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Cameroun: autopsie d'un Etat naufragé

Cameroun: autopsie d'un Etat naufragé

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Index de l'article
Cameroun: autopsie d'un Etat naufragé
Trois décennies blanches et sèches
Visage de la pauvreté : une vie-misère
Santé : le coma avancé
Le Renouveau en rupture d’eau, d’électricité et de logements
Infrastructures de communication: des desseins aux actes manqués
Les billevesées du Renouveau
Plus de 50 ans de politique macabre et d’assassinats
Le Cameroun, malade de sa justice
Une justice aux ordres
L’humanité emprisonnée
Le conservatisme politique du Renouveau: Entre instinct, intérêt, censure et expression
Le management politique à dispense, à suspens et à distance de Paul Biya: Gagner du temps
Une diplomatie au service du pouvoir personnel
La tyrannie de la corruption
Jeux et enjeux de la manipulation dans la propagande électoraliste au Cameroun
50 ans après : quel avenir pour nos forces de défense?
La crise des valeurs au miroir de l’école camerounaise
Financement de l'éducation: Une politique obstinée de la pénurie
Coût de l’éducation et déscolarisation massive
Le calvaire des enseignants depuis 1993
Du plomb dans l’aile de la réforme
Une Urgence : sauver le système universitaire camerounais
Universités : Méformes comme résultantes des réformes
Professionnalisation de l’enseignement supérieur, business et problèmes annoncés
Réforme Lmd dans les Universités camerounaises: virage manqué?
Eglises et création d’universités privées au Cameroun: Enjeux stratégiques de l'investissement dans la formation supérieure
Privatisations: Un véritable marché de dupes
Le règne des idoles et l’athéisme camerounais
Médias sous le Renouveau : L’épreuve d’une liberté contrôlée
De Augustin Kontchou Kouomegni à Issa Tchiroma Bakari
Désacrilisation de la figure du pontife présidentiel et autopsie d'un Etat zombifié
Toutes les pages

La démocratie n’est pas un borborygme
Il nous faut revenir ou accéder enfin aux fondamentaux, à un catéchisme politique et démocratique. Il pourrait commencer par des rappels d’évidences si naturelles qu’elles en sont méconnues et ignorées. L’indigence d’esprit impose en frontispice, l’étrange avertissement suivant : « La démocratie n’est pas un borborygme ».
La démocratie n’est pas une éructation ni même un cri, serait-il un cri du cœur. La parole sur la démocratie n’est pas un tissu d’oracles inintelligibles dont la compréhension et l’interprétation doivent être abandonnées aux seuls êtres de transe, de délire et de nuit, voyants, gourous, devins, partisans et fanatiques, à ceux qui « parlent en langues » voient l’invisible et connaissent l’inconnaissable. Le mot de démocratie ne se prête pas à tous les usages et à n’importe quelles significations. Il répugne à certaines associations d’idées et de pratiques.

La démocratie s’exprime dans un langage articulé.

Elle a ou elle est un discours muni de ses notions et ses propositions de base, de règles qui les enchaînent pour développer une argumentation, un projet, un programme de façon cohérente.

C’est-à-dire ? De manière à fournir au citoyen auditeur ou au lecteur les moyens de justifier ou de récuser le bien-fondé et l’acceptabilité  du propos.
a) Il y a donc des mots de la démocratie. On en comprend la signification comme une prétention à avoir des traits remarquables et démarcatifs qui en font quelque chose de caractéristique que l’on distingue parmi toutes les autres,du même genre, y compris ses contraires et ses opposés (monarchie, oligarchie, autocratie, despotisme). Le non sens, c’est bien évidemment une utilisation qui transgresse la barrière du genre, mais aussi celle de ces écarts internes au genre auquel il appartient, celui de l’action commune sensée, juste et efficace. Le non-sens produit de monstrueux accouplements de choses et des contradictions dans les termes. On ne gagne rien sinon la confusion à parler de démocratie des chefs, autocratique, monarchique, despotique et tribale.
b) La démocratie possède des énoncés de base ou axiomes, qu’on n’a pas à discuter ni à tirer d’autre chose parce qu’ils fondent toute discussion et toute dérivation ou déduction. Ils affirment les propriétés universelles qu’ont les objets quelconques de ce domaine pour en être. Ces énoncés sont premiers au sens où on ne peut satisfaire un autre qu’après l’avoir satisfait ou pour le satisfaire indirectement comme sa conséquence ou sa condition. Ainsi, la liberté égale pour tous est-elle la catégorie première de la démocratie. Une démocratie sans liberté égale ou sans égalité libre est comme une omelette sans œufs. Poser qu’il faut le développement d’abord, c’est évidemment se situer hors du champ de la démocratie, ajourner indéfiniment le moment de la liberté comme si elle pouvait être produite par autre chose qu’elle-même. Il n’est pas interdit de penser que ce soit le rêve, le goût et les exigences de la liberté de penser, de chercher et d’agir qui sont au cœur du développement économique, scientifique et industriel. Il en va de même quand on édicte qu’il faut la sécurité d’abord, comme si la liberté ne pouvait être le plus grand rempart des cités libres.
c) La logique de la démocratie a un argumentaire  qui répond à son impératif de convaincre les esprits et non de les contraindre par des démonstrations de force, des intimidations et la violence. La fraternité ou l’amitié civique est un des axiomes de la démocratie. Il y a entre eux un lien de civilité qui tient de ce qu’ils sont « frères » par et dans le « même sens qu’ils donnent à la vie » (eodem sensu ad vitam), et non pas parce qu’ils sont « nés de même sang » (eodem sanguine geniti). J’ose citer en latin ces distinctions que l’on trouve chez le vieux Cicéron, pour nous rappeler que la démocratie se comprend comme une invention de la culture, polarisée par une quête commune d’une vie sensée, le régime politique qui se pense comme idée régulatrice. Elle se veut une communauté de sens liant d’amitié ses membres, au-delà des consanguinités réelles ou imaginaires. La démocratie est une conquête de la raison raisonnante et non une spontanéité primitive. Elle est incompatible avec un état d’ignorance entretenue, un état d’ensauvagement qui se nourrit d’une régression sociale et historique. On pare ce recul du paravent transparent d’un exceptionnalisme de foire, qui exempte de l’effort, du travail sur soi et des comparaisons qui nous remettent à notre vraie place.

La démocratie est action institutionnalisée ou institution agissante.

