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On ne le présente plus. Christopher Fomunyoh est directeur régional pour l'Afrique au National Democratic Institute for International Affairs. Très connu des leaders africains épris de démocratie et des Etats de droit en Afrique, il estime qu’il faut des synergies d'action et d'association fondées sur des alternatives crédibles pour qu’il y ait changement au Cameroun.
Germinal : Quand on parle de Christopher Fomunyoh, des compatriotes africains et camerounais réagissent, à raison, en disant que « celui-là alors, c’est un globe-trotteur ». Au fait, qu’est-ce qui fait courir Christopher Fomunyoh?
Christopher Fomunyoh : Je cours parce que l’Afrique bouge. Notre continent vit des mutations variables sur le plan politique, économique et même générationnel depuis les deux dernières décennies. L’Afrique cherche à s’affirmer sur le plan de la démocratie, de la bonne gouvernance et du développement humain. Les compatriotes et autres panafricanistes sont donc très perceptifs parce qu’ils s’identifient eux aussi au combat commun qui est le nôtre, celui de notre génération qui devrait œuvrer avec plus d’engagement et de dévouement pour plus de libertés et une démocratie véritable sur notre Continent. Je me considère donc parmi les Africains comme l’un des plus heureux parce que vivant en parfaite harmonie avec mes obligations professionnelles auprès de l’Institut Démocratique National pour les Affaires internationales - une organisation non gouvernementale dont le siège est à Washington, DC et qui soutient la démocratie à travers le monde -et ma vision personnelle pour l’Afrique et pour notre patrie commune le Cameroun.

Avez-vous le sentiment que le message que vous délivrez partout où vous allez est compris?
Le message de la démocratie et de la bonne gouvernance est compris et même hautement apprécié par les populations africaines parce que celui-ci cadre avec leurs propres aspirations à être bien gouvernées et à jouir des mêmes droits et libertés que les peuples des autres continents. C’est aussi un message que les populations africaines reçoivent souvent avec beaucoup de fierté, car venant de l’un des leurs, d’un fils du terroir qui connait aussi les défis existentiels du continent. Effectivement, il y a moins de questionnements ces jours-ci concernant le travail de la démocratisation par rapport à l’état d’esprit qui prévalait au cours des années 90. Je suis très fier de constater que d’autres Africains portent le même chapeau et véhiculent le même message. Il est tout à fait normal qu’on s’approprie les principes de libertés, de démocratie et de bonne gouvernance qui trouvent leurs racines dans notre propre culture de convivialité, de justice, de considération et d’amour pour son prochain, ou de partage dans la collectivité.
Pour ce qui est des leaders politiques, surtout au niveau des chefs d’État, les observations sont plus nuancées. Ceux des leaders africains qui sont attachés aux mêmes valeurs démocratiques et qui aspirent au bien de leurs compatriotes apprécient le message et en demandent davantage — heureusement qu’ils sont majoritaires et que le nombre est croissant d’année en année. Par contre, une petite minorité entend le message, mais préfère jouer la politique de l’Autruche, en espérant échapper à ce qui est arrivé aux dictateurs d’hier, et qui arrivera surement aux autocrates restants. C’est drôle comment l’histoire se ressemble et se répète.

On connait votre engagement pour la démocratie en Afrique. Quel bilan succinct faites-vous des processus démocratiques en Afrique subsaharienne ?
Effectivement, dans la pratique, les choses se compliquent par l’interférence de certains paramètres extérieurs avec le contexte national de chaque pays. Ce qui explique qu’on se retrouve avec un bilan mitigé. Certes, on vit certaines crises qui sont dues à des transitions démocratiques inachevées ou bâclées qui parfois amènent à des conflits ; mais en même temps il faut se réjouir du progrès réalisé dans beaucoup d’autres pays. Par exemple, en 1990, l’Afrique ne connaissait que trois anciens chefs d’État qui avaient quitté les fonctions présidentielles de leur propre gré (Ahmadou Ahidjo du Cameroun, Léopold Sédar Senghor du Sénégal et Julius Nyerere de la Tanzanie). De nos jours, il y a près d’une cinquantaine d’anciens chefs d’État sur le continent, parmi lesquels ceux qui ont volontairement passé le relais ou qui, après avoir perdu des élections démocratiques, ont quitté le pouvoir pour faciliter la consolidation de la démocratie. Sur le plan international, il est reconnu que plus d’une trentaine de pays africains sont soit libres, soit à moitié libres, alors qu’en 1990 le continent ne comptait que quatre pays dans ces catégories. Donc, il y a beaucoup d’acquis positifs, même si plusieurs défis restent à relever.

