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altL’élection du nationaliste Robert Mugabè à la tête de l’Union africaine (UA) apparaît comme une manière de dire Non aux oukases des Occidentaux condescendants et arrogants qui, pour préserver leurs intérêts, se comportent le plus souvent comme si les Africains, et dans une certaine mesure, certains peuples, sont des troupeaux qu’ils doivent amener aux pâturages de la démocratie et du développement sans leur demander quelles herbes ils doivent manger. D’ailleurs, la posture des bien-pensants occidentaux n’étonne plus grand monde. Après chaque élection ou réélection de Robert Mugabè, les termes péjoratifs abondent dans leurs déclarations et discours quand ils s’expriment sur des sujets en rapport avec sa gouvernance politique, économique et sociale. Pour ces Occidentaux en mal de puissance, et leurs médias enrégimentés qui font chorus, Comrade Bob est un dictateur qui s’est maintenu à la tête du Zimbawe par des «hold up électoraux» successifs.

(1) Au second tour de l’élection organisée le 27 juin 2008, sa réélection à l'issue d'une élection présidentielle « anti-démocratique » était assurée, son principal rival Morgan Tsvangirai, président du Mouvement pour le changement démocratique (MDC),

qui a vendu son âme aux anciens maîtres coloniaux (les Britanniques) s'étant volontairement abstenu de se présenter.

(2) Déclaré, le samedi 31 août 2013, vainqueur, dès le premier tour,  de l'élection présidentielle avec 61% des voix, sa réélection avait été contestée par son rival traditionnel et l’Union européenne (UE) s’était inquiétée des «irrégularités présumées et de la participation incomplète [au scrutin], ainsi que des faiblesses identifiées dans le processus électoral et le manque de transparence».

Somme toute, pour ses contempteurs, Robert Mugabè est un «despote sanguinaire» soutenu par certains membres du «syndicat des chefs d'États africains», de «parfaits touristes» réunis à Adis Abéba les 30 et 31 janvier 2015, pour lui confier les rênes de l’UA. « La désignation à la tête de l'UA de l'autocrate Robert Mugabe, au pouvoir depuis l'indépendance du Zimbabwe, en 1980, est un mauvais signal envoyé par l'organisation sur les valeurs de démocratie et de gouvernance qu'elle prétend défendre » (lemonde.fr avec l’AFP du 30 janvier 2015).

D'ailleurs, ces liseurs du futur n'ont jamais hésité à prédire une fin de «règne caricaturale», à brandir des sanctions «ciblées» contre le régime zimbabwéen et à faire appel à la Communauté des intérêts – pardonnez ce lapsus, je voulais dire « Communauté internationale » pour faire céder le «Vieux Bob», combattant et nationaliste jusqu'à la moelle. Ces manœuvres des Occidentaux- les États-Unis et la Grande-Bretagne en tête - et leur périphérie - Zambie et consorts- ont souvent fait sourire les nationalistes africains. D'autant plus que leurs désirs de recolonisation et de domination les a toujours poussés à vouloir placer à la tête des pays pauvres, surtout des États africains fictifs, des fondés de pouvoir, des chefs d'État fantoches, mieux de véritables marionnettes et ont, sournoisement et en permanence, entretenu la fragilité instituée des peuples asservis, souvent de manière agressive chez ceux qui essaient de se donner les moyens d'une libération effective. Les assassinats de Patrice Lumumba, Thomas Sankara, Um Nyobè, Mouammar Kadhafi, pour  ne citer que ceux-là en sont des illustrations patentes.

