est persévérer dans la recherche de la perfection. Les chrétiens sont perfectibles. Et il n’existe pas de moment où on peut dire « je suis un chrétien parfait ». Le chrétien doit constamment faire des efforts pour se perfectionner. Quand j’étais à Garoua. j’ai rencontré un jour un fonctionnaire aujourd’hui décédé (paix à son âme) qui avait été servant de messe lors de ma première messe au village à Kikaïkelaki. Je lui ai dit : « je vous connais. Vous qui avez fréquenté l’école chrétienne, les collèges chrétiens, vous volez comme ceux qui ont fréquenté les écoles non chrétiennes. Eux ils détournent l’argent de l’État, vous aussi. Je ne vois pas la différence entre vous et eux ». Il a souri et répondu: « Nous qui travaillons avec eux nous voyons la différence ». Je lui ai demandé « quelle est la différence ? » Il m’a dit: « Eux, ils sont heureux quand ils volent, quand ils détournent l’argent de l’État. Nous, nous détournons, mais nous sommes malheureux parce que notre conscience nous interpelle chaque fois et nous rappelle que nous avons fait du mal ou que nous avons mal agi ». J’ai souri.
Après cette rencontre, ce qu’il m’avait dit a suscité en moi une réflexion qui a abouti à la conclusion suivante : il n’y a aucun espoir pour un changement positif tendant vers le bien, si on a une conscience tranquille après avoir volé, ou après avoir mal agi. Par contre, l’espoir d’un changement positif persiste au cas où après avoir mal agi la conscience continue de nous interpeller.
Si dans les écoles chrétiennes, l’Eglise s’efforce de former la conscience de la jeunesse, elle aura rempli sa mission. Nous sommes tous pêcheurs. La parole de Dieu dit qu’un homme juste pêche sept fois par jour. Des efforts doivent donc être faits tous les jours pour écouter une conscience droite.

Il est bien connu que vos relations avec le pouvoir temporel ont été souvent tumultueuses durant votre ministère de prêtre et d’évêque. Et voici que le jour où vous fêtez votre jubilé d’or, le président de la République vous décerne la médaille de « Commandeur de l’ordre de la valeur ». Comment comprenez-vous ce geste ?
C’est une très bonne question que vous me posez-là. Il semble que généralement il faut faire une demande pour recevoir une décoration. Je dois vous dire que j’ai été étonné de recevoir cette distinction, car je n’avais rien demandé. Ensuite, c’est quand j’entrais à la messe que j’ai été averti que je serai décoré. Il semblerait selon la rumeur, qu’ils redoutaient mon refus de recevoir cette distinction si mon avis avait été requis, ou si j’avais été informé bien avant. Personnellement, je ne vois pas pourquoi j’aurais refusé de recevoir cette distinction si j’avais été informé avant, ou si mon avis avait été requis. Le temps de l’étonnement passé et après réflexion, je suis arrivé à la conclusion que cette distinction, de la part du président de la République, est une sorte de reconnaissance de notre travail de pasteur, car je n’ai jamais été fonctionnaire d’Etat.
J’ai compris que le chef de l’État reconnait en moi un pasteur de l’Église catholique qui a fondé des écoles, des hôpitaux ; qui s’est investi dans les œuvres sociales au bénéfice de toutes les couches des populations de notre pays, et surtout des plus démunis sans discrimination, en vue d’améliorer leurs conditions de vie. Voilà la compréhension que je peux donner à cette décoration, étant donné que nous avons toujours eu des divergences d’opinions, et que nous n’avons jamais été des ennemis. Autrement, le geste ne s’expliquerait pas.

