• Full Screen
  • Wide Screen
  • Narrow Screen
  • Increase font size
  • Default font size
  • Decrease font size

Envoyer Imprimer PDF
Note des utilisateurs: / 0
MauvaisTrès bien 

alt« Si le discours sur le développement implique désormais un regard critique sur l’imaginaire occidental qui est la source des idéologies de la modernité et du développement, les Africains ne peuvent se réapproprier et rapatrier les débats en cours sans les situer à ce niveau de radicalité qui les amène à s’interroger en profondeur sur les liens entre les impasses du développement et la crise de ‘’ l’occidentalisation du monde ‘’ […] À partir du particularisme des sociétés où règnent la raison utilitaire et les valeurs instrumentales, l’Afrique devrait s’ouvrir à la modernité économique qui se construit par un discours sur l’autre dans la mesure où, en lui-même, le projet occidental est porteur de ce qu’on a appelé abusivement ‘’sous-développement’’ », Jean-Marc Ela, Innovations sociales et renaissance de l’Afrique noire. Les défis du « monde d’en-bas », Paris, L’Harmattan, 1998, pp. 30-32.

 

En collaboration avec la Plateforme d’information et d’action sur la dette (PFIAD), le groupe Samory éditeur de Germinal et ses partenaires ( Harmattan Cameroun , Fondation Gabriel Péri, Dynamique Citoyenne, regroupement de 162 organisations de la société civile camerounaise, la chaîne de télévision 7News , le quotidien Le Messager, Radio Cheikh Anta Diop , l’Association de défense des droits des étudiants (Addec) et Human Rights Initiatives (HRI)), vous invitent à prendre personnellement part au Grand Oral de La Grande Palabre qu’ils organisent, le jeudi 11 décembre 2014 , à l’hôtel Franco, sis au quartier Nlongkak, en face du collège Matamfen, à 14h précises.

Thème: Le Cameroun et l'Afrique pris dans les tenailles de la dette odieuse et de l’imaginaire occidental
 
Contexte
La crise économique qui a secoué le Cameroun et certains pays africains pendant plus de deux décennies a laissé une marque indélébile dans les cœurs et les esprits des Camerounais. De sorte que son évocation et le souvenir de la dette publique, responsables et causes, en partie, de la pauvreté galopante, du renforcement des inégalités ou du blocage du développement, suscitent un sentiment d’amertume dans la mesure où ils font venir à l’esprit et à la surface de la mémoire des citoyens la fin de l’âge d’or. C’est dire si l’annulation de la dette, dans une optique d’impulsion d’une nouvelle dynamique du développement, est une question de justice.
Première puissance économique de l’Afrique centrale francophone dont il représente la moitié de la population (plus 20 millions d’habitants), le Cameroun occupe une position stratégique grâce à sa façade atlantique et ses frontières avec six grands pays. Le pays est faiblement endetté (5% du PIB) et sa balance commerciale est excédentaire. Dotée d’une population jeune - 48% des Camerounais ont moins de 15 ans - et relativement bien formée- le taux de scolarisation supérieure à 70% -, cette Afrique en miniature dispose de ressources minières en quantité (52 minerais y compris le pétrole), de 7.2 millions d’hectares de terres cultivables (10% de toute l’Afrique) et d’une « stabilité politique » rare sur le continent depuis l’indépendance en 1960.
Au milieu des années 1980, le Cameroun est coincé dans les rets de la dette souveraine. Celle-ci passe de 23.3% du PIB en 1987 à 129% du PIB en 1994. Elle culmine en 2000 avec un montant d’encours supérieur à 6 000 milliards de dollars US représentant 222% des recettes d’exportation et 467% des recettes budgétaires internes.