On a rappelé qu’elle se considérait (selon son concept) comme une création de «l’action consciente», sous-entendue, «de ses fins, de ses moyens et de ses conditionnements ». Elle procède de l’action et par l’action
La démocratie est une institution. L’action est organisée en vue d’être coordonnée, efficace et durable. Elle est, sous la pression des groupes divers, voire hétérogènes qui la constituent matériellement et des types de défis à relever en commun, construction de structures opérationnelles qui déterminent et coordonnent les devoirs et les tâches, les charges et les avantages relatifs à la coopération sociale. Cette construction se fait dans la dimension de l’espace public. Dans celui-ci, il n’y a que ce qu’on y a mis de façon expresse et qu’on a institué et fixé au moyen de procédures formelles (non équivoques). Dans l’espace public, une personne qui est membre d’une institution sait ce que les règles exigent d’elle et des autres. Elle sait aussi que les autres le savent et qu’ils savent ce qu’elle sait. Surtout, la publicité garantit la mutualité des charges, des avantages et des sanctions. Mon pouvoir de sanctionner  les autres doit se voir attaché le pouvoir des autres de me sanctionner le cas échéant. La publicité «garantit que les membres connaissent les limitations réciproques auxquelles ils doivent s’attendre dans la conduite et dans les formes d’action permises ».
La démocratie est action. Elle consiste dans des choix à opérer, des moyens appropriés à prendre en vue de la fin, après délibération sur le souhaitable, le possible, le permis et l’efficace, dans l’exécution et la gestion des conséquences. Il faut insister: dans l’action, les antécédents, les traditions et les histoires diverses, les obstacles ou les adjuvants spécifiques, ne sont que des données, la matière de l’action avec quoi ou contre quoi  elle s’exerce, sans quoi elle n’existerait pas comme cette démocratie-ci. L’action par définition ne se détermine pas sur le passé. Elle travaille sur le présent en marche vers le futur. La démocratie n’a pas sa garantie dans un passé glorieux ni sa disqualification dans un passé d’ignominie. Dans la conjoncture actuelle par une économie politique de la connaissance et la dynamique de la technologie et de ses effets, la démocratie est prévision et prospective de longue haleine, qui essouffle et jette dans le désarroi les sagesses qui allèguent les longévités stationnaires.
Institution en acte, la démocratie l’est dans un sens actif et contractuel qu’il convient de restituer à ses concepts, à ses organisations et à ses instruments, en commençant par la Constitution. Faute de cette opération permanente, on ne pourra guère intégrer les idées et les pratiques d’invention. On méconnaîtra le travail des forces créatrices internes de déstructuration et de restructuration au profit exclusif des «explications» par les causes externes et mystiques : la caractérologie ethnique, la manipulation étrangère, la malédiction surnaturelle.

La démocratie est la production de « vrais humains ».

Le catéchisme démocratique pourrait commencer et finir avec cette proposition  selon laquelle la démocratie a pour projet la production des humains véritables. Historiquement, elle est ce mouvement parti d’en bas pour exiger irrésistiblement, de plus en plus finement et exhaustivement, l’extension à des couches qui en étaient privés les privilèges par lesquels les hommes véritables se définissaient : le Pharaon, les castes sacerdotales ou aristocratiques, les rois, les bourgeois, le mâle patriarcal. La croissance des droits (ou mieux les devoirs d’être véritablement) humains reproduit ce mouvement. Elle induit à décrire la démocratie comme un fait de civilisation humaine, caractérisé comme le processus d’expansion des libertés substantielles que les humains ont, peuvent  et doivent avoir. Elle s’attache à réaliser l’avènement plus ou moins grand d’un état de choses à la portée de nos savoirs, de nos technologies et de notre vouloir, « où l’ensemble des hommes serait délivré des formes les plus inacceptables du manque, pourrait jouir d’une alimentation convenable, se loger décemment, s’armer contre la maladie, bénéficier d’un niveau suffisant d’instruction et de culture(1) ». La démocratie est la perspective selon laquelle la liberté est utilisée pour l’évaluation des progrès ou des changements et en même temps dans l’analyse considérant la liberté ou mieux les libertés et « capabilités » individuelles comme les facteurs causalement décisifs pour générer efficacement des transformations rapides et des bons en avant qualitatifs dans le développement. La qualité et l’intégrité physiques, intellectuelles et morales ne sont  ni un luxe ni une naïveté. Elles assurent la conjonction du juste, de l’efficace et du « civilisé ». On peut juger la prétention ou l’intention démocratique de formations étatiques à la qualité des hommes qu’elle produit, ceux d’en-haut comme ceux d’en-bas. Les libertés sont certes des idéaux, mais en démocratie, elles ne sont telles que si elles sont les moyens les plus efficaces aux conséquences vérifiables en termes de santé, de savoir, d’inventivité et du mieux-vivre. De le démontrer sur pièces a valu à Amartya Sen son prix Nobel d’économie. Où, dans le monde peut voir un président mourir de choléra ou tolérer que ses enfants soient sous-alimentés, ne pas pouvoir être soignés et vaccinés, faute de pharmacies et de médicaments essentiels ?  « Their lives are cheap », dit-on, parlant de leurs populations miséreuses.
La démocratie est une gouvernance de la manière et des manières. Elles sont au fondement de sa légitimité : « Si on apporte une solution efficace aux difficultés, mais si celle-ci est autocratique, il lui manquera la légitimité » (Goran Hyden). En démocratie, une décision ou une mesure est bonne et efficace en vertu du processus grâce auquel elle a été prise, marquée par le respect des règles, et les conditions d’interaction et de confiance d’une communauté de sens.
Conclusion : la démocratie n’est donc pas un borborygme.
1- J. Ladrière, Vie sociale et destinée, Gembloux, p.218)
Fabien Eboussi Boulaga

Les articles publiés dans ce dossier sont déjà parus dans Les Dossiers et Doccuments de Germinal n°007, Novembre-Décembre 2010. Le plupart ont fait l'objet d'une actualisation, et leur titre a souvent été modifié.