Au sujet du rapport entre l’Église catholique au Cameroun et le pouvoir politique, qu’est-ce qui justifie votre attitude personnelle faite de critique permanente et constante vis-à-vis de ce pouvoir ? Et comment expliquez-vous que sur certaines questions brulantes telles que la restriction des libertés publiques, la modification de la constitution, etc…. l’épiscopat, ne prend plus publiquement des positions franches et incisives, et semble même se distancer des vôtres ? Qu’est-ce qui a changé dans l’épiscopat depuis les 30 dernières années ?
Nous appartenons aux générations différentes. Les évêques actuels qui constituent la conférence épiscopale reconnaissent qu’ils ne parlent pas comme un seul homme. J’ai écouté quelques évêques qui regrettent cette absence d’unité qui existait entre nous en notre temps, notamment en 1990 quand nous avons publié un document sur la crise économique qui s’abattait sur le Cameroun. Certes, nous n’étions pas des experts en la matière… Comme vous le savez, je suis expert en théologie et en philosophie, mais pas en économie. Mais, nous avons produit ce document avec le concours et la participation de quelques laïcs. Vous comprenez qu’à l’époque c’est avec des Camerounais chrétiens, maitres dans ce domaine, que nous avons travaillé. Ce sont ces laïcs qui en avait rédigé le brouillon après nous avoir écoutés.
A l’époque, parce que j’étais président de la conférence épiscopale, des gens ont prétendu que c’est moi qui avais poussé les évêques à rédiger ce document. Je précise que le président de la conférence épiscopale ne peut pas pousser les évêques à prendre une position. Le président de la conférence est là pour deux choses : écouter les évêques et faire tout pour que leurs pensées passent dans la vie des chrétiens et de tous les hommes de bonne volonté, et servir de porte-parole des évêques en dehors de la Conférence, même s’il garde sa liberté d’opinion personnelle. Cette cohésion n’est pas évidente aujourd’hui. Peut-être parce que plusieurs évêques sont encore assez jeunes. Peut-être aussi qu’avec la maturité, ils n’auront pas peur de quoi que ce soit. De plus, ne perdons pas de vue que certains de ceux qui gouvernent actuellement ont été des camarades de classe de quelques évêques, contrairement à moi par exemple, qui n’ai pas eu de camarades de classe aujourd’hui ministres ou président de la République au Cameroun.
Il faut dire aussi que nous avons fréquenté des écoles différentes, notamment en ce qui concerne les études supérieures. Certains ont fréquenté dans des institutions où on insistait beaucoup sur l’obéissance. D’autres dans des écoles où on enseignait que la révolution est une vertu, et que tout fidèle doit être un révolutionnaire, en ce qui concerne sa vie et la société. Pour ceux qui ont cette dernière culture, garder le silence quand on doit parler est coupable. Ce n’est pas l’attitude d’un chrétien. Et ce n’est pas chrétien.
Je prends le cas de l’archevêque de Bamenda qui était spécialiste en sociologie, domaine dans lequel il a obtenu un doctorat. On connait ses prises de position. Prêtre à l’époque à Bamenda, j’étais déjà menacé par le pouvoir. Nous étions les premiers à créer l’association œcuménique dont le but était d’étudier les problèmes de notre pays, en vue d’y trouver des solutions. En réalité, cette association ne regroupait pas seulement les prêtres. Elle admettait en son sein tous ceux qui avaient fait des études supérieures.
C’est ainsi qu’en 1975, nous avons été les premiers à attirer l’attention sur la corruption au Cameroun. Et c’est la raison pour laquelle j’ai donné à mon livre publié en 2006 le titre que vous connaissez : « Les deux régimes politiques d’Ahmadou Ahidjo, de Paul Biya, et Christiant Tumi, prêtre (éclairage) ». Mes problèmes avec le pouvoir ont donc commencé quand j’étais prêtre sous le règne d’Ahmadou Ahidjo.
Après la rencontre que nous avons organisée contre la corruption au Cameroun dans la ville de Bamenda, le gouverneur en poste dans la Provine, M. David Abouem A Tchoyi nous avait invités à son bureau pour nous dire qu’il avait reçu de Yaoundé l’ordre de nous arrêter. Mais, il ne s’est pas exécuté, et nous a fait savoir qu’il avait précisé à sa hiérarchie (M. Ayissi Mvodo, du MINAT) que notre réunion n’était pas subversive.
Aujourd’hui les relations entre la Conférence épiscopale et l’État ne sont pas conflictuelles. D’ailleurs, un accord vient d’être signé entre l’Etat du Cameroun représenté par son Ministre des relations extérieures, et le Saint-Siège représenté par le Nonce apostolique au Cameroun, concernant l’Église catholique qui est au Cameroun. Je suppose que vous pouvez en avoir le texte à l’une ou l’autre source.

