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La conquête du progrès et du bien être du continent ne peut faire l’économie de l’implication d’acteurs africains

Aujourd’hui, l’Afrique ne participe que de manière très marginale aux grandes décisions régissant le fonctionnement du monde, même lorsque celles-ci impactent en premier lieu ce continent et ses habitants. Alors que l’abondance des ressources de son sol et de son sous-sol aurait dû lui assurer une prospérité et une position d’influence, ce continent semble au contraire éprouver les pires difficultés à en tirer profit. Cela conduit à ce paradoxe d’une majorité d’Africains durement frappée par la misère au milieu de richesses immenses. Peu de pays africains ont la capacité de résister à la moindre crise, qu’elle provienne de phénomènes naturels (inondation, criquets, sécheresse ...) ou d’exactions humaines parfois perpétrées par un groupe réduit d’assaillants déterminés (extrémisme religieux, activités mafieuses de tous genres : trafic d’armes et de drogues, piraterie maritime, contrebande transfrontalière …). Les richesses dont la nature a abondamment doté l’Afrique profitent pour l’essentiel à des acteurs extra continentaux, qu’ils soient occidentaux ou comme depuis peu originaires des pays émergents (Chine, Inde, Corée du sud, Brésil notamment). Ces nouvelles puissances, dont certaines étaient il y a cinquante ans moins développées qu’un pays tel que le Sénégal [1], ont réussi en quelques décennies à se hisser parmi les nations les plus développées, avec pour corolaire une amélioration significative du niveau de vie de leurs habitants. Elles ont pu de cette manière renforcer leurs capacités d’influence et de résilience, reprenant ainsi progressivement le contrôle de leur propre destin. Les peuples de ces pays ne sont pas plus doués ni plus travailleurs que les Africains. Le secret de la réussite de ces pays tient avant tout à leur capacité à mobiliser le génie créatif et la force de travail de leur peuple pour servir prioritairement leur propre développement. Pour le moment, l’Afrique noire n’a pas réussi cette convergence, sous l’effet conjugué de deux facteurs. D’une part, une proportion significative, trop importante, du potentiel humain déserte ce continent. D’autre part, l’élite restée sur place succombe massivement à la prévarication et la tentation d’enrichissement rapide dans un contexte de corruption et d’impunité généralisées, n’hésitant pas pour ce faire à brader des pans entiers du patrimoine national et à mettre en péril la vie des individus [2]. Cette double défection (exode des compétences et défaillance de l’élite) prive malheureusement le continent des ressources les plus indispensables à sa transformation, et explique pour une large part son retard et sa vulnérabilité.
La réconciliation du continent avec ses forces vives est indispensable à son développement, elle constitue même le défi le plus urgent que l’Afrique doit relever pour être en mesure de combler son retard et de reconquérir son indépendance.
Il faut être clair tout de suite sur ce point : aucune loi ne pourrait par elle-même suffire à satisfaire cette exigence ; il est tout aussi illusoire de compter sur le seul appel au sens du devoir, à l’amour de la patrie, à l’esprit de sacrifice ou à toute autre haute valeur morale pour y parvenir.
Une approche plus pertinente, qui s’inspire de la démarche médicale, consiste dans un premier temps à considérer les manifestations observables de ce divorce entre l’Afrique et les Africains. Puis à remonter à des « causes » pouvant alimenter de tels désordres. Enfin à proposer un « traitement » approprié, à travers des recommandations devant permettre de retrouver la pleine implication du potentiel humain africain au développement du continent. Ainsi, les points suivants sont successivement abordés :
• Conjurer les comportements régressifs qui conditionnent les Africains à pratiquer le déni systématique de leur propre mérite, au point de préférer souvent la copie proposée par l’occident à l’original même meilleur, qui serait produit par un Africain. Par stupidité, mais également par facilité, snobisme ou cupidité. Cette dépendance à la consommation de biens et services d’importation enferme l’Afrique dans un rapport d’allégeance et d’infériorité vis-à-vis de ceux qui les produisent, la privant au passage de la valeur ajoutée générée par ces productions [3]. Elle diminue également la motivation des Africains à se doter des capacités de production locale qui seraient également génératrices d’emplois.
• Débusquer les principales formes d’aliénation mentale qui dévalorisent l’image de soi et exacerbent l’opposition des individus. Elles entravent l’agrégation des énergies pour atteindre le seuil critique où l’effet de masse rend l’impact collectif supérieur à la somme (ou la simple juxtaposition) des individualités.
• Explorer les pistes permettant de restaurer l’attractivité de l’Afrique pour les Africains, afin de ralentir la tragique fuite des cerveaux qui prive ce continent d’acteurs indispensables à son développement. Motiver les Africains de la diaspora de plus en plus nombreux, compétents et matériellement nantis, à retourner en Afrique pour y investir constitue un enjeu majeur.