Qu’est-ce qui d’après vous entrave la démocratisation de la vie politique dans certains pays de cette région d’Afrique ?
D’abord le manque de volonté politique. Dans beaucoup de pays, l’héritage des régimes militaires et des partis uniques a été très lourd à gérer. Ainsi, certains leaders qui dans les années 60-70 étaient les doctrinaires du parti unique éprouvent des difficultés à se débarrasser des anciennes pratiques d’alors. C’est ainsi que leur rhétorique sur une adhésion à la démocratie n’arrive pas à se traduire en actes concrets à même d’institutionnaliser la pratique de la bonne gouvernance. Le Zimbabwe me vient à l’esprit. Dans une deuxième catégorie, l’absence d’une expertise nationale a fait que les opportunités de transition démocratique n’ont pas été bien gérées, comme ce fut le cas en République Démocratique du Congo à la chute du régime de Mobutu. Les difficultés que rencontrent certains pays de l’Afrique du Nord s’expliqueraient aussi par l’impact négatif de ces deux défis.

Comment y remédier ?
D’abord, il faut renouveler la classe dirigeante et faire émerger une nouvelle génération de leaders africains. à partir du moment où le renouvellement de la classe politique deviendrait une routine, chaque pays aura plus de chance d’attirer ses meilleurs talents vers la politique et la gouvernance, et ainsi d’accroitre ses chances de développement et de modernisation. En même temps, nous devons tout faire pour accroitre l’engagement citoyen, parce que c’est lors que les populations et les citoyens seront éveillés et bien informés sur leurs droits et leurs responsabilités, qu’ils seront capables d’exiger un rendement plus efficace de leurs dirigeants. Par la même occasion, nous devrons aussi renforcer les contre-pouvoirs comme le pouvoir législatif, la société civile et les médias, pour équilibrer la gestion des espaces de liberté.

Les partenaires étrangers, notamment occidentaux, assument-ils une part de responsabilités dans cette situation, eux que l’on accuse très souvent, à tort ou à raison, de privilégier leurs intérêts en soutenant des dictatures sorties des urnes ?
Pendant la Guerre froide, cette attitude des Occidentaux – comme des Soviétiques - était monnaie courante, et les démocrates africains en ont payé le prix fort. Maintenant que nous sommes au 21e siècle, le monde a beaucoup évolué et même les alliés subjectifs des autocrates africains n’arrivent plus à tirer les ficelles dans l’ombre comme par le passé. De toute part, la donne a beaucoup changé. Comme je l’ai dit, de plus en plus, la démocratisation de la vie politique en Afrique place le peuple au centre du jeu politique. Dans plusieurs pays du continent (Ghana, Afrique du Sud, Sénégal, Guinée Conakry, Bénin, etc.), c’est le peuple qui désormais, choisit démocratiquement ses dirigeants et non les étrangers.

Que vous inspire le coup d’État qui vient d’avoir lieu en Centrafrique? N’est-ce pas un recul pour la démocratie dans ce pays ?
Ce coup d’État est un recul pour la Centrafrique qui vivait, il faut le reconnaître, un certain autoritarisme depuis que le Général Bozize était arrivé au pouvoir lui aussi par un coup d’état il y a de cela 10 ans. Maintenant, la Centrafrique retombe dans ses éternels travers. On dirait qu’on assiste dans ce pays à un éternel recommencement de la transition politique. C’est triste. Mais, c’était aussi prévisible. La mal gouvernance et l’obstination de M. Bozize à conserver, à tout prix et à tous les prix, tout le pouvoir dans ce pays au cours des 10 dernières années a suscité la naissance de multiples rebellions. Il nous souvient aussi qu’il avait nommé un de ses fils Général de brigade et ministre délégué chargé de la défense, comme il avait aussi rempli l’Assemblée nationale, à hauteur de 30% au moins, des membres de  sa famille - épouses, enfants, cousins, etc. Voilà encore un exemple de bouffonneries de certains de nos chefs d’état qui font que l’Afrique soit toujours l’objet de toutes sortes de moqueries. On comprend pourquoi le continent est en perpétuelle crise de leadership et de gouvernance. Il y a encore malheureusement d’autres Bozize en Afrique. Compte tenu de sa gestion calamiteuse et patrimoniale, il est certain qu’il quitte le pouvoir en laissant derrière lui un pays exsangue et une population complètement démunie privée du minimum vital.
Il faut regretter qu’au XXIe siècle, le coup d’état soit encore le moyen privilégié par certains groupes pour accéder au pouvoir. C’est bien dommage pour l’image de notre continent.