Les nationalistes africains ne sont pas dupes, eux qui estiment que des pseudo-humanistes poussent le bouchon trop loin en comparant Robert Mugabe à Hilter. Comrade Bob a d'alleurs été, pendant les années de guerre, qualifié par la presse britannique de « terroriste noir » ou d’ « Hitler noir ». Cette comparaison appelle une clarification, même si le principal concerné, ravi de ses provocations s’en moque en affirmant que « si le fait de me battre pour mon peuple fait de moi un Hitler, alors laissez-moi être dix fois Hitler ».  Comme dirait Césaire, si on prend « la peine d’étudier cliniquement, dans les détails, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme, [on peut révéler  à certains Occidentaux et aux piliers de la communauté des intérêts], qu’il[s] porte[nt] en [eux des] Hilter qui s’ignore[nt], qu’Hitler [les] habite, qu’Hilter est [leur] démon, que s’il[s] le vitupère[nt], c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il[s]ne pardonne[nt] pas, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme , ce n’est pas l’humiliation contre l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, c’est l’humiliation de l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que des Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique. » (Césaire, 1989: 12)
Les Africains avisés affichent souvent un sourire narquois lorsque fréquemment, pour masquer leurs forfaits, perpétrer des exactions et asservir les peuples, certains Occidentaux, principalement les États-Unis et ses caniches, tentent de justifier leurs rapines en invoquant  la «Communauté internationale», ce concept creux, qui en réalité ne renvoie qu'à leurs visées hégémoniques, impérialistes et marchandes. Les lourdes sanctions économiques coordonnées qui ont sapé la prospérité du Zimbabwe, les assourdissantes campagnes médiatiques de désinformation, de diabolisation du « Comrade Bob » n'étonnent plus grand monde.

Paradoxalement, ceux qui vouent le nationaliste Robert Mugabè aux gémonies, ces piliers de la Communauté des intérêts que sont, entre autres, Barack Obama, François Hollande, David Cameron, qui se posent en donneurs de leçons en matière des droits humains et de démocratie et qui l’exportent même souvent à coup de canon, au BGM-109 Tomahawk, aux missiles antichars AGM-114 Hellfire et aux bombes GBU-12 Paveway II, sont pourtant les mêmes qui sont allés se  prosterner aux pieds du nouveau Roi d’Arabie saoudite, Salman, Démocrate convaincu, digne d’éloges, qui encourage la liberté d’expression dans son royaume en condamnant le blogueur Raif Badawi à 10 ans d’emprisonnement et 1000 coups de fouet pour «insulte envers l'islam». Ce sont les mêmes qui volent au secours des putschistes, de la dictature sanguinaire du Maréchal Sissi en Égypte en lui fournissant de quoi décharger par jour 24 Rafales d'obus sur son peuple au nom de la lutte contre le terrorisme, ce despote qui, en voulant démanteler des sit-in des pro-frères musulmans en août 2013, avait fait plus de 1300 morts.

N’allez surtout pas dire qu’il s’agit là d’une conception et d’une exigence de la démocratie à géométrie variable. Tant que le pétrole et les pétrodollars des Saoudiens, des Qataris et des Emirati(e)s font tourner les entreprises du sport et les turbines des entreprises en Occident et contribuent à la résorption du chômage, les Occidentaux peuvent se permettre, au nom de la realpolitik pratiquée machiavéliquement, prendre des libertés avec les principes démocratiques et s’accommoder aux multiples violations des droits humains.

Pascal Boniface ne croyait pas si bien dire quand il écrivait que «le terme ''dictateur'', [...] n'est pas attribué en fonction de la brutalité d'un despote ou de l'ampleur de la répression menée par celui-ci. C'est la proximité ou l'éloignement stratégique vis-à-vis de la puissance qui s'oppose à lui qui conditionne, ou pas, l'emploi de ce qualificatif» (Pascal Boniface, 2011:35)

Au juste, où était cette prétendue communauté internationale lorsque les Américains organisaient le renversement des gouvernements des pays du tiers monde ? Où étaient ces donneurs de leçons de démocratie lorsqu’en 2000, Georges W. Bush, président mal élu des États-Unis, opérait un hold-up électoral ? Qui ne se souvient pas du coup d’État monté par la Central Intellegence Agency (Cia) et qui a conduit au renversement du président chilien Salvador Allende en 1973? Qui ne se souvient pas de l'opération terroriste et illégale, dénommée opération Mongoose, lancée contre Cuba par le président Kennedy juste après l'échec de la tentative d'invasion de la Baie des Cochons ? Où sont passées ces puissances impérialistes, marchandes et néocoloniales quand les Israéliens qui, de 1967 à 2003, entre la guerre des 6 jours et celle d'Irak, ont violé plus du 1/3 des résolutions du Conseil de discipline de l’Organisation des Nations unies (Onu), semblent avoir besoin de tuer au quotidien une quantité de civils et enfants palestiniens et même les fonctionnaires de ce machin, comme un drogué a besoin de sa dose journalière d’héroïne ?