Reflexes de la dépendance.
La fascination à bien des égards excessive que l’occident exerce sur l’Afrique engendre et nourrit cette dépendance. Le mythe d’un occident terre de cocagne enflamme les rêves de la jeunesse africaine avec d’autant plus de vigueur que la situation sociale s’est considérablement dégradée dans de nombreux endroits sur le continent, et que le formidable développement des télécommunications et de l’internet inonde la planète, jusque dans les endroits les plus reculés, d’images d’un ailleurs idéalisé. La bataille des images est d’autant plus inégale, en l’absence d’une production locale africaine significative proposant ce regard alternatif indispensable à une appréhension équilibrée du monde. Ce formatage médiatique conditionne une grande partie de la jeunesse à se focaliser sur l’espérance d’un prochain départ hors du continent, bien souvent toute affaire cessante, avec une détermination qu’aucune frontière n’arrête, qu’aucune loi ne dissuade, qu’aucune démarche ne décourage. Cette frénésie du départ ne touche d’ailleurs pas seulement la jeunesse, elle agite toutes les couches sociales, du chômeur au cadre d’entreprise, de l’illettré au diplômé d’études universitaires. Les forces vives sur lesquelles l’Afrique doit s’appuyer pour son développement désertent ce continent en masse, le plus souvent sans projet de retour. Cela conduit à un éparpillement des familles dont les méfaits commencent à devenir incontrôlables. Les parents restés en Afrique sont contraints de vieillir dans la solitude, loin de leur progéniture. Pour s’en approcher, certains d’entre eux se résolvent à s’exiler en occident, où ils doivent recommencer leur vie dans un milieu complètement étranger par le type de population (blanc en majorité), la culture, le climat (tempéré et froid une partie de l’année). Il apparait clairement que ce nouveau modèle de la famille africaine éclatée aux quatre coins du monde n’est pas supportable à long terme. Il ne peut être que transitoire, et il est crucial de jeter les bases d’un autre modèle social centré sur la mise en œuvre en Afrique de ressources africaines.
Les Africains eux-mêmes contribuent à alimenter le mythe d’un occident terre d’Eden. Certains d’entre eux qui y vivent sont souvent tentés d’en mettre plein la vue au cours de leur séjour en Afrique, veillant particulièrement à montrer par un train de vie dispendieux que leur vie y est facile et aisée. Ces flambeurs n’hésitent pas par exemple à engager avec une insouciance calculée des sommes extravagantes en frais de téléphone mobile (particulièrement chers en Afrique), en frais de bouche et de loisir. Toutes leurs gesticulations n’ont qu’un but : entretenir le statut à part et privilégié que l’occident est sensé conférer à tous ceux qui y vivent. Les intellectuels africains ne sont pas en reste. Bien que résidant en Afrique, nombre d’entre eux respirent et vibrent au rythme de la vie intérieure des pays occidentaux dont ils commentent assidument et abondamment l’actualité, même parfois lorsque celle-ci n’a que peu de rapport avec l’Afrique.
De nombreux autres exemples de cette sorte de schizophrénie comportementale peuvent être cités. Les matchs amicaux de préparation de grandes compétitions internationales de football, même lorsqu’elles opposent deux équipes africaines, se tiennent souvent en dehors du continent (en Europe notamment). Les sélectionneurs de football des équipes nationales des pays d’Afrique sont dans une écrasante majorité européens et Blancs. Ce choix délibéré des pouvoirs publics africains est d’autant plus surprenant que de nombreux sportifs noirs écrivent depuis des décennies quelques unes des pages les plus glorieuses de l’histoire de nombreuses équipes nationales et clubs européens. Les événements culturels majeurs en Afrique noire francophone sont souvent organisés dans les centres culturels français, structures destinées avant tout à promouvoir le rayonnement culturel de la France dans le monde, pas celui de l’Afrique [4].
Signalons enfin cette circonstance aggravante : la méfiance de la classe dirigeante vis-à-vis du savoir, de la compétence, du talent de ses propres concitoyens, qualités qui sont perçues à priori comme une menace pour les situations acquises et non comme un levier de progrès. Cette méfiance est telle qu’elle conduit parfois le pouvoir politique à tenir les cadres les mieux formés d’un pays à l’écart des responsabilités, et à préférer leur éloignement et leur exil [5], privant ainsi le pays de ses meilleurs atouts pour son développement.
Tous ces désordres traduisent une perte du lien affectif des Africains avec l’Afrique. Ils conduisent fatalement à une aliénation mentale dont un des effets les plus pernicieux se traduit par un trouble du rapport à soi, illustré à travers l’examen des quelques cas suivants, non exhaustifs mais suffisamment représentatifs :
• La « dictature » du cheveu lisse chez la femme noire.
• Le « problème » du métis de Noir et de Blanc.
• Le rapport de l’Afrique à la traite négrière.
• Le « malaise » de l’affaire Dsk / Nafissatou.