Venons-en au Cameroun. Le président Paul Biya vient de signer un décret convoquant le collège électoral pour les élections sénatoriales qui auront lieu le 14 avril 2013. Pensez-vous comme certains commentateurs, leaders politiques et d’opinion qu’il s’agit d’un acte de banditisme politique ?
Je ne peux m’empêcher d’être frustré et déçu, sinon très embarrassé par la légèreté avec laquelle la mise en place des institutions démocratiques est conduite dans notre pays. L’indignation populaire qui a suivi le décret sur la tenue des élections sénatoriales ce 14 avril – à laquelle je m’associe – est née du questionnement sur la légalité du collège électoral et le fait que la légitimité des sénateurs élus dans de telles circonstances serait entamée. Par exemple, les conseils régionaux n’ont pas encore été créés et les conseillers locaux continuent d’exercer leurs fonctions après la prorogation, dans les conditions que nous connaissons, de leur mandat de cinq ans qui avait expiré en 2012. Par ailleurs, l’électorat de 2013 est très certainement différent de celui qui a participé aux élections locales de 2007 ; ceci induit des raisons légitimes de s’interroger sur la représentativité des mandats des conseillers qui vont voter le 14 avril. II aurait même été préférable pour le président de la République de nommer ses 100 sénateurs et nous épargner des dépenses inutiles des caisses de l’État et de l’embarras supplémentaire devant d’autres Africains et le reste du monde. Dieu merci pour certains pays africains à l’instar du Sénégal, où le président Macky Sall, à son arrivé au pouvoir, a conclu à l’inutilité d’un Sénat crée dans des circonstances similaires et l’a fait abolir. La démocratie sénégalaise n’a pas perdu pour autant de crédibilité, bien au contraire.

Compte tenu de l’environnement politique camerounais où le Rdpc règne en maître absolu, les partis politiques de l’opposition qui prendront part à ces élections ont-ils tort ou raison, sur le plan de la stratégie politique, de prendre part auxdites élections?
Dans le cafouillage qui règne, les leaders et les partis politiques posent des actes qui parfois prêtent à beaucoup de confusion. La nature brusque de ce décret sur les sénatoriales a forcé les partis politiques à se démener pour respecter les délais pour l’identification des candidats et la présentation des listes. Ce laps de temps limité n’a pas permis aux partis politiques, y compris le RDPC, d’organiser un processus public et transparent pour la sélection des candidats. On ne voit aucune trace des contributions de la base. Cela signifie que ce décret, comme beaucoup d’autres signés par le Président Biya, a infligé des dommages collatéraux au dynamisme des valeurs démocratiques au sein même des partis politiques camerounais. Je ne vois pas ce que les partis d’opposition pourront tirer de cet exercice vidé de toute sa substance.

La mise en place du Sénat, 17 ans après la promulgation de la constitution du 18 janvier 1996, est-elle révélatrice de l’approche d’une fin de règne de Paul Biya ?
Les fins de règne se voient et se sentent. Les 20 millions de Camerounais que nous sommes, devrions donc envisager cette éventualité et l’aborder avec sérénité et détermination pour que cela ouvre de nouvelles perspectives à un pays qui a tant de ressources humaines et naturelles, des ressources qui n’ont jamais été valorisées comme il se devrait.

L’avènement du Sénat et la mise en place annoncée du Conseil constitutionnel ne placent-ils pas le Cameroun sur la voie de la modernité démocratique ?
La modernité démocratique ne se mesure pas par la prolifération des institutions politiques. C’est surtout le fonctionnement des institutions qui compte et la dépersonnalisation du système de gouvernance. C’est révoltant d’entendre certains leaders, et pas des moindres, se vanter du fait que le Cameroun a plus de 200 partis politiques enregistrés, comme quoi sur la base de cet indicateur le Cameroun serait plus démocratique que la France, les États-Unis, le Ghana, le Sénégal ou l’Afrique du Sud qui en ont moins. Grand est le nombre de Camerounais qui se pose la question de savoir pourquoi même créer un sénat quand l’Assemblée nationale actuelle manque de vitalité, de personnel et de ressources adéquats pour s’acquitter pleinement de ses fonctions législatives et de représentation, et quand nous avons d’autres institutions tel le Conseil économique et social qui existe depuis des décennies, mais sans impact visible sur la gouvernance et sans reddition de comptes pour les budgets annuels à lui alloués.