Toute reproduction intégrale des arrticles de ce dossier, sans autorisation des auteurs ou de Germinal est interdite. Ils peuvent cependant être partiellement repris à condition de citer la source soit en référençant le site www. germinalnewspaper.com pour leur lecture intégrale , soit en indiquant leur source originelle: Les Dossiers et Documents de Germinal


Trois décennies blanches et sèches
La culture est le parent pauvre du Renouveau. Pendant les 30 années de règne du président Paul Biya, les réalisations dans le domaine de la culture sont maigres et c’est à juste titre que celle-ci ploie dans les regrets et la désolation. A l’exemple du gâchis permanent observé dans le ministère des Sports où, toute l’attention est focalisée au football (et davantage aux Lions Indomptables), au ministère de la culture, tous les chefs de département qui s’y sont succédé, n’en font que pour le Droit d’auteur.
La culture est le parent pauvre du Renouveau. Pendant les 28 années de règne du président Paul Biya, les réalisations dans le domaine de la culture sont maigres et c’est à juste titre que celle-ci ploie dans les regrets et la désolation. A l’exemple du gâchis permanent observé dans le ministère des Sports où, toute l’attention est focalisée au football (et davantage aux Lions Indomptables), au ministère de la culture, tous les chefs de département qui s’y sont succédé, n’en font que pour le Droit d’auteur. Lire la suite


Visage de la pauvreté : une vie-misère
Trois décennies de Renouveau ont réduit certains Camerounais à la misère la plus abjecte. Une journée dans la famille d’un instituteur à Yaoundé.
Il culmine à environ 1,85m. Il est maigre, très maigre même. Ses élèves lui ont trouvé un sobriquet : Émacié. Nul ne peut dire si cette cachexie est le résultat d'un ascétisme intransigeant pratiqué par un homme qui veut se métamorphoser ou si c'est l'effet de l'âge. Sa tête est recouverte de cheveux coupés courts où alternent les plages noires et blanches. Au milieu de sa face, creusées de profondes rides, juste au-dessus d'une large bouche édentée se pointe un gros et long nez. Un front fuyant surplombe les yeux ternes. Sipewo’o Josué dit Émacié est d'une propreté exemplaire malgré ses vêtements qui se sont suffisamment éliminés au fil des lavages successifs. Le savetier connaît par cœur chaque millimètre carré de ses chaussures pour les avoir très souvent entre les mains. Quel âge a Émacié ? Cinquante quatre,  Cinquante cinq ou Cinquante six ans ?  Personne ne peut le dire. Lui seul peut-être ou ses patrons. Peut-être même ses parents, si certains sont encore en vie. Toujours est-il qu'il approche la retraite, après 35 ans de loyaux services rendus à la nation camerounaise. Lire la suite


Santé : le coma avancé
Plus d’un quart de siècle de la gestion du secteur de la santé sous le Renouveau permet de faire un constat paradoxal : l’évolution des besoins et, par conséquent, celle des infrastructures sanitaires est inversement proportionnelle à la qualité des prestations.
«Dans un pays où les médecins sont de véritables vampires, les hôpitaux essentiellement des morgues, n'essayez surtout pas de savoir quelle est la politique du gouvernement en matière de santé : elle n'existe simplement pas ». Ces propos de Joël Didier Engo, universitaire camerounais et responsable associatif, n’est sans pas totalement dénués de charge émotive, puisqu’il s’offusquait ainsi face aux 559 morts de choléra qu’a enregistré, depuis avril 2010, date du déclenchement de cette épidémie, ce qu’il appelle ce "grand cadavre à la renverse" qu’est le Cameroun. Cependant, à travers cet avis, ce compatriote fixe les balises d’une évaluation aussi bien quantitative que qualitative du secteur de la santé sous le Renouveau de Paul Biya. Lire la suite


Le Renouveau en rupture d’eau, d’électricité et de logements
En 1985, Hubert Mono Ndjana publie un ouvrage dans lequel il décèle dans le programme politique de Paul Biya une certaine « idée sociale ». 28 après son accession à la magistrature suprême, la crise de l’éducation, les pénuries d’eau et d’électricité, la crise du logement, bref les multiples crises sociales contredisent toute « idée sociale » chez Paul Biya.
L’Abbé Pierre, né Henri Grouès n’est plus de ce bas monde. Il l’a définitivement quitté le 22 janvier 2007. Ce jour fatidique, c’est toute la « France d’en-bas » qui portait le deuil. Elle venait de perdre un homme qui, quoiqu’issu d’une grande bourgeoisie lyonnaise en 1912, s’était montré horrifié par la passivité des pouvoirs publics et de l’opinion devant la mort des clochards et autres banlieusards. L’abbé Pierre était devenu le chantre des misérables après la deuxième guerre mondiale. Lire la suite


Infrastructures de communication: des desseins aux actes manqués
La construction de la proximité entre les lieux de pouvoir et les espaces qui leur sont dévolus se pose comme une catégorie de l’action politique de construction de l’État en Afrique en général et au Cameroun en particulier. Concrètement, l’appropriation matérielle et symbolique du territoire camerounais par le pouvoir politique se pose comme la condition sine qua non de la viabilité et de la viabilisation de l’État postcolonial.
Un principe : le cercle vertueux entre maillage du territoire et diffusion de l’« esprit d’État »
La construction de la proximité entre les lieux de pouvoir et les espaces qui leur sont dévolus se pose comme une catégorie de l’action politique de construction de l’État en Afrique en général et au Cameroun en particulier. Concrètement, l’appropriation matérielle et symbolique du territoire camerounais par le pouvoir politique se pose comme la condition sine qua non de la viabilité et de la viabilisation de l’État postcolonial. Lire la suite


Les billevesées du Renouveau
En presque 30 ans de règne, le Renouveau, telle une calebasse qui,  au fil du temps, remplit et même déborde en recueillant des gouttes d’eau, a déjà collectionné une kyrielle de fadaises qui ont,  dès son avènement, le 6 novembre 1982, lézardé  cet édifice sur lequel beaucoup d’espoir avaient pourtant été fondés, compte tenu du bolchevisme du précédent régime. Ces billevesées qui portent l’estampille du citoyen, du plus ordinaire aux plus hautes personnalités de la République, en passant par les éléments de forces de Défense, sont vécues au quotidien sans pour autant que cela fouette la fibre citoyenne de qui que ce soit. Tout au contraire, le silence coupable passe pour être la règle d’or face à ces facéties. Sinon, comment comprendre en effet, que dans un pays où les responsables prétendent en avoir fait un Etat de droit, des "hommes en tenue" roulent, à longueur de journée, dans des véhicules civils sans plaque d‘immatriculation ni assurance, au vu et au su de tous ? Imagine-t-on seulement les conséquences d’une telle situation en cas d’accident ?Lire la suite

 