Trouble du rapport à soi.
Cheveux lisses : que cache le défrisage intensif des cheveux crépus chez la femme noire?
La généralisation de ce mode de coiffure est telle qu’on en vient presque à oublier que la femme noire vient au monde avec des cheveux naturels autant frisés que ceux de ses congénères masculins. Donner une apparence lisse à des cheveux crépus ne pose aucun problème en soi, cela peut même parer de belle et convenable manière (lorsque le coiffeur a réussi son travail). Cependant, le choix systématique de ce mode de coiffure par une majorité de femmes noires de tous les continents jette un trouble quant aux motivations esthétiques qu’elles avancent généralement. Est-ce un effet de mode, sans doute un peu. Mais il convient de tenir compte du fait que les descendants d’Africains en Amérique, aux Antilles, au Brésil, qui imposent souvent le « La » en la matière, sont métissés et évoluent dans des sociétés qui, bien qu’ayant aboli depuis des lustres l’esclavage, restent marquées par les réminiscences d’une hiérarchisation raciale plaçant le "caractère caucasien" au sommet de la pyramide. Est-ce la pression de la majorité blanche, sans doute parfois dans des environnement à majorité blanche, mais comment expliquer la prédominance de la coiffure lisse également en Afrique? Il est rassurant en tout cas de constater qu’un mouvement tel que Nappy [6] se soit constitué pour revaloriser le cheveu naturel chez la femme noire, et le reconsidérer comme une alternative valable de l’exigence de beauté.

Métis de Noir et de Blanc.
Une ambiguïté apparaît souvent dans le positionnement de nombreux métis de Noirs et Blancs dans le « ni-ni » : je ne suis ni Noir ni Blanc. Peut-être est-ce une sorte de réflexe de protection permettant de ne pas désobliger l'une ou l'autre des parties, compte tenu du différentiel de « statut » entre ces deux races suite aux trois derniers siècles de domination esclavagiste puis coloniale que l’occident à infligés à l’Afrique. Un tel positionnement n’est pas tenable. En dehors du fait que le métissage entre les races humaines ne produit pas une espèce différente, il est également scientifiquement établi que les facteurs génétiques de différentiation raciale sont infimes en comparaison du patrimoine génétique commun et partagé par tous les hommes. De ce fait, un métis de Noir et de Blanc a toute la légitimité pour se considérer autant comme un Blanc que comme un Noir. S'assumant complètement comme tel, il n'a aucune obligation de faire un choix entre ses deux héritages. Il doit donc abandonner le "ni-ni" pour le "oui-oui" (je suis Noir et je suis Blanc). Et s’il décide malgré tout de faire un choix parmi ses deux formes d’ascendance et d’assumer ce choix, c’est également son droit et il ne doit avoir aucun besoin de le justifier.

Le rapport à la traite négrière.
Certaines idées reçues qui ont de l’écho y compris auprès de Noirs visent à culpabiliser les Africains par rapport à la traite négrière. Elles sont généralement promues par des idéologues Européens nourrissant des arrières pensées, et qui cherchent en quelque sorte à partager le poids de la culpabilité en le diluant dans un « on est tous coupables ». Le caractère manipulatoire de ces positions est évident, on peut le comprendre en établissant un parallèle avec la France sous occupation nazi. S’il est avéré que certains Français ont collaboré avec les forces occupantes allemandes à cette époque, cela ne fait pas pour autant de tous les Français des tortionnaires nazis : la France était sous occupation et la majorité des Français était victime de cette situation. Pareillement, les négriers ont trouvé en Afrique des complices motivés par la cupidité et également par la contrainte, pour les appuyer dans leur commerce abject. Il est toujours possible de trouver des hommes à corrompre, lorsqu’on est disposé à y mettre le prix. Il faut donc tordre le coup à ces idées révisionnistes et rétablir clairement que dans ce commerce funeste, il y a eu une victime : l’Afrique et les Africains déportés, et un bourreau : les pays européens ayant tiré partie de ce commerce honteux pour s’enrichir considérablement et pour se développer. Cette clarification est indispensable afin d’assainir certains aspects des rapports entre les Africains et leurs cousins déportés vers les Amériques, qui peuvent être pollués par cette fausse propagande sur une connivence imaginaire que les Africains auraient entretenus avec les négriers.

