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altMonsieur Jean-Bosco Talla, nous vous avons perdu de vue depuis plusieurs mois, où est passé Germinal ?
Il serait judicieux de faire le distinguo entre ma personne et l’organe d’information que je dirige. Je suis bien présent dans l’espace public aussi bien à travers mes interventions chez des confrères qu’à travers mes activités, notamment dans le cadre d’un espace de la parole et de la citoyenneté, La Grande Palabre, que nous animons mensuellement depuis plus de trois ans. Ceux qui m’ont perdu de vue ne suivent peut-être pas nos activités.
Peut-être voulez-vous parler de l’absence de la version papier de Germinal dans les kiosques. En réalité, compte tenu de notre trésorerie, de notre implication dans plusieurs projets, notamment la coordination de trois ouvrages, l’animation du secrétariat et l’édition des ouvrages aux  éditions Terroirs et notre implication dans les activités de certaines organisations de la société civile camerounaise, nous avons décidé de suspendre momentanément la production de la version papier. Ces derniers temps, Germinal paraissait pourtant en ligne. Dans les tout prochains jours, Germinal reviendra dans les kiosques.

Êtes-vous membre d’un parti politique ?
Je n’ai jamais été membre d’un parti politique.

Charles Ateba Eyene a été conduit à sa dernière demeure cette semaine. Dites-nous quelques mots par rapport à sa disparition ?
De mon point de vue, sa mission était arrivée à son terme.

On assiste depuis quelques  mois à une  longue série de décès parmi les membres du sérail et même au-delà, serait-ce la fin annoncée d’un cycle ou le commencement d’un autre ?
Chaque entité (être) s’incarne, vient au monde des humains en poussant son premier cri de libération et de liberté, grandit, découvre sa mission et l’accomplit, change de plan d’existence et, se réincarne afin de parachever sa mission commencée au cours de ses vies antérieures.

Niat Njifenji Marcel et Cavaye Yeguié Djibril ont respectivement été reconduits comme présidents du sénat et de l’Assemblée nationale, alors que des chamboulements de grande envergure étaient annoncés…
Personnellement, je n’attends pas de chamboulements de grande envergure. On ne change pas une équipe qui perd. L’Agenda de M. Biya n’est pas celui des médias.

Le RDPC vient de fêter son 29e anniversaire. Qu’en pensez-vous ?
Rien du tout.

S’il vous était demandé de juger le président Biya après 32 ans de règne ?
Je n’ai pas assez de vertu ni de lumières pour juger le président Biya. Mais, mon appréciation de son action politique en tant que président de la République du Cameroun n’a pas beaucoup varié. Je me suis toujours interdit de verser dans la facilité de la caricature. Par une critique de fond, j’ai toujours évité la monarchisation de la République, synonyme d'abolition de la République. J’évite toujours de céder au simplisme de la stigmatisation et de la diabolisation du biyaïsme. Pourquoi ? Parce que, j’en suis convaincu et je l’ai toujours affirmé, la diabolisation non pertinente du régime mis en place par le monarque présidentiel et sa politique soutenue par ses créatures est contre-productive, politiquement et idéologiquement ; parce que les condamnations à priori (et avec a priori) rendent plus difficile encore la construction d'une alternative républicaine au biyaïsme.
Je sais que vos lecteurs me demanderont quelle est ma compréhension du biyaïsme. Cette question, beaucoup de Camerounais se la posent. Source de curiosité au début du règne de Paul Biya, le 6 novembre 1982, l’oligarchie gloutonne a réussi à se maintenir au pouvoir pendant 32 ans à travers des subterfuges, le trucage des élections, la répression sauvage et barbare, des assassinats, etc. Convenez avec moi que le biyaïsme, dont les maîtres mots sont rigueur, moralisation et intégration nationale, stade suprême de l'unité nationale, est peut-être un vaste malentendu, une erreur originelle, pour ne pas dire un mythe pour idiots. Il n'est pas exagéré de dire que beaucoup de Camerounais avaient pris des vessies crevées pour des lanternes. C'est dire si le biyaïsme est synonyme d’inertie, de gabegie, de corruption, de vol, de détournement des deniers publics, d’assassinats, de népotisme, de tribalisme, de braquages, de bradage du patrimoine commun, de filatures, de violations de la vie privée à travers des écoutes clandestines et sauvages, d’anthropophagie, de crimes rituels, de vampirisme, etc. Pour preuve, tout un gouvernement est aujourd’hui incarcéré dans ces goulags tropicaux appelés prisons.