Plus de 50 ans de politique macabre et d’assassinats
Le champ de l’histoire du Cameroun est couvert de sang des Compatriotes lâchement abattus par les toubabs et leurs satrapes au pouvoir depuis l’accession à l’indépendance formelle.
L’année 2010 a été retenue au Cameroun comme celle des grandes célébrations des Cinquantenaires des indépendances formelles.  On en a  tellement célébré qu’il devient ennuyeux de chercher par où ces grandes fêtes ont commencé. Dans tous les cas, l’Ecole nationale d’Administration et de la Magistrature (Enam) n’a pas fait dans la dentelle. Pendant une semaine, c’était youyous et fora! Comme il n’en a pas l’habitude, le trop réservé président de la République, Monsieur Paul Biya s’est déplacé pour cette « cérémonie inoubliable », selon les mots de Benoît Ndong Soumhet, le Directeur de l’Enam. Lire la suite


Le Cameroun, malade de sa justice
Le 25 octobre 2010, nous avons introduit une demande d’informations auprès du Ministre de la Justice, Garde des Sceaux pour lui demander de mettre à notre disposition des données sur la carte judiciaire du Cameroun. Nous voulions avoir une idée sur le nombre de prisons, la population carcérale, le nombre de magistrats, de cours d’appels, de tribunaux de grande et première instances, d’huissiers de justice, d’avocats et de notaires. Notre demande, enregistrée sous le numéro 14 108, a été côtée, le 29 octobre 2010 à la Direction des affaires pénitentiaires, sise à Essos. Après de multiples va-et-et vient à la Dapen, un mois durant, le secrétaire du Dapen nous a demandé d’aller attendre la réponse du Vice premier ministre. De deux choses l’une : si quelqu’un refuse de mettre la lumière dans son domicile, c’est soit  parce que l’intérieur est sale, soit parce qu’à l’intérieur il y a des objets volés. La justice camerounaise est malade.
Après presque 20 ans du renouveau, la justice camerounaise n’a véritablement pas de lauriers à faire valoir.  Plus grave, certains acquis du système judiciaire  camerounais  sont largement remis en cause de nos jours. Ses problèmes les plus récurrents sont sa pauvreté en infrastructures, l’affairisme des ses acteurs, l’ingérence de l’Etat dans la fonction de juger, le  coût quasi prohibitif de la justice  qui en fait un outil de domination au service  d’une certaine classe sociale, l’absence de solennité, le refus de mettre en place les juridictions créées par la constitution 1996. Une illustration de ces différents problèmes prouve à suffire que le bon fonctionnement de l’appareil judiciaire n’a jamais été une préoccupation véritable pour le renouveau. Lire la suite

 

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Tribunal de première instance de Mendong (Yaoundé) déclaré fonctionnel, mais encore en construction (Photo: Germinal)


Une justice aux ordres
Dans les discours, la justice camerounaise est indépendante. Dans la pratique, elle est sous la botte de l'exécutif.
Paul Biya et ses ministres ont toujours rabâché les mêmes propos selon lesquels la justice camerounaise est indépendante. À force de les répéter, ils invitaient les justiciables camerounais, les opérateurs économiques nationaux et étrangers à faire confiance en la justice camerounaise. Peut-être ont-ils cru un seul instant que les justiciables camerounais avaient été convaincus de la justesse de leurs propos.. Erreur !, la correspondance du ministre d'État, secrétaire général de la présidence de la République, Laurent Esso, adressée au ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Amadou Ali, dans laquelle l'ordre est donné au parquet du tribunal de grande Instance du Mfoundi, d'ouvrir une information judiciaire contre Maitres Eyoum Yen Lydienne, Baleng Maah Célestin et, les nommés Abah Abah Polycarpe, Engoulou Henri et Ngwem Honoré, avec mandat de détention provisoire, du chef d'accusation de détournement de deniers publics et complicité  est venue démontrer qu'au Cameroun la justice est  sous la botte de l'exécutif. Dans cette correspondance, Laurent Esso écrit: « Faisant suite à votre correspondance de référence, j’ai l’honneur de vous notifier l’Accord du chef de l’État à vos propositions tendant à faire déférer Maîtres Eyoum Yen Lydienne, Baleng Maah Célestin, les nommés Abah Abah Polycarpe, Engoulou Henri et Ngwem au Parquet du Tribunal de Grande Instance du Mfoundi en vue de l’ouverture d’une information judiciaire contre eux, avec mandat de détention provisoire, du chef d’accusation de détournement de deniers publics et complicité. Vous voudrez bien me faire connaître, pour la Très Haute Information du chef de l’État, l’exécution de ces diligences ». Lire la suite


L’humanité emprisonnée
Dans leurs propos, les responsables de la Justice déclarent avoir fait de l’amélioration des conditions de détention et du respect du droit des détenus dans les prisons un axe majeur de leur politique. Hélas, nos prisons demeurent des mouroirs.
Dix-huit- ans après le décret du 27 mars 1992 portant organisation du régime pénitentiaire, peut-on aujourd’hui dire que la prison joue véritablement son rôle dans notre société ? Quelles évolutions infrastructurelles et autres progrès dans le parcours de l’histoire des prisons a-t-on pu noter; la surpopulation carcérale, les faibles budgets affectés aux prisons sont autant d’éléments qui jalonnent les balbutiements du chemin sinueux conduisant vers des prisons modèles. Lire la suite


Le conservatisme politique du Renouveau: Entre instinct, intérêt, censure et expression
Le régime du Renouveau National dont le Président Paul Biya est le chef central n’est pas né ex nihilo. En effet, cette formation gouvernante qui s’est structurée avec le passage des regalia étatique entre le Président Ahidjo (magistrat suprême sortant et démissionnaire) et le Président Biya (magistrat suprême entrant et intérimaire), est coulée dans le moule politico-historique de l’Etat présidentiel de parti unique d’orientation ultra-conservatrice mis en place des années 1960 aux années 1980 au Cameroun. C’est d’ailleurs sous le sceau de la continuité gouvernante que le Président-successeur (M. Paul Biya) inscrit sa prestation de serment du 6 novembre 1982, exprimant sa volonté d’assumer et de s’approprier l’héritage institutionnel et politique de l’Ahidjoïsme gouvernant. Lire la suite


Le management politique à dispense, à suspens et à distance de Paul Biya: Gagner du temps, faire le vide, jouer au mort et laisser pourrir
Le style gouvernant de Paul Biya est celui d’une régulation politico-étatique et politico-partisane distante basée sur la surveillance téléguidée, le pilotage automatique et l’omniprésence absente. Cela signifie que la gouvernance se construit mentalement et pratiquement à travers la cultivation mystificatrice du Chef central posé dans la figure de la souveraineté incarnée mais intangible. Un tel art de gouvernement pose l’Empereur Présidentiel en véritable Sphinx institutionnel qui use abondamment du silence, du non-dit et de la rareté pour orienter sa conduite des appareils étatiques et gouvernants conformément à une démarche prisant les secrets du pouvoir et misant sur les pouvoirs du secret. Le leadership présidentialiste, centraliste et providentialiste déployé par le Président Biya s’énonce alors comme un immobilisme mystérieux, numineux et ombrageux. Lire la suite