Est-il juste quand une certaine opinion considère que le Cameroun n’est pas un État de droit ?
La mauvaise réputation de notre pays en matière de gestion des droits humains est de notoriété publique. N’oublions pas qu’un état de droit n’est pas seulement une question de conformité avec des lois. Il faut y ajouter également la transparence et l’indépendance du pouvoir judiciaire, comme la perception et le vécu quotidien du citoyen et de tout observateur averti. Il faut reconnaitre que beaucoup de nos concitoyens sont en train de perdre confiance dans les institutions appelées à gérer les droits et les libertés, et éprouvent beaucoup de difficultés à trouver la logique et la rationalité dans le fonctionnement des institutions étatiques. Ce n’est pas pour rien qu’il y a une appréciation générale et commune très négative sur l’état des droits dans notre pays par des structures telles que: Amnesty International, Human Rights Watch, Transparency International et le Département d’État du gouvernement américain, etc.

En aout 2012, vous avez été aperçu au tribunal de grande instance du Mfoundi au cours d’une audience du procès État du Cameroun contre Yves Michel Fotso et Marafa Yaya. Qu’est-ce qui avait justifié votre présence en ce lieu ?
Je considère ce dossier comme ayant beaucoup d’indicateurs de la façon dont l’État du Cameroun a été géré, et je m’étais dit que tout Camerounais pouvait s’en inspirer si toute la vérité était connue. J’avais donc tenu à être présent au tribunal pour suivre en direct les dépositions des intéressés ainsi que les interrogatoires du ministère public et des avocats des parties civiles. être au tribunal du matin jusqu’à minuit m’a donné l’occasion de beaucoup apprendre pour pouvoir faire ma propre appréciation par la suite. Je suis convaincu que beaucoup reste à dire sur ce dossier dans les années à venir, y compris sur le rôle de certaines personnalités qui jusqu’à présent n’ont pas fait de poursuites devant les juridictions.

Que pensez-vous de l’Opération dite “Épervier”?
Comme tout Camerounais, j’attends le bilan, même provisoire, de cette « Opération », parce qu’avec beaucoup de mes compatriotes nous sommes dans le flou quant à la consistance des faits reprochés à certaines personnalités et au montant récupéré au bénéfice du trésor public après condamnations des premiers prévenus. Voilà encore un dossier dont le traitement laisse beaucoup de zones d’ombres, ce qui renforce la perception que notre justice n’est ni transparente ni indépendante. En plus, la question que je me suis toujours posée depuis le lancement de cette « Opération » est de savoir comment notre État en est arrivé là, et comment - si les accusations s’avéraient fondées - des personnalités ont pu gérer ainsi des biens publics pendant plusieurs années, sans que l’état ne se rende compte des crimes économiques qui leur sont reprochés aujourd’hui.

Peut-on du revers de la main, comme certains tentent de le faire, évacuer la dimension politique de cette opération?
Les Camerounais ne sont pas dupes. Ils connaissent le cursus de ceux qui sont arrêtés, par rapport à certains dont les noms circulent, mais qui continuent à exercer leurs activités en toute liberté ; ils connaissent aussi la rapidité avec laquelle certaines personnalités arrêtées sont jugées et condamnées, pendant que d’autres qui étaient arrêtés bien avant attendent encore d’être jugés ; ils jugent aussi la différence entre les peines prononcées contre les uns et les autres par rapport aux montants prétendument détournés – tout ça ne devrait laisser personne indifférent.

Dans quelle mesure peut-on l’appréhender comme stratégie de positionnement d’un dauphin, donc d’élimination d’éventuels prétendants au trône présidentiel?
Ce serait cynique d’imaginer que ce soit le motif et plus grave encore pour ceux qui aurait confectionné une telle stratégie si cela était le cas. Autrement dit, des innocents seraient en train de payer un prix fort pour leur réussite professionnelle et leur renommée, et le pays serait en train de semer gratuitement les germes de la haine et d’une fragmentation qui pourrait nous emballer tous dans des règlements de compte fratricides.

