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Les Injustices de la justice - Page 5

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Index de l'article
Les Injustices de la justice
Page 2
Que nul ne saisit la justice s'il n'est riche...
Abus de justice: lenteurs judiciaires et procès expéditifs se côtoient
Une justice aux mille maux
L'ombre de la Chancellerie plane sur les prétoires
Au service de l'injustice
Dans l'univers mafieux des cabinets
Maitre Jean-Marie Nouga: La création du TCS a revélé les faiblesses de la justice
L'erreur judiciaire, par Daniel Mekobe Sone
Toutes les pages

Une justice aux mille maux
Des observateurs n’hésitent pas à dire que notre justice patauge dans la pourriture. Exagérément? Peut-être.
L’état de lieux de la justice au Cameroun est inquiétant. Certes, on note quelques progrès significatifs, toutefois dans l’ensemble, c’est le statu quo. Ce qui fait dire à nombreux observateurs que la justice camerounaise est malade, malade de la corruption, de l’ingérence du politique, des abus et des violations diverses. La justice n’est pas rendue comme elle devrait, c’est-à-dire avec célérité, avec impartialité, en conformité rigoureuse avec les lois et procédures en vigueur. Les décisions de justice sont pour la plupart et aux dires de certains justiciables partiales, partielles, iniques ce qui décrédibilisent et remettent en question l’impartialité et l’indépendance du pouvoir judiciaire. Les différentes décisions liées au procès de l’opération épervier confirment pour l’essentiel cette position dominante ressentie par une partie de l’opinion publique des camerounaise.

Dans le système judiciaire, la corruption est devenue un phénomène endémique. Transparency International la définie comme un abus d’une position publique en vue d’un intérêt privée. A cet effet, la justice subie de pressions diverses qui influencent l’impartialité de son processus, aucun acteur judiciaire n’est épargné. Toute la chaine y est impliquée. La corruption annihile tout simplement la valeur de la justice et de ses hommes. La justice devient diluée, partiale, injuste, subjective. Les jugements rendus ne sont plus égaux pour des causes égales; ils sont plutôt faux parce que impartiaux.  Par exemple, le magistrat qui rend une décision liée à la grosseur du porte-monnaie du justiciable perd encore plus de son indépendance. Il n’y a plus de place dans ses décisions pour sa conscience et pour la loi. Le juge qui donne les arrêts de jugement où les motifs sont inconséquents avec les peines, et l’interprétation des textes devient incorrecte. De telles attitudes nous installent dans un climat d’insécurité juridique dans lequel les gros poissons mangent tout simplement les petits. La justice aurait-elle pour finalité de légaliser le droit du fort, du plus riche ? Le pourrissement de notre justice nous installe dans une jungle, une situation favorable au Renouveau. La corruption fait régresser le droit. En l’absence de confiance en la justice, le peuple recourt à d’autres moyens pour se faire justice. C’est ainsi que se sont développées les pratiques dites de justice populaire : exécutions sommaires par lynchage de voleurs, règlements de compte directs entre individus en conflit. Au Cameroun, la justice se vend, s’achète. Parce qu’ils ont versé des pots de vin à un magistrat ou un policier, les malfaiteurs parviennent à échapper à un procès. Pendant ce temps, les prisons, surpeuplées, dans un état catastrophique, abritent de nombreux innocents : 70% des prisonniers sont en détention provisoire. La plupart d’entre eux séjournent en prison pendant plusieurs années avant d’être entendus et jugés. Certains sont tout simplement oubliés: leur dossier s’est perdu ou bien le jugement ordonnant leur libération n’a pas été transmis à la prison parce qu’ils n’avaient pas les moyens de payer toute la chaîne de corruption pour l’obtenir. La justice sert aussi souvent de prétexte pour extorquer de l’argent aux citoyens. La corruption fragilise, refuse aux victimes et aux accusés le droit fondamental à un procès juste et impartial. Un tel constat décrit par Fanny Pigeaud est la preuve que la justice sombre, qu’elle déchante.

En plus de la corruption, la justice camerounaise souffre d’un autre mal profond, l’ingérence politique. Elle est à la solde du politique qui dicte sa loi et qui en use comme une arme redoutable. Les droits et libertés des citoyens même les plus élémentaires sont au quotidien bafoués et violés, ils souffrent d’une quasi absence de reconnaissance et de respect. La justice  réprime, muselle, intimide, se charge d’enlever toute envie aux citoyens de manifester.  Par exemple, lors des graves troubles socio-politiques qui ont secoué le pays en février 2008, plus de 1500 jeunes, arrêtés de manière arbitraire, ont été condamnés pour casse ou vol alors que des avocats dénonçaient une justice « expéditive »et des « violations » de procédure. Même si Paul Biya a accordé quelques mois plus tard des remises de peine à la majorité d’entre eux, leurs terribles conditions de détention leur ont enlevé toute envie de prendre part à une autre manifestation. La justice fait aussi partie du dispositif déployé par le Rdpc pour limiter la contestation. Au sujet de l’opération épervier, personne n’ignore que c’est le Président de la République qui, en fonction de ses visées, de ses intérêts et calculs politiques discrimine, organise, oriente les arrestations, impose ses décisions durant les procès. L’opération épervier n’est pas perçue comme une opération d’assainissement mais comme une arme redoutable, un épée de Damoclès qu’il agitent à tout moment contre certains collaborateurs qui osent le critiquer ou veulent conquérir son pouvoir. Les cas Marafa, Abah Abah, Olanguena, et d’autres personnalités qui défrayent la chronique sont illustratifs. L’exécutif influence ainsi tout le processus judiciaire. Il dicte sa loi au mépris de la constitution qui reconnaît le principe de la séparation et de l’indépendance des pouvoirs. Une telle attitude nous installe dans un état de non droit, dans une démocratie mal apaisée et régressive, une jungle institutionnelle.
Pas de démocratie ni de progrès sans une justice libre, indépendante et impartiale.
Kakmeni Yametchoua