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« Il peut arriver que la violence soit l’unique moyen de faire entendre la voix de la modération », William O’Brien, nationaliste irlandais
À l’occasion de la 25e session de La Grande Palabre, le groupe Samory, éditeur de Germinal et ses partenaires (Harmattan Cameroon, La Fondation Gabriel Péri, Dynamique citoyenne, le quotidien Le Messager, Radio Cheikh Anta Diop, Addec et Human Rights Initiatives (HRI)), invitent le public à prendre part à la réflexion (conférence-débat) qu’ils organisent à Yaoundé, le jeudi 25 avril 2013, à l’hôtel Franco, sis au quartier Longkak, en face du collège Matamfen, à 14h sur le thème:

Une saison vernale (printemps) des libertés s’ouvre-t-elle en Afrique centrale ?
Une lecture politique, géopolitique et stratégique

Contexte

Le 14 janvier 2011, Zine El Abedine Ben Ali fuyait la Tunisie, chassé du pouvoir par une révolution de palais organisée à la suite d’un immense mouvement de protestation populaire réprimé dans le sang qui avait commencé le 17 décembre 2010 après l’humiliation et le suicide par immolation de Mohamed Bouazizi, jeune vendeur à la sauvette. Cet extraordinaire mouvement social avait abouti à un changement politique profond en Tunisie, entraînant dans son sillage l’Égypte et, dans une certaine mesure, la Lybie.