Pourquoi avez-vous quitté la fonction publique ?
Je n’ai pas encore quitté la fonction publique. Après avoir gravi presque tous les échelons de l’enseignement, j’y pense sérieusement. En attendant, je me suis simplement émancipé, comme certains camarades, de certaines contraintes qui empêchent certains fonctionnaires et agents de l’État de s’exprimer librement. Cette émancipation est l’aboutissement de batailles syndicales et juridiques engagées et gagnées contre l’État du Cameroun et ayant entraîné des privations et sacrifices multiples.

Vous vous êtes illustré ces dernières années par des prises de position suffisamment tranchées vis-à-vis du régime de Yaoundé, ce qui vous avait d’ailleurs valu une incarcération, pourquoi n’avez-vous pas opté pour l’exil, alors même que ce ne sont pas des propositions dans ce sens qui vous  ont fait défaut ?
Comme vous le dites, des propositions m’ont été faites allant dans le sens de mon départ du Cameroun pour m’épanouir ailleurs. D’abord, je m’épanouis mieux quand je suis au front, au Cameroun. Et les multiples problèmes auxquels font face de nombreux Camerounais sont des fronts de Lutte qui nécessitent l’engagement de tous et de chacun. L’exil m’éloignerait de ces fronts, même si un exil me permettrait d’améliorer ma situation personnelle. Il est vrai aussi que les compatriotes de la diaspora peuvent être d’un soutien significatif. Bref, l’idée de quitter le Cameroun pour aller vivre ailleurs n’a jamais traversé mon esprit. Mes modèles que sont Mahandras K. Gandhi, Martin Lutherking, Dom Helder Câmara, Nelson R. Mandela et tous ces Patriotes et Compatriotes qui sont morts au front, dans le maquis, les armes à la main, n’avaient pas choisi le chemin de l’exil. Samouraï et faisant partie de la lignée de l’Éternel des Armées, je préfère mourir au front, au combat, mon sabre à la main. Tout comme je préfère être libre dans un taudis en mangeant du pain, au lieu d’être esclave dans un château en mangeant des gâteaux. Pour moi, il vaudrait mieux être que paraître. Dans le champ social, il vaut mieux faire que paraître, tout en sachant unir le savoir et le savoir-faire.

Que pensez-vous de l’après-Biya, certains observateurs avertis augurent  le chaos…
Notre pays est devenu une véritable poudrière.

Dites-nous quelques mots sur les décrets présidentiels portant remise et commutation des peines. Michel Thierry Atangana, Titus Edzoa et les autres ont été libérés et pas Pierre Désiré Engo l’ancien DG de la CNPS …
Pas de commentaire. C’est visiblement un des multiples coups de tête présidentiels, communément appelés fait du prince. Il vous souvient qu’en 1987 au cours d’une interview accordée à Éric Chinje, Paul Biya avait déclaré : « Je peux opiner de la tête, et vous n’êtes plus rédacteur en chef de la CTV. Je n’ai pas à expliquer quoi que ce soit à ce sujet ».

Titus Edzoa a avoué lors de sa conférence de presse qu’il n’avait jamais quitté les rangs du RDPC, alors  même qu’il avait posé sa candidature contre le candidat naturel de ce parti au cours des présidentielles d’octobre 1997…puisqu’il dit pouvoir revenir dans le jeu politique, pensez-vous que l’ex-prisonnier du Sed, pourra faire un remake de la saga de Nelson Mandela ?
J’estime qu’il est mieux placé pour savoir ce qu’il veut faire du temps qui lui reste à passer sur cette terre. En outre, c’est son droit de revendiquer son appartenance au RDPC, même s’il s’était présenté en 1997 face au candidat naturel de ce parti. Enfin, l’avenir est l’une des voies du Seigneur qui sont insondables.

Quelles sont vos impressions par rapport à la question de la double nationalité, faut-il modifier ladite loi ?
Nous devons sortir de l’hypocrisie dans laquelle nous sommes plongés. À partir du moment où la double nationalité est admise quand il est question de l’équipe nationale du football, nous devons reconnaître la double nationalité, mais prendre des dispositions législatives pour faire en sorte que les binationaux n’occupent pas certaines fonctions : président de la République, président du Sénat, président de l’Assemblée nationale, premier ministre, ministre de la Défense, ministre de l’Intérieur, ministre de l’Économie et des Finances, ministre de la Justice, etc.