Une diplomatie au service du pouvoir personnel
II y a bel et bien une diplomatie du Renouveau à défaut d’une diplomatie camerounaise mise au service du gouvernement perpétuel.
S’interroger sur la diplomatie camerounaise à l’ère du Renouveau revient à questionner la politique et l’action internationales de Monsieur Paul Biya, actuel président de la République, éventuellement, mais non nécessairement, en comparaison de celles de son unique prédécesseur, Monsieur Ahmadou Ahidjo.
De prime abord, on pourrait s’étonner de cette identification entre la diplomatie camerounaise et la politique étrangère d’un seul homme, fût-il le chef de l’État du Cameroun. Mais, cela tient à la nature particulière de l’organisation et du fonctionnement politique de ce pays, notamment du rôle constitutionnel majeur qui est dévolue à l’institution et à la fonction présidentielle camerounaise. Lire la suite


La tyrannie de la corruption
Interrogé sur la corruption, je suis tenté de répondre : « le mieux est que nous n’en parlions plus ». Au-delà d’un mouvement d’humeur, d’agacement ou de lassitude que pourrait trahir cette réaction, il est permis d’en attendre davantage, de la prendre plus au sérieux, plus qu’une boutade, à titre d’hypothèse, d’exercice ou de jeu de la pensée.

 

1) C’est Spinoza qui nous avertit que les affaires humaines iraient bien mieux si nous avions une capacité égale de parler et de nous taire. Nous sommes diserts et intarissables sur la corruption. Imaginons un instant que la rumeur, les papotages de cabarets ou de salons, les journaux et les médias (sauf ceux de l’Etat) fassent silence sur les méfaits que l’on attribue à la « corruption », sur ceux .qu’on soupçonne ou accuse de s’y adonner. Supposons que nous en fassions un mot tabou, dont on s’excuse lorsqu’il nous échappe (en se purifiant les lèvres). Et si, nous étions parallèlement comme atteints de surdité sélective à son endroit, à ses équivalents, à ses désignations métaphoriques, argotiques, cryptées, périphrastiques ? Lire la suite


Jeux et enjeux de la manipulation dans la propagande électoraliste au Cameroun
Selon Esquerre (2002), la manipulation désigne un rapport de pouvoir se rapportant au contrôle psychique d’une personne. Cette notion est dérivée du « lavage de cerveau ». Laurens (2003) parle de « l'existence d'une force quasiment irrésistible et qui pourrait nous pousser à faire ou à penser des choses que nous ne voudrions pas, une force qui pourrait même nous conduire à notre perte. Il y a, avec l'influence, l'idée d'une intrusion, d'un véritable viol de la conscience, de la volonté… qui semble pouvoir passer sous le contrôle ou la volonté d'un autre. Ce n'est plus moi qui veut ou qui agit, c'est la volonté d'un autre qui est entrée en moi et c'est un autre qui agit à travers moi (sentiment de possession)1» . Vu sous cet angle, l’étude de la propagande perçue comme communication politique relève beaucoup de faits manipulatoires au sens de l’analyse du discours. L’approche que nous privilégions dans cet article est celle de la pragmatique qui, de façon simple, étudie le sens caché, l’implicite, les non-dits ou les croyances (Ducrot, 1973, 1980, 1998). De  façon plus scientifique, la pragmatique au sens de Moeschler et Reboul (1998a et b) étudie les intentions et les inférences issues d’une communication. Notre préoccupation est donc de retrouver dans la propagande au Cameroun, les non-dits qui déterminent le comportement des différents acteurs. En d’autres termes, notre matériau est l’imaginaire populaire des Camerounais face aux élections. Lire la suite


50 ans après : quel avenir pour nos forces de défense?
Le cinquantenaire des forces de défense et de sécurité a été commémoré le 08 décembre 2010 à Bamenda . Ainsi en ont décidé nos autorités. 50 ans dans la vie d’un Etat et de ses institutions est certes une durée relativement courte pour dresser un bilan complet et définitif mais il n’en demeure pas moins qu’elle est assez longue pour s’y appuyer afin d’entrevoir les améliorations que nous pouvons leur apporter.
Si nos forces de défense ont été bâties depuis 50 ans autour de l’honneur et de la fidélité,  l’évolution du Monde, de l’Afrique et de notre sous-région impose qu’elles dépassent cette devise originelle.
En effet, le Cameroun :
- occupe une position stratégique en Afrique centrale et est la porte d’entrée du golfe de guinée riche en ressources halieutiques et pétrolières.
- contribue à lui tout seul à la moitié du Pib de la Cemac et fait contre poids au géant nigérian.
- offre une stabilité apparente qui contraste avec les soubresauts que connaissent les pays qui l’entourent. Lire la suite


Education: La crise des valeurs au miroir de l’école camerounaise
Dans son ouvrage Pour le libéralisme communautaire, Paul Biya affirme que l’institution scolaire devrait être largement accessible à toutes les couches de la population et que l’effort de démocratisation de l’enseignement devrait faire en sorte que les villes et l’arrière-pays soient dotés de meilleures écoles afin de garantir l’égalité de chances entre les fils du Cameroun. Aussi soutenait-il que l’école devrait être le creuset des valeurs. Plus de 25 ans après, la réalité est autre. Et pour cause !
- Le premier stigmate du régime Biya dans le domaine de l’enseignement se signale par une volonté sourde de démembrement émiettement ; d’un seul ministère de l’éducation on en a fabriqué trois : Éducation de Base, Enseignements Secondaires et Enseignement Supérieur. L’Institut de la Recherche universitaire est passé ministère plein.
- 1992-94, cyniques baisses assassines des salaires, beaucoup plus ressentie dans l’enseignement que partout ailleurs, métier sans à-côtés ni considérations sociales compensatrices pour la grande majorité de ses pratiquants, les pédagogues « craie en main ». Émergence quasi spontanée des syndicats de lutte active, pour la plupart bidon ou à la longue dynamités par de massives infiltrations si ce n’est du fait de l’extrême vanité, du souci morbide de gloriole personnelle chez le petit nombre des cadres restants. Résultat prévisible, inévitable : plus de mouvement possible de grève dans l’enseignement secondaire depuis 2002, alors qu’au départ c’était le point focal de la contestation musclée. Lire la suite