Éminence, vous arrive-t-il de rappeler aux jeunes évêques que quand on est devant des situations où on est convaincu qu’il faut parler, « garder le silence est coupable » ?
Ils me connaissent. Je ne cesse de leur dire qu’ils sont en partie responsables par leur silence, et que les chrétiens sont déçus de leur silence quand des problèmes se posent. Certes, il y en a parmi eux qui prennent position, et il va de soi que tous les chrétiens ne sont pas contre ce que fait le régime en place. Comme vous le savez, on peut être contre le mal que quelqu’un a fait sans être contre sa personne. Comme dit un dicton populaire, « on ne jette pas l’enfant avec l’eau sale du bain »

Vous venez dire que vous avez travaillé avec des laïcs chrétiens quand vous prépariez le document sur la crise économique au Cameroun. N’avez-vous pas l’impression qu’aujourd’hui l’Église au Cameroun ne prend pas suffisamment en compte le rôle des laïcs chrétiens aussi bien dans l’Église que dans la cité ?
C’est encore une très bonne question. Le chrétien est la lumière et le sel de la terre. Et je crois qu’aujourd’hui que les chrétiens sont plus engagés qu’auparavant…

…Mais l’épiscopat soutient-il cet engagement du laïcat. ?
L’épiscopat le soutient davantage par la formation des laïcs et leur responsabilisation. Depuis que nous avons fondé les instituts supérieurs de théologie pour les laïcs, beaucoup se sont engagés. À l’université Saint Jérôme de Douala, un institut de l’enseignement supérieur théologique a été créé pour les laïcs avec l’appui du Saint-Siège qui nous a conseillé d’intégrer dans leurs curriculums la métaphysique et la logique. Car nous devons avoir des fidèles capables de réfléchir sur les questions sociales qui nous interpellent, et d’agir en conséquence. Quelquefois quand on donne la parole aux laïcs, ils ne savent pas quoi en faire. On dirait qu’ils ont peur de parler. Ils manifestent un respect forcé aux prêtres et aux évêques. Mais ceux qui osent font toujours des critiques positives. Quelquefois, ils veulent intervenir, mais ne connaissent pas la position de l’église.
Un homme d’affaires résidant à Douala, qui avait suivi dans cet institut, des cours relatifs aux relations entre patron et serviteur (employé), et qui a aujourd’hui une licence en théologie, est venu me dire trois, mois après, que ses relations avec ses employés avaient changé. Vous comprendrez que l’ignorance peut être source de certains maux et comportements. Souvent elle fait en sorte qu’on ait peur de prendre la parole. Quand on n’est pas sûr de ce qu’on va dire, la tendance chez l’être humain est de garder le silence.
Prenons un autre exemple, près nous. J’avais formé un couple qui vit ici à Douala. L’homme et la femme sont licenciés en théologie de la famille. Je les avais envoyés pour faire des études à l’institut supérieur pontifical pour la Famille au Benin. Par la suite, ils ont été invités au dernier synode de l’Église universelle pour l’Afrique qui s’est tenu à Rome. Leur compétence a été reconnue par le Saint-Siège. Ni le Nonce, ni l’Archevêque de Douala, n’ont été consultés. Le Saint-Siège reconnaissait ainsi leur engament dans l’Eglise. L’Église n’est pas constituée seulement des évêques et des prêtres. C’est l’ensemble des baptisés qui constituent l’Eglise au sein de laquelle il existe une division du travail. Et il n’est pas donné seulement aux évêques et aux prêtres d’évangéliser le monde. Ce rôle est aussi dévolu à tous les laïcs chrétiens, qui devraient le faire, en commençant par leur famille.

Vous dites que le chrétien est le sel et la lumière de la terre. Dans notre contexte actuel caractérisé par des crises multiformes, par l’approche d’échéances électorales décisives, et même par l’éventualité d’une modification de la constitution, quelle est l’attitude que devrait avoir le chrétien informé et bien formé ?
Le chrétien doit investir tous les domaines de la vie. Il doit entrer dans tous les partis politiques pour lutter de l’intérieur. Il n’y a pas un parti diabolique en soi au Cameroun. S’il y en avait un, les évêques auraient donné des consignes demandant aux fidèles chrétiens de ne jamais voter pour ce parti-là. Souvenez-vous que Pie XII avait demandé aux moines et moniales de sortir de leurs couvents pour voter contre le Communisme qui prêchait contre le christianisme, en disant que le christianisme était l’opium du peuple. Un laïc chrétien, professeur d’université est venu me voir un jour pour me dire qu’il ne pouvait pas entrer dans le parti au pouvoir, parce que les membres de ce parti font des choses qui ne cadrent pas avec les normes auxquelles il s’oppose. Je lui ai dit : ‘’entrez pour servir comme le sel qui empêche la pourriture, comme la lumière qui montre le chemin aux autres. Entrez pour évaluer de l’intérieur et faire des propositions. Si vous évaluez de l’extérieur, on dira que vous êtes subversif et vous aurez des problèmes. En revanche, on vous écoutera si vous luttez de l’intérieur. Toutefois, vous devez toujours considérer vos propositions comme une opinion personnelle‘’.