A propos de l’affaire Dsk / Nafissatou.
Sans prendre aucun parti dans cette affaire, cela n’est pas mon propos, je reste néanmoins stupéfait par la réaction de nombreuses femmes africaines, qui ont dès le départ suspecté Mme Nafissatou Diallo de mensonge, refusant sans ambages d’accorder à cette dernière le bénéfice du doute que pourtant elles concédaient sans difficulté à Dominique Strauss Kahn. Les arguments le plus souvent avancés sont :
« On se connait » sous entendu : nous savons toutes que nous sommes des menteuses. Un tel cliché a quelque chose de choquant.
« Je l’aurais mordu », sous entendu : Nafissatou ne l’a pas fait, donc elle était consentante.
• Certaines reprochent à Nafissatou d’avoir brisé l’ascension d’un homme brillant à qui la présidence de la république française tendait les bras. Mon sentiment est que même un tel destin ne peut pas donner un blanc sein pour un acte de la nature de celui qui est reproché à Dsk.
Tous ces arguments ne restent que des suspicions, ils ne sont pas suffisants pour juger objectivement de la culpabilité de l’une des parties. Cependant, leur parti-pris à charge pour Nafissatou est frappant et semble traduire une certaine ambivalence de la femme africaine et une difficulté de son rapport à soi. En déniant la présomption d’innocence à Nafissatou, à laquelle pourtant elle s’identifie au point de prétendre connaitre intimement ce qu’aurait dû être sa réaction normale, elle n’exprime pas une position équilibrée dans cette affaire. Pourtant de nombreux éléments existent pouvant corroborer une possible agression. Il ne parait pas incongru de considérer que la plaignante ait pu perdre une partie de ses moyens, et être tétanisée par la crainte de perdre son précieux travail, lorsque cet homme riche et puissant (il peut se payer une chambre d’hôtel à 5000 dollars la nuit !) l’a prise par surprise. Egalement, je ne puis imaginer que des prestations sexuelles tarifées soient une pratique courante des personnels de services dans les grands hôtels de classe internationale, parce que de tels établissements y risquent leur réputation, et parce que les personnes qu’ils accueillent ont en principe les moyens matériels de se payer des callgirls professionnelles pour assouvir leurs phantasmes.
Les contradictions existentielles que nous venons d’examiner, qui se conjuguent avec la mauvaise gouvernance des états, conduisent à un désamour de l’Afrique et à une fuite massive des talents hors du continent. Ce phénomène va en s’accentuant et prolonge dans une sorte d’enchainement catastrophique les ponctions de forces vives inaugurées à la période de la traite négrière. Retrouver l’attractivité du continent aux yeux des Africains devient un impératif et le principal défi à relever.

Retrouver l’attractivité.
Attirer et maintenir en Afrique les Africains les plus talentueux est une condition indispensable à l’émergence du continent. La lutte contre la fuite des cerveaux ainsi que leur mauvais usage doit être érigée au rang de priorité absolue. Dans cet optique, il convient de dénoncer l’hypocrisie de certains pays occidentaux comme le Canada ou les Etats-Unis, qui ont mis en place une politique très agressive pour attirer des personnels qualifiés (ingénieurs, universitaires, médecins …) provenant en partie de pays Africains, tout en prétendant dans le même temps aider ces pays à se développer. S’ils tels étaient leurs véritables intentions, ils s’abstiendraient de piller délibérément les compétences issues de ces pays compromettant ainsi leur développement.
Pour motiver ces Africains talentueux à rester sur leur continent ou à retourner y travailler, il faut que l’Afrique puisse leur offrir des opportunités d’emplois en quantité et en qualité suffisantes ainsi qu’un cadre juridique propice à encourager l’initiative des individus et à garantir la protection des droits des individus et de leurs biens. L’immensité des besoins à satisfaire (presque tout est à construire ou à améliorer) ouvre un champ d’opportunité illimité. Ce cadre juridique doit être accompagné par le développement des infrastructures de base indispensables, notamment sur les plans de la santé, l’éducation, les communications. La construction des infrastructures doit privilégier les approches Himo (à haute intensité de main d’œuvre) afin de favoriser la création d’emplois et de laisser en même temps aux opérateurs locaux le temps de monter en compétence pour prendre progressivement une plus grande part dans ces travaux. Enfin des éléments accélérateurs existent, pouvant permettre de hâter et d’amplifier la transformation conduisant à l’émergence de l’Afrique au cours de ce 21ème siècle.