Que s’est-il donc passé ?
En effet, au cours des années 1970, les emprunts internationaux ont été présentés aux États africains comme une voie aisée et efficace vers le développement. Il leur avait été démontré par les bailleurs de fonds qu'ils avaient tout pour sortir du sous-développement notamment, une main-d’œuvre abondante et bon marché et des richesses naturelles inépuisables. Qu'il ne leur manquait que le capital et les ressources technologiques pour les faire fructifier, et que ces faiblesses pouvaient être comblées par un recours massif à la dette. Le Cameroun s’y est ainsi lancé, encouragé en cela par les experts des Institutions financières internationales (IFI) et, quelques années plus tard, le pays était étouffé par le volume des montants à rembourser. La situation des finances publiques va alors se dégrader au point où l’obligation de rembourser la dette l’emportera sur toutes les autres missions régaliennes de l’État. Il faut mobiliser les ressources pour assurer à n’importe quel prix le service de la dette.
Le social, les infrastructures, l’éducation, la planification ont ainsi été abandonnés. Dans la même dynamique, les conditionnalités acceptées pour y parvenir ont totalement dénaturé notre société et lui ont donné la configuration actuelle caractérisée par une gestion opaque des affaires publiques, les dérives morales et éthiques entretenues par un système d’impunité puissant, et une fracture sociale difficilement surmontable.
En mai 2002, dans le but de jouer pleinement leur rôle de véritable contre-pouvoir citoyen, des organisations de la société civile appartenant à différentes familles d'acteurs, et, travaillant sur la problématique de la dette, ont créé la Plateforme d’information et d’action sur la dette (PFIAD), devenue membre du Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM) en 2013. Face à cette crise et un endettement qui n'ont jamais fait l’objet d'un véritable débat et qui ont mis en péril aussi bien des milliers de vies humaines que la souveraineté politique économique et sociale de la nation et toute sa cohésion, la PFIAD a décidé de questionner la situation de la dette du Cameroun, à travers son projet d'"audit citoyen de la dette du Cameroun". Il s'agit, à travers cette initiative, de démêler l’écheveau de la dette en scrutant le passé afin de comprendre la situation actuelle, de poser publiquement le problème afin de faire éclater la vérité au grand jour. Il est aussi question d’éviter la reproduction d’un système inique qui paupérise les plus défavorisés et de parvenir à une croissance économique forte, durable et dont les fruits sont équitablement répartis au sein de la population.
L’audit que s’engage à réaliser la PFIAD est une initiative dont l'objectif est de répondre à une série de questions. A savoir : qu’est devenu l’argent des différents emprunts ? Quelles étaient les contreparties de ces emprunts consentis au gouvernement camerounais ? Quel montant d’intérêts a déjà été payé et à quels taux ? Combien du principal a été remboursé ? Comment la dette s’est-elle enflée sans que les populations aient ressenti concrètement ses effets ? Quels chemins ont suivi les fonds empruntés ? Quelle part a été détournée, par qui et comment ? Qui a emprunté et au nom de qui ? Qui sont les créanciers et quel a été le rôle des uns et des autres ? Par quels mécanismes l’État s’est-il trouvé engagé dans les différentes transactions ? Par qui les décisions d'emprunts ont été prises et à quel titre ? Comment des dettes privées sont-elles devenues publiques, grâce à quels intermédiaires et à quels organismes ? À qui ont profité les projets bidon réalisés avec de l'argent emprunté ? Quels crimes ont été commis avec cet argent ? Les bailleurs savaient-ils la destination des fonds octroyés ? Pourquoi n’établit-on pas les responsabilités pénales, civiles ou administratives ?
Globalement, quand on examine les réalisations par rapport au volume des fonds remboursés par le Cameroun indépendant depuis 54 ans, une conclusion s’impose : seule une faible part des prêts consentis a contribué au « développement » du pays. Lorsque ces fonds n’ont pas alimenté des réseaux de corruption à travers des commissions et rétrocommissions, ils ont enrichi les oligarques des régimes dont le train de vie ostentatoire jure avec la pauvreté et la misère ambiante. Ces fonds ont également financé des éléphants blancs, ces célèbres projets inadaptés et surfacturés, via, semble-t-il, les garanties publiques accordées aux entreprises occidentales par le mécanisme des agences de crédits à l’export (Coface). Ce sont, hélas, les citoyens et les populations qui ont payé et continue de payer le lourd tribut, tout en subissant les effets négatifs de cet endettement odieux cautionné par un État démissionnaire qui ne protège pas, n’éduque pas, ne soigne pas, prive ses populations de l’eau, de l’électricité, etc. C’est pour ces populations-là que la Plateforme et les organisations de la société civile veulent procéder à cette clarification en ouvrant cet autre chantier du combat citoyen.
On comprend pourquoi, la PFIAD se propose de se servir du formidable outil qu'est l'audit citoyen comme levier pour enclencher une démarche politique et une méthodologie permettant de décortiquer la dette extérieure du Cameroun afin d’exiger son annulation, sans condition et sans contrepartie.
Pour mener à bien ce travail, la PFIAD a fait appel à monsieur Éric Toussaint, président du Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM) en Belgique. Il a participé en tant qu’expert international et représentant du CADTM à la réalisation de l'audit citoyen de la République d’Équateur à la fin des années 2000, audit au terme duquel le gouvernement du Président Rafael Correa a décidé de suspendre le paiement d’une série de titres de la dette et de racheter 91 % de ces titres sur le marché secondaire à 30 % de leur valeur nominale.
Invité spécial du Grand Oral de la Grande Palabre, il entretiendra l’auditoire sur
- la crise de la dette dans les pays du sud;
- l’audit citoyen de la dette;
- les alternatives aux mesures d’austérité imposées par les (IFIs).
 
Discutants

Jean Mballa Mballa, Consultant, activiste
Serge Alain Godong, Universtaire/écrivain,
Essomba Mendzina Dieudonné, Ingénieur statisticien, économiste

Modérateur:
Jean-Bosco Talla, journaliste, Point focal de la Grande Palabre

Francis Mbagna, Journaliste, Chargé des programmes, Forum Cameroun.Votre présence rehaussera la qualité des échanges.
En direct sur les ondes de Radio Cheikh Anta Diop  101.1
Contact: 77 31 48 98