Où était cette « Communauté internationale » lorsque les Américains avaient envahi l'Irak, un État souverain, sous le fallacieux prétexte que ce pays disposait des armes de destruction massive ? En détruisant l'Irak, les Américains et certains Occidentaux n’ont-ils pas rendu un précieux et inestimable service aux terroristes d’Al Qaïda, d’Al Nostra et ceux de l'Organisation de l’État islamique (OEI) qui tranchent les têtes de leurs compatriotes victimes innocentes de leurs politiques de courte vue? Sous le fallacieux prétexte du « devoir d’ingérence» ou de la «responsabilité de protection de civils en danger », la « Communauté internationale » et l’ Organisation du traité de l'Atlantique Nord (Otan), ces pompiers pyromanes n’ont-ils pas sciemment choisi d’assassiner Mouammar Kadhafi afin d’instaurer le chaos et de favoriser le flux, l’émergence et la consolidation des djihadistes en Libye et dans la bande sahélo-sahélienne, sachant pertinemment que ces pays affaiblis, aux ressources naturelles abondantes, auront recours à eux ? Ne sommes-nous pas en train d’assister, avec l’expansion des mouvements djihadistes dans la bande sahélo-sahélienne, à l’instauration d’un nouvel ordre mondial qui passe nécessairement par la déstabilisation des pouvoirs en place ? D'où proviennent les armes utilisées par Boko Haram? Car, en faisant une analyse approfondie en termes structuraux avec le capitalisme mondialisé en crise, qui tous les 20-25 ans, est soumis à des bouleversements de grandes ampleurs, on peut émettre l’hypothèse de l’exportation de cette crise vers les pays la zone sahélo-sahélienne, dont notamment le Mali, le Niger, la Mauritanie, l’Algérie Nigeria, le Cameroun et dans une certaine mesure le Tchad, afin de générer des processus de déstabilisation desdits États. On ne peut occulter ce fait gravissime: en 2011, la France, par l'intermédiaire du Qatar, avait livré des armes très sophistiquées à des milices islamistes en Libye. Sous cet angle, on ne peut echapper à la tentation de penser que ceux qui veulent faire main-basse sur les richesses naturelles de l'Afrique et décider en sous-main du destin des millions d'hommes et de femmes, nourrissent l'ambition d'inscrire l'avenir du berceau de l'humanité dans un nouvel esclavage à l'ère du déploiement de la politique de mondialisation et du capitalisme déclinant à l'échelle mondial, comme dirait Jean-Marc Ela.

Il n'est donc pas exagéré de dire que la «communautaire internationale», si elle existe, est aux ordres des Américains. Et les peuples épris de dignité et de liberté ne peuvent accepter que les solutions à leurs problèmes soient imposées par les impérialistes en mal de domination. Il est par conséquent légitime de refuser de céder aux injonctions des Occidentaux. C'est donc à juste titre que le président gabonais Omar Bongo affirmait que Robert Mugabè est un Héros pour les Africains.

Qu'est-ce que l'ex-puissance coloniale – les Anglais et dans leur sillage des Américains, des Français qui se comportent ces derniers temps comme les caniches des Américains - reproche-t-elle au juste au «Vieux Bob» ou à ce pays enclavé d'Afrique australe? N'est-ce pas son indépendance arrachée de haute lutte, sa ferme volonté de défendre les droits inaliénables des Zimbabwéens - dont les trois quarts des meilleures terres avaient été spoliées par une minorité blanche - contre l'hypocrisie néocoloniale, sa contribution soutenue à l'émancipation totale du continent africain, notamment en Afrique du Sud, au Mozambique, en Namibie, en Angola, au Sahara occidental et tout récemment au Congo démocratique ?