Accélérer le changement.
Pour accélérer la transformation du continent, il convient de répertorier et de reproduire les exemples de réussite qu’il est possible d’y trouver ici et là, ainsi que les orientations permettant d’inscrire le développement dans une démarche endogène afin de mieux maîtriser son processus.

Répertorier et reproduire des exemples réussis.
Sans prétendre à l’exhaustivité, nous pouvons citer des éléments qui montrent que le continent dispose dès aujourd’hui de ferments qui ne demandent qu’à être exploités avec application et détermination pour créer les conditions de son décollage. La production artistique et littéraire [7] est indéniablement en plein essor, et sur certains aspects on peut considérer que le chemin n’est plus très long où les productions africaines pourront se hisser au niveau des standards internationaux. L’envol de la production audiovisuelle ivoirienne par exemple en est un exemple frappant [8]. L’ancrage démocratique d’un nombre croissant de pays en est également un autre, il doit être poursuivi malgré quelques régressions observées ici et là, afin de libérer complètement les forces productrices à travers la transparence de la gestion et la bonne gouvernance. A cet effet, l’émergence d’une nouvelle génération de dirigeants politiques visionnaires, à l’image de Paul Kagame au Rwanda ou de Jerry Rawlings au Ghana, a permis de lancer leurs pays dans une dynamique de développement et de modernisation sur la base d’institutions solides, opérationnelles et crédibles. Ces dirigeants proposent des exemples convaincants de voies à suivre.
De la même manière les orientations suivantes peuvent permettre de mieux maîtriser la transformation de nos sociétés par une approche basée sur le génie propre de nos peuples, réadapté si nécessaire aux exigences de la modernité.

Utiliser en priorité les ressources endogènes.
L’observateur est étonné par le peu de cas qui est fait des savoir-faire traditionnels, trop vite reléguées au rang péjoratif de « bricolage » ou d’archaïsmes incompatibles avec les temps actuels. Pourtant certaines techniques ancestrales, ou simplement de bon sens, proposent des solutions ingénieuses et efficaces, pouvant améliorer considérablement de nombreux aspects de la vie quotidienne si elles venaient à être diffusées et imitées (en agriculture, en médecine, en travail du bois, en technique de récupération …). Dans le domaine de la médecine par exemple, il est indispensable de mettre en place une académie visant à répertorier, valider, et diffuser les techniques et connaissances médicinales basées sur les plantes et les recettes traditionnelles élaborées au fil d’une longue proximité avec la nature et qui peuvent constituer une alternative crédible et un complément à la médecine moderne, tout en étant moins couteuse et mieux maîtrisée. Les programmes de radio ou de télévision pourraient s’enrichir et se diversifier via des séquences consacrées à de tels sujets et conçues de manière à être en prise avec les préoccupations quotidiennes des personnes.
La généralisation de l’usage du pidgin dans un pays comme le Cameroun pourrait permettre d’atteindre un large niveau de diffusion des connaissances, bien plus qu’avec les langues occidentales (Anglais ou le Français par exemple) peu maîtrisées à large échelle. En effet contrairement à ces dernières, le pidgin est compris et parfaitement utilisé quotidiennement par l’immense majorité de la population de ce pays.
Les valeurs qui fondent les traditions africaines et leur originalité ne doivent pas rester que des concepts abstraits célébrés par des poètes et chantres de l’africanité, elles doivent être traduites dans des faits concrets au bénéfice de la collectivité. Au cœur de ces valeurs on trouve la solidarité. Celle-ci doit pouvoir s’exprimer à l’occasion de nombreuses catastrophes qui s’abattent sur le continent (guerre, famine, épidémie, inondation …). Bien qu’en tant qu’Africain je sois reconnaissant aux nombreuses Ong occidentales qui interviennent fréquemment dans ces crises, je demeure frustré et peiné que très/trop peu d’acteurs africains y participent aux opérations de secours. La raison n’est pas uniquement financière, elle tient surtout au manque d’organisation et de volonté tant des pays africains concernés que des Ong elles mêmes (occidentales pour les plus importantes). J’ai toujours été frappé par les moyens considérables que ces dernières sont obligées de consacrer à la logistique et l’organisation d’interventions lointaines. Ces moyens ne seraient probablement pas nécessaires si les ressources locales étaient recrutées et utilisées en priorité. Par exemple, le salaire d’un médecin local, même bonifié, restera toujours largement inférieur aux frais générés par son homologue occidental expatrié. Ce recentrage sur les ressources locales aurait en outre l’avantage d’enrichir le niveau d’expérience de ces médecins locaux, tout en les rendant plus autonomes lors de prochaines catastrophes.
En conclusion. Il est urgent de motiver les Africains à agir pour eux-mêmes et non pour plaire à l’occident ou pour obéir à ses injonctions. Pour cela, le culte de l’excellence et du mérite doit être replacé au cœur des exigences qui s’imposent à chacun. C’est de cette seule manière que les Africains pourront porter l’attention nécessaire aux intérêts réels de l’Afrique et créer les conditions de la prochaine émergence de leur continent. En consacrant ses meilleures ressources humaines et matérielles à sa propre construction, l’Afrique pourra apparaître au cours de ce 21ème siècle comme la nouvelle frontière d’opportunités et de croissance, cette fois ci à son propre profit.
Eugène Wope