Que faire pour éradiquer tous ces maux (dérive monarchique, le népotisme, l’autoritarisme, de la ploutocratie) qui entravent le développement du Cameroun et qui font de cette Afrique en miniature une République bananière ?
C’est la question qui devrait nous pousser tous à la réflexion. On ne peut pas rester indifférent. On ne peut pas se fermer non plus dans une complicité silencieuse en donnant l’impression que tout va bien au Cameroun. Notre dignité ne se remettra qu’après un questionnement collectif et des actions concrètes qui devraient permettre à notre pays de retrouver sa place comme pays phare de l’Afrique et comme acteur significatif dans la géopolitique internationale.

Les membres et sympathisants de l’opposition camerounaise, certains partis politiques et les forces du changement, des intellectuels camerounais et observateurs avertis estiment qu’il ne peut y avoir de changement ou la transition politique et démocratique que si ces différentes forces œuvrent pour une dynamique de rassemblement au sein des coalitions ou des alliances, et se mettent d’accord sur un programme minimum commun sur la base duquel ils pourraient aller aux élections tout en concentrant leurs tirs sur Paul Biya et son système. Qu’en pensez-vous ?
Vous avez très bien saisi la nécessité, voire même l’obligation, d’une démarche collective pour un changement véritable et crédible dans notre pays. On ne pourra pas de façon isolée démanteler un système qui a mal fonctionné pendant au moins 30 ans, et qui en plus était calqué sur un héritage déjà difficile, mis en place depuis les années 1960 au moment des indépendances. Comme nous le démontrent des exemples récents dans les pays comme le Sénégal et le Kenya, la fusion des actions et la création d’une synergie nouvelle sont déterminantes pour permettre la réalisation de ces objectifs nobles.

Dans le contexte camerounais, ce rassemblement de forces politiques et sociales, la formation des coalitions et des alliances sont-ils faisables ? Comment ?
C’est tout à fait faisable, et je vois déjà émerger parmi les acteurs de notre génération un discours autre que celui de nos ainés, et qui est plus ouvert à la conjugaison des efforts et des démarches, ce qui est un peu plus rassurant. Comme j’avais déjà eu à le souligner en novembre 2012 lors du colloque que vous avez eu à organiser à Yaoundé, nous devons tous faire le bilan de l’opposition depuis 1990 et entreprendre des mesures qui ne vont pas amener aux mêmes échecs. Je suis convaincu que nous pouvons réussir là où nos ainés ont raté le coche.

Êtes-vous disposé à contribuer à la mise en place d’une telle dynamique ?
Aucun compatriote soucieux de l’avenir et du devenir du Cameroun ne saurait se mettre à l’écart d’une dynamique salvatrice pour notre pays. Je ne vous dirais pas combien parmi eux m’inondent de questions pour chercher à comprendre pourquoi je passe le temps à faciliter les transitions crédibles et paisibles dans d’autres pays, alors que notre propre pays reste figé dans une transition inachevée, pour ne pas dire bloquée. La responsabilité patriotique nous oblige à ne pas nous dérober de notre mission le moment venu. Les compatriotes et autres Africains et amis d’Afrique qui me connaissent savent aussi que dans un contexte autre, notre contribution pourra redorer le blason démocratique et l’image de marque de notre pays.

Le Cameroun peut-il faire l’économie des troubles sociaux ou d’une guerre civile après le départ de Paul Biya de la magistrature suprême ? Comment ?
L’optimiste de nature que je suis, et qui de surcroit aime son pays, ne peut pas se permettre d’être le prophète de l’apocalypse. J’ai le pressentiment qu’en dépit des difficultés de l’heure, et nonobstant les manigances de certains compatriotes que nous connaissons déjà, le Cameroun s’en sortira. Pour que cela se réalise, les bonnes volontés de tous les horizons et de tous les secteurs socio-professionnels, quelle que soit leur appartenance politique, ethnique, régionale et même religieuse, devraient multiplier les canaux de communication et d’échange. Notre génération qui constitue avec la jeunesse plus de 90 % de la population devrait réfléchir ensemble sur l’avenir que nous voudrons pour nous-mêmes, pour nos enfants et pour les générations futures. En dépit de toute provocation et de toute amertume sur le bilan du régime actuel, cet avenir ne pourra pas se construire par la vengeance ni sur les cendres des troubles sociaux ou d’une guerre civile. Le Cameroun mérite mieux que ça, et nous sommes capables de faire mieux que ça. J’en suis convaincu et ça se fera avec le concours de tous.
Propos recueillis par
Jean-Bosco Talla

Source: Germinal n°084 du 26 mars 2013