Est-ce qu'en demandant aux fidèles chrétiens de ne jamais voter pour un parti diabolique qui appellerait à agir contre Dieu et son Eglise, l’Eglise n’abandonne pas la position de neutralité qu’elle a toujours adoptée ?
Non, l’Église n’a jamais dit qu’elle était neutre. Là où se trouve le mal, l’Église à l’obligation de parler, de le stigmatiser. L’Église ne peut pas être neutre. Là où il y a le mal qui détruit la personne humaine créée à l’image de Dieu, l’Église ne peut pas croiser les bras et rester tranquille. Partout où on tue et égorge les hommes, l’église condamne par la voix du Pape. Et le Pape François affirme qu’ « on ne peut pas tuer au nom de Dieu ». Selon l’enseignement de l’Église, elle ne peut pas être neutre vis-à-vis de la politique. L’Eglise proclame la vérité à temps et à contre temps. Le Christ Jésus est Vérité. Et il se trouve partout où il y a la vérité et partout où elle doit être proclamée. J’insiste pour dire que là où la vérité et la vie humaine ne sont pas respectées, l’Église ne peut pas être neutre.
Quand on parle de séparation de l’Église  et de l’État, il est simplement question d’une division du travail dans la société. L’Etat s’occupe du corps, du temporel, tandis que l’Eglise s’occupe du spirituel chez la même personne. Car l’homme est fait de spirituel et de matériel. Tous ces aspects matériels viennent de Dieu. La nourriture que nous mangeons pour vivre n’a pas été créée par l’homme. C’est Dieu qui nous donne ce qui est matériel pour nous nourrir. C’est Dieu qui nous a créés à son image, qui donne aussi la vie spirituelle. Sa parole et les sept sacrements.

Nous sommes à la veille d’échéances électorales qui seront de nature à changer l’évolution du Cameroun, si le citoyen camerounais chrétien s’identifie au profil que vous venez de  donner de lui. Et pourtant, beaucoup de Camerounais chrétiens continuent de penser que le Cardinal Tumi devrait, à la tête d’une opposition unifiée, incarner la figure de proue du changement.
Surtout pas.

Cela ne signifie-t-il pas que ce peuple n’a pas été bien formé pour prendre en main ses responsabilités comme vous venez de dire ? Que pensez-vous de cette manière de voir les choses ? Que pensez-vous que les chrétiens doivent faire pour 2018 ?
Voici ce que je pense des prochaines échéances électorales. Sauf si le président de la République anticipe les élections, elles auront lieu normalement en 2018. Je crois que les lois de notre pays doivent être respectées, même pour être candidat ou candidate à la présidence de la République ou à un poste électif (maire, conseiller municipal ou député), n’importe quel Camerounais doit pouvoir se présenter, dans le respect des conditions fixées par la loi.
C’est au peuple camerounais de décider qui doit le diriger. Ce n’est pas une affaire de catholiques. Mais l’Église catholique ne peut pas s’allier à un parti ou prendre position en faveur d’une formation politique contre une autre formation ou parti politique. L’Église peut, au cas où les forces politiques en présence sont d’accord, jouer le rôle d’arbitre ou de médiateur comme cela s’est passé ou se passe dans certains pays lors des conférences nationales, ou de dialogues inclusifs. Aux termes des assises l’évêque se retire. Moi je ne peux pas devenir un candidat à la présidence pour l’opposition contre l’autorité installée.

Éminence l’une des questions que soulève la présidentielle de 2018 est celle de la longévité au pouvoir. Est-ce que après 34, voire 36 ans passés au pouvoir on peut humainement prétendre être efficace ?
C’est le Camerounais qui continue de voter le président de la République. Paul Biya ne s’impose pas. Il ne s’est pas imposé. Tout comme Ahidjo ne s’était pas imposé au Camerounais. Ils se sont proposés aux Camerounais. Ils ont proposé leur projet de société aux Camerounais qui ont approuvé. Objectivement, aucun de nos deux chefs d’Etat ne s’est imposé. Ils se sont peut-être imposés au sein de leur parti. Mais, si nous prenons le cas du parti au pouvoir qui est actuellement majoritaire, il est écrit dans ses statuts que le président du parti est son candidat naturel à la présidence du pays.