Quelles sont les chances de Maurice Kamto pour les présidentielles de 2018, eu égard que quelques-uns augurent déjà un raz-de-marée du MRC au cours de ce scrutin ?
Je n’ai aucun élément objectif pour jauger les chances de Maurice Kamto, et de tout candidat potentiel à la présidentielle de 2018, s’ils décidaient de se lancer dans la course pour la magistrature suprême au Cameroun. Je me demande pourquoi votre question est uniquement orientée vers Maurice Kamto et le MRC.

S’il vous était donné d’apprécier l’actuel gouvernement, quelle note lui attribueriez-vous ?
Je ne peux apprécier les actions de ce gouvernement que sur la base des critères d’appréciation préalablement établis. Or, ces critères sont inexistants.
En réalité, me demander d’apprécier l’action gouvernementale, c’est me demander implicitement d’apprécier l’action de Paul Biya. Je viens d’esquisser ci-dessus les grandes lignes de mon point de vue.
Nous devons cependant toujours garder à l’esprit que tous les ministres, y compris le premier d’entre eux, tiennent leur pouvoir de la seule volonté du président de la République. Par conséquent, ils ne devraient pas être responsables devant le peuple. Mais, comme ils sont nommés par quelqu’un qui a été élu, il s’établit une liaison indirecte entre les citoyens-électeurs et eux. Ils jouissent pour ainsi dire d’une légitimité dérivée. Je viens de rappeler que le président de la République avait dit en d’autres termes que les fonctions de ministre sont essentiellement révocables, qu’il était l’unique juge de l’opportunité de conserver qui que ce soit et qu’il dispose le pouvoir de sanctionner à sa guise qui et quand il veut. D’ailleurs, notre constitution renforce cette situation en disposant que les ministres sont chargés de la mise en application de la politique définie par le chef de l’État. Lorsque les attentes des populations s’expriment (absence d’eau, d’électricité, de voirie urbaine, existence de nombreux carrefour cacas, existence de nombreuses structures d’abrutissement telles les débits de boissons, des multinationales de Dieu, les effectifs pléthoriques dans les amphis et les salles de classe, etc.), le refus de mettre en application cette prérogative présidentielle le rend politiquement responsable des indélicatesses et de l’incurie de ses ministres. Quand il les maintient en poste, même après avoir stigmatisé leur manière de servir, comme il l’a fait le 31 décembre 2013, le citoyen perçoit et interprète ce maintien comme une incohérence et une approbation de la manière de servir de ses ministres.

Pendant que vous étiez au journal Le Front au début des années 2000, quelques-unes de nos sources nous ont révélé que vous aviez été dénoncé aux autorités par certains de vos anciens collègues…
Il n’y a pas qu’au journal Le Front où les collègues et confrères m’ont dénoncé aux autorités. Même à Germinal, j’ai été dénoncé par des collègues et confrères. Je n’ai que du mépris pour ces individus que j’ai eu le temps d’identifier. Je ne leur ferai pas honneur en prononçant leur nom. Leur place est dans l’obscurité et non sous la lumière. Je n’ai jamais été surpris par leurs différentes manœuvres parce que je suis conscient du fait que ceux qui travaillent pour la lumière éveillent les forces négatives vivant dans les ténèbres, parce qu’en voulant améliorer le monde, ils touchent aux intérêts d’individus qui ne le supportent pas et essaient de riposter par tous les moyens. Permettez que je vous révèle que je suis aussi conscient du fait que mon téléphone est mis sur écoute depuis le début de l’année 2004, période pendant laquelle j’étais directeur exécutif de Transparency International Cameroon. De temps à autre, les « écouteurs » se fatiguent et desserrent l’étau. Mais, ils reviennent toujours à la charge.
Ce que je fais ne plait pas nécessairement à tout le monde. Les actions d’une personne ne peuvent d’ailleurs pas être unanimement appréciées positivement ou négativement. La vie est ainsi faite. C’est normal. Allez y comprendre pourquoi, certains confrères auxquels nous avons fait parvenir un exemplaire de l’ouvrage sur la reconstruction de l’opposition camerounaise que nous venons de coordonner et publier aux Éditions Terroirs, n’ont pas encore fait une note de lecture, quatre (4) mois après l’avoir reçu.

