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Quand on se donne la douleur d'écouter Paul Biya, de discours en discours, on a toujours la folle envie de se demander qui parle, de qui et de quoi il parle, à qui il parle… Et l'on découvre chaque fois les effets secondaires des "courts séjours privés en Europe". Quelques pièces hallucinantes de ces questionnements et analyses, qui montrent que... il n'était pas là.
- On a de "réels motifs de satisfaction...de belles perspectives d'avenir". S'il était là...
- Il annonce la "création, dans un délai raisonnable, du Conseil constitutionnel qui va parachever l'édifice institutionnel prévu par notre loi fondamentale." Prévu, vous le savez, il le sait, depuis 1996, depuis 17 ans... Où étions-nous, hein ?
- "L'horizon politique dégagé. L'heure est aux débats sérieux et objectifs, qui sont : le pouvoir d'achat, l'emploi, les conditions de vie"… Tiens, tiens !... Tout le monde peut manger, maintenant que j'ai mis en place tout ce qu'il faut pour ne plus avoir de souci pour mon avenir au pouvoir. Jusqu'à la mort... inéluctable, hélas! S'il était là, il aurait su que les Camerounais attendent toujours un système électoral et une Constitution pour tous, et non pour Un...
- Il prétend que la misère de la population "n'est pas une révélation pour nous". Tiens, tiens !... S'il savait, s'il était là, pourquoi n'a-t-il donc rien fait, depuis... 32 ans ? "Des progrès sensibles... ont été enregistrés". Ah bon ? Pas un stade, pas une autoroute, pas d'eau mais des coupures, pas d'électricité mais des délestages, pas d'hôpitaux mais des mouroirs... S'il était là, il saurait, non ?
- Pour lancer les "débats sérieux et objectifs" sur les vraies choses "qui tiennent à cœur" les citoyens, le voilà reparti avec les grandes promesses sur la santé. On va lutter (enfin!) contre le paludisme... ; en se faisant aider, on va construire des hôpitaux de référence. Encore!  Plus fonctionnels sans doute et mieux équipés que les mouroirs existants, qui font plus pitié que les malades démunis et mal accueillis ?
- On promet des "grands projets" pour bientôt ("première génération") et pour 2015 ("2ième génération"). De génération en génération... Heureusement qu'on a l'éternité pour soi. Lui, il vivra, il verra. Tant pis pour les autres, qui ne vivront pas, qui ne verront pas !
- Il y aurait "consensus national perceptible sur l'émergence". Ah bon? S'il savait ! Il se préoccupe donc maintenant du consensus national? S'il s'y était mis plus tôt, ne l'aurait-on pas vu dans les champs de la démocratisation où on l'attendait.
- Ah, tout de même : il a entendu quelque part, en passant, dans un grand palace d'Europe, des gens - sans doute crédibles parce que tenant les sous internationaux - dire que notre émergence "consensuelle"-là ne marchera pas si notre inertie continue à prospérer. Alors, on va essayer de bouger. Promesses, quand vous nous tenez !  
- "Mais d'où vient-il donc... que l'action de l'Etat (semble-t-il) manque de cohérence et de lisibilité ?" Mais, au fait, qui devait promouvoir la cohérence et la lisibilité ? S'il était là, il ne poserait pas la question; il y répondrait plutôt.
- "Pourquoi les délais de prise de décision constituent-ils des goulots d'étranglement ?" S'il était là, s'il réagissait rapidement aux problèmes, s'il passait plus souvent à son bureau, s'il signait lui-même rapidement les décisions sollicitées par ses services... il ne nous poserait pas la question.
- "Comment expliquer la non-exécution du budget d'investissement au-delà de 50% ?" S'il était là, s'il savait que l'exemple vient d'en haut de ne s'occuper que du budget de fonctionnement qui permet de "manger", il ne se poserait pas la question, que les journalistes traitent tout le temps, à leurs risques et périls.
- "Il est permis de s'interroger sur l'utilité de certaines commissions de suivi..." Question de per diem, chef ! Nous on sait, on ne s'interroge plus là-dessus.
- Il nous faudrait un "plan d'urgence", qui serait notre "besoin pour les prochaines années". Hééé ! Après 32 ans à ne rien faire; 32 années dont la seule urgence était de sceller et confisquer le pouvoir, après les "grandes ambitions", après les "grandes réalisations", voici un autre slogan, voici un autre gadget, voici le PLAN D'URGENCE !
- "Sans doute (ce n'est pas certain!) faudrait-il s'attaquer aux causes de nos insuffisances en supprimant les points de blocage, les zones de dispersion et les doublons..." Qu'on vient de découvrir ! Parce qu'on n'était pas là, ou de passage. Mais bon, on dégage donc quand ? puisque ces points de blocages-là, c'est lui...
- "Serions-nous incapables de faire ce que d'autres pays comparables au nôtre ont fait ou sont en train de faire?" Je sais même ? Pourquoi passons-nous le temps à nous vanter de notre fausse paix/stabilité, alors que, pour ne prendre que cet exemple, la Côte-d'Ivoire qui sort péniblement de guerre, nage dans plein de conflits et en est à son quatrième président, avance visiblement à un rythme incomparable ? Stabilité, on mange ça ? Quelqu'un, certainement !
- "Des progrès à faire sur deux points importants : la primauté de l'intérêt général et la coordination de nos efforts." Mais au fait, qui, durant ces trente-deux (32) dernières années, était (et est encore, sauf miracle) en charge, sans partage, d'assurer tout cela? Si quelqu'un le sait, pardon, qu'il nous le dise vite! Les journalistes et autres vandales qui osaient parler d'Inertie Suprême savent ce qu'ils en ont payé...
- "Notre Administration reste perméable à l'intérêt particulier." Mais, au fait, qui donc nomme et commande cette bande d'égoïstes, de tribalistes, de détourneurs patentés, de béni-oui-oui, de militants inconditionnels? Qui donc les entraine en campagne électorale partisane perpétuelle, en vidant les postes de travail et les caisses de l'Etat ? En faveur de qui donc les sous-préfets et les gens d'armes refusent et répriment toute manifestation publique (ou privée) d' "opposants"? Qui conduit à confondre l'Etat et le Régime et son Gouvernement, comme on le fait, par exemple, dans les médias à capitaux publics griotiques et autres services discriminateurs?  Toutes ces questions-là auraient dû se trancher - et non pas se poser - au niveau où elles le sont aujourd'hui.
- "Je vous suggère discipline, effort et courage." Si vous n'en faites rien, c'est votre problème. Où est pour moi là-dedans?
Belle homélie de pasteur, gentilles et prudentes recommandations d´un observateur en visite d'amitié, interrogations et critiques d'un chroniqueur mal-pensant ? L'une et les autres, d' "un vacancier au pouvoir"...
Daniel Rim
Janvier  2014