[1] Au cours des 50 dernières années, la Corée du sud, au départ classé parmi les pays les plus pauvres du monde, avec un PIB par habitant inférieur à celui du Sénégal, s’est hissée parmi les premières économies du monde (premier constructeur mondial de navires, le cinquième producteur d'automobiles et le sixième producteur d'acier …) : http://www.wto.org/french/news_f/sppl_f/sppl115_f.htm.
Pareillement, le Vietnam est passé en une vingtaine d’années du 31ème producteur mondial de café au 2ème rang actuellement, quand dans le même temps le Cameroun a vu sa production divisée par plus de 3 sous les effets conjugués d’une gestion calamiteuse des coopératives agricoles ainsi que de la politique agricole elle-même.
[2] A titre d’exemple, les Camerounais ont découvert récemment avec sidération le scandale de corruption ayant conduit à l’accident et la destruction des avions Boeing 737 et 747 de la compagnie aérienne nationale CAMAIR, causant la mort de 71 personnes et précipitant la faillite de cette compagnie qui condamnait des centaines de familles au chômage :
http://ewope.over-blog.com/article-cameroun-les-lettres-ouvertes-de-m-marafa-hamidou-sont-un-atout-106672382.html
[3] Le cas du mouvement de la Sape (Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes) lancé par la jeunesse des deux rives du Congo est emblématique à cet égard. Les adeptes de cette mode non seulement dépensent des sommes extravagantes pour se vêtir chez les grands couturiers occidentaux (Français, Italiens, Japonais …), mais ils assurent également auprès de la jeunesse congolaise et africaine une promotion gratuite de leurs marques. Cette pratique ne génère aucune retombée économique pour l’Afrique, elle contribue même à accentuer le déséquilibre de sa balance commerciale.
[4] L’appauvrissement inquiétant de la vie culturelle dans de nombreux pays à l’instar du Cameroun est mesurable à travers la disparition complète de salles de cinéma, même dans les plus grandes villes comme Douala et Yaoundé au Cameroun. Leurs locaux sont souvent transformés en temples de groupes religieux charismatiques qui n’ont jamais autant prospéré que dans l’époque actuelle de grande détresse matérielle, culturelle et morale, et qui endoctrinent les populations à longueur de journée et parfois à longueur de nuit, au milieu du silence résigné et même complice d’une élite intellectuelle désorientée.
[5] Les exemples sont nombreux de hauts potentiels Africains peu ou pas utilisés dans leurs pays et contraints à l’exil ou à l’indigence : Obama Sr, Tchuidjang Pouemi, Celestin Monga, Eric Tchindje, Achille Mbembe, Chinwa Achebe …
[6] Nappy pour Natural Happy, est un mouvement prônant la beauté du cheveu naturel chez la femme noire ou métisse, contre le défrisage et les préjugés qui en découlent.
[7] http://ewope.centerblog.net/3575233-De-l-Afrique-a-l-occident--du-noir-au-blanc--le-regard-de-trois-jeunes-auteurs-incontournables
[8] http://ewope.centerblog.net/2401393-Production-audiovisuelle-ivoirienne-l-envol