Eminence, restons dans le cas du Cameroun où le président de la République a presque votre âge. Nos problèmes ne sont-ils pas la conséquence du fait qu’il n’a plus l’énergie nécessaire pour suivre et gérer quotidiennement les affaires du pays ?
Quand un de vos confrères m’avait posé la question de savoir quelle était mon opinion sur la candidature de Paul Biya à le présidentielle de 2018, je lui ai dit clairement que si j’étais Paul Biya, je ne me présenterais plus, pour les deux raisons que vous donnez : l’incompétence physique et intellectuelle. On ne peut pas continuer à travailler à plus quatre-vingts ans comme quand on avait cinquante ans. Il fallait me voir quand j’étais jeune, je n’avais pas de chauffeur. Aujourd’hui, je n’ai plus les mêmes réflexes. Il faut avoir la lucidité et l’honnêteté de le reconnaitre. Mais, si le parti propose son chef qui est un vieillard et si les Camerounais dans leur majorité et dans une élection transparente, équitable et juste décident de l’élire, nous ne pouvons rien, car c’est la volonté du peuple.

Dans les conditions actuelles au Cameroun, peut-on avoir des élections transparentes et justes ?
Les dirigeants peuvent organiser des élections transparentes au Cameroun, s’ils le veulent. Le problème qui se pose est celui de la volonté politique. Même le parti au pouvoir peut vouloir qu’il y ait changement. Les membres de ce parti peuvent décider de changer leurs statuts, de modifier les dispositions selon lesquelles le président du parti est le candidat naturel de leur parti à l’élection présidentielle. Pourquoi ne le font-ils pas ? Je ne saurais vous le dire ? Cette manière d’agir cache-t-elle des intérêts personnels ? Je ne sais pas. Mais quand nous prenons en compte l’âge de ceux qui appellent Paul Biya à se représenter à la présidentielle de 2018, on se rend compte qu’il s’agit de vieillards. Je ne vais pas me hasarder à interpréter leurs intentions.
Je crois qu’Ils sont conscients du fait que si un jeune arrive au pouvoir ou la tête de leur parti, ils n’occuperont plus des positions privilégiées de pouvoir. Jetez un coup d’œil sur l’âge des sénateurs. Moi, personnellement, je pense qu’un chef d’État dans ce pays devrait être âgé d’une cinquantaine d’années. Les ministres devraient être des jeunes qui sont dans la trentaine ou dans la quarantaine comme actuellement au Canada.
Nous avons aujourd’hui deux Cameroun : l’un qui n’est pas gouverné et l’autre où les vieillards gouvernent sans prendre en considération les problèmes des jeunes d’aujourd’hui. Lesquels ont un autre langage, presque incompréhensible par ces gouvernants. C’est pourquoi j’estime que près de 70% des Camerounais ne sont pas gouvernés. Et le changement que les Camerounais souhaitent aujourd’hui n’est pas celui d’une personne.

Que peut-on faire pour que ces 70¨% soient gouvernés ?
Il faudrait qu’il y ait une alternance dans la gouvernance. Que l’on ait un chef de l’État très proche des jeunes et qui parle le langage qu’ils comprennent. Si on donne le pouvoir aux jeunes, ils peuvent révolutionner ce pays. Les jeunes actuellement ont besoin du pouvoir politique. On ne peut rien changer dans un pays tant qu’on n’a pas le pouvoir politique.