Il y a ainsi deux ans que l’Afrique du Nord connaissait ce que les médias occidentaux se sont empressés d’appeler le « printemps arabe». Il n’est pas exagéré d’affirmer, au regard de l’assassinat de l’opposant tunisien Chokri Belaïd, secrétaire général d'El-Watad (le Mouvement des patriotes démocrates, MDP), des récriminations formulées par une partie du peuple contre le régime du président égyptien Mohamed Morsi, leader du Parti de la liberté et de la justice (une formation politique issue des Frères musulmans),  des tragédies accouchés en Lybie et en Syrie, que le « printemps arabe » a vraisemblablement été mal nommé. Il s’agit en effet d’une concaténation des mouvements populaires de facture subversive qui ont emporté des dictatures longtemps installées. Survenu dans des contextes politiques caractérisés par une stabilité institutionnelle (cas de la Tunisie de Ben Ali ou de l’Égypte de Mohammed Hosni Moubarak), le « printemps arabe » a fini, ces dernières années, par s’ériger en véritable paradigme dans la compréhension des dynamiques politiques africaines. A plus d’un titre, il traduit l’imprévisibilité et l’incertitude qui sont au cœur des trajectoires évolutives des formations socio-étatiques africaines. Au-delà de son acception terminologique, ce vocable révèle une configuration du fonctionnement des régimes politiques en Afrique. Certes ces mouvements sociaux d’une ampleur inédite ont leur registre de subjectivité en raison de leur force intrinsèque et de leur capacité à mettre en déroute des systèmes politiques longtemps installés sur leurs propres « certitudes ».
À l’évidence, ce qui s’est passé dans cette partie de l’Afrique, il y a deux ans, interroge et interpelle l’Afrique centrale à plus d’un titre : d’abord la géographie des régimes politiques reste largement traversée par des identités et des homogénéités qui signalent leur congruence fonctionnelle ; ensuite la gouvernance politique, dans un registre idéologique, pérennise et accentue le pouvoir perpétuel, un contrôle policier et partisan tatillon, le non-renouvellement de l’élite gouvernante, la patrimonialisation de la gestion des ressources publiques, la perpétuation de la gouvernance ethno-communautaire, le factionnalisme comme trait de lutte politique entre fractions ; la gestion à l’emporte-caisse, le népotisme, l’incompétence managériale, le culte monarchique de la personnalité, l’autoritarisme, etc. Enfin, ces dernières années, la poussée des mouvements sociaux de rupture est un trait fondamental de l’action politique dans beaucoup de pays africains. Qu’il s’agisse, à l’évidence, des conflits ethno-régionaux à l’issue d’une compétition mal soldée ou mal ficelée, des luttes factionnelles entre groupes politiques en dissension, des soulèvements populaires sous forme d’émeutes de la faim, des crépitements des bruits des bottes dans les milieux sécuritaires des régimes autoritaires, des révolutions des palais, des luttes fratricides autour du pouvoir suprême, de la montée en puissance des idéologies primaires, de l’épuisement des ressources de stabilisation ; ces réalités montrent une dynamique complexe de la configuration politique africaine. La temporalité politique en Afrique subsaharienne est largement configurée par ces réalités qui soulignent une fluidité et une complexité qui projettent des dynamiques baroques.
En effet, plus de deux décennies après l’ouverture démocratique, c’est le désenchantement, le scepticisme et le défaitisme qui sont au cœur des conduites collectives des groupes sociopolitiques. Singulièrement, le tableau politique de l’Afrique subsaharienne s’offre désormais comme une réalité erratique difficile à catégoriser. Face aux régimes politiques autoritaires et néo-patrimoniaux, engoncés dans les oripeaux de la démocratie, c’est-à-dire largement soustraits aux vertus démocratiques et à la bonne gouvernance politique, économique et sociale, les groupes sociaux manifestent des comportements « subversifs » qui traduisent ici - en Afrique centrale - comme ailleurs - Afrique du Nord - un décrochage et un déstockage dans la légitimité sociologique des blocs gouvernants. Indubitablement donc, la géographie des révolutions sociopolitiques est loin d’être circonscrite à l’Afrique septentrionale, tant les facteurs et les ingrédients d’une dynamique de liquidation des pouvoirs corrompus et anti-démocratiques sont largement réunis dans d’autres territoires politiques. La monarchisation de la gouvernance politique, la pulvérisation des contre-pouvoirs (opposition et société civile), la manipulation pathologique des constitutions, l’émasculation des groupes sociaux, la crispation du marché politique du fait de la monopolisation par le bloc gouvernant, la manipulation quasi routinière des élections, la rétention autoritaire des ressources nationales, les conditions de vie extrêmement difficiles…sont autant des facteurs qui peuvent catalyser des effets de déconstruction des dictatures africaines postcoloniales au sud du Sahara. Les tentatives, plus ou moins réussies, de déstabilisation politico-institutionnelle (RCA, Tchad) de même que l’irruption des « cadets sociaux » (Gabon, Cameroun), qui affrontent de plus en plus des régimes frappés d’obsolescence sont des indicateurs d’une temporalité politique fondamentalement conflictogène en Afrique centrale. La forte concentration monopoliste du pouvoir politique a fini par accoucher un corps étrange aux conduites réactionnaires, toujours prêt à se mettre en réplique.
Dans ces conditions, peut-on envisager des développements insurrectionnels et émeutiers éventuels d’un printemps d’Afrique centrale ? La prise du pouvoir par les rebelles du Seléka en RCA, suivie des pourparlers de N'djamena-Tchad, constitue-t-elle un signe prémonitoire des mutations à venir dans les pays de la sous-région Afrique centrale ? Quels sont les risques politiques et sécuritaires à gérer par les États d’Afrique centrale en cas de mouvements contestataires ? Le dépit, après les Conférences nationales et les opérations de désobéissance civile, peut-il être surmonté grâce à de nouvelles mobilisations contestataires ? Quelle serait l’attitude des grandes puissances en cas d’une relance des mobilisations et mouvements protestataires ? Peut-il y avoir une escalade politico-militaire en cas de relance des mouvements sociaux contestataires ?
C’est dire si cette session de La Grande Palabre se propose de jeter un regard prospectif, dans une perspective politique, géopolitique et stratégique, sur les dynamiques endogènes qui sont à même d’impliquer et de provoquer des mouvements populaires de rupture comme ceux ayant eu cours, il y a quelques années dans la partie septentrionale de l’Afrique. Si l’Afrique globale se révèle comme une réalité plurielle en raison notamment des trajectoires différentielles dans la structuration de chaque formation étatique, il est également possible de distinguer les lignes de congruence fonctionnelle, idéologique et structurelle des régimes politiques.

 

Les Axes de discussion
1- Les États d’Afrique centrale face aux risques politiques et sécuritaires portés par les mouvements contestataires (Mathias Eric Owona Nguini, socio-politiste) ;
2- Facteurs et manifestation des mouvements insurrectionnels en Afrique centrale (Alawadi Zelao, Chercheur );
3- Les dynamiques externes face aux poussées révolutionnaires en Afrique centrale : quelle attitude des grandes puissances ? (Eustache Akono, spécialiste des questions de sécurité)
4- Société civile, mouvements contestataires et décomposition des régimes politiques en Afrique centrale (Claude Abé, sociologue) ;
5- Les conférences nationales peuvent-elles être (re)considérées comme un potentiel de liquidation des régimes autoritaires en Afrique centrale ? (Shanda Tomne, président du Comicodi)
Modérateurs : Jean-Bosco Talla et Francis Mbagna
En direct sur les ondes de Radio Cheick Anta Diop, FM 101.1

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