Comment avez-vous vécu votre interpellation en décembre 2009, décrivez-nous la scène…
Vous faites allusion au Kidnapping dont j’avais été victime le 10 décembre 2009 et qui a conduit à ma condamnation à un (1) an de prison avec sursis pendant 3 ans pour « outrage au chef de l’État » (rire) et à mon incarcération pendant 7 jours au SED et 28 jours à Kondengui (Kosovo, quartier 9, local 109). Il serait très long de revenir sur cet épisode heureux (oui, c’était un épisode heureux, ce n’est pas tout le monde qui a le privilège de gouter aux délices des geôles infectes du Renouveau) de ma vie. Des individus habités par des esprits malveillants n’ont pas hésité d’utiliser cet épisode pour tenter de jeter l’opprobre sur ma personne et même sur mon individualité transcendante. Heureusement que dans un premier temps j'ai considéré ces attaques comme une Mâyâ, c’est-à-dire une illusion cosmique entretenue par des ignorants (comme dans le Vedânta de Shankara) et qu’ils ont vite compris qu’ils étaient en train de creuser la tombe dans laquelle ils devaient être inhumés. Car si j’avais à recommencer, c’est-à-dire à poser les actes ayant permis mon voyage initiatique à Kondengui, je le ferais sans bouger d’un iota.
Si vous aviez fait les mathématiques divines, vous comprendrez pourquoi j’avais été kidnappé le jeudi 10 décembre 2009 - journée mondiale des droits de l’Homme - ; pourquoi j’avais été condamné à 1(un) de prison avec sursis pendant 3 ans ; pourquoi j’avais été incarcéré au quartier 9, pourquoi j’étais logé dans le local 109, pourquoi j’avais été libéré le 13 janvier 2010, pourquoi l’amende et les dépens que j’avais payés s’élevaient à 3 154 650 FCFA, etc.
Je veux vous faire comprendre en d’autres termes que nous ne parlons de hasard, de la chance/malchance, de magie noire (sorcellerie) ou blanche, bref d’irrationalité que parce que nous ignorons encore les lois réagissant des phénomènes qui structurent notre être-devenir et notre environnement. Et comme dirait un auteur dont j’oublie le nom et que je cite de mémoire, l’univers de notre ignorance est effroyable et abyssal, comparé à la plage étroite de nos connaissances.
Pour revenir à votre question sur la description de la scène de mon kidnapping, je vous demanderai de consulter les archives de 237medias auquel vous appartenez. À défaut, je vous prierai, vos lecteurs et vous, de prendre votre mal en patience, car j’ai repris cet épisode heureux de ma vie dans un ouvrage qui paraîtra très bientôt.