Financement de l'éducation: Une politique obstinée de la pénurie
Peut-on dire, trois décennies passées sous le règne de M. Biya, que l’éducation au Cameroun a tourné la sombre page de l’époque coloniale ?
Le 10 février 2010, s’adressant à la jeunesse camerounaise, le président Biya n’a pas raté l’opportunité à lui offerte de faire le bilan de sa contribution aux cinquante dernières années : « Au cours de ce demi-siècle d’exercice de notre souveraineté, a-t-il tenu à affirmer, beaucoup de choses ont changé, quoi qu’en pensent certains ». Comme il fallait s’y attendre, l’une des illustrations qu’il a choisies a été le secteur de l’éducation : « dans l’immédiat, a-t-il lancé aux jeunes, vous devrez tirer le meilleur parti de l’effort exceptionnel fait par la Nation pour perfectionner notre système scolaire et universitaire. Conformément au contrat moral que j’ai passé avec vous, des moyens importants ont été mobilisés pour améliorer l’offre et la qualité de la formation ».Lire la suite


Coût de l’éducation et déscolarisation massive
Le Cameroun a la particularité à défaut du monopole de pouvoir à tout moment se prévaloir de disposer d’une pléthore de textes d’une qualité remarquable. C’est pourtant un truisme de dire que ceux qui nous dirigent n’en appliquent que les aspects qui les arrangent ou ne les dérangent pas. A titre d’exemple, lorsque l’on parle du droit à l’éducation au Cameroun, l’on peut indifféremment s’appuyer sur les préambules des diverses Constitutions en vigueur qui garantissent celui-ci, ou sur la loi de 1998 d’orientation de l’éducation. Le préambule de la Constitution du 18 janvier 1996, qui fait partie intégrante de ce texte comme l’affirme son article 65 dispose en effet que « L’Etat assure à l’enfant le droit à l’instruction. L’enseignement primaire est obligatoire ». L’article 6 de la loi d’orientation de l’éducation de 1998 rappelle que « L'Etat assure à l'enfant le droit à l'éducation » et son article 9 précise que: « L'enseignement primaire est obligatoire ». Les petits Camerounais à bénéficier de ce droit apparemment sans exclusive ne sont pourtant qu’une étroite minorité. Bien sûr, ils accèdent presque tous au premier niveau de l’éducation de base comme l’attestent les taux bruts de scolarisation supérieurs à 80% ; c’est toutefois pour en repartir rapidement, et au niveau de la classe de Cm2, plus de 40% n’y sont plus. Un tel taux de déperdition, insolemment élevé, atteint le pic de 75% dès la classe de 4è du secondaire. Au-delà du fait que les enfants camerounais apprennent à détester  l’école en raison de son inconfort (cf. « Financement de l’éducation au Cameroun : une politique obstinée de la pénurie »), d’autres facteurs entrent en jeu qui contribuent puissamment à écarter cette jeunesse des campus scolaires et des salles de cours. L’un de ces facteurs est le coût de l’éducation, tant dans le public que dans le privé qui gagne chaque jour en importance. A lui tout seul, il est responsable d’une déscolarisation massive depuis près de deux décennies. Lire la suite

 


Le calvaire des enseignants depuis 1993
Les ministères chargés des questions éducatives constituent des secteurs prioritaires dans la confection du budget de l’Etat, aime-ton à faire croire. Et pour convaincre le public naïf, qui a ses propres problèmes à gérer et qui de toute façon est peu enclin à scruter derrière le vernis chatoyant dont on recouvre une réalité finalement assez hideuse, l’on débite une avalanche de chiffres du budget. Il suffit pourtant de gratter un tantinet : et que découvre-ton ? Une grosse plaie qui n’a cessé de pourrir, qui suppure abondamment, et dont l’odeur incommode et pousse chacun à se boucher le nez.
La télévision nationale a depuis longtemps supprimé le débat du 05 octobre à peine amorcé au début des années 2000, et qui permettait aux enseignants, à l’occasion de la Journée Mondiale consacrée à ce corps, de poser quelques-unes des questions qui dérangent sur l’éducation dans notre pays. De toutes les chaînes qui existent en ce moment, radio, télévision, aucune n’a pour l’instant mis au point une émission consacrée à l’éducation. C’est que poser les problèmes de l’éducation a fini par se ramener à poser les problèmes des enseignants, que personne ne veut soulever, parce que au fond personne n’a la volonté de les résoudre, tant pis pour les enseignants. Il faut pourtant inverser la perspective, et insister sur le fait que poser les problèmes des enseignants, c’est poser le problème de l’éducation. Depuis 1993, lorsque sans la moindre consultation et sans aucun texte l’on a montré aux enseignants à quel point l’on avait du mépris dans notre pays pour l’intelligence, un long calvaire a commencé pour les professionnels de la craie, et malheureusement aussi pour l’éducation dans son ensemble.  Lire la suite

 

 


Du plomb dans l’aile de la réforme
La déconstruction de nos sociétés sur les plans moral, économique et même politique traduit l’échec de 50 années de socialisation dont le processus principal est l’école.
Au sortir de l’école coloniale, nous sommes tombés au sens propre du mot dans le puits de l’école néocoloniale, comme dans un gouffre sans fonds. Mais il faut en sortir, par le biais d’une autre école. Une école plus libre, une école de l’indépendance pour faire court. Pour cela, des réformes radicales s’imposent. Qui doit les élaborer, les mettre en œuvre ? Depuis 1995, sous la pression des événements, le pouvoir en place fait semblant de s’activer, et le temps passe…  Lire la suite

 


Une Urgence : sauver le système universitaire camerounais

Le système universitaire camerounais est malade, très malade. Il souffre de plusieurs maux qui, au fil des ans se sont devenus chroniques. Comme tout domaine de la vie publique, la déliquescence du  système universitaire camerounais a pour principale cause l’absence de politique publique pensée de façon concerté, cohérente et assumée collectivement.
Les politiques publiques nationales en matière de formation universitaire sont imperceptibles. Même si on peut paraître angélique sur la place accordée à l’université par les premiers dirigeants camerounais dès les années 1960, force est de reconnaître que, comme peuvent le témoigner les vestiges des infrastructures de l’ancienne université de Yaoundé, le rayonnement que les diplômes délivrés par cette institution ainsi que les grandes écoles du pays ont eut à l’étrange jusqu’à la fin des années 1980, ceux –ci avaient une certaine vision pour l’enseignement supérieur au Cameroun. Depuis bientôt trente ans, l’université camerounaise n’a cessé de se dégrader. Alors que les diplômes camerounais étaient jusqu’au début des années 1990 admis en équivalence dans pratiquement toutes les universités et grandes écoles du monde, y compris en Occident, à cause de cette dégradation, désormais, indépendamment de l’auto congratulation que l’on peut observer ici et là, ils sont frappés de suspicion académique. Lire la suite
 