Faut-il le dire haut et fort, la démocratie est devenue aux mains des Occidentaux un cheval de bataille pour une reconquête coloniale masquée. Ceux qui organisent et participent aux croisades sont les mêmes qui encouragent, organisent le fascisme et le terrorisme dans le monde, à condition que tout cela rapporte et profite aux maîtres du monde. Des élections truquées chez Mugabe? Une évidence incontestable. La présidence de Mugabe est-elle autoritaire, qualifiée de dictature par ses détracteurs? Peut-être. Mais trucage et autoritarisme (ou dictature) équitablement partagés entre le maître de céans et les ingérences étrangères - par Internet, ambassades, Ong taupes, une opposition cinquième colonne interposée. Les citoyens de ce pays de Wariors intrépides – et des Africains - semblent assez avisés pour pouvoir surmonter d'eux-mêmes leur lancinante crise si l'Occident néocolonial, férocement rancunier, cessait d'intervenir grossièrement, comme partout ailleurs où la mésentente des locaux le permet, pour soutenir les plus médiocres d'entre eux afin d'asseoir durablement sa domination dans le sillage de sa victoire, pour parler comme l’écrivain Hilaire Sikounmo.  C'est dire si les Occidentaux font un usage pernicieux de la démocratie et de la gouvernance.

Alerte ! En Afrique, les nouveaux croisés sont en érection. Robert Mugabé, alias Comrade Bob est un Héros, n’en déplaise aux bien-pensants occidentaux et leurs suppôts pressés qui ne cessent de claironner que son élection à la tête de l’UA « est une mauvaise chose pour l’Afrique [qui] n’a pas besoin de populisme » (RFI, Appels sur l’actualité du 03 février 2015).

En annonçant, le mardi 03 février 2015, que le président du Zimbabwe Robert Mugabe sera autorisé à se rendre dans l'UE malgré les sanctions qui le lui interdisent, à condition cependant qu'il voyage pour représenter l'Union africaine dont il vient de prendre la présidence tournante pour un an, l'Union européenne (UE) montre qu’elle a saisi le message envoyé par les chefs d’Etat Africains à Adis Abéba le 30 janvier 2015. Le président du Zimbabwe pourra ainsi représenter l'UA lors des sommets du G8 ou du G20 qui se tiendront sur le vieux continent. C’est d’ailleurs depuis 2013 que l’UE a commencé à normaliser ses relations avec le pays des Warriors en levant ou en allégeants certaines sanctions qui paralysaient l’économie de ce pays.

Tout bien considéré, l'histoire nous enseigne que les Héros sont d'abord des hommes ayant leurs qualités (forces) et leurs défauts (faiblesses). Toutes celles et tous ceux, Africains, Asiatiques, Occidentaux, Latino-Américains et Américains du nord, qui sont aujourd'hui érigés en Héros n'ont jamais été des Saintes et des Saints. Leurs qualités, ce qu'ils ont fait pour éviter les Crimes odieux contre l'Homme, l'asservissement de l'Homme, l'humiliation de l'Homme, ce qu'ils ont fait pour que nous devenions humains, plus humains disais-je, sont valorisées afin qu'elles ou qu'ils servent de sources d'inspiration aux nouvelles générations. Robert Mugabe n'échappe pas à la règle.

Respectueux Patriarche Robert Mugabe, comrade Bob,  malgré tes faiblesses nombreuses, nous sommes fiers de tes multiples combats contre l'asservissement et pour la libération de l'Afrique.
A cet égard, si l'Afrique francophone avait cinq (5) Mugabe à la tête de cinq (5) Etats dont 3 en Afrique de Ouest et 2 en Afrique centrale) le Franc CFA, ce gage de notre sous-développement et de l'asservissement perpétuel des peuples vivant dans la zone franc, aurait été liquidé. Car, «il n'y a pas, dans l'histoire connue de l'humanité, de changement décisif, quel qu'en soit le sens, auquel n'aient associés d'une manière ou d'une autre des événements monétaires [...] Aujourd'hui, faute d'accorder aux questions monétaires l'attention qu'elles méritent, l'Afrique inflige à ses enfants, et encore à ceux qui ne sont pas nés, des souffrances tout à fait gratuites [...]  Une monnaie indépendante n'est pas seulement possible, elle est indispensable à une politique économique qui se voudrait nationale. » (Tchundjang Pouémi, 1980, pp 13-28)

Lorsque le chien vieillit, le renard lui pisse dessus, affirme un proverbe. Aussi peut-on ajouter qu’un (vieux) chien méchant traqué dans un couloir se terminant en cul-de-sac mord le chasseur avant de s’échapper.

Et si l’Afrique avait 18 Mugabè à la tête de 18 États !!!
Jean-Bosco Talla