Il nous revient que certains proches de la première dame avaient usé de leur influence pour vous faire relever de chef de Brigade de contrôle  des établissements secondaires privés. Vous confirmez cette information ?
En effet. C’est encore un épisode heureux de ma vie. Le 12 mars 2007, autour de 10h, le ministre des Enseignements secondaires (Minesec), Louis Bapès Bapès, me joint au téléphone et demande à me recevoir. 30 mn après, je me retrouve dans son cabinet. Il me propose le poste de chef de brigade de contrôle des établissements secondaires privés, car avait-il soutenu, après observations de mes actions et compte tenu de mon engagement dans la lutte contre la corruption, il apparait que je suis le seul à même d’engager un combat contre ce fléau qui sévit dans les établissements privés. Je lui demande de me donner un temps de réflexion. 24 heures plus tard, je lui donne mon accord. Le 14 mars 2007, il me nomme chef de brigade de contrôle des établissements secondaires privés. Le 19 mars 2007, je prends le service et m’attèle à rédiger le cahier de charge de la brigade de contrôle. Le 23 avril 2007, je suis en mission à Kribi où je prends part à un séminaire dont les résultats me permettront d’affiner le travail à la brigade de contrôle. Le 24 avril 2007, 35 jours après ma prise de fonction, à 17 heures, sur les ondes de la CRTV radio, j’apprends que je suis relevé de mes fonctions. Cette décision est relue ce même jour à 19 heures et le lendemain à 7 heures toujours sur les ondes de la CRTV radio. C’est la stupéfaction parmi les séminaristes. Immédiatement après, je joins mon supérieur hiérarchique direct, l’inspecteur général des Enseignements qui, de son côté, ne comprend pas ce qui arrive, étant donné que c’est lui qui m’avait mis en mission. Il me demande de poursuivre avec les travaux du séminaire, en me rassurant que d’ici mon retour, il aura glané des informations.
De retour à Yaoundé, je dépose le rapport de mission. Mon supérieur hiérarchique, très perturbé et confus, me fournit des explications un peu alambiquées. C’est alors que je décide de mener une enquête au Minesec pour chercher à comprendre les tenants et les aboutissants de cette décision. J’apprends que ce jour-là, le 24 avril 2014, des personnalités parmi lesquelles Jean Stéphane Biatcha de Synergies africaines, sont arrivées au Minesec et se sont dirigés vers le cabinet du ministre Bapès après avoir fait escale chez Madame Cathérine Abena. Et que c’est après leur départ que la décision me relevant de mes fonctions est tombée. Je décide alors de prendre les casquettes de Journaliste et de président de Human Rights Initiaves (HRI) pour engager des investigations et pour solliciter une audience auprès de M. Biatcha avec pour objet : « à propos de votre implication dans un trafic d’influence au Minesec ». Après avoir sollicité et obtenu, le 21 juin 2007, la notification de la décision me relevant de mes fonctions pour « les nécessités de service », je suis reçu, le 27 juin 2007, en audience par Jean Stéphance Biatcha, audience au cours de laquelle non seulement j’ai été édifié sur les œuvres de bienfaisance de Madame Chantal Biya, mais aussi j’ai eu la confirmation de leur descente au ministère des Enseignements secondaires, le 24 avril 2007. Aussi n’ai-je pas hésité, le 2 juillet 2007, d’introduire un recours gracieux auprès de Monsieur le Ministre des Enseignements secondaires. Le 3 juillet 2007, j’écrivais à Madame Chantal Biya avec pour objet : Injustice dont je suis victime du fait de vos collaborateurs. Le même jour, j’informais Monsieur Paul Biya, à travers une lettre recommandée avec accusé de réception. Dans cette correspondance, j’écrivais : «En vous faisant tenir les copies de la correspondance que j’ai fait parvenir à Madame Chantal Biya  et du recours gracieux adressé à Monsieur le Ministre des Enseignements secondaires;
 j’ai l’honneur de vous faire part de mes inquiétudes d’être dans le collimateur de certains collaborateurs de la première Dame qui m’accusent à tort d’avoir écrit contre elle dans le journal Le Front et qui ont fait pression sur Monsieur le Ministre des Enseignements secondaires, le 24 avril 2007, pour qu’il me relève de mes fonctions de chef de brigade de contrôle des établissements secondaires d’enseignement privé.
N’étant sur le coup d’aucune procédure disciplinaire, et n’étant coupable d’aucun manquement aux obligations et à la déontologie de notre profession, encore moins d’une atteinte à l’éthique liée à mon poste, je me remets à votre très haute bienveillance pour solliciter ma protection au plan professionnel, en votre qualité de Chef de l’État ». Évidemment, ces lettres sont restées sans réponse.
Trois (3) mois après le dépôt de mon recours gracieux resté sans réponse, j’engage une action en justice contre l’État du Cameroun en introduisant auprès de la chambre administrative de la Cour suprême un recours contentieux.
Un peu plus de trois (3) années d’une rude, ruineuse et éreintante bataille juridique, par jugement n°17/2011/CA/CS rendu le 12 janvier 2011, la Cour suprême annule la décision me relevant de mes fonctions et exige la reconstitution de ma carrière.

Dans son interview parue il y’a quelques semaines, le professeur Hubert Mono Ndjana dans sa posture d’invité de la semaine avait affirmé que les Bétis devraient se garder  de se présenter après Biya, parce que notre démocratie était essentiellement basée sur les tribus, êtes-vous du même avis que cet illustre universitaire ?
Il faut se méfier des politiciens qui manipulent les ethnies et les tribus et les opposent les unes aux autres. Les problèmes du Cameroun ne se posent pas en termes ethniques ou tribaux. Les Camerounais ont plus besoin, entre autres, d’un État de droit, véritablement démocratique ; d’une gouvernance politique, sociale, économique, environnementale à la hauteur des défis majeurs à relever, d’un leadership nationaliste et visionnaire. Ma conception de la démocratie est proche de celle d’Alain qui affirmait que : «  La démocratie n’est pas le règne du nombre, n’est pas le pouvoir donné à une majorité d’écraser une minorité, elle doit permettre à l’inverse d’assurer l’égalité de tous au droit, de lutter contre toutes les tyrannies, et elle repose sur  des citoyens libres pensants. Elle n’existe que grâce aux vertus des citoyens »

S’il vous était donné de juger l’opposition Camerounaise ? Pourquoi l’opposition a-t-elle échoué au Cameroun ?
Prenez le temps de lire le récent ouvrage que nous venons de commettre, Repenser et reconstruire l’opposition camerounaise, vous aurez notre position sur l’opposition camerounaise. Tout ce que je peux vous dire, c’est que les formations politiques de l’opposition camerounaise ont creusé leur propre tombe avec leur dents.