Universités : Méformes comme résultantes des réformes

En 30 ans de Renouveau, l’Enseignement supérieur s’est essayée à deux révolutions inopérantes.
Yaoundé, la capitale camerounaise a abrité du 14 au 16 juillet 2010, «les premières assises nationales des programmes universitaires». Ce concept qui sonne bien à l’oreille vise à permettre à la gouvernance universitaire de franchir un nouveau palier au Cameroun. Il s’agit, a dit le ministre de l’Enseignement supérieur (Minesup), Jacques Fame Ndongo de passer à celui de «la refondation curriculaire». Cette projection contenue dans la déclaration finale des travaux et baptisée: «Le serment de Yaoundé», donne l’impression d’être comme tous les autres slogans qui accompagnent les politiques des autorités camerounaises dans divers autres secteurs.Lire la suite


Professionnalisation de l’enseignement supérieur, business et problèmes annoncés
L’éducation constitue un des lieux privilégiés d’observation d’une société. De tout temps et en tout lieu, son importance dans le devenir des sociétés la situe au cœur des dynamiques sociales et sociétales. Par voie de conséquence, elle permet non seulement de mesurer l’état de santé d’une société, mais aussi et surtout d’entrevoir ses perspectives d’avenir. En la matière, l’éducation dans son ensemble rend bien compte de l’état de déliquescence du Cameroun. L’enseignement supérieur, particulièrement sa tendance actuelle nous fournit l’exemple de l’état du Cameroun et des dangers futurs

 

Professionnalisation : un serpent de mer de l’éducation
La professionnalisation de la formation est une problématique récurrente du système éducatif camerounais. Chaque décennie apporte son lot d’exigences de professionnalisation. Dans les années 1970, elle est vue sous l’angle d’accroissement du développement. Il faut professionnaliser pour mieux répondre aux besoins de développement. Cela débouche sur la formation du personnel étatique de développement après celui de souveraineté des années de l’indépendance. Dans les années 1980, la montée progressive du chômage de masse des produits du système éducatif redonne une certaine vigueur à la professionnalisation. Ce questionnement sur la pertinence de la formation traverse les différents niveaux du système éducatif et notamment le secondaire. Lire la suite


Réforme Lmd dans les Universités camerounaises: virage manqué?
Le système LMD répond-il aux besoins réels de la société camerounaise actuelle ? Est-il en adéquation avec les exigences du marché de l’emploi ? Quelles perspectives?
Il est encore trop tôt pour véritablement évaluer l’état de la réforme Lmd dans les universités camerounaises. Toujours est-il que la manière dont elle a été engagée ne permet pas de lui augurer un avenir radieux, à moins évidemment d’une révision déchirante du cours des événements.
Mais, qu’est-ce donc que le Lmd (Licence, Master, Doctorat) ?  Qu’y a–t-il là de nouveau ? L’Université, il faut le reconnaître, fonctionne depuis des décennies en trois cycles, Licence, Maîtrise, Doctorat. Pourquoi aujourd’hui, au lieu de parler des 1er, 2e et 3e cycles comme on l’a fait jusqu’ici, on préfère le sigle Lmd aux contours diffus et même franchement confus, diraient certains ?
Comme d’habitude en ce domaine, tout part d’une réforme survenue ailleurs. Dans le cadre de l’harmonisation des formations et des qualifications dans les universités de l’Union européenne, on y décide de s’arrimer au système Lmd pratiqué avec quelques variantes dans les pays anglo-saxons, mais adopté de manière universelle dans les universités nord-américaines. Lire la suite


Eglises et création d’universités privées au Cameroun: Enjeux stratégiques de l'investissement dans la formation supérieure
Le ministre de l’Enseignement supérieur a fait publier dans Cameroon Tribune du mercredi 20 octobre 2010 la liste des 97 institutions privées d’enseignement supérieur autorisées à fonctionner au Cameroun au titre de l’année académique 2010-2011. Quinze seulement de ces quatre vingt dix sept institutions sont la propriété des églises, une douzaine est de création très récente et neuf appartiennent à l’Eglise catholique. Ce tableau statistique souligne un faible investissement dans le supérieur des églises pourtant omniprésentes dans le système de l’enseignement secondaire.  Alors qu’on leur doit l’implantation  de l’institution scolaire et la création des premières écoles dans notre pays, les Eglises (Catholique et Protestantes)  furent, de façon générale, curieusement  incapables, jusqu’à un passé récent, de créer des institutions de formation supérieure. Toutefois depuis la réforme de l’Enseignement Supérieur survenue en 1993, suivant la dynamique de l’Etat qui a créé six nouvelles universités en dix sept ans, les Eglises semblent avoir enfin compris que la création d’institutions de formation supérieure leur échoit de façon légitime et se situe au cœur d’enjeux stratégiques pour l’avenir de notre pays. Lire la suite


Privatisations: Un véritable marché de dupes
L’actualité économique en ce début du mois de Novembre 2010 au Cameroun a été marquée par l’annonce de l’imminence de la privatisation de la Camtel. Une des dernières entreprises encore à privatiser avec Camtainer et Sodecoton, suivant  le processus engagé depuis 1993 avec la cession directe de l’Office Camerounais de la Banane (o.c.b) sur injonctions de la Banque Mondiale (bird). C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de revisiter le processus de privatisation au Cameroun en nous interrogeant sur ce qu’il en est de toutes les privatisations qui ont déjà eu lieu, particulièrement sur leur impact économique et social.
La crise économique des années 80 qui a particulièrement frappé les pays Africains a servi de prétexte aux différents bailleurs de fonds et principalement aux institutions de Breton Wood (Banque Mondiale et Fonds Monétaire International) d’entrer en force dans la gestion économique de ces pays, en raison de leurs difficultés grandissantes à honorer leurs engagements envers leurs créanciers respectifs. En effet, dans le cadre des négociations en vue de la mise en place des mécanismes de rééchelonnement des dettes,  les clubs de créanciers publics (club de Paris) et de créanciers privés (club de Londres), à travers des clauses restées secrètes, se sont « désengagés » du processus, au profit de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International (fmi) devenus depuis lors les principaux, sinon les seuls bailleurs de fonds des pays sous-développés. Lire la suite


