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Une succession démocratique est-elle (im)possible au Cameroun?

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Index de l'article
Une succession démocratique est-elle (im)possible au Cameroun?
La succession présidentielle de 1982 à 1984: histoire et leçons pour le futur
Aspects juridiques de la
Économie politique des risques liés à la succession présidentielle
Les scénarii stratégiques de la succession au Cameroun: agences, agents, acteurs, actants et actes
Un état de choses compromettant la succession présidentielle
Réflexions sur les successions présidentielles
Le pouvoir dans ses funèbres pompes
Illusoire interdiction des coups d'État
Hier, aujourd'hui, demain
Toutes les pages

Problématisation et thématisation de la succession présidentielle en Afrique à partir du Cameroun

Derrière la problématique affichée de la succession présidentielle au Cameroun, se dessine les questions techniques mais aussi routinières de la dévolution des pouvoirs et des compétences de la Présidence de la République au Cameroun. C'est donc une problématique liée à de multiples aspects qui est analysable de manière complexe et sous des perspectives différenciées.

Dans cette optique,  évoquer la catégorie de la succession présidentielle dans les ordres politiques et étatiques tels que le Cameroun ne signifie pas qu'on la prenne pour argent comptant; que cette catégorie ainsi appréhendée soit taken for granted.

Il s'agit surtout de mobiliser cette catégorie commode de manière à la fois réflexive et discursive, normative et évaluative mais aussi positive et opérative afin d'éclairer d'un regard varié les problèmes posés par les conditions et configuration affectives, effectives ou défectives de la dévolution des prérogatives et compétences de pouvoir liées à la Présidence de la République du Cameroun comme organe déterminant de puissance étatique.

Cette édition des Dossiers et Documents de Germinal s'est ainsi efforcée de construire de manière réflexive mais aussi informée une problématisation consistante des figures, postures, procédures, conjonctures et structures à travers lesquelles se construisent, déconstruisent et reconstruisent les chaînes d'action et de décision ou de représentation et de signification autour des règles, échanges, jeux et luttes qui concernent la dévolution du pouvoir présidentiel dans les ordres étatiques postcoloniaux africains dont le Cameroun est ici adopté comme une expression paradigmatique et emblématique. Il est alors question de rendre compte et de rendre raison des rapports et  ressorts sociaux divers qui sont recouverts par le recours commode à la catégorie de succession présidentielle.
La problématisation de la succession présidentielle (comme schématisation commode des phénomènes et processus inhibés ou activés de dévolution des prérogatives et compétences attribuées à l'organe et aux fonctions du Président de la République du Cameroun) fait l'objet de multiples perspectives d'appréhension et de compréhension. C'est ainsi qu'il en résulte un tableau riche allant de la rétrospection historico-politique  à visée didactique (Texte 1) à la critique philosophique raffinée maniant le scepticisme avec dextérité (Texte 6), en passant par l'exégèse et l'herméneutique juridiques doctrinalement impeccables (Texte 2), l'analyse réflexiviste et (dé)constructionniste de  critical political economy nourrie de postmodernisme et de postcolonialisme (Texte 3), l'examen socio- politique robuste des scènes et scenarii stratégiques (Texte 4) et la socioanalyse démystificatrice des postures politiques peignant les nuances, contrastes et reflets du paysage réel ou imaginé, imaginaire de la succession au Cameroun(Texte 5).
Pour essayer d'éclairer sur les sens ou les non-sens de la catégorie de succession présidentielle au Cameroun, aux plans logiques et épistémologiques (savants et intellectuels) ou pratiques et pragmatiques (citoyens et utilitaires), ce Dossiers et documents de Germinal a alors requis une expertise multidisciplinaire. Georges Owona Mbida Otto (expert en stratégie et gestion des conflits) a étudié d'un point de vue rétrospectif et prospectif " la succession présidentielle de 1982 à 1984 (Texte 1). Alain-Didier Olinga (juriste éminent de chaire) analyse les " aspects juridiques de la ''succession'' à la tête de l'État au Cameroun " (Texte 2). Jean Biem (chercheur en études postcoloniales et postmodernes dans le créneau des ''cultural  studies'') à évalué de manière critique l' " économie politique des risques liés à la succession présidentielle " (Texte 3). Mathias-Éric Owona Nguini (socio-politiste invétéré) a exploré le thème " la succession présidentielle comme scène et les scénarii stratégique de la succession au Cameroun : agences, agents, acteurs, actants et actes " (Texte 4). Le même auteur a réfléchi sur  le thème " Une succession présidentielle démocratique également différée par le byzantinisme, le fractionnisme et le nombrilisme de l'opposition et de la société civile "(Texte5) et Fabien Eboussi Boulaga (philosophe émérite) a magistralement conclu ce dossier dans un article intitulé "Libres propos philosophiques sur la succession présidentielle en régime de rente : méditations autour du sens et du non-sens "(Texte 6). D'autres textes de Duke Atangana, Simon Patrice Djomo et de l'historien Fabien Kangè Ewane, des documents tirés des revues et magazines permettent d'avoir une vue d'ensemble sur la question des successions en Afrique
Aussi diverses que soient les contributions de ce dossier, elles conduisent toutes à s'interroger sur la pertinence non seulement conceptuelle et doctrinale mais aussi factuelle et instrumentale d'une problématisation sereine et sérieuse de la dévolution du pouvoir présidentiel - prise sous la catégorie commode de la succession présidentielle - dans les ordres politiques et étatiques postcoloniaux d'Afrique à  l'exemple du Cameroun. En effet, la prévalence patrimonialiste, monopoliste et souverainiste d'une civilisation de la rente semble y compromettre l'établissement durable, viable et fiable d'un cadre sûr et serein où la succession présidentielle serait délivrée de l'emprise du gouvernement perpétuel ainsi que de l'anarchie de la tyrannie ou de la tyrannie de l'anarchie.
Voilà ce qui en est de la succession présidentielle, de son intelligibilité sémantique et pragmatique dans des univers politiques et interactionnels officiels, citoyens et populaires soumis à la persistance aussi ubiquitaire qu'ubuesque de la loi d'airain absolutiste et monopoliste du gouvernement perpétuel. En effet, l'État de gouvernement perpétuel dont la Présidence sempiternelle est le pivot symbolique, idéologique, institutionnel et stratégique ne connaît de succession que celle du recommencement du même. C'est pourquoi on peut dire qu'au Cameroun comme dans bien d'autres contrées de l'Afrique postcoloniale, qu'on espère un serpent de mer.
Peut-on pour autant tout sacrifier à cet exorcisme fataliste ? Il paraît peu vraisemblable que la saine raison nous le commande ou nous le recommande.

Mathias Eric Owona Nguini

Sociopolitiste, Université de Yaoundé II / Fondation Paul Ango Ela

Source: Les Dossiers et Documents de Germinal, n°005, août/sept 2009.



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