Des Camerounais pensent que l’impossible changement dans notre pays est dû au fait que non seulement les dirigeants sont vieux, mais ils ont créé des réseaux qui bloquent toutes initiatives allant dans le sens du changement. Même ceux qui entrent dans le système avec pour volonté de changer de l’intérieur sont immédiatement convertis et souscrivent aux conditions des réseaux mafieux, ésotériques, sataniques, sectaires et autres. Pensez-vous que ces réseaux peuvent permettre à un pays comme le nôtre d’évoluer ?
J’ai dit un jour à un chef des rosicruciens que c’est eux qui gouvernent mal le Cameroun. Il m’a répondu que même dans l’Église catholique, il y a de mauvais chrétiens et de mauvais prêtres.
En ce qui concerne l’homme, nous aurons toujours de bons et de mauvais chefs. C’est pourquoi notre lutte vise à avoir des institutions solides qui transcendent les hommes, et des lois électorales claires et nettes sur lesquelles nous pouvons nous baser pour choisir ceux qui seront appelés à nous gouverner. Chez nous, on ne fait que semblant de respecter les lois. Tant que les lois ne seront pas effectivement respectées, il n’y aura pas d’espoir.
Personnellement, je pense qu’il faudrait évoluer vers le fédéralisme, avec plusieurs États fédérés. C’est d’ailleurs le point de vue de plusieurs Camerounais. Nous pouvons bien modifier notre constitution et ériger les 10 régions que compte le Cameroun en 10 États fédérés. Il sera difficile pour nous d’éviter d’aller vers le fédéralisme. Avoir 10 Etats fédérés ne signifie pas que le Cameroun ne sera pas un pays uni. Les États unis comptent 52 États fédérés, le Nigeria en compte une cinquantaine avec des gouverneurs élus. Chaque fois qu’on évoque la question du fédéralisme au Cameroun, on est tout de suite accusé de vouloir diviser le pays. Ce qui n’est pas vrai..
Le fédéralisme suppose une autorité centrale. Lorsque vous êtes au Nigeria par exemple, vous vous rendez compte que le fédéralisme a été un facteur de développement, et vous pouvez faire la différence entre le développement des États fédérés et celui impulsé par l’autorité centrale de l’État fédéral. Alors que chez nous les gouverneurs des régions sont nommées et ne tirent pas leur pouvoir de la base. Les choses sont claires. Nous n’avons pas besoin d’avoir fait des études en sciences politiques pour les comprendre.

Dans ces conditions que peut l’opposition camerounaise ?
Il faut d’abord qu’elle soit unie. D’abord et avant tout l’unité

Est-ce possible ?
Oui, c’est possible. Mais, si les partis politiques de l’opposition demeurent désunis, ils ne gagneront jamais. Seul, même le SDF qui a plus de parlementaires aujourd’hui ne gagnera jamais. Sauf s’il se produit un miracle, et que les élections sont organisées comme en 1992.

Éminence, vous appelez ainsi une révolution au sein des partis politiques de l’opposition, puisque le problème qui se pose est celui de l’égo des dirigeants qui pour la plupart, sont à la tête de leur parti depuis leur création à l’aube des années 90.
L’égoïsme au Cameroun est notre défaut majeur. Nous n’aimons pas assez notre pays. Et cela provient de l’éducation reçue par chacun de nous. Même les colons fondaient notre éducation sur l’amour du Cameroun. On nous enseignait des poèmes sur le patriotisme que je n’ai jamais oubliés. À la fin de mes études en Europe, j’ai fait mes valises pour revenir au Cameroun, parce que j’aimais mon pays et voulais le servir. Lors de mon ordination il y a 50 ans, j’avais inscrit sur la carte de vœux : « Pray for the Church in Cameroon » (Prions pour l’Eglise au Cameroun). Nous autres avons été formés pour aimer notre pays. À l’école primaire, on nous faisait réciter : « Malheureux celui qui n’a pas un lieu au monde où il peut dire : ici c’est mon pays. Je jure de sacrifier tout ce que j’ai pour de défendre mon pays jusqu’à la mort ». Les livres que nous utilisions et qui parlaient de l’Afrique étaient pourtant imprimés en Angleterre. L’amour pour le pays semble devenu un vice (au lieu d’une vertu) pour beaucoup de nos compatriotes. Et c’est pourquoi beaucoup de jeunes utilisent toutes les occasions pour aller se chercher une patrie ailleurs.

Pouvez-vous (ou l’Église peut-elle) jouer le rôle de médiateur, face à la division de l’opposition?
Non ! (spontanément)

Pourquoi ?
Non, je ne peux pas. Ce serait prendre fait et cause pour une partie contre l’autre. Si l’Église adopte cette démarche, elle aura pris parti contre le pouvoir en place.

Est-ce que vous (ou l’Église) pouvez jouer le rôle de médiateur entre l’opposition et le pouvoir ?
C’est une bonne question. L’Église peut jouer ce rôle dans notre pays, comme cela se fait dans d’autres pays dont je vous ai cité quelques-uns plus haut.