Jean-Bosco Talla aspire-t-il à une fonction ministérielle après Biya ?
Aurais-je le courage d’accepter un jour d’entrer dans le clan des potentiels ou virtuels responsables des détournements des deniers publics ? Mieux, j’espère que vous ne voulez pas savoir si les gènes du détournement des deniers publics et de la corruption sont présents dans mon patrimoine génétique ? (Rire). En tout temps et en tout lieu, je veux jouer pleinement et intensément mon rôle. À ma place.

Quel est le leader politique qui de votre point de vue pourrait constituer une alternative crédible pour le Cameroun après l’actuel régime ?
Je viens de vous dire que les Camerounais ont besoin d’un leadership nationaliste et visionnaire. Nous l’avons écrit dans l’ouvrage sus-cité.  Je ne suis pas partisan d’un raisonnement par imputation qui consiste à mettre sur le seul compte de l’opposition ou du régime la responsabilité des causes de la situation sans issue favorable dans laquelle se trouvent le Cameroun et les Camerounais. Ce serait mal aborder des questions fondamentales qui s’imposent aux Camerounais, le fond du problème n’étant de déterminer des « coupables », des « responsables ». Car, résonner par imputation constituerait un frein pour la Lutte démocratique engagée.

S’il vous était donné de juger les intellectuels camerounais ?
Il faut d’abord savoir qu’est-ce qu’un intellectuel, qui est intellectuel, qui ne l’est pas avant d’apprécier leur action. Je sais que le Cameroun est l’un des pays en Afrique, pour ne pas dire au monde, qui compte le plus grand nombre de grands diplômés atteints de diplomite au kilomètre carré. Pour notre émergence, ce slogan magique (rire), nous avons besoin d’intellectuels de situation et non d’intellectuels de citation.

Que pensez-vous de l’opération épervier ?
L’aspect politique a pris le pas sur la volonté proclamée de lutter contre la corruption et les détournements des deniers publics. Non seulement cette opération est à tête chercheuse, mais elle s’apparente à une opération d’épuration politique soit dans la perspective de la succession au sommet de l’État, soit dans celle du positionnement d’un dauphin.

Ne devrait-on pas gracier tous lesdits prisonniers, après le régime actuel ?
Dans quel intérêt le ferait-on, si parmi ces personnes certaines sont effectivement coupables de détournement de deniers publics ? Dire que l’aspect politique a jusqu’ici prévalu ne veut pas dire que toutes les personnes arrêtées dans le cadre de cette opération sont innocentes, même si avant toute condamnation le principe de la présomption d’innocence doit être scrupuleusement respecté.

De votre point de vue, le chef de l’État devrait-il être salarié comme tous les autres commis de l’État ?
J’estime que la fonction de président de la République ne devrait pas être une sinécure.

Quelques mots sur le rapport du département d’État américain sur la situation des droits de l’homme au Cameroun…
Vous ne pouvez pas en vouloir à un miroir qui projette votre image. Vous venez d’apprendre que nous n’avons pas pu organiser la 34e session de La Grande Palabre parce que l’autorité administrative a refusé de nous délivrer le récépissé de déclaration de réunion publique malgré toutes les diligences régulièrement effectuées auprès de la sous-préfecture de Yaoundé I.

Comment avez-vous accueilli les lettres de Marafa Hamidou Yaya ?
Je les lis comme tout Camerounais qui s’intéresse à la vie sociale et politique de son pays.

Pensez-vous comme certains que l’ex-ministre d’État est un prisonnier politique ?
Jusqu’à preuve du contraire, je soutiens  que certains procès politiques ont été maladroitement maquillés en infractions de droit commun. Marafa Hamidou Yaya est parmi les prisonniers politiques incarcérés dans nos goulags tropicaux.
Entretien mené par :
Yves Junior Ngangue

Source: http://www.cameroon-info.net