Le règne des idoles et l’athéisme camerounais
Comment l’homme façonne le religieux, au sens du rapport à l’absolu, et comment le religieux façonne l’homme dans un cadre spatio-temporel donné ? Cette question est au cœur de l’approche anthropologique du religieux. Les socio-anthropologues ont suffisamment démontré qu’entre le sacré et le politique il n’y a pas que des rapports d’extériorité au sens où le religieux peut légitimer le politique. Mais le sacré est inhérent au politique, par exemple, par la vénération due aux emblèmes et institutions républicains, tout comme le politique est inhérent au sacré entre autres par la réalité du pouvoir.
Notre cadre spatio-temporel ici est le Cameroun à l’ère du Renouveau. Il s’agit d’esquisser le décryptage des modes de rapport des gouvernants et des gouvernés au sacré sous le régime politique qui préside aux destinées du Cameroun depuis près de trois dernières décennies et que ses géniteurs avaient convenu de baptiser « Renouveau », ce qui n’est pas sans évoquer le vocable de « réveil » chéri par certains nouveaux mouvements religieux d’obédience chrétienne qui poussent une peu partout dans nos villes. Comment le religieux se positionne-t-il dans l’espace sociopolitique camerounais aujourd’hui après cinquante ans d’indépendance dont vingt huit de Renouveau ? Le social étant par essence complexe, nous nous limiterons dans le cadre de cet article à deux modes de rapport au religieux, notamment l’athéisme pratique et l’idolâtrie que tendent à voiler l’effervescence religieuse au Cameroun aujourd’hui. Lire la suite

 


Médias sous le Renouveau : L’épreuve d’une liberté contrôlée
Globalement, sous le règne de Paul Biya, la liberté de presse éclot. Mais le pouvoir garde un contrôle politique assez rude sur les médias. Ce double mouvement peut se lire en trois temps : d’abord l’ouverture au début de l’exercice du pouvoir, ensuite une réticence à l’approche de l’année 1990, enfin le contrôle du « laisser aller » des années 1990 et 2000.
A/ 19821 – 1987 : l’ouverture dans les faits et par le verbe
Entre 1982  et 1984, de nouveaux titres de journaux camerounais enrichissent le paysage médiatique. Paul Biya vient d’accéder au pouvoir et manifeste sa volonté de rompre avec les méthodes liberticides de son prédécesseur Ahmadou Ahidjo. « Sur la cinquantaine de journaux autorisés à paraître, une quarantaine paraît effectivement. Des observateurs sérieux parlèrent à l’époque du ‘boum’ de la presse camerounaise pour signifier les modifications de fond qui s’opéraient ainsi dans l’univers médiatique camerounais », affirme Mbotto Fouda2 .
Le 06 juillet 1984, Paul Biya lui-même fait le constat dans une interview à Cameroon tribune : « J’observe avec satisfaction que notre presse s’est considérablement diversifiée [et qu’elle] connaît un regain de dynamisme. Les titres nombreux et variés qui ont fleuri sur le marché de l’information doivent permettre à nos populations d’avoir accès à une information plus diversifiée, abordée sous différents aspects et donnant lieu à ce double débat d’idées qui est l’une des options essentielles de notre politique d’ouverture, de libéralisation et de démocratisation, telle qu’elle est inscrite dans le programme du Renouveau national. » L’ouverture dont parle le chef de l’Etat semble se confirmer avec « l’intrusion » de certains titres dans l’arène politique. Car, avant, les médias ne traitaient surtout que du sport et des faits divers. Lire la suite


De Augustin Kontchou Kouomegni à Issa Tchiroma Bakari: La communication gouvernementale entre splendeur et dérision
Au début des années 90, lorsque nos pavés flambent, que Ngoa-Ekelle s’embrase et que nos villes se meurent, le pouvoir établi se choisit comme communicateur un certain Augustin Kontchou Kouomegni, professeur de science politique, ancien gestionnaire de l’école des cadres du parti, comme l’on disait à l’ère du parti officiellement unique. Vers la fin des années 2000, ce fauteuil dont on ne sait plus s’il faut le considérer comme prestigieux ou pas échoit à un certain Issa Tchiroma Bakari, ingénieur dit-on des écoles françaises (sacrée référence n’est-ce pas ?), véritable curiosité politique bien de chez nous. A bien des égards et malgré le fait que M. Tchiroma soit encore en fonction comme tient encore debout en tremblotant le système qu’il sert, l’on peut déjà affirmer que les deux personnages symbolisent deux moments extrêmes de la communication gouvernementale camerounaise à l’ère du multipartisme, deux moments qui ouvrent et sans doute clôturent le tracé d’un parcours presque archétypal. De Kontchou Kouomegni à Tchiroma, un certain ordre « crapulaire » semble être passé de l’affirmation au crépuscule, comme le montrent la pagaille et la panique que sème chaque jour l’opération dite « épervier ». Lire la suite

 


Désacrilisation de la figure du pontife présidentiel et autopsie d'un Etat zombifié
Une bonne partie de la diaspora camerounaise est mécontente du régime en place à Yaoundé depuis trois décennies. Quand l’occasion lui est offerte, surtout lors des déplacements de Paul Biya à l’étranger, elle le fait savoir. Bruyamment. Leurs actions participent de la volonté de délégitimer, démystifier et désacraliser le monarque présidentiel. Leurs actions et méthodes nous rappellent notre inertie et nous renvoient notre propre image hideuse.
N’est-il pas temps pour l’Afrique, comme le suggère le sociologue camerounais  Jean-Marc Ela, de redonner toute l’importance à la banalité, aux « sans-culottes », au « monde d’en-bas », aux « rien-du-tout » , face à la farce démocratique qui se joue dans des régimes politiques africains où les élections sont devenues de véritables jeux de cirque destinés à légitimer des tyranneaux qui en ont besoin pour se voir décerner le brevet de bon élève du Fonds monétaire international (Fmi) et de la Banque mondiale, véritable sésame qui donne droit aux financements, renforçant de facto les capacités distributives de l’oligarchie gouvernante, et au moment où l’on assiste impuissants à la faillite des mouvements d’opposition, qui n’ont pas disparu certes, mais ont perdu leur virulence et leur capacité de mobilisation du fait , sans doute, de nombreuses entraves jonchant leur parcours et  de l’incapacité avéré de nombreux leaders à mobiliser les Africains épris de changement autour des projets politiques globaux alternatifs qui viseraient à fonder un nouvel ordre politique susceptible de résoudre les problèmes qui minent le champ politique en Afrique? Lire la suite

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