Mais pourquoi l’Église jusqu’ici n’a-t-elle pas encore entrepris ce genre d’initiative ?
Je ne trouve aucun inconvénient à cette démarche. Mais, c’est la conférence épiscopale qui peut jouer ce rôle. À condition que les deux ou toutes les parties l’acceptent. Prenons l’exemple des villes mortes, période pendant laquelle, il y avait antagonisme entre l’opposition et le parti au pouvoir… Les conditions n’ont pas été remplies pour que l’Eglise joue un tel rôle en cette circonstance.

Au regard de la situation actuelle caractérisée par les tensions sociales, les crises multiformes, les mésententes entre les partis politiques de l’opposition, les mésententes entre les formations politiques de l’opposition et le pouvoir en place, peut-on envisager une transition pacifique au Cameroun ? Si oui, à quelles conditions ?
À vrai dire, la solution semble être d’envisager une période de transition de trois ans, avec pour condition que le chef de l’État de la transition élu, ne se présente pas à l’élection présidentielle au terme de son mandat. Pendant cette période les institutions démocratiques solides seront mises en place avant l’organisation d’élections libres, transparentes et justes, élections au cours desquelles chaque candidat ou chaque parti politique présentera sa philosophie politique, ou son projet de société aux Camerounais qui porteront au pouvoir un président de la République légitime et démocratiquement élu. Comme cela s’est fait au Burkina Faso et en République centrafricaine.

Et si cette hypothèse n’est pas acceptée, pouvons-nous craindre des troubles comme ceux qui sont survenus en Côte d’Ivoire ?
Les Camerounais n’ont pas ce courage. Si les Camerounais étaient des révolutionnaires, c’est depuis longtemps que nous aurions connu des mouvements sociaux ou des revendications d’une certaine envergure. J’ai rencontré des observateurs africains qui me disaient que si les situations que nous vivons se produisaient dans leur pays, ils seraient entrés dans la guerre civile et qu’au Cameroun, tout se passe comme si tout allait pour le mieux.

Comment expliquez-vous cette apathie ?
Des échecs à l’issue des initiatives entreprises et des traumatismes ont peut-être suscité en eux un sentiment d’impuissance. Notamment la répression qui s’était abattue sur les leaders nationalistes avant les indépendances, l’échec des villes mortes pendant lesquelles beaucoup de Camerounais ont perdu leurs parents, leurs amis, leurs emplois et leurs biens, et l’élection présidentielle d’octobre 1992 remportée par le SDF. Comme je l’ai déjà dit, en 1992, les Camerounais avaient massivement voté pour le changement. L’opposition avait remporté cette élection, mais n’étant pas soutenu par les partenaires du Cameroun, rien n’a changé et le régime a continué son bonhomme de chemin comme si rien ne s’était produit. Il semblerait que la France ait joué un rôle important pour que rien ne change.

Après plus 50 ans de sacerdoce, que souhaitez-vous pour les Camerounais et pour les chrétiens ?
Aux chrétiens d’abord, je demande de montrer une fidélité inviolable. Parce qu’un chrétien fidèle est fidèle à son Eglise et à son pays. Pour nous les chrétiens, une loi de l’État qui est contre la loi divine n’est pas juste. Et on n’est pas obligé de s’y soumettre. Car Dieu est le premier législateur du monde. Toute loi nationale doit être une interprétation fidèle de la loi naturelle que Dieu a inscrite dans la nature des choses.
Deuxièmement pour notre pays, que les chrétiens soient le sel de la terre qui empêche la pourriture. Que le sel donne la fraicheur et le goût à l’enfant afin qu’il soit bien élevé et qu’il soit guidé par le principe fondamental de la vie morale : « Fais toujours le bien et évite toujours le mal ».
En passant je dois vous dire que je suis en train d’écrire un bouquin sur la morale naturelle, la morale humaine. Dieu nous a donné la loi qui nous gouverne à partir de nos cœurs et qui fait défaut aux autres créatures. « Fais le bien, évite le mal », telle est l’enseignement que l’on devrait donner aux enfants afin qu’ils intègrent cela dans leur manière d’être, pour leur bien et celui du pays.
Pour ceux qui ont le pouvoir, qu’ils sachent qu’ils rendront compte à Dieu, car ils gouvernent le peuple créé par Dieu.
Pour le Cameroun, que le chef de l’Etat sache qu’il rendra compte de sa gouvernance devant Dieu. Par exemple, Dieu lui demandera, ‘’comment avez-vous gouverné les Camerounais que je vous ai confiés ?’’.
Entretien mené par
Jean-Baptiste Sipa
& Jean-Bosco Talla
Source: Germinal n°092